La mosaïque Africaine du manioc - De la connaissance de la maladie à son contrôle - Yamoussoukro, Côte d'Ivoire, 4-8 Mai 1987 - Rapport de séminaire. (CTA, 1990, 50 p.)
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View the documentAvant propos
View the documentI. La place économique du manioc dans le monde et en Afrique
View the documentII. Le manioc, sa culture et ses maladies situation en Afrique
View the documentIII. Les causes de la mosaïque le virus et son vecteur
View the documentIV. De la «diffusion naturelle» à la «diffusion agricole»
View the documentV. Les relations virus - vecteur - plante
View the documentVI. Propagation et répartition des mouches blanches dans un champ
View the documentVII. La résistance du manioc à la mosaïque
View the documentVIII. Des méthodes pratiques de contrôle la lutte sur le terrain
View the documentÉléments bibliographiques
View the documentListe des participants

Si la «diffusion naturelle» de la mosaïque africaine du manioc - du milieu naturel au manioc sain par les mouches blanches - était l'unique voie de diffusion du virus, sa propagation et son extension resteraient probablement très limitées: la proportion de mouches infestées est, en effet, réduite (de l'ordre de 1%); par ailleurs, les espèces végétales sauvages qui jouent le rôle de réservoir naturel du virus à l'état endémique ne paraissent pas être des sources de contamination particulièrement actives.

Différentes observations, au Kenya et en Côte d'Ivoire, montrent un taux de réinfection faible pour des champs indemnes de mosaïque. Au Kenya, sur une période de 5 ans, ce taux fut inférieur à 2% pour la plupart des cultivars utilisés, quelles qu'aient été la taille des champs (de 0,02 à 1 hectare), la nature de la culture (en station de recherche ou plantation paysanne), l'année et les conditions climatiques de la zone (région côtière ou région continentale).

Histoire de la mosaïque africaine du manioc

La mosaïque africaine du manioc, inconnue en Amérique du Sud, a été décrite pour la première fois en 1894 par Warburg sous le nom de «Krauselkrankheit». Elle a, depuis lors, été observée à travers l'ensemble du continent africain, a Zanzibar et à Madagascar, aux Seychelles, en Inde, au Sri-Lanka et à Java.

En Afrique de l'Est, on considéra jusqu'aux années 1920 que la maladie n'avait pas de conséquences sérieuses. C'est Martin qui, en 1928, lui donna le nom de «Mosaïque». En Afrique de l'Ouest, elle fut signalée pour la première fois en zone côtière du Nigeria et au Sierra Leone (1927). En 1929, elle apparut dans les environs d'Ibadan et continua sa progression vers le Nord Nigéria qu'elle atteignit en 1963.

Le virus est, quant à lui, soupçonné d'être à la base de l'étiologie de la mosaïque dés 1906. Son existence est confirmée en Tanzanie, dans les années 30, par Storey qui montre également le pouvoir virulifère de la mouche blanche Bemisia tabaci. Bock isolera finalement le virus en 1983, démontrant définitivement son rôle dans le déclenchement de la mosaïque. Appelé jusque-là Cassava Latent Virus (CL V). le virus deviendra alors: African Cassava Mosaic Virus (ACMV).

Réservoir de géminivirus
(manioc cultivé + quelques espèces sauvages)

Vecteur
(mouches blanches infestées par les plantes atteintes)

Contamination de nouvelles plantes sensibles par le vecteur et par les boutures.

D'autres expériences ont été menées, en 1984, en Côte d'Ivoire avec des clones moyennement sensibles (clones CB du Congo), des clones très sensibles (H 58 de Madagascar) et des clones résistants (Bonoua rouge de Côte d'Ivoire). Une partie des expérimentations se déroula en zone de forêt à 2 saisons des pluies (2000 mm de précipitations), l'autre en zone de savane à 1 seule saison des pluies (1000 mm de précipitations). Ces expériences montrent une contamination toujours plus importante en foret qu'en savane: 10 à 88% en forêt, 1 à 20% en savane, quels que soient l'année ou le clone considérés.


