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close this bookEvaluation de l'application de la charte de l'aide alimentaire en Mauritanie, Club du Sahel, 1998
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View the documentAbréviations
View the documentIntroduction
View the documentI. Situation générale
View the documentII. Systèmes d'information
View the documentIII. Concertation, coordination et compatibilité entre la politique nationale et celles des donateurs
View the documentIV. L'aide-programme
View the documentV. La mise en oeuvre de l'aide-projet
View the documentVI. La mise en oeuvre de l'aide d'urgence
View the documentConclusion
View the documentAnnexe 1. Liste des personnes rencontrées

Conclusion

1. Sur la situation alimentaire

L'autosuffisance alimentaire apparaît comme un objectif absolument hors d'atteinte en Mauritanie. Il ne semble d'ailleurs pas justifié pour un pays maritime de 2,5 millions d'habitants qui dispose de produits exportables. Le secteur importateur a fait la preuve de son excellente capacité de réponse aux évolutions de la demande nationale.

Le problème de l'insécurité alimentaire est néanmoins réel et son acuité est particulièrement forte cette année. Il n'est pas lié à l'insuffisance des disponibilités alimentaires dans le pays, ni aux distances à franchir, mais au faible pouvoir d'achat d'une partie de la population. Ces populations sont vulnérables en raison de leurs niveaux de revenu mais aussi et surtout à cause des niveaux de prix pratiqués par les commerçants. Les pratiques généralisées de spéculation, de mise en œuvre de la pénurie, d'ententes et d'abus de position dominantes réduisent d'autant le pouvoir d'achat alimentaire des ménages.

La régulation du marché et le développement d'une véritable concurrence dans le secteur commercial constituent dans un premier temps le champ d'action le plus indiqué pour lutter contre l'insécurité alimentaire en Mauritanie. Il semble pourtant vierge de toutes mesures significatives.

2. Sur l'information, la coordination et la prise de décision

La concertation entre les donateurs s'améliore. Mais elle ne semble pas déboucher sur une réelle coordination. Le manque de coordination entre les bailleurs est attesté par l'absence apparente de contacts entre deux bailleurs importants que sont l'UE et le PNUD sur des projets connexes qu'ils comptent localiser dans deux structures différentes 23.

23 Le CSA nous précise que: "(...) la fonction essentielle du SISAAR 'sera de produire des statistiques sur la situation agricole, avec les prévisions de récoltes, les déficits de production, la production animalière, etc.... Il ne fait donc pas, à notre avis, double emploi avec l'observatoire (de la sécurité alimentaire du CSA) dont la vocation est d'exploiter toutes les données pour produire une information quantitative géoréférencée répondant de manière aussi précise que possible aux questions: où, quand et comment intervenir!' ".

Entre les structures nationales, malgré le bel organigramme des GTP, la coordination est faible dans les faits.

On peut noter que la concertation et même la coopération entre les ONG est assez dynamique alors qu'elles sont complètement exclues du dispositif officiel de l'aide. Lorsque les GTP se réveilleront, il serait indiqué d'y intégrer les principales ONG.

L'incomplétude des systèmes d'information constitue le défaut majeur du dispositif mauritanien. L'amélioration de la mise en œuvre de l'aide est fondamentalement contrainte par les problèmes d'identification des informations sur les zones et les populations à risque. Le CSA est désormais bien conscient de l'enjeu, et la mise en place d'un observatoire de la sécurité alimentaire est le volet le plus prometteur de son projet de restructuration.

Quelles que soient les critiques émises à son encontre, le CSA est et restera à moyen terme la structure incontournable du système d'aide mauritanien. Sa restructuration devrait donc être coordonnée avec les autres changements prévus dans le dispositif. Étant donné le rôle du CSA en Mauritanie, il serait de plus préférable que les principaux donateurs soient concertés sur sa restructuration.

3. Sur la mise en œuvre

Le processus d'identification des bénéficiaires constitue la clé de voûte de l'ensemble du système. Le problème de l'insécurité alimentaire en Mauritanie n'est pas d'atteindre les populations vulnérables, ni de disposer de vivres à distribuer, mais d'identifier ces populations.

