La participation des femmes aux projets de logements sociaux (HABITAT, 1986, 77 p.)
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View the documentDirectives a l'intention de l'instructeur
View the documentIntroduction
View the documentChapitre 1 : La formulation des critères de sélection
View the documentChapitre 2: Le recrutement des bénéficieras
View the documentChapitre 3: La planification de l'établissement
View the documentChapitre 4 : La planification de l'infrastructure
View the documentChapitre 5 : La planification du logement
View the documentChapitre 6: Le financement du logement
View the documentChapitre 7 : Les femmes et la construction
View the documentChapitre 8: La construction en auto-assistance et les entrepreneurs
View the documentChapitre 9: L'entretien du projet
View the documentChapitre 10: Le recouvrement des coûts
View the documentBibliographie

La planification de l'établissement est habituellement la première phase d'un projet de logement qui donne à la communauté l'occasion de participer activement à la prise de décisions. Toutefois, l'étendue de la participation communautaire varie en fonction de la nature du projet.

Dans les projets de trames d'accueil, de nombreuses décisions fondamentales, telles que l'emplacement du site et le nombre de parcelles, ont été déjà prises avant le recrutement des attributaires. Si, toutefois, les futurs résidents sont choisis avant que la planification détaillée ne commence, il peut y avoir de bonnes possibilités de participation communautaire.

Obstacles à la participation

Le plus grand obstacle lorsqu'on fait la participation participer les groupes cibles à la planification d'un projet de trames d'accueil est l'absence de communauté. Il appartient au personnel du projet d'encourager la création d'une communauté entre des gens qui ne se connaissent pas encore.

Dans la plupart des établissements spontanés, il existe déjà une certaine forme d'organisation communautaire; en fait, il se peut que ce soit cette organisation qui ait lancé le projet de reclassement. Si c'est le cas, les planificateurs ont une base sur laquelle ils peuvent engager les participants dans la planification, bien que cette méthode risque d'affecter négativement la participation des femmes.

Si la tradition veut que les organisations communautaires aient un homme à leur tête et presque toujours des hommes comme membres, cela signifie qu'elles auront tendance à représenter les intérêts des hommes. Si le personnel du projet travaille exclusivement avec, ou par le biais, de telles organisations, cela empêchera les femmes de participer au projet. Dans les projets de trames d'accueil, où les organisations communautaires n'existent pas encore, on peut créer facilement des organisations ouvertes aux femmes et encourager la participation de celles-ci à leurs activités.

D'un autre côté, dans les projets de reclassement de colonies de squatters, les responsables du projet ne seront pas obligés de créer de nouvelles filières pour la participation communautaire féminine. Car souvent, dans ces colonies, les femmes ont déjà établi des réseaux non-officiels pouvant servir de base à la participation communautaire des femmes.

Equateur

A Guayaquil, des squatters se sont établis dans les champs de palétuviers (mangroves) aux abords de la ville. Dans de telles circonstances où même l'eau est rare et précieuse, les femmes sont constamment réunies par le hasard et forment des liens d'entraide complexes, liens qu'elles formalisent par des rapports de parrainage. Quand le réservoir d'eau n'est pas approvisionné, elles se regroupent pour discuter comment elles peuvent se partager l'eau qu'elles ont; lorsqu'un enfant se tue en tombant d'une passerelle, les femmes se réunissent pour consoler la voisine. C'est ainsi qu'elles deviennent conscientes de leurs souffrances communes, et ce sont les femmes qui exhortent leurs voisines à former des comités pour faire pression sur les autorités locales pour qu'elles améliorent les infrastructures. (Moser, 1982).

Le transport

Lorsque le site du nouvel établissement est choisi, les autorités oublient souvent que les femmes doivent se rendre dans différentes parties de la ville à des heures de la journée qui ne sont pas les mêmes que celles des hommes. En conséquence, non seulement elles ne disposent que de peu de temps du fait qu'elles doivent combiner leurs rôles économique et domestique, mais encore, elles perdent du temps à se déplacer entre leur nouveau logement et leur lieu de travail.

Brésil

A Belo Horizonte, de nombreux cars font le trajet de la zone périphérique au centre ville aux heures de pointe le matin et le soir, pour assurer le transport des hommes à leur lieu de travail. Les femmes ont elles aussi besoin de transports publics pour des activités variées, telles que les courses, le ramassage des enfants à la sortie des écoles, les visites à l'hôpital ou au dispensaire et leur propre travail à mi-temps. Cependant, beaucoup d'autobus n'assurent pas le service pendant la journée, aux heures où les femmes ont besoin de moyens de transport. En conséquence, le temps passé chaque jour en transport est trois fois plus important chez les femmes que chez les hommes, en moyenne (Schmink, 1982).

