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close this bookLe désherbage des cultures triopicales, Maisonneuve et Larose, 1988
close this folderVIII. Cas particuliers
View the document(introduction)
View the document8.1. - Graminées annuelles
View the document8.2. - Graminées pérennes
View the document8.3. - Cypéracées pérennes
View the document8.4. - Les striga
View the document8.5. - Eupatorium odoratum = Chromolaena odorata

8.3. - Cypéracées pérennes

Cyperus rotundus a été décrit en 1753 par Linnée. C'est une monocotylédone glumiflorale appartenant à la famille des cypéracées.

Quand les conditions sont favorables (humidité, couverture végétale du sol peu dense), un ou deux bourgeons germent en inhibant le développement des autres. Ces bourgeons donnent naissance soit directement à une plante, soit à un rhizome dont le bourgeon terminal, en donnant à son tour naissance à une plante, inhibe le développement des bourgeons latéraux. Tous les bourgeons dormants sont capables de se développer en cas de destruction des bourgeons actifs ou des plantes qui en sont issues.

Lorsque les plantes peuvent effectuer leur cycle complètement, elles développent une inflorescence en ombrelle portant de nombreux épillets, au sommet d'une hampe inflorescentielle de 20 à 35 cm de haut, à section triangulaire, qui sort d'une couronne de feuilles dont les limbes s'épanouissent à ras du sol, engainant une tige courte qui reste pratiquement souterraine. Les inflorescences sont de couleur brun-rouge, couleur donnée par les glumes accolées sur les épillets.

Les graines contenues dans ces épillets sont capables de germer et de donner naissance à d'autres plantes et d'autres tubercules, mais le mode principal de dissémination de l'espèce est la multiplication végétative. Cette dissémination est favorisée par des pratiques culturales modernes. La mécanisation entraîne un travail plus important du sol et les tubercules sont disséminés par les outils; l'emploi d'engrais, en particulier de l'azote, accroît le développement des tubercules. On peut également noter que l'association agriculture-élevage en permettant l'utilisation de fumier dissémine les graines qu'il contient (Déat, 1975) et contribue à l'envahissement des terres par C. rotundus.

Lutte contre Cyperus rotundus

On peut pratiquer des sarclages mais leur efficacité est réduite car s'ils suppriment momentanément les plantes développées, celles-ci sont remplacées rapidement à partir des bourgeons dormants que ne détruit pas cette pratique et il faut alors recommencer le travail.

Seule la lutte chimique permet de lutter efficacement contre Cyperus rotundus. Elle peut s'envisager de deux façons: soit on recherche un contrôle temporaire de cette adventice, contrôle qui permet d'istaller une culture, soit on veut éradiquer cette plante.

Contrôle temporaire


Dose en kg m.a./ha et durée du contrôle en semaine (entre parenthèses)

Alachlore

1,12 (3)

2,24 (4)

4,48 (4)

Butachlore

1,12 (4)

2, 24 (4)

4, 48 (4)

Morflurazon

1,12 (4)

2,76 (6)

3,68 (9)

Perfluidone

1,92 (4)

3 (7)

3,84 (8)


2

3

4

Atrazine + Metolachlor

+ (5)

+ (7)

+ (10)


5, 76

8,64

11,52

Le contrôle de Cyperus rotundus augmente avec les doses employées mais à ces niveaux de traitement la phytotoxicité pour les cultures devient importante.

Eradication de Cyperus rotundus

Deux produits permettent de nettoyer parfaitement les parcelles envahies par Cyperus rotundus (bromacil et glyphosate).

Leur utilisation et leur mode d'action sont différents puisque l'un s'applique en prélevée et l'autre en postlevée.

Traitements de prélevée

Le bromacil permet un contrôle satisfaisant de Cyperus rotundus. Il s'applique sur sol propre et ne nécessite pas d'enfouissement. Son action est renforcée par une bonne pluviosité après son application et utilisé à des doses de 4 à 7 kg m.a./ha, il donne satisfaction dans les cultures d'ananas. Plus la dose est forte, plus l'action est prolongée et à 7 kg m.a./ha l'éradication est complète.

Pour d'autres cultures annuelles, son emploi est plus délicat car ce produit est très rémanent et certaines plantes sensibles aux herbicides comme le cotonnier ou le kénaf ne peuvent être cultivées après une application de bromacil et ce, pendant une période qui peut atteindre 2 ans pour une application de 7 kg m.a./ha.

Traitements de postlevée

Le glyphosate peut être employé avec succès contre Cyperus rotundus. Ce produit est capable de détruire les tubercules reliés à des plantes en végétation qui reçoivent le traitement.

L'efficacité du traitement est maximale quand les Cyperus sont bien développés (hampe florale sortie) et une dose variant de 2 à 4 kg é.a./ha par application permet de détruire les parties aériennes de C. rotundus et les organes souterrains qui y sont reliés.

Les applications doivent se succéder en fonction du rythme des repousses si l'on veut arriver à l'éradication, et peuvent se réaliser en traitement dirigé lors d'une culture puisque le glyphosate est inactif dans le sol.

Cyperus esculentus a une morphologie et une biologie très voisines de celles de C. rotundus. Ces deux espèces sont d'ailleurs très souvent confondues. C. esculentus se différencie par une plus grande taille, des tubercules sphériques de teinte plus claire, et à la floraison, par des feuilles aussi longues que la hampe florale et des épis insérés perpendiculairement aux axes florifères. C. esculentus est plus sensible à l'ombrage et aux herbicides que C. rotundus.

Scirpus maritimus se propage surtout à partir de stolons et de tubercules. Chaque tubercule donne naissance à une seule tige fructifère, mais cette tige peut atteindre 1,5 m de haut avec un diamètre de plus d'un centimètre. Cette adventice posait de sérieux problèmes en riziculture irriguée des Philippines et d'autres pays d'Asie. On obtient maintenant un contrôle très efficace de cette adventice avec bentazon (1,5-3 kg m.a./ha) et fénoprop (0,75-1,25 kg m.a./ha) en application de postémergence du riz et des adventices. Glyphosate, en postémergence de Scirpus mais en présemis du riz, assure un meilleur contrôle que bentazon, à une dose de 4 kg é.a./ha.