| Compte-rendu de la réunion annuelle du Réseau pour la prévention des crises alimentaires au Sahel. Rome (Italie). (Club du Sahel, 28-29 Novembre 1996, 26 p.) |
REUNION ANNUELLE DU RESEAU DE PREVENTION DES CRISES ALIMENTAIRES AU SAHEL
Rome (Italie), les 28 et 29 novembre 1996
1. Les résultats définitifs de la campagne agricole 1995-96 indiquent que les 9 pays du CILSS ont récolté une production brute de 9,1 millions de tonnes de céréales, soit une baisse de 9% rapport à la campagne 1994-95 et de 1% par rapport à la moyenne des années 1990-94. Les bilans ex-post montrent que le disponible céréalier pour la consommation par habitant est en baisse de 4% par rapport à 1994-95.
2. Les estimations de production brute pour la campagne 1996-97, établies, comme chaque année par une série de missions conjointes FAO/CILSS d'évaluation des récoltes dans chaque pays, se situent à 9,4 millions de tonnes, soit un chiffre très légèrement supérieur à la moyenne des cinq dernières années. Les situations sont différentes selon les pays. Les productions sont supérieures à la moyenne en Mauritanie, au Niger et au Sénégal, proches de la moyenne au Burkina Faso, en Gambie et au Mali mais en baisse au Cap Vert, au Tchad et en Guinée Bissau. Le déficit céréalier apparaît en forte hausse cette année au Tchad et au Cap Vert. Quelques incertitudes sur le déficit estimé en Mauritanie et au Sénégal ont été mentionnées par plusieurs participants.
3. On a pu constater une certaine inquiétude suite aux importantes hausses de prix des céréales observées pendant la période de soudure de cette année 1996 dans l'ensemble des pays. Ces hausses restent en l'état actuel des analyses difficiles à interpréter; elles ne sont pas dues à des conditions climatiques défavorables ou encore à une raréfaction de l'offre. Il serait souhaitable d'approfondir la réflexion sur l'analyse de cette tendance qui semble s'intégrer à un mouvement inflationniste plus général. Dans ce contexte, une incertitude est à relever sur l'estimation du volume du commerce régional (notamment sur celui des exportations des pays du CILSS vers les pays côtiers), celle-ci affectant le calcul du bilan céréalier.
4. Le niveau des stocks nationaux de sécurité (SNS), quand ils existent, est en net recul dans la plupart des pays du CILSS. Dans certains pays, comme au Burkina Faso et au Niger, la reconstitution physique des stocks est en cours, dans d'autres, comme au Mali ou au Sénégal, elle n'est que partielle. En revanche, la situation semble critique au Tchad où le SNS est pratiquement vide, sans que des engagements suffisants pour sa reconstitution n'aient été pris.
5. La production mondiale de céréales s'est améliorée cette année avec une reconstitution partielle des stocks et une baisse des cours mondiaux. Toutefois, la situation reste encore fragile.
6. Plusieurs participants ont rappelé l'intérêt qu'il y aurait à élargir les bilans alimentaires aux produits non céréaliers. Toutefois, cet exercice, déjà difficile avec les céréales, pose des problèmes en matière de collecte et de fiabilité des données.
7. L'aide alimentaire mondiale a poursuivi sa tendance à la baisse et les pays du CILSS n'échappent pas à ce mouvement avec un transfert de 217.000 tonnes en 1995/96 contre 246.000 tonnes en 1994/95. Certains participants ont relevé que les opérations d'aide alimentaire se diversifient voire se complexifient, notamment en matière d'achats locaux et d'origine des financements pour réaliser ces achats, rendant parfois délicat l'enregistrement statistique de ces opérations.
8. Plusieurs donateurs comme l'Union Européenne, le Canada ou les Etats-Unis ont présenté leurs nouvelles réflexions et politiques en matière d'aide alimentaire. Celles-ci semblent vouloir intégrer davantage cette aide dans une perspective de sécurité alimentaire à plus long terme. Les participants ont particulièrement apprécié les évaluations menées par l'Union Européenne et l'ampleur de la réforme engagée au sein de la Commission Européenne.
9. Au cours de l'année 1996, la charte de l'aide alimentaire n'a été évaluée de façon approfondie qu'en Mauritanie, où la concertation semble s'engager avec davantage d'optimisme que par le passé. Une appréciation plus globale sur l'application de la charte de l'aide alimentaire a été possible à partir de diverses consultations. A l'avenir, les évaluations se poursuivront en collaboration avec le projet PREGEC (CILSS) qui sera prochainement mis en oeuvre.
10. Les participants ont insisté sur le fait que l'aide alimentaire devait être mieux ciblée vers les populations vulnérables. Les types de travaux présentés sur le Burkina Faso et le Niger, spatialisant la corrélation entre flux d'aide alimentaire et zones de vulnérabilités devraient être étendus à d'autres pays du CILSS. Toutefois, il serait souhaitable qu'en parallèle, les concepts de vulnérabilités utilisés dans les différents pays et au sein de chaque pays, fassent l'objet d'une typologie plus précise et éventuellement d'une harmonisation. La réunion organisée les 9 et 10 décembre 1996 par la FAO sur ces questions devrait permettre d'avancer dans cette direction.
11. La nouvelle formulation du projet PREGEC a été présentée. Ce projet insiste sur le fait que la prévention des crises demeure une fonction principale des activités du CILSS. A cet effet, le secrétariat du CILSS poursuit ses consultations dans les pays membres de façon à ce que ce projet réponde au mieux aux besoins des Etats. Une proposition précise devrait être faite dans la première moitié de l'année 1997, pour financement.
12. Au terme d'un processus de réflexion engagé depuis deux ans par le CILSS et le Club du Sahel sur les systèmes d'information, les orientations du séminaire régional sur ce sujet, prévu durant la seconde moitié de 1997 ont été présentées. Cette initiative de tenir un tel séminaire a été très appréciée par les participants. Ces derniers ont insisté pour que cette future réunion régionale conduise à des décisions concrètes afin d'améliorer l'efficacité des systèmes existant, dans une perspective de sécurité alimentaire.
13. Le Club du Sahel et le SMIAR ont présenté leurs pages INTERNET sur le World Wide Web qui permettent un accès rapide aux informations diffusées par ces organismes sur le Sahel. Des liens entre ces deux serveurs pourront être mis en place pour mieux valoriser l'ensemble de l'information disponible.
14. Les participants ont examiné le plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation et ses implications pour le Réseau de prévention des crises alimentaires au Sahel. L'existence même du réseau, la charte de l'aide alimentaire, les ateliers sur les dispositifs d'information et la recherche de la cohérence de ces derniers font partie intégrante des objectifs de ce plan d'action. Mais les recommandations du Sommet interpellent aussi les activités du réseau concernant notamment l'identification des populations à risques, les questions d'accessibilité, le suivi des stocks et la préparation des plans d'urgence au niveau national.
15. Le Club du Sahel a proposé que la prochaine réunion du réseau de prévention des crises alimentaires au Sahel se tienne au siège de l'OCDE, en novembre 1997.