
| Artsanat et développement, GRET, 1986 |
| Quatrième partie - La place de l'artisanat dans le développement autocentré: Objectifs et moyens d'une politique |
![]() | L'artisanat et les rouages de l'économie |
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L'importation
Lorsqu'un produit nécessaire n'existe pas sur le marché national, on peut ou bien le produire, ou bien l'importer. Dans le premier cas, c'est à l'industrie ou à l'artisanat d'intervenir; dans le second, c'est au secteur commercial d'agir par le biais de l'importation.
L'intérêt immédiat des commerçants est d'encourager la deuxième solution et de décourager la première, et leur poids économique et politique dans les pays sous-industrialisés étant considérable, il est compréhensible qu'ils tentent de décourager les investissements productifs, à l'exclusion de ceux de l'artisanat industriel qui ne leur créent aucun préjudice du moment qu'ils sont destinés à alimenter exclusivement les marchés extérieurs.
Vis-à-vis de l'artisanat, le commerce intervient doublement:
- tout d'abord, il lui livre les outils, les machines et les matières premières qui proviennent de l'étranger en prenant une marge excessive que lui permet sa situation de quasi-monopole,- mais surtout, il met sur le marché des produits qui viennent concurrencer la production artisanale. Celle-ci, sous forme d'artisanat précaire, réagit en abaissant ses coûts de production le plus bas possible; mais, même à ce niveau, elle est parfois encore rejointe par l'importateur qui, par exemple en Haïti, à 1 dollar le pantalon, écoule les fripes en provenance des Etats-Unis.
" Trait d'union en fait de matières premières, de crédit et d'introduction de la petite production à certains marchés, l'intermédiaire cumule souvent la fonction de commerçant et d'usurier. Ce rôle de trait d'union en situation d'oligopole est d'autant plus renforcé qu'il y a un vide entre les entreprises de taille importante et les petites unités de production marchande, du fait de l'absence de moyennes et petites entreprises qui seraient mieux en mesure de traiter avec l'intermédiaire et qui constitueraient des relais de sous-traitance (...) Dans ces conditions, la présence de l'intermédiaire s'impose et la petite production est prise entre deux groupes d'intermédiaires: l'un lui vend les matières brutes et l'autre distribue sa production. En réalité, les deux groupes peuvent se confondre parce que l'intermédiaire, le commerçant et l'usurier ne font qu'un. " (1)
(1) Hugon (Ph.), op. cit., p. 151.
Parmi les parades possibles, certaines dépendent du milieu artisanal, telles que:
- organisation de coopératives ou de groupements d'achat pour faire pression sur les importateurs,- organisation d'achats préventifs pour éviter les variations de prix saisonnières, avec système de stockage.
Mais la plupart supposent une intervention des pouvoirs publics, facilités bancaires, prêts de campagne, offices publics d'importation, réglementation des marges bénéficiaires et des importations, contingentements... Or, l'influence prépondérante de la bourgeoisie commerçante décourage le plus souvent ce genre de mesure, d'autant plus que, à la différence du secteur industriel par exemple, le secteur artisanal n'a pas grand poids politique.
L'exportation
Le secteur artisanal n'est en général concerné- par l'exportation que lorsqu'il s'agit d'artisanat typique, et nous avons vu que la différence d'échelle entre production et marché conduit obligatoirement à l'intervention d'un réseau commercial parallèle qui, de collecteur en revendeur et de revendeur en grossiste et en exportateur, prend pour lui l'essentiel du bénéfice final.
Là encore, les parades sont possibles: coopératives, offices d'État..., mais il est bien rare qu'un corps de fonctionnaires ou de salariés intermédiaires fasse preuve du mordant, de l'esprit de marketing et de la volonté de conquête qui caractérisent les entreprises commerciales privées. Dans la plupart des pays du Sud-Est asiatique, ce n'est que lorsque les exportateurs ont compris l'intérêt d'une politique collective au niveau du pays et même à l'échelon des pays de la région que les produits de l'artisanat (notamment de vannerie) ont pu prendre l'essor que l'on sait. En dehors des systèmes socialistes, il n'y a pas sans doute de politique de l'artisanat d'exportation possible tant que les exportateurs ne seront pas convaincus que leurs intérêts sont finalement les mêmes que ceux des producteurs. C'est là un travail d'organisation des professions où, en revanche, l'influence des pouvoirs publics peut être déterminante.