| Le Courrier ACP - No. 128 - Juillet - Août 1991 - Droits de l'homme - Démocratie - Développement (Commission Européenne, 1991, 102 p.) |
Répondant à l'invitation du Président de la République du Sénégal, Monsieur Abdou Diouf, le Président Jacques Delors, accompagné du Vice-Président Marin, s'est rendu en visite officielle au Sénégal du 30 avril au 3 mai 1991. Cette visite, la première effectuée dans un pays ACP par le Président de la Commission depuis sa prise de fonctions, a revêtu une importance particulière compte tenu de l'évolution politique et de la situation économique qui prévalent actuellement en Afrique.
A cette occasion, le Président Jacques Delors a prononcé le 2 mai, devant l'Assemblée nationale du Sénégal et en présence du gouvernement et du corps diplomatique, un important discours sur les thèmes de l'interdépendance et de la solidarité.
Cette interdépendance, «il faut d'abord en prendre la mesure; on comprend mieux alors la source de cette nouvelle conscience du développement qui se fait jour désormais en Afrique et ailleurs, elle doit aussi former la base d'un partenariat entièrement renouvelé entre l'Europe et l'Afrique».
«La mutation présente du monde implique adaptation et solidarité»
Pour le Président Delors, l'adaptation est un impératif qui implique la solidarité.
«11 n'est pas possible de se tenir à l'écart du mouvement du monde. Aucune frontière, aucune protection, aucun modèle spécifique ne peuvent nous dispenser des efforts requis par la prise en compte de la mondialisation des échanges».
La solidarité doit d'abord se faire jour sur le plan économique où stabilité est menacée par «l'incohérence des décisions prises séparément, au titre de l'ordre monétaire. de la libéralisation du commerce, et de la redistribution des ressources financières» mais aussi par l'échec des organisations chargées de la régulation des marchés des matières premières alors qu'un effort de surveillance, de transparence et de coopération devrait être la règle.
En réponse à l'interdépendance la Communauté européenne s'organise. A ce propos le Président Delors affirme «Je ne dis pas c cela pour la donner en exemple; mais pour la citer comme un exemple d'une évolution beaucoup plus vaste qui la dépasse».
Le Grand Marché Unique européen de 1992 correspondait au départ à une volonté d'adaptation collective, dictée par la nécessité de renforcer la compétitivité face à la mondialisation des technologies, des financements et des marchés.
L'Acte Unique européen, ratifié en 1987, était la traduction institutionnelle de cette nécessité. Il a provoqué coopération, solidarité et ouverture.
C'est à la lumière de cette «dialectique entre ouverture et solidarité» que se laissent interpréter l'Union économique et monétaire et l'Union politique: «la Communauté est ouverte par nécessité, solidaire par tradition et par idéal. Dans ce double mouvement, elle se prépare en fait a mieux assumer sa part de l'interdépendance mondiale».
«La naissance d'une nouvelle conscience du développement»
Pour le Président de la Commission, cette nouvelle conscience du développement se caractérise d'abord par une rupture avec le passé, sur deux points:
- rejet des «visions romantiques, inspirant
des politiques excessivement volontaristes et reposant principalement sur la
détermination des pouvoirs publics centraux»
- dénonciation du «recours exclusif à l'assistance, gui constitue un obstacle d'une prise en en charge, par les peuples, de leur propre destin».
Les défis structurels sont à la fois globaux ou plus particuliers à l'Afrique. Globaux, l'évolution des cours des matières premières et la dette: «la dette africaine reste équivalente au PNB africain. Cette proportion est la plus lourde au monde». Autres défis concernant l'Afrique, la démographie et l'environnement: «Il est urgent de briser, en Afrique, avec la coopération du monde entier, le cercle vicieux de la pauvreté et de la destruction du milieu naturel».
Mais la prise en compte des problèmes structurels ne sera rien sans celle de la démocratie comme nécessité, tout en étant conscient que «la démocratisation ne s'impose pas, en vertu des événements survenus à l'Est de l'Europe ou d'une nouvelle conditionnalité politique venue du dehors'»
La nécessité démocratique provient surtout du fait que: «si l'on ne veut pas que les réformes de structure débouchent sur de nouvelles formes d'arbitraire ou sur de nouvelles frustrations, il faut des contre-poids, il y faut la participation de tous, des responsables politiques jusqu'aux simples citoyens».
Tout ceci ne sera possible qu'à travers l'organisation concrète de l'interdépendance, naturellement responsabilité des pays du Nord mais aussi par un effort nouveau de coopération mondiale, en particulier au niveau régional.
«Afrique et Communauté européenne: les bases d'un nouveau partenariat»
Pour le Président Delors, nous avons ensemble, ACP et Européens, une vision commune et des moyens. Nous pouvons donc aussi nous donner un projet.
La Convention de Lomé, outil en perpétuelle adaptation, est «un modèle de coopération fondé sur le contrat, le respect mutuel des parties et sur la durée». Pour favoriser le développement des initiatives, elle propose le fil conducteur de notre nouveau partenariat, en posant les Droits de l'Homme et la finalité humaine comme ultimes fondements de notre processus de coopération: «il est clair, désormais, que l'approfondissement de la démocratie et le développement économique et social sont indissociables».
Le Président Delors a conclu son intervention par la défense de l'impératif du développement solidaire «qui constituerait la chaîne de toutes ces initiatives, qui les rassemblerait dans une philosophie commune, qui questionnerait fortement les pays développés et, en premier lieu, la Communauté européenne».
Dominique David
Rédacteur en
Chef