Incitations, avantages comparatifs et échanges régionaux de céréales dans le sous-espace ouest - Cas de la Guinée, du Mali et du Sénégal, (Institut du Sahel / CILSS, 1991, 36 p.)
A la lumière des résultats de compétitivité, il apparaît que les
pays étudiés disposent d'un avantage comparatif dans la production de céréales
sèches. Cependant, la compétitivité de ces céréales consommées dans les zones de
production diffère selon les techniques. Si l'on se réfère à la production de
maïs dans les différents pays, on notera que les techniques dont les rendements
sont les plus élevés par l'usage d'engrais sont les plus compétitives. Ceci
implique que, si ces différents pays comptent maintenir leur niveau de
compétitivité pour les céréales sèches, il faut encourager les cultures
intensives en engrais afin d'accroître les rendements. En outre, des
investissements dans la recherche de techniques améliorées doivent être une
priorité afin non seulement d'obtenir des gains de productivité, mais aussi de
stabiliser la production nationale. L'adoption des techniques améliorées
dépendra de la capacité des producteurs à générer des profits financiers.
L'analyse des résultats de compétitivité révèle qu'à technique de
production équivalente, le Mali et la Guinée sont aussi compétitifs l'un que
l'autre. Ces deux pays semblent être plus compétitifs que le Sénégal pour une
même technique de production. Ainsi, les systèmes manuels améliorés du Mali et
de la Guinée sont plus performants que le système extensif de la Casamance, sur
la base des hypothèses retenues. Il en est de même pour la culture améliorée du
mil/sorgho du Mali par rapport au système extensif du Sénégal; cela suggère que
le Sénégal doit veiller à mieux utiliser ses ressources.
Malgré la similarité entre les systèmes de production de la Guinée
et du Mali, ces deux pays diffèrent en ce qui concerne la performance de leurs
produits sur les marchés urbains. En effet, les céréales maliennes sont très
compétitives à Bamako alors que celles de la Guinée se caractérisent par leur
incapacité à être compétitives à Conakry dans les conditions actuelles de
commercialisation. Si le maïs guinéen n'est pas compétitif à Conakry, il se
pourrait en revanche qu'il le soit dans la partie orientale du Sénégal dont les
céréales sèches sont à la limite de la compétitivité. Ainsi, la Moyenne Guinée
qui est très proche de la frontière sénégalaise pourrait être un le pourvoyeur
du Sénégal oriental en céréales traditionnelles. Dans le même ordre d'idées, les
céréales maliennes qui sont très compétitives à Bamako pourraient être
compétitives dans la frange occidentale du Mali, et même au-delà de cette zone.
De même, étant donnée la forte compétitivité des céréales maliennes, elles
pourraient aussi alimenter la Haute Guinée, grande consommatrice de céréales. La
compétitivité des céréales maliennes pourrait constituer la base de courants
d'échange entre la Guinée et le Mali, comme le montrent d'ailleurs certaines
observations (IRAM, 1989). Ainsi, des possibilités d'échange de céréales
existent entre les trois pays, qui pourraient contribuer à une plus grande
sécurité alimentaire dans la sous-région. Ces possibilités seraient encore plus
grandes si des politiques visant à stabiliser et à valoriser les productions de
céréales locales étaient
entreprises.