Les chemins de l'eau - ruissellement, irrigation, drainage - manuel tropical (Terres et Vie, 1990, 17 pages)
close this bookLes chemins de l'eau - ruissellement, irrigation, drainage - manuel tropical (Terres et Vie, 1990, 17 pages)
close this folderLeçon 2 - L'eau des terroirs: Ou et sous quelle forme?
View the documentLes états de l'eau
View the documentOù y a-t-il de l'eau?

Un premier pas dans l'observation concrète est de repérer où se trouve l'eau du terroir étudié et sous quelle forme.

Dans ce livre, nous utiliserons le mot terroir pour désigner l'ensemble des terres d'un village, d'une ferme, ou éventuellement d'une zone agraire. Il s'agit d'un terme général. D'autres termes seront utilisés pour caractériser des entités plus précises: le champ, la parcelle, le volume de sol, etc.

· Les eaux de surface sont celles qu'on voit dans les étangs, les lacs, les rivières et la mer. On distingue les eaux de ruissellement, qui se déplacent plus ou moins rapidement, des eaux stagnantes accumulées dans un endroit particulier, tel qu'une mare, un lac, une flaque, etc.

Par expérience, nous savons que les unes et les autres n'ont pas les mêmes qualités. Les eaux de ruissellement, par exemple, sont chargées de limon. Elles contiennent aussi plus d'air (oxygène) et les poissons qui y vivent diffèrent de ceux qu'on trouve dans les eaux stagnantes. Ces dernières sont souvent moins aérées; il s'y développe des plantes aquatiques, des algues et des organismes différents de ceux qu'on trouve dans les eaux ruisselantes.

La qualité des eaux de surface, plus ou moins acides, plus ou moins chargées de particules de terre ou de sel, est souvent un élément important pour le cultivateur, le pisciculteur ou le buveur.

Laissées à elles-mêmes, les eaux de surface ont un comportement simple: elles s'écoulent toujours des points hauts vers les points les plus bas dans le sens de la plus forte pente.

· Les eaux souterraines sont celles qu'on trouve sous la surface du sol, à l'état liquide ou gazeux. Elles peuvent, elles aussi, être en mouvement entre les grains de sol et de sous-sol. Lorsqu'il y a accumulation à une certaine profondeur, on parle de nappes d'eau souterraines. Certaines d'entre elles sont proches de la surface et leur niveau fluctue largement en fonction des pluies tombant dans la région. On les appelle nappes phréatiques. D'autres, appelées nappes géologiques, se situent à plus grande profondeur. Les pluies régionales ne les font que très peu fluctuer, et très lentement.

Lorsqu'on creuse un puits ou un forage jusqu'à atteindre une nappe, l'eau s'y écoule et peut y être puisée. Dans ce cas, l'eau qui circule entre les particules de soi est appelée eau libre, par opposition à l'eau fixée ou captive qui est retenue par les particules de sol ou entre elles (leçon 5).

Les nappes d'eaux souterraines sont constituées par infiltration des eaux de surface. Dans le sol, l'eau d'infiltration se déplace de haut en bas et latéralement. Elle peut être fixée à certains endroits de l'espace souterrain et circuler facilement à d'autres. Cela dépend de la porosité du sol. Le mot pore caractérise l'espace qui reste vide entre les grains de sol accumulés. Plus l'espace est grand, plus grande est la porosité. Plus l'espace entre les grains de sol ou les blocs de roche est large (grande porosité), plus rapide est l'infiltration. Si l'espace est très réduit (faible porosité), la circulation de l'eau est très ralentie ou nulle.

Outre l'eau liquide, on trouve dans le sol de la vapeur d'eau. Elle occupe les pores entre les grains et les blocs de sol ou de sous-sol.

La température du sol, et en particulier celle des quelques premiers centimètres, est un facteur important car elle détermine l'état de l'eau qui s'y trouve.

On ne peut voir ce qui se passe dans le sol sauf si on dispose d'équipements particuliers, maison peut imaginer que l'eau qui s'infiltre dans le sol évolue, se déplace, s'écoule, s'arrête contre des obstacles, s'évapore, se reliquéfie, se fixe, se détache,... exactement comme elle le fait dans l'espace aérien.

· L'eau biomassique est celle qui est contenue dans la biomasse. La biomasse est la masse de matière vivante, organisée en cellules, qu'on trouve sur une terre. Elle est composée de végétaux, d'animaux ou de micro-organismes. Le jus de citron, le vin de palme, le sang, sont typiquement de l'eau biomassique.

Le stock d'eau biomassique d'un terroir fluctue constamment au cours des saisons, en raison des pluies, de l'évaporation, de la température, etc. mais surtout en relation avec le développement de la végétation.

Nous verrons qu'il existe des échanges constants entre le stock d'eau biomassique d'une terre et les espaces aériens et souterrains qui l'entourent (leçons 17 à 20).

Munis de ces quelques définitions, nous pouvons procéder à un premier repérage relatif à l'économie en eau d'un terroir, d'une zone ou d'un bassin versant. Il s'agit de percevoir et de localiser les ressources disponibles, tant sur le plan des stocks que sur celui des mouvements d'eau.