Inde

Entre 1975 et 1977, 700 000 squatters à Delhi furent réétablis dans 17 quartiers dans la banlieue de la ville. Dans l'un d'eux, Dakshinpuri, les femmes ont beau coup plus souffert du déplacement que les hommes. Dakshinpuri étant situé loin de leur lieu de travail précédent, pour un grand nombre d'entre elles, les frais de transport diminuaient leurs maigres revenus à tel point que ce n'était plus la peine de travailler. Alors que le taux d'emploi avait baissé de 5% seulement chez les hommes, 27% des femmes ont été obligées de s'arrêter de travailler (Singh).

Si, étant donné les prix élevés des terrains, on doit installer des colonies à la périphérie des villes, il est indispensable de mettre au point des moyens de transport sûrs et bon marché ou d'organiser des activités rémunératrices viables à l'intention des femmes au sein même du nouvel établissement, pour compenser leur perte de revenu.

Les longues heures passées en transport peuvent aussi avoir des effets négatifs sur les autres composantes du projet. Dans le projet George de reclassement de colonies de squatters à Lusaka (Zambie), la construction de logements pour la réinstallation des femmes chargées de famille a été considérablement retardée parce que les femmes passaient beau coup de temps à voyager entre leur maison et leur travail sur la place du marché (Rakodi).

Bail

Dans les projets de trames d'accueil aussi bien que dans les projets de reclassement de colonies de squatters, le bail est un aspect très important. La sécurité du bail stimule les investissements dans l'amélioration du logement, et un titre de propriété peut sou vent servir de garantie pour l'obtention d'un prêt.

Les droits fonciers sont en général accordés aux hommes, car les autorités assument que ceux-ci sont les chefs de famille, même lorsque ce sont les femmes qui assument l'entière responsabilité de leur famille ou qui sont le principal soutien. Dans certains pays, les femmes n'ont pas le droit d'être propriétaires de biens fonciers. Le fait que les femmes n'ont pas, ou ne peuvent pas avoir, de biens fonciers a un certain nombre de conséquences.

D'abord, le bien foncier représente une forme d'économie, du fait que sa valeur augmente avec le temps. Si les femmes n'ont pas de titre foncier, elles risquent de se retrouver sans argent en cas de divorce ou de séparation. De plus, un homme peut facilement divorcer ou se séparer de sa femme s'il est seul propriétaire de la parcelle et de la maison.

Ensuite, en tant que principale source de revenu, l'homme exerce déjà un contrôle presque illimité sur sa famille et sur ceux qui dépendent de lui. Si de plus il est le propriétaire légal de tous les biens fonciers, son pouvoir de contrôle est quasi absolu, et en conséquence, il prendra probablement toutes les décisions relatives au modèle, à l'amélioration et à l'organisation de la maison.

Enfin, dans de nombreux pays, l'accès des femmes au crédit est extrêmement limité. Si elles ne peuvent pas enregistrer le titre foncier à leur nom, elles ne sont pas en mesure d'utiliser ce bien foncier comme garantie pour l'obtention d'un prêt.

Mexico

A Mexico, une coopérative appelée Unión de Solicitantes y Colonos para la Vivienda (USCOVI) a acheté, en 1980, des parcelles à l'intention de 60 familles. Consciente de l'importance du nom figurant sur le titre foncier, les statuts de cette coopérative comportent l'obligation que les titres fonciers soient au nom de la femme, pour assurer sa protection et celle de ses enfants contre l'abandon de son partenaire masculin (Arredondo et al).

Modèle de l'établissement

Etant donné que souvent les terrains sont coûteux et peu abondants, les établissements sont conçus en sorte d'utiliser au mieux l'espace disponible. C'est en se fondant sur ces critères d'ordre technique et financier qu'on prend des décisions concernant le modèle d'aménagement des terrains. Il est rare qu'on prenne en considération la culture et le style de vie des attributaires, surtout s'il s'agit de femmes.

Plan du site

Dans plusieurs pays, l'univers social de la femme est défini par les limites physiques de sa maison ou de son voisinage. Par conséquent, le plan du quartier revêt pour elle une importance particulière. Si les femmes ne peuvent pas participer dans la même mesure que les hommes à la planification d'un site, il y a peu de chances que leurs besoins spécifiques et leurs priorités soient suffisamment pris en considération.

