| Les cahiers du Grif (GRIF, 1977, 120 p.) |
| Flash 2 |
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B. - On habite Schaerbeek, près du parc Josaphat. On a vécu l'année dernière un épisode qui contredit ce que tu dis à propos de la liberté de mouvement en ville. Si tu veux bien admettre qu'une fille de neuf ans, c'est une femme; elle est du sexe féminin.
On était à la maison, il faisait chaud à crever et tous les gosses étaient en maillot de bain. A un moment donné, on dit: «Oh! si on allait acheter une glace!». On y va.
Plutôt que de revenir à la maison manger la glace, on décide de faire le crochet par le parc Josaphat. En cours de route, deux filles ont dû aller faire pipi. N'ayant pas trouvé les WC à l'endroit prévu, elles sont parties plus loin sans revenir nous prévenir. A l'entrée des «toilettes», un bonhomme (la quarantaine, environ) s'est présenté comme étant le préposé... Quand on les a retrouvées, ¾ d'heure après, alors que nous avions sillonné le parc en tous sens - c'était un jour de très grande affluence! - , le type était en train de sortir du parc avec les deux filles en larmes et les jambes complètement écorchées (il les avait hissées de force par-dessus la haie).
Il les avait persuadées de se déculotter et de «faire» dans les buissons («même les grandes filles de 15 ans le font», disait-il, - et il avait ajouté pour corser: «bien que la police le défende!») puis il leur avait raconté toute une salade comme quoi il était poursuivi par des Marocains avec un couteau, qu'ils l'avaient déjà blessé et qu'elles devaient s'enfuir avec lui pour le sauver.
Ce qu'il aurait fait d'elles, je n'en sais rien.
Mais tu emmènes tes enfants acheter une glace... je pense que si tu le fais à Overijse ou ailleurs en banlieue résidentielle les voisins diront peut-être: «Tiens! Ils sont curieux! Ils laissent leurs enfants se promener en maillot de bain!» sans que ça vous empêche de revenir à la maison tranquilles: il n'y aura pas eu de problème.
Total, nous qui avons choisi un quartier que nous aimons pour sa diversité, pour la vie qui y grouille partout, devrons peut-être en changer pour que nos filles puissent circuler plus librement. A dix ans, elles circuleraient en tram, en bus, sans être menacées ou importunées. Tandis que dans ce cas-ci, notre petite voisine a fait des cauchemars et n'osait plus aller seule à l'arrêt du bus, à deux pas de chez nous, parce que l'individu était un jardinier communal qu'elle voyait forcément travaillant sur les plates-bandes de l'avenue: là, il n'aurait pu l'ennuyer, mais la peur la tenait.