Pour cela, il faut avoir bien défini les dimensions de ce qu'on veut observer. On n'analyse pas l'économie en eau d'une parcelle de culture comme on le fait pour le bassin versant d'un petit ruisseau ou d'un grand fleuve, d'un terroir villageois ou d'un échantillon de sol.

Le tableau 19 est un aide-mémoire. Certaines des questions qui y sont posées trouveront une réponse précise et quantifiée. D'autres seront peut-être sans réponse et devront faire l'objet de recherche; la suite du livre nous éclairera sur les méthodes permettant d'approfondir l'analyse.

Il n'est évidemment pas possible de faire un bilan précis de toutes les ressources en eau d'autant plus qu'elles sont très fluctuantes. L'intérêt de l'analyse, même incomplète, est de se rendre compte où on peut agir: augmenter ou diminuer les eaux souterraines, faire stagner l'eau plutôt que de la laisser ruisseler, augmenter le stock d'eau biomassique, etc. Des observations aussi précises que possible sont nécessaires avant toute action, en sachant que l'économie en eau de chaque lieu est fortement tributaire des lieux avoisinants et parfois même de lieux très lointains. Nous verrons par exemple que les moussons qui tombent sur certaines régions du continent sont des pluies formées par de l'eau évaporée à des centaines de kilomètres de l'endroit où elles tombent.

Lorsqu'on a bien observé les faits, on peut chercher à découvrir les interrelations existant entre les diverses ressources en eau du terroir. Voici quelques exemples d'interrelations.

La vapeur de l'air se condense dans les nuages qui se transforment en pluie; lorsque la pluie est tombée, il n'y a plus de nuage, mais il y a une augmentation des eaux de surface et des eaux souterraines; de même, l'eau stagnante s'évapore petit à petit dans l'air sous l'effet de la température, ce qui augmente le stock de vapeur d'eau de l'air alors que le stock d'eau de surface diminue.

repérage des ressources en eau

quelles sont les ressources en eau?

· eaux de surface
· ruisselantes
· stagnantes

· eaux souterraines
· eau libre
· eau fixée
· vapeur d'eau
· nappes phréatiques
· nappes géologiques

· eaux aériennes
· vapeur d'eau de l'air
· nuages
· brume et brouillard
· pluie grêle

· eaux biomassiques
· incluse dans les plantes et les animaux
· incluse dans les déchets des êtres vivants
· incluse dans les micro-organismes du sol

où? quand? comment?

où sont les eaux?
d'où proviennent-elles ?
à quels moments sont-elles présentes?
comment fluctuent-elles?
quelles sont leurs qualités?
dans quels états sont-elles?
quelle est leur importance relative?
dans quel ensemble vivant: forêt, savane, champ, parc arboré..?

L'homme ne peut maîtriser l'ensemble du bilan de l'eau. Il peut toutefois améliorer certains aspects à son profit. L'analyse globale de l'environnement est cependant un préalable à toute action cohérente. A quoi servirait-il d'aménager un terrain pour la culture si on sait que la prochaine inondation viendra détruire l'aménagement. Pourquoi planterait-on des arbres si on n'est pas assuré de leur approvisionnement en eau? Etc.

Lorsqu'on veut intervenir pour modifier l'économie en eau d'un terroir, d'un bassin versant, d'une parcelle cultivée ou de toute autre entité topographique, il est nécessaire de se poser d'autres questions encore, afin de bien cerner les problèmes.

· L'eau est-elle rare ou abondante? calme ou violente? capricieuse ou pondérée?
· Quels sont les flux qu'on observe à l'endroit où l'on veut intervenir et dans son environnement?
· Quelles sont les règles et les lois qui président à l'utilisation de l'eau du terroir par les habitants?
· Quels types d'agriculture pratique-t-on sur le terroir? Etc.

Elle est fugace. Elle est subtile ou violente. Elle est vapeur, liquide ou glace. Elle est indispensable à la vie. C'est l'eau.

Comment l'homme peut-il apprivoiser cette matière a la fois si rare et si abondante? Se protéger contre les dégats causés par sa violence? Se prémunir contre la sécheresse ou contre l'inondation?

Le ruissellement, l'érosion, le drainage du sol, l'irrigation des cultures sont au coeur de ce livre. Il explique les phénomènes que chacun peut observer: la pluie, l'évaporation, le splash des averses sur le sol et ses effets destructeurs, l'infiltration de l'eau dans les nappes souterraines qui alimentent les puits et les forages, les relations intimes liant les plantes à l'eau du sol et de l'air, et encore bien d'autres phénomènes naturels.

Entrer dans la pratique est un autre but de ce manuel. Il se veut accessible à chacun, paysans, cadres moyens ou supérieurs, élèves. Il veut être pédagogiques traitant sous forme de leçons, de figures et d'illustrations photographiques, la multitude des sujets qu'aborde l'enseignant de ces matières.

Les exemples servant de base au manuel sont tous choisis en milieu paysan. Rien de ce qui y est décrit n'est hors de sa portée, malgré les difficultés qui peuvent naître parfois de l'explication écrite.

Apprivoiser l'eau! Simple ou complexe


Figure

TERRES ET VIE
CTA l'harmattan enda

ISBN 2-87105-009-X