Les besoins qu'éprouvent les femmes en ce qui concerne l'aménagement de la parcelle peuvent être radicalement différents de ceux éprouvés par les hommes. Les femmes préfèrent vraisemblablement que les parcelles soient groupées autour des services d'infrastructure, de sorte qu'elles puissent rencontrer d'autres femmes pendant qu'elles effectuent leurs travaux domestiques; en outre, leur double fardeau (travaux domestiques et activités rémunératrices) peut être allégé par l'aide qu'elles s'apportent mutuellement.

Cependant, on n'organise pas souvent les sites selon ce modèle, qui tend à être peu rentable du point de vue de l'utilisation économique de l'espace.

Zambie

L'aménagement de la zone de réinstallation dans le cadre du projet de reclassement George à Lusaka a profondément changé la vie des femmes. Les rues et les parcelles ont été quadrillées, avec une maison par parcelle, ce qui donne un caractère privé à chaque famille. L'inconvénient est qu'aupar-avent les femmes pouvaient effectuer leurs travaux domestiques et rester dans le champ de vision des autres. Le nouvel aménagement les isole. Autrement dit, elles ne peuvent plus laisser leur maison ouverte ou leurs enfants jouer sous l'oeil vigilant des voisines (Schlyter).

Activités rémunératrices

Comme l'on assume normalement que les hommes travaillent à l'extérieur et que les femmes sont entièrement prises par les travaux domestiques, on néglige la création d'activités rémunératrices au sein même de l'établissement.

Dans les cas où les familles ne peuvent pas survivre en comptant sur le seul revenu de l'homme, les femmes sont obligées de contribuer comme elles peuvent au budget familial. Les femmes chargées de famille, quant à elles, doivent avoir un revenu suffisant pour toute la famille. S'il n'y a pas de création d'emplois au sein de l'établissement ou si les réglementations en matière d'aménagement du territoire ne permettent pas les activités rémunératrices dans les quartiers d'habitation, ces femmes sont obligées de chercher du travail à l'extérieur du voisinage. Ceci provoque souvent de sérieux problèmes pour les enfants, qui sont livrés à eux-mêmes.

Kenya

Dans le projet de trames d'accueil de Dandora à Nairobi, les règles stipulaient que la terre et la maison devaient être utilisées uniquement à une fin d'habitation. Pourtant, de nombreux habitants de Dandora sont des femmes chargées de famille qui travaillaient à domicile dans le secteur non-officiel.

Malgré l'action des autorités pour imposer une stricte séparation entre les activités à domicile et les activités rémunératrices, et malgré la menace et le harcellement incessant des askaris (genre de policiers) de la ville, 48% des femmes ouvrières de la Phase I du projet Dandora ont continué à travailler chez elles.

Pour celles qui ont accepté de se plier aux réglementations, les autorités ont permis la location de chambres comme forme de revenu.

L'autorisation de louer des chambres leur était accordée dans le but de compenser la perte des moyens traditionnels de gagner de l'argent à domicile.

Pourtant, les femmes chargées de famille ne réussissaient pas à perfectionner leur maison dans la même mesure que les hommes chefs de famille, à cause du manque de temps et d'argent. En conséquence, les locataires préféraient louer des chambres dans les maisons mieux construites et mieux entretenues appartenant à des hommes. Ainsi, planifier sans tenir compte de la spécificité de la femme la gêne considérablement pour trouver des revenus pour sa famille (Nimpuno-Parente).

L'aménagement de l'établissement doit permettre la création d'activités rémunératrices à l'intention des femmes, dans son voisinage. Il faut prévoir de l'espace pour ces activités et prévoir en même temps des programmes de formation et des crédits.

Inde

A Madras, la Urban Development Authority (Autorité pour le développement urbain) exécute un grand programme de logements qui, entre autres, comprend une unité ambulante de formation technique. La contribution au revenu familial provient souvent, en grande partie, des femmes et des enfants; donc, accroître le revenu grâce à la formation technique a des conséquences positives sur le recouvrement des coûts (Singh).

La garde des enfants

Les planificateurs ne réservent pas, en général, de fonds pour la garde des enfants, parce qu'ils partent du principe que les femmes sont responsables du soin et de l'éducation des enfants. Pourtant, pour que la femme puisse participer à des activités rémunératrices, elle doit pouvoir faire garder ses enfants, afin que cette tâche lui soit épargnée. Dans certaines communautés, les grand-mères et les autres femmes de la famille assument cette tâche pendant que la femme travaille. Dans d'autres, l'absence de services de garderie sur le lieu de travail limite sérieusement la participation des femmes sur le marché de l'emploi.

