Unasylva - No. 181 - La sylviculture. (FAO, 62 p.)
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View the documentUtilisation industrielle de forêts boréales et les débuts de la sylviculture
View the documentSystèmes sylvicoles
View the documentSylviculture: investir ou entretenir?
View the documentRésultats de la transformation
View the documentConservation de la nature et diversité biologique
View the documentConclusions

Aidée par la recherche et par l'expérience acquise au cours du siècle dernier, la foresterie de la zone forestière boréale nordique a conçu des systèmes sylvicoles, qui sont censés être rationnels sur le plan des opérations et donner des résultats biologiques raisonnablement sûrs et satisfaisants. Ces dernières décennies, la principale méthode de régénération a consisté à planter après préparation mécanique du terrain. A la fin des années 80, on a planté environ 750 millions d'arbres par an sur quelque 300000 ha de forêts boréales coupées à blanc.

Comme le démontre l'expérience, le taux d'échec de régénération est assez faible en foresterie de plantation: les semis plantés confèrent aux nouveaux peuplements un démarrage rapide; on peut choisir les essences convenant le mieux à chaque station et souvent, les semis proviennent de graines génétiquement améliorées; les mesures nécessaires pour établir le nouveau peuplement sont simples à planifier et à gérer; ainsi, tout le processus de régénération est bouclé en peu de temps et il est facile de contrôler les résultats et en même temps, des mesures correctives peuvent être prises rapidement; il est également possible de contenir les dépenses salariales et autres frais généraux afférents aux méthodes standardisées comme la plantation.

Dans la foresterie de plantation, la semence est un produit critique. La collecte de semences en forêt boréale est une tâche laborieuse et pas toujours possible vu le climat hivernal. Sur de vastes superficies forestières de la zone boréale, l'été est souvent si froid que les semences d'arbres ne mûrissent que rarement. En outre, quelques conifères, par exemple les épicéas, sont des semenciers peu fiables. Chez d'autres essences, par exemple le sapin et le bouleau, les semences tombent pendant une brève période après mûrissement des cônes. C'est pourquoi, aujourd'hui, une grande part des semences d'arbres utilisées en foresterie de plantation proviennent de vergers semenciers disséminés dans toute la zone de forêts boréales. Elles proviennent aussi d'essences sélectionnées et possèdent de ce fait de meilleures propriétés génétiques.

Vu la rareté de la main-d'œuvre et le facteur coût, on a établi des pépinières qui produisent des plants cultivés en conteneurs permettant une plantation rapide et facile, soit à la main soit au moyen de machines. Ces pépinières, parfois très importantes, peuvent produire de 50 à 70 millions de plants par an. Comme elles supposent des frais d'investissement assez élevés, leur capacité annuelle est rarement inférieure à 15 millions de plants. En Suède, on a pu quadrupler les résultats de la plantation manuelle en utilisant des plants en conteneurs au lieu de plants à racines nues. Le taux de plantation à l'heure a doublé, tout comme la durée de la campagne de plantation. De plus, l'alimentation des planteuses se fait plus facilement avec des plants en conteneurs qu'avec des plants à racines nues.

Il convient de souligner l'importance de conteneurs appropriés. Dans des conteneurs impropres, les plants de nombreuses essences, et notamment de pins, risquent de pâtir d'instabilité après mise en place. Comme, au début, on a employé de mauvais conteneurs, les premières plantations de pins ont souffert dans les pays nordiques. Depuis lors, on a adopté de nouveaux conteneurs qui permettent aux racines des pins plantés de mieux se développer.

La régénération dite naturelle se pratique aussi beaucoup dans les pays nordiques. Certains sites forestiers boréaux ne se prêtent pas à la plantation. Ainsi en va-t-il des sites très humides et très secs. Dans ce cas, la nature fournit souvent les plants gratuitement dès l'instant où le forestier mène efficacement le processus de rajeunissement. Toutefois, même sur les sites habituellement plantés, la régénération naturelle sous essences semencières de pins est parfois une bonne solution, à condition toutefois que le terrain soit convenablement préparé par scarification ou brûlis contrôlés et que le climat local soit assez chaud pour permettre aux semences d'arbres de mûrir. Contrairement aux pins, les épicéas ne sont en général pas assez stables au vent pour jouer le rôle d'arbres semenciers isolés et ce sont en général des producteurs semenciers peu fiables.

