
| Evaluation de l'application de la charte de l'aide alimentaire en Mauritanie, Club du Sahel, 1998 |
1. Évolution récente de la situation agricole et alimentaire en Mauritanie
La campagne 1996/97 a été caractérisée par une situation très difficile tant au niveau rural que dans les zones urbaines. La production céréalière brute 1996/97 est de 121 438 tonnes (toutes céréales confondues) contre 219 804 tonnes en 1995/96, soit une baisse de 45 %. Si la récolte 1995/96 était relativement bonne, elle était néanmoins insuffisante pour permettre un accroissement des stocks des producteurs.
La baisse de la production est due principalement à une pluviométrie insuffisante. Elle s'est traduite par une baisse des superficies cultivées de 25 % et une baisse des rendements qui a particulièrement concerné les cultures suivantes: le walo (culture sur décrue), le dieri (culture pluviale), la contre-saison hivernale pour l'irrigué.
Il faut néanmoins noter que la production de riz en zone irriguée a encore augmenté cette année. Depuis plusieurs années, ce secteur est le seul à connaître une croissance régulière de sa production. Cette tendance devrait se poursuivre. Car des investissements importants ont été engagés (SONADER et investisseurs privés) pour accroître les surfaces rizicoles. La superficie cultivée représente actuellement environ 18 000 hectares et le potentiel cultivable est de près de 35 000 hectares. Une grande part des exploitations sont de taille relativement importante (entre 40 et 200 ha.). La FAO introduit actuellement une nouvelle variété de riz qui permettrait une augmentation de 40 % du rendement à l'hectare; ce projet est actuellement en phase pilote.
La production du secteur rizicole mauritanien devrait donc évoluer favorablement à l'avenir. Mais la compétitivité de ces productions locales risque d'être très fragilisée par les contraintes de désarmement douanier qui s'imposent progressivement à la Mauritanie (dans le cadre de l'OMC). Actuellement, le taux de protection est de 45 % 3.
3 De plus, les consommateurs mauritaniens privilégient l'achat de brisures de riz, dont le prix est faible sur le marché mondial.
Tableau 1: Résultats définitifs des campagnes agricoles 1995/96 et 1996/97
|
Production brute en tonnes: |
1995/96 |
1996/97 |
Variation (%) |
Type de culture | | | |
|
Dieri |
76 981 |
34 715 |
- 55 % |
Barrages |
16 902 |
- |
- 100 % |
Walo |
37 124 |
5 408 |
- 85 % |
Bas-fonds |
29 344 |
4 100 |
- 86 % |
Décrue contrôlée |
4 824 |
6 381 |
+ 32 % |
Irriguée |
54 629 |
70 834 |
+ 30 % |
|
Total |
219 804 |
121 438 |
- 45 % |
Source: MDRE/DRAP
Les données ci-dessus montrent clairement qu'au déficit structurel traditionnel de la Mauritanie s'ajoute pour cette campagne un déficit conjoncturel important dû à la sécheresse. En moyenne (sur les dix dernières années), la Mauritanie ne produit en effet que 35 % de ses besoins céréaliers et 40 à 45 % les très bonnes années.
La campagne 1996/97 se caractérise par une chute dramatique de la production des cultures traditionnelles (de 73 %) qui a plongé les populations concernées, déjà proches des seuils de pauvreté, dans une grave insécurité alimentaire 4.
4 La mission du FEWS dans les régions du Gorgol et du Brakna a constaté des déplacements de population vers les zones de cueillette. qui traduisent une situation de famine. Par ailleurs, des cas de morts par malnutrition nous ont été rapportés par le délégué régional du CSA dans la région de l'Assaba.
Cette situation s'est apparemment traduite par une évolution différenciée des prix sur les marchés à la consommation à la fois par produit et par région. Si les prix à la consommation du blé et du riz dans toutes les régions du pays n'ont quasiment pas bougé entre les périodes de référence avril 1996-avril 1997, le prix du sorgho a plus que doublé en moyenne sur l'ensemble du pays. Pour cette céréale, les hausses les plus importantes sont observées dans la région du fleuve (Rosso, Boghé) et surtout dans les zones de dieri et de walo (Brakna, Gorgol): entre + 100 % et + 150 %. A Nouakchott (+ 60 %) et dans le Nord (Adrar entre + 20 et + 50 %), la hausse est plus modérée, alors que dans la région limitrophe du Mali les relevés montrent une stabilité des prix 5.