SCHEMA DE LA TRANSMISSION

Le pouvoir apparent de transmission des mouches

Le pouvoir apparent de transmission (PAT) des mouches blanches traduit le rapport entre le nombre cumulatif de mouches par plante et le pourcentage cumulatif de plantes contaminées par parcelle.

Les champs ayant un fort PAT sont dépourvus de maniocs malades au vent, tandis que ceux qui ont un faible PAT sont entourés de champs de manioc virosés. Ces résultats confortent l'hypothèse selon laquelle le manioc est un réservoir à la fois pour l'ACMV et pour son vecteur Bemisia tabaci. En passant au-dessus des champs de manioc virosé, le vent emporte des mouches blanches virulifères qui se reposent sur les parcelles saines. Ces mouches blanches seront d'autant plus nombreuses et virulifères qu'il y aura de manioc virosé au vent des parcelles saines.

Mais l'enseignement majeur de ces études de cas est que, si le nombre de mouches blanches est toujours plus élevé dans le site le plus contaminé, il n'est pas proportionnel au taux de contamination. En forêt, le champ le plus faiblement contaminé abritait même la plus nombreuse population de mouches. Dans la majorité des cas, ces mouches sont d'autant plus nombreuses et virulifères que du manioc virosé croît au vent des parcelles saines.

Le manioc, principal facteur de diffusion pour le manioc

Le résultat le plus évident de ces différentes observations est que la présence de manioc virosé représente le facteur déterminant à la base de l'expansion de la mosaïque africaine.

De ce point de vue, l'homme apparaît comme un vecteur essentiel de la transmission de la mosaïque africaine du manioc. En milieu paysan, la multiplication des plants de manioc se fait, en effet, par bouturage effectué sur des bois de manioc contaminés. Faute de connaissance du mal et de la relation qui existe entre les symptômes foliaires et leurs conséquences sur les tubercules, les paysans ne sont pas enclins à distinguer entre plants apparemment sains et plants contaminés pour choisir leurs boutures.

Seraient-ils attentifs à choisir les seuls plants sains pour leurs boutures, qu'ils n'éradiqueraient pas pour autant la mosaïque: à certains stades de développement, les maniocs portent le virus sans manifester de symptômes. Les paysans limiteraient cependant ainsi considérablement les risques, comme on le verra plus loin.

Quoiqu'il en soit, un manioc contaminé à la bouture perd beaucoup plus (55 à 77%) qu'un plant contaminé par mouche blanche, même précocement (35 à 60%). Si la contamination par vecteur a lieu 100 jours après la plantation, aucun effet n'est plus enregistré sur les rendements. De ce simple point de vue, la multiplication de plantes saines présente donc de considérables avantages de productivité.

L'EXEMPLE DE LA BASSE COTE D'IVOIRE

La contamination par les boutures

Trois villages situés entre 30 et 90 kilomètres d'Abidjan servent, de 1984 à 1986, de champs d'observation (E. Mollard, agronome à l'ORSTOM): à Béniakré, Attié et Djimini, un important besoin de boutures se fait jour en 1984, au moment du «boom» sur le manioc, qui implique que plusieurs parcelles soient replantées. Les paysans ne pratiquent aucune sélection empirique, sinon l'élimination des pieds les plus chétifs au moment du sarclage.

Dès les premiers mois, les atteintes foliaires par la mosaïque sont estimées à un niveau moyen de 40% à 50%. Des boutures indemnes de virosé, implantées au sein des parcelles contaminées, montrent des dynamiques de contamination différentes. Le niveau des symptômes y apparaît plus faible: 30% contre 60% au cours des sixième et septième mois.

Quant aux rendements en racines fraîches, ils passent de 14 tonnes à l'hectare à 27 tonnes à l'hectare, selon que les plants sont virosés ou non contaminés. Avec l'utilisation d'engrais (NK), le gain ne s'élève plus qu'à 74%.


Transmission de la mosaïque africaine du manioc par les boutures de manioc qui serviront à la plantation des nouvelles parcelles.