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close this bookArtsanat et développement, GRET, 1986
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Nouvelles techniques - Nouveaux métiers

Les besoins techniques de l'artisanat

Les besoins techniques de l'artisanat ne sont pas, en plus petit, les besoins industriels, et les techniques enseignées aux futurs ouvriers ne sont pas forcément celles qui répondent le mieux aux besoins des futurs artisans.

Pour l'artisanat urbain, dit également artisanat moderne, il est moins urgent de préparer des "fabricants" (tourneurs, fraiseurs, ajusteurs...) que des installateurs et des réparateurs. Tant que nos formations occidentales ne respectent pas les priorités que se fixent elles-mêmes les professions artisanales du Tiers-Monde et tant qu'on cherchera à former uniquement de futurs ouvriers pour une industrie lourde inexistante' on risquera de passer à côté des véritables besoins d'économies qui n'ont pas suivi pas à pas le cursus traditionnel du développement industriel.

On pourrait s'inspirer avec profit, à ce sujet, de nombreuses initiatives prises au cours de ces dernières années, en France même, dans le cadre de la formation des jeunes et des adultes pour cerner de plus près les besoins de la population urbaine. Même dans le bâtiment aujourd'hui, une partie du potentiel de formation s'est ainsi plus tournée vers la réhabilitation et l'entretien que vers la construction neuve.

Pour l'artisanat rural en 'revanche, nous l'avons vu, la demande est forte pour une nouvelle profession qui s'est imposée de fait et qui correspond notamment à la généralisation de la mécano-soudure.

Il s'agit du métier de mécanicien rural (forge, soudure, chaudronnerie) avec en plus des notions de charronage et de maîtrise de l'énergie et de l'eau: il est l'artisan polyvalent des technologies intermédiaires.

Il serait urgent de mettre en oeuvre, en France même, pour une clientèle alternative qui, dès à présent, réclame ce genre d'approche, une formation qui, dans le cadre de nombreux stages existants, nous permettrait d'expérimenter sur nous-mêmes ce genre de formation. Par la suite, il est probable que cela pourrait déboucher sur une sorte de technicien du Tiers-Monde, image lui-même de l'artisan polyvalent que l'on souhaite voir s'implanter dans les gros bourgs et les centres ruraux les plus importants.

Les trois leviers de l'innovation

Si l'on veut aider à évoluer de façon durable les techniques artisanales dans les PVD, les trois armes à utiliser de préférence sont: les besoins nouveaux des consommateurs les aspirations des jeunes et l'accumulation du savoir.

Les consommateurs sont les dispensateurs du revenu de l'artisan en même temps qu'ils sont les véritables décideurs en matière de production.

C'est à partir des actions de développement, à partir des besoins nouveaux des paysans en matière de culture, à partir de la volonté des citadins de discipliner et d'orienter leurs modes de consommation que l'on peut espérer voir survivre et se développer l'artisanat. En d'autres termes, une politique volontariste en matière artisanale doit être précédée et accompagnée d'une politique d'étude des besoins et d'information et de persuasion des consommateurs.

L'Inde n'a pas fait autre chose en favorisant le maintien du port des vêtements traditionnels lié lui-même à la fabrication artisanale. C'est un domaine où il n'est pas facile d'agir et les habitudes de consommation à l'occidentale sont dures à remettre en cause. Le nationalisme et la personnalité culturelle d'un peuple peuvent appuyer utilement ce genre d'actions.

Les jeunes sont, quels que soient les pays, ceux qui sont les plus enclins à remettre en cause un système donné, dans la mesure où ils ne l'ont pas encore vécu. En ce sens, leur position se rapproche de celle de l'expert étranger qui jamais ne pourra vivre du dedans la situation sur laquelle il est censé intervenir. Toutefois, à court terme, cette dynamisation par les jeunes n'a de chance d'aboutir que si, expérience faite, elle est sanctionnée par les plus anciens qui possèdent la connaissance traditionnelle de façon à ne pas s'enliser dans un conflit de généra ons stérile.

La prise en charge individuelle de la poursuite de la formation par le moyen, notamment, de la lecture et de l'enseignement par correspondance.

Nous avons vu plusieurs fois, au cours de cette étude, à quel point seule la lecture permettant la compréhension des procédés et non leur imitation représente une réponse généralisable aux limites imposées par l'apprentissage. Ceci suppose une nouvelle élaboration de manuels de base qui soient autre chose que le recensement des savoir-faire. La plupart des livrets techniques ainsi élaborés par l'UNESCO ou le BIT ne sont que l'impossible description réductrice d'un métier, mais aucunement son explication ou ses lois de fonctionnement.