Autrefois, on considérait que de fréquentes éclaircies commercialisables constituaient un moyen important pour améliorer la croissance et la valeur et réduire la mortalité naturelle des pins et épicéas dans les forêts boréales nordiques. Toutefois, la recherche et l'expérience ont démontré que, dans des peuplements aménagés, le forestier peut décider, dans de larges limites, la quantité de bois qu'il souhaite récolter sous forme d'éclaircies ou de coupes définitives. Sans pour autant influencer beaucoup le rendement total en bois, il peut opter soit pour un programme d'éclaircies peu nombreuses, voire nulles, et récolter le gros du rendement total en une seule opération à la fin de la rotation, soit pour un programme de petites éclaircies fréquentes et légères ou d'importantes éclaircies espacées. Le choix des programmes de traitement des peuplements dépend donc plus de facteurs économiques, tels que le prix des assortiments de bois produits et les coûts de la récolte. A noter qu'on n'a peut-être pas les mêmes latitudes dans les zones forestières boréales où dominent d'autres conifères comme l'espèce Larix.

Ces dernières décennies, on a utilisé la fumure à l'azote pour maintenir le niveau de récolte de bois dans certaines zones forestières boréales, par exemple en Suède et dans certaines parties du Canada, sans risquer de compromettre l'approvisionnement à long terme. En Suède, des dizaines de millions de mètres cubes de bois ont été produits grâce à l'application par voie aérienne d'urée et de nitrate d'ammonium lors d'une période critique dans les années 70 et au début des années 80, époque à laquelle la réserve de forêts prêtes à la récolte était provisoirement réduite. En favorisant ainsi, à grande échelle, la croissance du stock sur pied de peuplements forestiers d'âges moyen et vieux, les propriétaires forestiers ont pu compenser un déficit provisoire dans la distribution par classe d'âge et éviter de considérables réductions dans la récolte annuelle pendant un certain temps. Aujourd'hui, les gros propriétaires forestiers recourent fréquemment à la fumure pour améliorer la croissance des arbres après éclaircie.

La mécanisation est devenue une composante importante de la sylviculture boréale. La préparation mécanique du site a vite remplacé la pratique du feu contrôlé, pratique exigeant beaucoup de main-d'œuvre. Plus récemment, on a essayé de mécaniser intégralement les opérations de plantation et d'éclaircies précommerciales. Dans certaines zones de forêts boréales, la plantation à l'aide de machines est rendue difficile par des sols morainiques très rocheux. Aujourd'hui toutefois, des machines aux performances impressionnantes y opèrent, en procédant simultanément à la préparation de l'emplacement et à la plantation de plants en conteneurs. En Suède, une machine de ce genre peut, en opérant trois postes par jour, installer trois millions de plants pendant la saison exempte de neige.


Les plantations forestières boréales nordiques, bien entretenues, ont un rendement de 25 a 30 pour cent supérieur à celui qui était pré vu au départ. En général, elles n'aboutissent pas à des monocultures. Divers feuillus et conifères poussent spontanément là où succombent les c arbres c plantés


Dans la forêt boréale nordique, on peut choisir assez librement les régimes d'éclaircies sans pour autant influencer le rendement total en volume. Ce peuplement centenaire de seconde génération a dominance d'épicéas a été éclairci trois fois

Une des tâches importantes de la sylviculture boréale consiste à adapter les provenances aux conditions du site. A condition d'utiliser des provenances appropriées, on peut cultiver beaucoup d'espèces forestières boréales loin de leurs lieux d'origine dans d'autres parties de la zone forestière boréale. En Suède par exemple, on a planté Pinus contorta, var. latifolia sur plus d'un demi-million d'hectares et, sur des sites propices, la croissance de cette essence dépasse de 40 et 60 pour cent respectivement celle du pin suédois et de l'épicéa. Néanmoins, il a fallu, pour le développement de la sylviculture nordique, peaufiner maintes fois les critères régissant le choix des provenances avant que les plantations établies à l'extrême nord et/ou à haute altitude arrivent à un taux de survie acceptable. De vastes superficies ont dû être replantées en raison des attaques de maladies fongiques sur les arbres affaiblis, affaiblissement dû essentiellement à une inadaptation climatique.

Avec le temps, il est apparu évident que la foresterie boréale avait aussi besoin d'autres systèmes sylvicoles adaptés aux sites forestiers spéciaux «difficiles» pour la production d'assortiments de bois particuliers, et aux sites appelant une attention spéciale étant donné leurs valeurs naturelles. Dans les pays nordiques, la recherche forestière s'occupe actuellement de mettre au point de tels systèmes.

Les arbres plantés et/ou éclaircis, quand ils démarrent vite répondent en formant des anneaux annuels relativement larges et des branches épaisses, contrairement à bien des essences de la forêt naturelle, supprimées dans leur jeune âge. Ces arbres à croissance initiale lente, recherchés par l'industrie parce qu'ils donnent du bois de sciage de haute qualité, se raréfieront sous l'effet des méthodes sylvicoles actuelles. Ce choix difficile entre rendement en volume et qualité du bois est un dilemme que partage la sylviculture boréale avec bien d'autres régions productrices de bois dans le monde. Dans les pays nordiques, la recherche sur la sylviculture boréale étudie avant tout les possibilités de modifications propres à améliorer la qualité des forêts artificielles de demain.