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close this bookFindings No. 40 - Stratégies pour un développement durable des parcours d'élevage en Afrique Subsaharienne, La Banque Mondiale
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(introduction)

FINDINGS présente les travaux sur les analyses économiques et sectorielles réalisées par la Région Afrique de la Banque Mondiale et les gouvernements membres. FINDINGS est une publication périodique du Département technique, Région Afrique de la Banque Mondiale.

L'utilisation durable des parcours communs d'élevage en Afrique Subsaharienne exige un bon aménagement de ceux-ci. Entre 1945 et la fin des années 1980, plus de la moitié (49%) des 494,2 millions d'hectares de terres dégradées en Afrique était due au surpâturage. Un réexamen des hypothèses qui sont à la base de l'aménagement des parcours et le développement de l'élevage a permis d'énoncer un ensemble des propositions basées sur l'apport des capacités, la succession de la végétation, la composition des parcours, la dégradation des sols, et quelques aspects de la planification et d'exécution des projets d'aménagement des parcours. L'étude intitulée, Sahel Operational Review: Status and Lessons learned , souligne les mérites d'améliorer et d'ajuster, plutôt que d'éliminer les pratiques traditionnelles d'aménagement des parcours.

Capacité de charge des pâturages

L'une des raisons principales d'échec des projets d'aménagement des terrains de pâturage est qu'il ne semble pas y avoir de la consistance dans la définition d'une des variables pertinentes dans l'écologie: la capacité de charge des pâturages. Simplement dit, il s'agit du nombre d'animaux qu'un certain parcours de pâturage peut supporter durablement. Il est important d'évaluer la capacité de charge des pâturages étant donné que celle-ci détermine si le parcours est éventuellement égénéré ou détruit.

L'approche la plus répandue a été jusqu'à présent la "théorie de succession", définie comme le processus ordonnateur et directionnel par lequel une association ou une famille d'espèces de plantes remplace une autre. Cette théorie soutient qu'un seul type de végétation durable et caractéristique domine un endroit particulier compte tenu des conditions climatiques et du type du sol. Si cette végétation est perturbée, elle va revenir grâce à une séquence successive. Il a donc été nécessaire d'équilibrer la pression sur les pâturages avec l'effort régénérateur naturel des plantes. La capacité de charge des pâturages était auparavant déterminée par la densité de la population animale à laquelle cet équilibre est réalisé.

Les écologistes ont toujours utilisé une définition large de la capacité de charge, qui peut avoir une implication pour l'aménagement des parcours. La biomasse et la population des herbivores sont comparées relativement à des densités alternatives de stock pour arriver à des combinaisons techniquement faisables des densités de plantes et des animaux. De façon idéale, l'augmentation de la population animale sera contrôlée la disponibilité décroissante de la biomasse.

La capacité de charge écologique des pâturages est le point où le taux de la production du fourrage est égal au taux de sa consommation par les bêtes. Le bétail cesse de croître à cause de la limitation du pâturage, ce qui a comme conséquence des taux de mortalité égaux aux taux de naissance. A ce point d'équilibre, il n'y a pas de surplus de production d'animaux ou de biomasse. Cependant, les bêtes ne sont pas nécessairement dans de bonnes conditions.

On peut obtenir une végétation très dense et des bêtes en très bonne santé en maintenant un très petit nombre de bêtes, c'est-à-dire au niveau de la capacité de charge économique. Il est nécessaire que les administrateurs maintiennent différents niveaux d'écoulement dans le but de supporter les différentes combinaisons de densités d'animaux. Un bon taux d'écoulement peut être défini comme le point de production soutenable maximum. Il apparaît au point où la population animale augmente plus vite. La densité des réserves à ce point est comprise comme la capacité de charge économique. Les augmentations de la population animale au delà de ce point entraîne la baisse de l'équilibre étant donné que des taux de mortalité élevés et des taux décroissants de natalité réduisent la possibilité d'écoulement de maintenir une population stable d'animaux.

Le manque d'équilibre dans les systèmes

Cette discussion sur la capacité de charge avance que les conditions de croissance de la végétation restent les mêmes. En pratique, les facteurs physiques tels que la chute des pluies et la température varient et causent des changements dans la croissance des arbres. Si de tels changements sont intermittents et par conséquent périphériques, un tel système sera toujours considéré comme étant en équilibre. Cependant, si les perturbations sont fréquentes et semblent commander les événements, elles peuvent alors être considérées comme faisant partie du système, et on peut alors leur accorder de la considération.

Hétérogénéité écologique, mobilité des troupeaux et composition des espèces

Les deux stratégies que les éleveurs ont utilisé traditionnellement pour gérer les troupeaux dans un contexte d'hétérogénéité écologique consistent en la mobilité des troupeaux et l'ajustement de la composition des espèces. Comme réponse naturelle à l'hétérogénéité des parcours, les éleveurs déplaçaient leurs troupeaux. La stratégie de mobilité consiste à déplacer les troupeaux séquentiellement à travers une série d'environnements de telle sorte que chacun atteint son plus haut niveau de capacité de charge au moment de la visite. Donc, les éleveurs itinérants sont capables de maintenir une population animale plus nombreuse à l'intérieur d'une vaste zone géographique que plusieurs troupeaux dispersés et confinés dans leurs terrains individuels. La mobilité des troupeaux peut être considérée comme l'une des stratégies importantes dans l'aménagement des parcours. Permettre la flexibilité du mouvement des éleveurs accroît dès lors l'utilisation optimale d'un environnement hétérogène.

