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close this bookLe théier, Maisonneuve et Larose, 1988
close this folderIX. Cueillette
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View the document9.1 - Physiologie de la croissance
View the document9.2 - Formation de la table de cueillette («Tipping»)
View the document9.3 - Distribution de la production
View the document9.4 - Principes de la cueillette
View the document9.5 - Pratique de la cueillette
View the document9.6 - Réception et transport des feuilles
View the document9.7 - Cueillette mécanique

(introduction)

La cueillette a pour objet de récolter périodiquement, à la main ou mécaniquement, les jeunes pousses qui se développent sur la table de cueillette. Celles-ci sont, généralement, constituées d'un bourgeon et de deux à trois feuilles.

L'objectif de la cueillette est de rechercher un équilibre entre le rendement et la qualité, les éléments chimiques déterminant la qualité du thé se trouvent en effet en plus grande quantité dans les jeunes pousses.

Les normes de cueillette sont fixées par l'usine qui détermine la qualité du thé marchand à produire, en fonction de la tendance du marché.

9.1 - Physiologie de la croissance

La croissance du théier est périodique, sans liaison apparente avec le climat ou d'autres facteurs extérieurs, mais ils peuvent cependant avoir une influence indirecte. Cette croissance comprend deux phases, la période de poussée végétative (flushing period) et la période de dormance (banji period).

Lorsque la dernière feuille d'une pousse atteint son développement maximum, apparaît une petit bourgeon d'une longueur de 5 mm que l'on appelle «banji». La pousse semble être au repos, mais en fait, il n'y a pas d'inactivité car le bourgeon gonfle progressivement et prépare la poussée suivante.


Fig. 12. - Jeune pousse de théier.


Ph. 13. - Théiers - Recépage - Cameroun. ( Cl. G. BLAHA ).


Ph. 14. - Un champ de théiers, sous ombrage, en cueillette - Assam. ( Cl. D. BONHEURE ).

Au cours du développement de la nouvelle pousse, le bourgeon dormant s'allonge, avec formation de bractées sessiles, puis des préfeuilles et des feuilles normales. Les préfeuilles (janam, fish leaf) ont une grande importance dans la conduite de la cueillette.

Le rythme de croissance est différent d'une pousse ou d'un élément foliaire à un autre et varie en fonction du climat, de l'alimentation de la plante et du type de cueillette. Cette dernière doit être adaptée, dans la mesure du possible, au rythme de croissance du théier, de manière à ce que les phases de dormance ne bouleversent pas la récolte.

La phase de croissance varie de 50 à 80 jours suivant les régions à thé. Le gonflement du bourgeon dormant représente 51 % de cette phase alors que la formation de la préfeuille couvre 30 % de cette période. Celle de la pousse formée d'un «pekoe» et de deux feuilles ne représente plus que 19 % de la phase de croissance.

9.2 - Formation de la table de cueillette («Tipping»)

La cueillette ne doit pas débuter avant que le théier n'ait réformé un feuillage permanent dont la profondeur et la densité seront soigneusement contrôlés afin de permettre au buisson de refaire ses réserves nutritives.


Fig. 13. - Tipping.


Fig. 14. - Gabarit pour le tipping. Formation de la table de cueillette.


Ph. 15. - Récolte du thé - Ouganda. ( Cl. R. COSTE ).

On laisse donc repousser un matelas de feuilles d'une épaisseur de 20 à 30 cm au-dessus du niveau de la taille. On récolte ensuite, au même niveau, les pousses formées d'un bourgeon et de deux à trois feuilles, qui ont dépassé la hauteur fixée pour le «tipping». Cela permet d'obtenir une surface de cueillette large, plane et régulière.

La pratique a montré que le meilleur «tipping» se situe à 20 cm au-dessus du niveau de la taille, et à 50-60 cm du sol pour les théiers ayant subi l'arcure, ce qui correspond au niveau de formation des branches tertiaires. Un feuillage trop clairsemé ne permet pas d'obtenir la reconstitution rapide des hydrates de carbone, alors qu'un feuillage trop dense a l'inconvénient de réduire la photosynthèse des feuilles situées au niveau de la taille.

Le «tipping» est effectué parallèlement au sol, avec trois à cinq passages au même niveau; il se fait à la main, à l'aide d'un gabarit en forme de «U» renversé; le sécateur et le couteau sont proscrits.

9.3 - Distribution de la production

La croissance du théier est rapide par temps chaud et humide, et lente lorsque les températures sont basses. Dans les régions à faible amplitude thermique, les rendements varient de 5 à 10 %, alors que dans les régions à fortes variations saisonnières, ils oscillent de 1 à 20 %.

Cette différence est due à la longueur du cycle de croissance d'une pousse qui varie de 8 à 16 semaines en fonction des conditions climatiques, des méthodes culturales, etc...

La dimension et le poids d'une pousse dépendent de nombreux facteurs: matériel végétal, hauteur de la table de cueillette, cycle de taille, climat, etc... Ils évoluent sensiblement entre les 5 e et 8 e semaines après le déboursement comme le montre le tableau n° IV.


Fig. 15. - Pousses à cueillir et type de cueillette.


Ph. 16. - La cueillette - Un cueilleur muni d'un imperméable, d'un panier et d'un «stick», pour contrôler le niveau de la. table - Kenya. ( CL D. BON HEURE ).

Lorsque l'on cueille des pousses «B + 3» au lieu de pousses «B + 2», le gain de récolte est de l'ordre de 25 %; il est donc recommandé de ne cueillir que les pousses adultes.