5 Source: CSA/SIM.
Les relevés du SIM montrent également que si les prix du blé et du riz sont relativement homogènes nationalement, les écarts régionaux sont importants pour le sorgho (écart de 1 à 2).
Le bilan céréalier prévisionnel à mi-parcours pour la campagne 1996/97 (au 30/04/97) officialise cette situation. Il fait apparaître une baisse de 50 % de la production disponible, une augmentation de 54 % des importations, et aboutit à une demande d'aide alimentaire de 34 300 t (+ 124 %).
Néanmoins, en Mauritanie, le bilan céréalier est assez unanimement reconnu comme peu fiable (cf. infra: II: Systèmes d'information). L'une des raisons invoquées est le décalage entre les récoltes qui caractérise l'agriculture mauritanienne: octobre pour les cultures sous pluies ( dieri), les bas fonds, le riz; février-mars pour les cultures de décrue ( walo); mars-avril contre-saison froide pour le riz (environ 15 % de la production rizicole totale).
Il faut souligner que les importations commerciales représentent structurellement la composante la plus importante de l'offre de céréales en Mauritanie. Le dynamisme des importations apparaît donc en définitive comme le principal déterminant de la sécurité alimentaire en Mauritanie. Tous les intervenants soulignent que les importateurs privés, qui se sont développés depuis la libéralisation de 1989, réagissent rapidement et efficacement à l'évolution du déficit national.
Le problème de la disponibilité alimentaire dans l'ensemble du pays ne provient donc pas d'une insuffisante capacité d'importation mais des structures commerciales et de distribution et de leur impact sur les prix. En effet, l'ensemble de la chaîne de distribution est caractérisée par d'importantes rentes de monopole ou d'oligopole. Le principal transporteur privé est en situation de quasi-monopole. Le commerce (des produits importés comme des productions locales) est entièrement contrôlé par un très petit nombre de sociétés privées (principalement deux). Ce contrôle s'exerce à tous les niveaux: sur le stock de devises disponibles pour import, sur le commerce de gros avec de fréquentes ententes sur les appels d'offre, sur le commerce de détail à partir des positions dominantes en amont. M les importations par la SONIMEX, ni les interventions sur les prix du CSA ne semblent en mesure de modifier significativement le degré de contrôle des principaux commerçants sur le marché mauritanien des produits alimentaires.
Il est encore très tôt pour effectuer des prévisions pour la campagne 1997/98. Bien que les pluies aient débuté précocement (mai), c'est la pluviométrie de juillet-août qui sera déterminante. Plusieurs opérateurs insistent sur le risque de pénurie de semences, dont une partie importante a été utilisée pour la consommation dans les zones les plus touchées par la sécheresse.
Une mission multipartite incluant le PAM, le FEWS, le CSA et le MDRE est actuellement (du 3 au 10 juillet 1997) sur le terrain pour suivre l'évolution de la campagne.
2. Flux d'aides
Le volume d'aide alimentaire dont bénéficie la Mauritanie diminue régulièrement depuis le début des années 1990 en termes absolus et relatifs; son poids dans les importations totales a en effet été divisé par deux entre 1992 et 1996 (cf. tableau 3).
Pour l'année 1996/97, bien que les données définitives ne soient pas encore disponibles, le volume d'aide devrait augmenter en raison de l'aide d'urgence (cf. tableau 4).
La décomposition des flux d'aides 1995/96 montre par ailleurs qu'à l'exception de l'Italie, les donateurs occidentaux privilégient le canal multilatéral (appui aux projets du PAM). La situation d'urgence en 1996/97 explique qu'un certain nombre d'entre eux aient repris des livraisons directes au gouvernement mauritanien (cf. tableau 2). Mais il est peu probable que ces relations bilatérales perdurent.
