Unasylva - No. 181 - La sylviculture. (FAO, 62 p.)
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View the documentUtilisation industrielle de forêts boréales et les débuts de la sylviculture
View the documentSystèmes sylvicoles
View the documentSylviculture: investir ou entretenir?
View the documentRésultats de la transformation
View the documentConservation de la nature et diversité biologique
View the documentConclusions

L'histoire de l'utilisation industrielle des forêts boréales peut remonter à deux siècles, ou être totalement inexistante selon la distance qui les séparent du consommateur et leur accessibilité. Certaines d'entre elles, exploitées aujourd'hui, sont donc artificielles et résultent des pratiques sylvicoles humaines du passé, alors que, dans d'autres, les arbres que l'on coupe aujourd'hui ont été semés il y a des siècles par la seule mère nature.

En Europe, l'exploitation à grande échelle des forêts boréales a commencé vers le milieu du XIXe siècle. Au début, cette exploitation ressemblait un peu à l'exploitation minière. Elle servait de base à l'établissement de scieries et de communautés avoisinantes. On investissait peu ou pas du tout dans les traitements sylvicoles visant à rajeunir les peuplements. Toutefois, au bout de quelques décennies d'une telle exploitation, les essences fournies par la seule nature commençaient à s'amenuiser. Pour alimenter les industries il fallait transporter le bois de plus en plus loin, tandis que les coûts augmentaient aussi. Or, il n'était pas facile de déplacer les scieries et les communautés avoisinantes, les unes et les autres représentant d'immenses investissements et avantages sociaux. Que pouvait-on faire pour assurer la viabilité et améliorer la récolte de bois aux alentours? C'est dans cette période de transition qu'intervient la sylviculture dont le rôle est généralement reconnu.

Comme, à l'époque, on comprenait mal l'écologie des forêts boréales, on y introduisit et on y pratiqua largement les systèmes de coupes de jardinage mis au point et appliqués avec succès dans des peuplements forestiers du continent situés plus au sud. Ces systèmes paraissaient en principe idéaux. Pas de frais de plantation ni de soins culturaux, l'habile maniement de la hache suffisant à maintenir la forêt en bon état et apte à produire. Dans beaucoup d'endroits, cependant, ces méthodes se traduisirent par de véritables désastres biologiques. Faute d'une sérieuse préparation du terrain, bien des zones exploitées devinrent la proie d'une végétation broussailleuse dominante agressive. Seules purent survivre des essences climaciques résistantes à l'ombre, autrement dit l'épicéa et le sapin, essences déjà présentes dans le sous-bois du peuplement précédent; d'où l'apparition, dans ces forêts, d'une composition spécifique totalement différente. Et c'est ainsi qu'au lieu de l'Eden promis, on se retrouva devant des millions d'hectares de forêts claires, arbustives, faites d'essences à croissance lente et sans aucune valeur commerciale. En l'absence de fortes perturbations, dues à la nature ou à l'intervention de l'homme (les feux spontanés ont été largement supprimés), les processus biologiques de la forêt s'immobilisèrent.


La coupe de jardinage pratiquée pendant des décennies dans la forêt boréale naturelle des pays nordiques, a laissé des millions d'hectares de forêts claires, stagnantes et sans valeur économique


Par comparaison aux aires reboisées autrefois (a l'arrière-plan), les sites traités afin de favoriser la biodiversité se caractérisent par l'abandon, après exploitation, d'arbres morts et creux et de gros feuillus en mélange avec des essences nouvellement plantées

Ce n'est que dans les années 40 que l'on finit par comprendre et reconnaître l'échec de la coupe de jardinage en tant que méthode généralisée dans les forêts boréales de l'Europe du Nord. Depuis lors, un formidable programme de restauration a permis de transformer ces zones forestières abîmées en une nouvelle génération dynamique de jeunes peuplements à croissance rapide.

Sur les quantités totales annuelles enlevées de bois d'œuvre et industriel, 80 pour cent, voire plus, proviennent des coupes définitives pratiquées à grande échelle dans les forêts naturelles domaniales de la Fédération de Russie et du Canada. Par «grande échelle», on entend ici les seules quantités enlevées par coupes rases sur des sites couvrant souvent de 50 à 100 ha ou plus et ayant un rendement de dizaines de milliers de mètres cubes de bois. Dans les pays nordiques, les grandes sociétés industrielles forestières exploitent leurs peuplements de manière analogue, bien qu'il s'agisse en l'occurrence de peuplements de deuxième ou troisième génération et non plus de peuplements primaires. Dans l'ensemble, la foresterie en zone boréale se pratique donc principalement à grande échelle. Dans la forêt industrielle, les méthodes sylvicoles se caractérisent donc par la mécanisation et sont motivées par le profit, la rentabilité, le contrôle des opérations, etc.

La petite foresterie boréale privée a cours surtout dans les pays nordiques et au Canada oriental. Des centaines de milliers de petits exploitants s'y partagent une bonne partie de la forêt. Bien que la situation soit différente, les systèmes sylvicoles utilisés dans ces peuplements ne diffèrent pas radicalement de ceux mis en œuvre par les gros exploitants. S'il en est ainsi, c'est parce que, entre autres choses, on s'est peu préoccupé par le passé d'élaborer d'autres méthodes sylvicoles répondant mieux aux besoins de la petite foresterie boréale. Autre raison, la tendance croissante des petits propriétaires forestiers privés à vendre leur bois sur pied et à laisser à l'acheteur l'industrie - le soin d'appliquer toute mesure sylvicole obligatoire.