Gérer une variété des espèces permet de profiter grandement de la nature hétérogène des écosystèmes. La stratégie pastorale consiste à utiliser un large éventail des espèces (vaches, chameaux, moutons, et chèvres) qui utilisent différentes parties du fourrage et résistent différemment à la sécheresse. Dans un tel environnement de productions variées, où un éleveur utilise des systèmes différents de production animale, une décision doit être prise en ce qui concerne les taux de stockage pour chaque type de système. Ceci peut aussi être considéré comme une décision pour diversifier les sources de revenus et répond à la préoccupation de gérer le risque.

Impliquer les éleveurs locaux

Les activités d'élevage étaient auparavant considérées comme non productives, inefficaces et destructrices de l'environnement. Les activités de gestion de terres et de ressources des éleveurs étaient en conséquence supprimées. Certaines des actions menées contre eux comprennent la délimitation des frontières et des restrictions sur la taille des troupeaux. La réflexion actuelle indique que l'élevage est une réponse efficace aux incertitudes d'un environnement naturel hostile, et qui peut mener éventuellement à l'augmentation de la productivité des terres.

On sait par exemple que les éleveurs savent stocker et déstocker en réponse aux sécheresses et autres calamités. L'expérience et l'analyse indiquent que la taille des troupeaux associée à ces réponses traditionnelles atteint rarement une proportion qui peut causer des dommages irréversibles.

L'expérience montre aussi une évolution dans les schémas fournis par les agences du gouvernement vers l'enseignement adapté impliquant les éleveurs. Lorsque les politiques sont principalement dictées par le gouvernement central, elles s'avèrent habituellement peu efficaces. L'implication des éleveurs est importante au niveau de la planification et l'exécution de l'aménagement des parcours et des programmes de développement de l'élevage. Elle facilite donc l'adaptation et la dissémination de ces pratiques.

Les propositions-clés

L'expérience du passé a permis de tirer quelques conclusions, présentées ci-dessous:

" La capacité de charge d'un parcours ne dépend pas seulement des caractéristiques botaniques mais aussi des pratiques de gestion de leurs utilisateurs. La capacité de charge écologique peut être différente du taux de stockage économiquement profitable, le tout dernier étant plus durable.

" Les écosystèmes des sols secs peuvent ne pas être en équilibre, étant donné que les taux de population animale et la flore changent constamment du fait des variations des conditions atmosphériques comme la chute des pluies et d'autres phénomènes tels les incendies. Ces conditions changeantes rendent difficile de prévoir à un moment particulier dans l'avenir l'état d'un écosystème.

" L'hétérogénéité écologique dans les parcours Africains, conduit à la variabilité spatiale dans la production de la biomasse. Ceci s'explique par les différences dans la productivité, dans l'altitude, le type de sol, le degré de moisissure et la fertilité des sols.

" La dégradation des sols n'est pas nécessairement le résultat de l'élevage, comme on le croyait auparavant. Les facteurs retenus entraînant la dégradation de l'environnement peuvent être présentés comme suit:

1. des mauvaises conditions atmosphériques tellesdes variations dans les prévisions de pluies;

2. une sécheresse fréquente;

3. des conflits et guerres civils; et

4. le déclin économique.

" Les projets d'aménagement des parcours doivent être conçus avec l'implication des éleveurs locaux dans les phases de planification et d'exécution.Quelques principes de direction de nature institutionnelle pour la conception d'un projet d'aménagement de parcours incluent ce qui suit:

" De longues périodes (15 années ou plus) sont nécessaires pour la phase de planification, étant donné sa nature itérative avec l'implication des éleveurs.

" Les projets doivent habituellement commencer à une petite dimension puis grandir, en mettant l'accent sur la création des capacités institutionnelles locales.

" Comme ces projets sont généralement expérimentaux de nature, il est parfois nécessaire de changer d'orientation. La flexibilité institutionnelle et organisationnelle est importante pour permettre de telles réponses.

" Il est nécessaire de mettre en place de bons mécanismes de contrôle et d'évaluation, et d'apprendre à partir de l'expérience.

" Une diversité d'organisations peut être nécessaire pour faire face aux défis complexes. Il peut s'agir des organisations des éleveurs, des ONG de services, des fédérations de producteurs et du gouvernement.

" Un bon environnement de politiques en général est essentiel.

Une réglementation moins centralisée, le transfert du contrôle des ressources sous la responsabilité des utilisateurs locaux, la prise en compte des besoins locaux et la surveillance systématique de l'exécution des projets et des programmes sont essentiels pour l'aménagement des parcours. La redéfinition des politiques actuelles de développement de l'élevage réalisée par cette étude va permettre d'assurer un développement durable des parcours d'élevage en Afrique Subsaharienne.


figure

Lusigi W. J. et John Buursink. 1994. Sahel Operational Review: Status and Lessons Learned. Document No. 11, série Politique et planification environnementale, division environnement et développement durable, Département technique, Région Afrique, Banque Mondiale. Pour des exemplaires de ce rapport, veuillez contacter Mme. Leita Jones, Room J3-263, Banque Mondiale 1818 H Street, N.W., Washington, D.C. 20433. Téléphone: (202) 473-5030.