L'irrigation villageoise: Gérer les petits périmètres irrigués au Sahel. (GRET, 1992, 368 p.)
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Open this folder and view contentsLogique technicienne et logique paysanne
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Si elle veut réduire ses importations alimentaires, l'Afrique doit développer l'irrigation de ses terres pour en obtenir une production plus importante et plus régulière. Dans certains pays sahéliens, la FAO a su montrer qu'il n'existait pas d'alternative à l'irrigation: même en utilisant au maximum les semences sélectionnées, les engrais, les herbicides... les cultures pluviales ne suffisent pas pour nourrir les populations. C'est d'autant plus vrai que les habitudes alimentaires changent en faveur du riz et même du blé qui ne poussent pas sans apport d'eau.

L'irrigation s'est d'abord développée sous l'impulsion des gouvernements, sans référence aux connaissances "traditionnelles": les dalous sont pourtant répandues dans l'Aïr au Niger, les shadoufs au Tchad et à l'est du Niger. Aujourd'hui, cette approche par "en haut" a montré ses limites. La gestion administrative des périmètres est lourde et chère, et surtout elle freine les initiatives paysannes de peur de perdre ses pouvoirs.

Aussi les périmètres initiés par "en bas", qu'ils soient communautaires ou individuels, se développent le long des fleuves, autour des barrages et des forages. Leurs initiateurs, malgré leur dynamisme, ont besoin d'être aidés par des cadres formés à une autre approche des mondes paysans, plus respectueux de ses savoir-faire, de ses options, et décidés à répondre à ses besoins plutôt qu'à lui imposer des schémas inappropriés.

Ces cadres, souvent techniciens d'organisations non gouvernementales (ONG) OU du mouvement coopératif, ont de la peine à trouver une documentation adaptée. Ce livre sur les périmètres irrigués villageois comble une lacune. Il existe déjà des manuels pour construire les infrastructures d'un petit périmètre irrigué: l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a publié des bulletins, des manuels d'irrigation; le ministère de la Coopération et du développement a édité ses célèbres manuels de l'adjoint technique et de l'ingénieur des travaux ruraux. Aucun d'entre eux n'a mis l'accent sur les problèmes sociaux et économiques que posaient la création et la survie à terme des petits périmètres irrigués villageois. Pourtant, ces problèmes sont nombreux: l'irrigation bouleverse les structures familiales et villageoises, sans parler des morts dans les premiers périmètres irrigués réalisés près de Kayes au Mali par d'anciens immigrés.

Nul n'était mieux placé que le GRET pour aborder ces problèmes. Sa place au carrefour de toutes les expériences comme secrétaire du groupe "Périmètres irrigués" du réseau Recherche-Développement, son expérience dans la rédaction de manuels de vulgarisation, lui ont permis de présenter un livre pratique et utile au technicien comme à l'animateur, pour approcher le monde paysan. On saura gré à l'auteur d'avoir insisté sur l'analyse préalable des structures sociales du village avant toute proposition d'amélioration. En particulier, il a raison de montrer que plus d'encadrement et de formation ne constituent pas à eux seuls une réponse aux tensions foncières (entre propriétaires et exploitants ou entre sédentaires et nomades), sociales (entre castes, entre hommes et femmes, chefs de familles et jeunes), économiques (entre riches et pauvres)...

Il me reste à souhaiter que ce livre soit diffusé en dehors du Sahel qui lui a fourni ses exemples. L'approche méthodologique qu'il préconise est en effet valable dans bien d'autres situations: de la petite hydraulique du Maroc jusqu'au Nordeste brésilien, de la vallée du Sénégal aux hauts plateaux malgaches, les problèmes des périmètres irrigués villageois sont fondamentalement identiques, même si les réponses doivent toujours être adaptées au contexte local.

François Gadelle
Service des Relations internationales - CEMAGREF
Chef des services techniques au CIEH