Spore - Bulletin du CTA - No. 54 (CTA, Décembre 1994, 16 pages)
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View the documentRecherche forestière: engagement et continuité

Papa Ndiengou Sall, écophysiologist e-agroforestier, Docteur en Sciences forestières, est Directeur des recherches forestières à l'Institut sénégalais de recherches agricoles à Dakar

Le travail de collecte et de traitement de l'information sur les espèces ligneuses demande de nombreuses années et exige que toute entreprise dans ce secteur s'inscrive dans la continuité et la durée. Ainsi les pays en développement ont-ils besoin pour leur recherche forestière d'une infrastructure forte, d'un soutien politique constant et d'un appui financier solide.

Face à une période difficile pour tout le monde, les pays en développement se doivent demettre en œuvre des stratégies de survie tout en cherchant à sauvegarder les res sources naturelles. Les exigences de l'heure imposent en effet des choix difficiles. Dans certaines zones, la situation est telle que ce qui se trouve sous la marmite coûte plus cher que ce qu'il y a dedans. Les populations n'ont presque plus d'alternative que d'abattre les arbres et détruire les forêts pour assurer les conditions de leur survie. Si une telle situation devait persister, on aurait alors la certitude de laisser aux générations futures un environnement sans lendemain.

Importance de l'enjeu

La conservation et l'utilisation rationnelle des forêts et des ressources forestières font désormais partie intégrante des politiques de développement agricole ou global. L'instauration de rencontres régulières pour une stratégie concertée de lutte contre la désertification et de protection de la nature donne la preuve de l'ampleur de l'enjeu et de la détermination qui sied à la situation.

L'élaboration de la convention internationale sur la désertification et d'autres initiatives post-Rio corroborent ce constat. Pourtant, dans beaucoup de pays en développement, la plupart des organismes de recherche forestière peuvent difficilement répondre aux demandes dont ils font l'objet et faire que la foresterie joue le rôle qui lui revient dans le défi du développement socio-économique à long terme.

Une recherche visant à résoudre les problèmes vitaux liés à l'arbre et à la foresterie (compte tenu de leurs rôles multiples et de leur importance cruciale) mérite par conséquent un engagement, un soutien et un effort constants.

La continuité du financement

Malheureusement, faute d'un engagement à long terme et compte tenu de la discontinuité du financement qui en résulte, la recherche forestière n'est pas en mesure de contribuer pleinement aux efforts de développement. En Afrique, les fonds destinés à la recherche forestière sont en général faibles. Avec le concours des décideurs, il faut accorder des allocations additionnelles au secteur forestier en garantissant un peu plus de ressources financières à la recherche. Un rééquilibrage financier mérite d'être opéré car les projets de développement, principaux utilisateurs des résultats expérimentaux, ont un intérêt incontestable à disposer d'une recherche prospective.

Il est difficile, pour qui vit les réalités de la recherche forestière dans les pays en développement, d'accepter que moins de 0,26 % de la valeur de la production forestière soit affecté à la recherche.

Le stress est grand lorsque les chercheurs essaient par tous les moyens de trouver un financement-relais pour conduire à maturité un matériel végétal abandonné à cause d'une interruption de financement. C'est un vrai parcours du combattant, dicté par une nécessité de continuité, la moindre pause ou rupture faisant perdre la fiabilité des recherches. Un fonds pour la recherche forestière, alimenté par les projets de développement et par une partie des taxes payées par les exploitants et/ou une contribution significative du fonds forestier national paraît incontournable pour assurer une autonomie et une régularité de financement des activités de recherche.

Chaque pays peut, selon ses moyens et les ambitions de sa politique forestière, mettre en place les structures qui lui conviennent. Mais il est maintenant vital de traduire en actes les vœux d'intégration exprimés par les décideurs et les hommes politiques. Le dispositif de recherche forestière des pays en développement paraît très éclaté avec une dispersion des moyens humains, logistiques et financiers. Il convient de le densifier pour mieux aboutir à des structures viables à long terme avec des équipes performantes.

Favoriser le regroupement

Tout milite en faveur d'un regroupement pour travailler sur des thèmes d'intérêt partagé. Qu'il soit un programme, une opération ou une action de recherche, un thème comme celui de l'amélioration génétique de Faidberbia (Acacia) albida ne doit pas être traité individuellement par chaque pays concerné. Il en va de même pour les unités de recherche en cultures in vitro des ligneux qui doivent être communes à plusieurs pays.

Il faut espérer que le programme de soutien à la recherche forestière pour l'Asie et le Pacifique puisse être enrichi et adapté pour servir de modèle à l'Afrique sub-saharienne. La recherche forestière mérite des infrastructures de qualité pour obtenir des résultats éclairants. Une certaine constance dans l'effort s'impose de même qu'une exigence dans le choix concerté des actions prioritaires. M

Les opinions émises dans cette tribune libre n'engagent que leurs auteurs. Elles ne sauraient être attribuées au CTA.