Or actuellement, malgré ses moyens, le CSA n'assure quasiment qu'une fonction de stockage-destockage: il stocke l'aide internationale et la distribue ensuite suivant une procédure centralisée qui est mal adaptée aux réalités locales de vulnérabilité.

Le monopole d'intervention d'une grosse structure publique, comme le CSA, a pour conséquence, lorsque le système de l'aide alimentaire se dénoue, une relative pénurie d'acteurs alternatifs (ONG, intervenants privés). Les ONG semblent pourtant procéder à un ciblage des populations vulnérables plus efficace que la planification quantitative du CSA. Leurs moyens devraient donc être renforcés, au moins dans le domaine de l'aide gratuite. Mais leurs activités ne peuvent être dynamisées que si elles disposent d'espaces d'intervention clairement définis et stables.

L'élargissement du nombre d'intervenants ne devrait pas manquer de poser des problèmes de concertation et de coordination, au moins dans un premier temps. Mais les structures multilatérales (PAM) sont déjà conscientes de ce risque et semblent prêtes à jouer un rôle d'intermédiation également avec ce type d'acteurs.

4. Sur le "système de distribution alimentaire mauritanien"

En Mauritanie, la production nationale ne couvre qu'entre 30 % et 50 % des besoins. Les habituels effets pervers de l'aide sur la production locale, les habitudes alimentaires,... apparaissent donc moins aigus que dans d'autres pays de la région.

Dans le contexte mauritanien, les différentes composantes de l'approvisionnement alimentaire des populations semblent néanmoins se renforcer mutuellement. Si l'on considère globalement les abus de position dominante des commerçants privés, les missions du CSA de régulation des prix et de fournisseur de vivres, l'aide internationale gratuite et l'activité des ONG dans ce domaine, on peut en effet estimer que c'est l'existence de chacune de ces composantes qui permet aux autres de se maintenir en l'état; les trois dernières contribueraient ainsi indirectement au maintien d'un système de distribution commercial injuste et très coûteux pour le consommateur.

5. Sur la connaissance/diffusion de la charte en Mauritanie

Elle semble très peu connue et n'est quasiment jamais évoquée.

Dans ce contexte, une campagne de rediffusion s'impose à travers des canaux complémentaires:

- les CONACILSS;

- Les réunions ou forum du CILSS axés sur la problématique de la sécurité alimentaire;

- Diffusion en direction des intervenants nationaux et les ONG.

6. Sur la méthode d'évaluation de l'application de la charte

Fondée sur le recueil d'informations auprès des multiples intervenants nationaux et étrangers dans la capitale, la procédure actuelle permet d'évaluer correctement les deux premiers axes de la charte: l'état des systèmes d'information et de la coordination.

Elle apparaît par contre moins bien adaptée à l'évaluation de la mise en œuvre de l'aide. Dans ce troisième domaine, une information plus précise et surtout plus complète ne peut être produite qu'à partir d'enquêtes de terrain, dans les campagnes, permettant d'examiner les pratiques concrètes de mise en œuvre.

Sur la base d'une fréquence d'évaluation annuelle, on peut par exemple imaginer d'alterner une mission longue (15-20 jours) combinant interviews des différents intervenants dans la capitale avec une ou deux enquêtes de terrains, complétée l'année suivante par une mission courte (5-7 jours) d'actualisation de l'information.

Par ailleurs, dans la mesure où l'application de la charte implique des changements de comportements et de structures dont les effets ne peuvent réellement intervenir qu'à moyen terme, il semble préférable, dans la mesure du possible, de maintenir la même équipe d'évaluation durant plusieurs années. Dans chaque pays, la qualité du système de l'aide progresse en effet au rythme des multiples projets programmés par les acteurs multinationaux, étrangers, nationaux et locaux. La qualité de cette programmation est déterminante. Son évaluation ne peut s'effectuer correctement que dans la mesure où l'évaluateur dispose lui aussi d'une perspective d'analyse pluriannuelle.

De manière générale, une telle méthode est susceptible de dynamiser le travail d'évaluation, notamment en développant une meilleure aptitude à mettre l'accent dès le début de la mission sur les questions stratégiques propres à chaque système d'aide national.