Tableau IV
AUGMENTATION DE POIDS D'UNE POUSSE DE THÉIER

Nombre de semaines après le débourrement

Type de pousse

Poids de la pousse(g)

5

B+ 1

0,2

6

B + 2

0,8

7

B ouvert + 2

1,3

8

B + 3

2,0

9.4 - Principes de la cueillette

a) Cueillir impérativement les pousses recommandées par le chef d'usine, responsable de la qualité du thé marchand.
b) Ne jamais cueillir des pousses non adultes (bourgeons et bourgeons + 1 feuille), afin d'obtenir un cycle de cueillette court et un fort rendement. Le cycle de cueillette moyen est de 10 jours, avec des extrêmes de 6 à 14 jours et plus, suivant les conditions climatiques.
c) Ne jamais adopter un cycle de cueillette fixe.
d) Ne jamais cueillir les pousses sous la table de cueillette.
e) Cueillir les bourgeons dormants (banji) pour provoquer le déboursement des bourgeons axillaires.
f) Cueillir un minimum de 75 % de bonnes feuilles (bourgeon + 2 feuilles, bourgeon + 3 feuilles et Banji + 1 jeune feuille).
g) Maintenir la table de cueillette horizontale et parallèle au sol.

9.5 - Pratique de la cueillette

Les cueilleurs, munis d'un tablier ou d'un imperméable les protégeant de l'humidité et de la pluie, récoltent les pousses des deux mains.

Les «outils» du cueilleur sont le panier qui doit être placé confortablement sur son dos et une latte ou un stick (généralement en bambou) destinés à contrôler le niveau de la table.

Pour éviter que le niveau de cueillette ne monte trop vite, le cueilleur doit pincer et jeter les feuilles ou parties de pousses en surnombre. Ce rabattement au «breacking back» ne doit pas affecter son rendement et ne doit jamais excéder 10 % de son temps de travail. Au-delà de ce taux, il est recommandé d'effectuer cette opération par une équipe séparée. Une parfaite supervision de la cueillette limite au maximum le «breacking back» qu'il faut absolument éviter.


Ph. 17. - Plantation de théiers - Brise-vent de Grevillea robusta-Ouganda . ( CL R. COSTE ).

Le rendement du cueilleur est aussi conditionné par le niveau de la table de cueillette, le nombre de pousses par unité de poids et de surface. Le niveau de la table doit être compris entre 70 et 110 cm du sol; en dehors de ces limites, la durée de la cueillette augmente sensiblement.

Pour une journée de travail de 8 heures, avec un taux de productivité de 75 % et environ 700 pousses par kilo et 80 points de cueillette par m², un cueilleur doit pouvoir récolter 60 kg de feuilles par jour.

Une récolte standard se fait au niveau de la préfeuille (fish leaf). Une cueillette trop légère, sur une feuille normale, provoquera une perte de récolte estimée à 50 à 100 kg/ha et la formation d'une table très irrégulière. Une cueillette trop sévère, sur les bractées, provoquera la formation de nombreuses brindilles, la réduction du poids et de la dimension des pousses et donc une perte sensible de production.

Lorsque le panier est plein (les feuilles ne doivent jamais être tassées), le cueilleur se rend au point de collecte, qui doit être localisé de façon à éviter un maximum de perte de temps et être desservi par un nombre suffisant de sentiers à travers champ.

Le nombre de cueilleurs varie en fonction des saisons, et on compte généralement deux cueilleurs/ha en haute saison, et un cueilleur/ha en période de faible production.

9.6 - Réception et transport des feuilles

Les centres de collecte situés dans les champs (un centre pour environ 25 ha) doivent être suffisamment vastes pour recevoir et protéger les feuilles de théier, recevoir les paniers ou sacs(toujours maintenus en parfait état de propreté) destinés au transport des feuilles vers l'usine. Ces hangars, d'une superficie d'environ 20 m², se composent d'une plate-forme surélevée, en ciment ou en planches, surmontée d'une toiture en tôle ou en chaume.


Ph. 18. - Plantation de théiers C. sinensis à Darjeeling. ( CL J. LIABEUF ).

Les feuilles sont pesées et leur qualité est contrôlée, cueilleur par cueilleur, déposées sur une bâche, puis mises en sacs ou en paniers d'une contenance de 13 à 15 kg.

Les paniers sont disposés sur des remorques à plateau pouvant en contenir une quarantaine, soit environ 600 kg de feuilles. Dans le cas de plantations familiales, des camions spécialement aménagés sont utilisés.


Ph. 19. - Plantation de théiers - Sri Lanka. ( CL J. LIABEUF ).

9.7 - Cueillette mécanique

Dans certaines régions à thé (Japon, Russie, Argentine, etc...), la cueillette se fait à l'aide de machines, maniées par un ou deux hommes ou de tracteurs enjambeurs.

La cueillette mécanique permet une économie de main-d'œuvre, la superficie traitée journellement étant deux à trois fois plus importante que celle récoltée à la main.

Cependant, c'est une cueillette sévère qui ne ménage pas les buissons (sauf si on provoque régulièrement le relèvement de la table de cueillette) et qui ne permet pas de produire des thés de haute qualité.

Le «tipping» doit être parallèle au sol.
La table de cueillette doit être horizontale et parallèle au sol.
Ne récolter que les pousses adultes
(B +2, B +3, Bj + 1 jeune).
Ne pas cueillir sous la table.
Eviter absolument le «breacking back».