RECOMMANDATIONS

Participation communautaire

Les responsables du projet doivent, durant la phase de planification, consulter les femmes, qu'ils se planifient avec des organisations existantes ou de nouvelles organisations. Dans les projets de trames d'accueil où les bénéficiaires ne sont pas encore recrutés, une enquête sur les femmes pauvres vivant dans des circonstances identiques à celles du groupe cible pourrait fournir de précieuses informations relatives aux besoins et aux priorités des femmes en matière de planification.

Dans d'autres projets, où une communauté existe déjà, les responsables du projet doivent faire preuve de prudence lorsqu'ils ont affaire uniquement à des organisations dirigées par des hommes. Ils devraient, si possible, voir si les organisations qui existent déjà sont représentatives et; s'ils constatent que les femmes sont exclues de ces organisations, ils devraient trouver des moyens de contourner le problème pour permettre la participation féminine.

Emplacement du site

Dans les projets de trames d'accueil et de reclassement, les responsables du projet devraient se renseigner sur les endroits où les femmes travaillent et essayer d'implanter le projet autant que possible à proximité du lieu de travail des femmes. Cette forme de "discrimination positive" est indispensable si les femmes doivent: gagner de l'argent, se charger des tâches domestiques et éduquer leurs enfants. En plus, le personnel du projet devrait aussi voir où les femmes à faible revenu font leurs courses et où leurs enfants vont à l'école.

Dans le cas où le projet doit absolument être localisé en banlieue, loin des lieux de travail traditionnels des femmes, des mesures doivent être prises pour assurer:

(a) un moyen de transport bon marché, sûr et fréquent qui fonctionne pendant la journée entière et non uniquement aux heures de pointe;

(b) des possibilités de travail rémunéré pour les femmes aussi bien que des services de garderie, des marchés et des écoles au sein de l'établissement.

Bail

Les femmes chargées de famille constituent une large proportion du groupe-cible. A cela il faut ajouter que les femmes qui accèdent au projet en qualité de membres d'une famille ayant un homme à sa tête ont de fortes chances de se retrouver chargées de famille, soit par l'abandon soit par la migration prolongée de l'homme. Si la femme n'a pas de titre foncier, elle risque de se retrouver sans abri. Du fait que c'est d'habitude la femme qui assume, en fin de compte, la plus grande responsabilité pour ses enfants, il est essentiel que les droits de la femme aux titres fonciers soient reconnus pour qu'elle puisse sauvegarder les intérêts de sa famille.

Les responsables du projet devraient inclure des femmes dans le personnel de projet pour les tâches d'enregistrement des titres. A Amman (Jordanie), dans un projet de reclassement d'une colonie de squatters, il s'est trouvé par hasard que c'était une femme qui était responsable de l'enregistrement des titres au bureau chargé du développement de la communauté. Par suite, les hommes de la communauté donnaient l'autorisation à leur femme d'aller remplir les formulaires. Et c'est ainsi que plusieurs titres fonciers ont été enregistrés au nom des femmes.

Aménagement de la colonie

Consulter les femmes et tenir compte des problèmes qui leur sont spécifiques sont des aspects vitaux pour le succès d'un projet. Chaque fois qu'on a tenu compte des besoins des femmes concernant réservation d'endroits aménagés pour qu'elles puissent exercer un emploi rénumérateur ou un emploi à domicile, les résultats ont en général été positifs.

Même là où on ne peut réserver de l'espace pour permettre aux femmes d'exercer des activités, on peut utiliser d'autres méthodes pour répondre à leurs besoins. Si les initiatives économiques et domestiques font partie intégrante des plans du projet, l'éventail des activités qui se créent s'élargit énormément.

Questions

(a) Travaux pratiques

(1) Identifiez la composition par sexe de l'organisation communautaire dans votre projet. Est-elle dominée par les hommes ou par les femmes?

(2) Est-ce que les hommes et les femmes ont des avis et des priorités différents en ce qui concerne la planification de la colonie, l'emplacement du site et l'aménagement de l'espace?

(3) Est-ce que ce sont les hommes ou les femmes qui détiennent généralement les titres fonciers dans votre projet?

(b) Questions à débattre

(1) Comment peut-on encourager la participation de la femme à la vie communautaire?

(2) Est-il important que les femmes aient des titres fonciers enregistrés à leur nom? Comment organiseriez-vous les procédures d'enregistrement dans votre projet pour faire en sorte que les titres aillent aux femmes?