CNLP presse, Publication trimestrielle du Centre National de Lutte contre le Paludisme - Année 3, Numéro 3 - Juillet 1996. (Documents du Burkina Faso, 1996, 15 p.)
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View the documentFormation/recyclage des laborantins: Quel avenir?
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Depuis le CNLP s'investit dans la formation et le recyclage des laborantins. Pour la première fois, une évaluation sur le terrain a été initiée avec les participants afin de mesurer l'impact de cette activité.

Former et recycler le personnel de la santé à tous les niveaux de la pyramide sanitaire est l'un des attributs du Centre National de Lutte contre le Paludisme. C'est pour répondre à cet objectif qu'il a été organisé une session de formation/recyclage au cours du mois d'avril 95. Elle a regroupé les laborantins de la ville de Ouagadougou. L'un des superviseurs de cette formation, le Docteur Lamizana nous dresse le bilan de cette activité.

Dr Lamizana, quel est le but poursuivi par le CNLP à travers cette formation/recyclage? Elle a été initiée pour, uniformiser le diagnostic parasitologique du paludisme suivant les normes de l'OMS, et, introduire un système de contrôle de qualité de l'examen de laboratoire: goutte épaisse et frottis. En effet, de nombreuses lacunes ont été relevées dans la prestation de certains agents de laboratoire. Cette situation conduis beaucoup de cliniciens et même de malades à se référer au CNLP; pourtant ces laboratoires disposent du même matériel de diagnostic que le CNLP. Reconnaissons aussi que très souvent, la présentation des résultats dans de nombreux laboratoires est succincte. Par exemple, il est souvent reporté sur les bulletins "Présence d'hématozoaires +++" sans précision sur l'espèce plasmodiale mise en cause qui pourtant constitue une donnée importante pour le clinicien.

Combien de laboratoires et de laborantins ont pris part à la formation?

A l'exception de celui du CHNYO, tous les laboratoires privés et publics de la ville de ont été sollicités. Sur 19 invités, 15 laboratoires ont répondu à notre appel. Finalement, 17 laborantins dont 3 du même service ont été reçus avec des niveaux allant de formés sur le "tas" à universitaire.

Pensez-vous avoir atteint vos objectifs au cours de la formation?

Dans l'ensemble, nous avons pu évaluer les performances de nos stagiaires qui au départ, pour certains présentaient de grosses lacunes. A la fin, beaucoup savaient faire la différence entre les espèces plasmodiales et donner la densité parasitaire. Mais dans notre protocole de formation, nous avions pensé que seule la formation continue sur le terrain au niveau des différents laboratoires pourrait renforcer notre action. C'est pourquoi nais avions instauré un système de supervision après la formation pendant la saison de transmission 95 avec une dotation en lames, colorant, et vaccinostyles par le CNLP. Cette action visait à contrôler la qualité des examens (GE + frottis) afin de procéder à la rétroinformation pour améliorer la prestation des laboratoires concernés.

Quelle était la procédure de la supervision?

Elle a consisté à recueillir des lames lues dans les laboratoires et, à raide d'un questionnaire d'enregistrer les résultats. Une seconde lecture était effectuée au niveau du laboratoire du CNLP. Les résultats et les contradictions éventuelles étaient discutés afin de faire des suggestions pour l'amélioration de la qualité du diagnostic. Malheureusement, peu de laboratoires ont fait preuve de disponibilité durant cette phase. Sur les 15 laboratoires du départ, seulement 7 ont pu nous fournir des lames. Certains affirmaient avoir des problèmes de microscopes, de matériels, d'autres manquaient de temps, certains même réclamaient une motivation financière etc. Au total, nous avons recueilli 156 lames, un laboratoire a donné jusqu'à 44 lames tandis qu'un autre s'est contenté de nous en fournir seulement 3. Pour leur analyse, la lecture du CNLP a servi de référence. Ainsi, nous avons déterminé la spécificité et la sensibilité des résultats pour 6 laboratoires (non évaluable pour les 3 lames).


Les microscopistes au travail dans les laboratoire du CNLP

Comment se déroulait cette évaluation?

Rappelons que la sensibilité définit la proportion des vrais positifs correctement identifiés, tandis que la spécificité est celle des vrais négatifs. Nous considérons comme vrais positifs ou négatifs les lames lues comme tels par le laboratoire du CNLP. La sensibilité a varié de 33,3 % à 100 % avec une moyenne de 81,5 %, ce qui signifie que sur 100 lames réellement positives, le plus mauvais laboratoire nie pu en identifier que 1/3 tandis que, le plus performant a réussi à les déceler intégralement S'agissant de la spécificité, elle a varié de 50 à 100 % avec une moyenne de 77,5 %. Ces résultats démontrent que la plupart des laboratoires ont tendance à prendre des lames négatives pour des positives et vice versa Quant à la sensibilité et la spécificité des diagnostics par rapport à l'espèce P. falciparum, (plus de 90 % des espèces rencontrées) le variation est restée la même que dans le cas des lames positives. Un seul laboratoire a cru voir d'autres espèces telles que P. ovale et P. malariae. Pour la densité parasitaire, hormis 2 laboratoires ayant utilisé le système de croix, elle a été surestimée, prouvant que par analogie au cas du diagnostic qualitatif, les laboratoires ont toujours tendance à prendre des détritus pour des parasites. Vu ces résultats, beaucoup d'efforts restent à fournir par les laboratoires pour que le diagnostic microscopique puisse servir de support à la Prise en Charme du paludisme.

Dr Lamizana, pouvez-vous nous dresser un bilan de cette formation?

Nous pensons avoir donné le maximum de nous mêmes. En effet, certains laborantins ont montré beaucoup d'intérêts et de motivations autant la formation et le suivi, récompensant ainsi nos efforts.

A notre niveau, nous devons revoir notre méthode de formation. Effectivement, trop de laborantins ont considéré que nous leur demandions un travail supplémentaire, car croyant travaillent gratuitement pour le CNLP. Par conséquent, ils n'ont pas ou peu participé au suivi.

Quelles sont les solutions que vous préconisez pour remédier à ces problèmes?

Nous allons prendre contact avec les différents chefs de laboratoire pour leur exposer les résultats obtenus afin qu'ils puissent eux-mêmes situer la performance de leur laboratoire dans le diagnostic du paludisme. Il leur reviendra à la suite d'exiger de leurs agents si les conditions matérielles sont réunies, une prestation qui puisse répondre et compléter le diagnostic du clinicien pour continuer à sauver des vies.