Eurêka N° 24/25 - Publication Trimestrielle du CNRST - La société Dagara, «une société contre l'état?». (Documents du Burkina Faso, Mars - Juin 1998, 20 p.)
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Il y a tout juste cent ans se tenait à Berlin le premier congrès international sur la lèpre. Des experts venus du monde entier se disputaient sur les causes et les modes de transmission de cette terrible maladie. Mais tous étaient au moins d'accord sur un point: la lèpre était une maladie incurable. Cette impuissance a été une réalité jusqu'en 1950, date à laquelle a été mis au point le premier médicament contre la lèpre. Bilan de cette maladie, aujourd'hui en passe d'être éradiquée.

La lèpre est provoquée par une bactérie, Mycobacterium leprae, une lointaine cousine du bacille tuberculeux. Découverte en 1873 par G. Armauer Hansen, un médecin norvégien, M. Leprae sera la première bactérie reconnue comme cause d'une maladie humaine. Mais, bien qu'identifié, le bacille de la lèpre était impossible à cultiver en laboratoire. Les recherches piétinaient. La lèpre étant désormais reconnue comme maladie transmissible et faute d'en savoir plus, les médecins préconisaient d'isoler les lépreux, donnant ainsi l'aval scientifique à des siècles d'ostracisme. On comprend mieux pourquoi on appelait alors la lèpre "la maladie du désespoir". Nous savons aujourd'hui que si le bacille de la lèpre se transmet par contact cutané ou par l'intermédiaire de gouttelettes véhiculées par l'air, il ne "s'attrape" pas pour autant facilement. Sur 100 personnes exposées au bacille de Hansen, seules 10 % tombent malades et sur ces 10 %, un tiers développera la forme la plus grave et la plus défigurante de la maladie. L'évolution de l'agent infectieux de la lèpre est très lente: il peut se passer jusqu'à vingt ans entre la pénétration du bacille dans le corps et les premiers signes de la maladie.

Trois médicaments valent mieux qu'un

II faudra attendre 1960 et 1971 pour que les chercheurs parviennent à trouver des modèles animaux (souris et tatou) qui ont permis le début de la recherche moderne sur la lèpre. Découvertes d'autant plus urgentes que la dapsone, seul médicament alors disponible que les malades devaient prendre toute leur vie, est de moins en moins efficace.

En 1981, les travaux en laboratoire permettent de découvrir qu'une association de trois anti-infectieux, la dapsone, la rifampicine et la clofazimine, parvient à vaincre le bacille. La polychimiothérapie (PCT) vient d'être mise au point: depuis, les traitements par PCT ont permis de guérir 8 millions de malades.

En ce moment, l'OMS estime le nombre mondial de malades de la lèpre à 1 260 000 cas (on en comptait 5,4 millions en 1991). Parmi eux, 940 000 sont traités. Un plan d'action mondial est en cours et devrait permettre de soigner tous les malades, même ceux vivant dans des régions peu accessibles ou n'ayant que très peu accès aux soins de santé comme les migrants, les nomades ou les réfugiés. On envisage ainsi de dépister et de guérir quelques 3 millions de cas d'ici l'an 2000, la lèpre cessant du coup d'être un problème de santé publique. Ces résultats laissent présager une éradication possible de la maladie dès les premières décennies du XXIe siècle, à la condition toutefois de ne pas relâcher l'effort.

Guéri mais peut-être handicapé

La recherche continue pour améliorer le traitement de la lèpre. Ainsi, d'autres combinaisons d'anti-infectieux peuvent être proposées dans certains cas.

Sur la piste d'un possible vaccin, des chercheurs du Malawi et de Grande-Bretagne ont testé les effets du BCG en tant que protection anti-lépreuse: 120 000 malawites ont participé à ces essais et les résultats font état d'une protection significative contre la lèpre après une première vaccination par le BCG. Cette protection est encore meilleure après une deuxième vaccination.

Des travaux se poursuivent également pour parvenir à raccourcir la durée du traitement, qui varie actuellement entre six mois et deux ans selon la gravité de l'atteinte.

Ainsi, un programme OMS, en cours d'évaluation depuis trois ans, teste une association ofloxacine/rifampicine sur une durée de trente jours seulement. Mais quatre années sont encore nécessaires pour apporter la preuve que ce nouveau protocole apporte vraiment la guérison.

On a vu que les traitements viennent maintenant à bout de la lèpre. Mais, même guéri, un ancien lépreux conservera peut-être de terribles handicaps. On compte ainsi dans le monde entre un et deux millions de personnes porteuses de handicaps d'origine lépreuse. Pour elles se pose encore un problème de réadaptation et de traitement au long cours.

Dans de nombreuses régions du monde, réintégrer la communauté peut aussi être une difficulté supplémentaire tant sont encore vives les anciennes craintes et superstitions autour de la lèpre.