Tableau 2: Aides alimentaires délivrées depuis Octobre 1995
|
Année |
Donateur |
Denrée |
Volume (tonnes) |
Objet/canal de distribution |
|
1995/96 |
Allemagne |
huile |
140 |
VCT6 PAM-POM 7 |
|
- |
Arabie Saoudite |
dattes |
183 |
distribution gratuite |
|
- |
Canada |
blé |
3 394 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Canada |
blé |
3 600 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Canada |
blé |
1 217 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
États-Unis |
farine de soja |
800 |
projets Doulos |
|
- |
États-Unis |
huile |
100 |
projets Doulos |
|
- |
Danemark |
huile |
15 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
Danemark |
haricots |
279 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Italie |
riz |
951 |
vente |
|
- |
Italie |
riz |
634 |
don au CSA |
|
- |
Italie |
huile |
454 |
don au CSA |
|
- |
Japon |
riz |
3 757 |
vente, FdC pr intrants VCT |
|
- |
Norvège |
poissons en boite |
281 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
Norvège |
haricots |
51 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Pakistan |
riz |
497 |
don au CSA |
|
- |
Pays-Bas |
huile |
53 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Pays-Bas |
riz |
1 500 |
réfugiés PAM |
|
- |
Pays-Bas |
sorgho |
320 |
réfugiés PAM |
|
- |
Pays-Bas |
haricots |
200 |
réfugiés PAM |
|
- |
Suède |
blé |
2 526 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Suède |
sucre |
108 |
réfugiés PAM |
|
- |
Suède |
huile |
184 |
réfugiés PAM |
|
- |
Suède |
huile |
171 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
Suisse |
sorgho |
1 000 |
réfugiés PAM |
|
- |
Suisse |
sucre |
140 |
réfugiés PAM |
|
- |
Suisse |
haricots |
398 |
réfugiés PAM |
|
1996/97 |
Allemagne |
blé |
4 400 |
don financier au CSA |
|
- |
Australie |
riz |
920 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Belgique |
sucre |
82 |
don au PAM |
|
- |
Canada |
haricots |
100 |
réfugiés PAM |
|
- |
Chine |
blé |
1 000 |
don au CSA |
|
- |
Cuba |
sucre |
124 |
don au PAM |
|
- |
États-Unis |
riz |
1 407 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
États-Unis |
farine de soja |
230 |
projets Doulos |
|
- |
États-Unis |
huile |
50 |
projets Doulos |
|
- |
États-Unis |
huile |
136 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
France |
blé |
3 000 |
vente |
|
- |
Japon |
blé |
2 338 |
aide d'urgence, don au CSA |
|
- |
Japon |
maquereaux |
283 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
Pays-Bas |
sorgho |
950 |
réfugiés PAM |
|
- |
Pays-Bas |
haricots |
99 |
réfugiés PAM |
|
- |
Pays-Bas |
huile |
79 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Suède |
riz |
605 |
réfugiés PAM |
Sources: CSA, PAM Mauritanie
6 VCT = Vivres Contre Travail.
7 POM = Projets à Objectifs Multiples
Tableau 3: Répartition du total de l'aide délivrée (en tonnes) 8
|
Année |
Importations commerciales (1) |
Total Aide(2) |
Aide progr. |
Aide- projet |
Aide gratuite |
(2)/(1)+(2) |
|
1996/97 |
324 800 |
15 803 |
3 000 |
3 311 |
9 492 |
ns |
|
1995/96 |
211 602 |
22 953 |
4 708 |
12 627 |
5 618 |
10,2 % |
|
1994/95 |
172 000 |
31 210 |
4 457 |
ns |
ns |
15 % |
|
1993/94 |
151 000 |
40405 |
15 878 |
ns |
ns |
21 % |
|
1992/93 |
238 000 |
67 418 |
6 099 |
ns |
ns |
22 % |
Sources: Rapport d'évaluation de l'application de la charte de septembre 1996, Tableau 2, CSA.
8 Seule l'aide délivrée avant le 01/07/97 est comptabilisée ici. Il ne s'agit donc pas du volume définitif de l'aide pour l'année 1996/97. Par contre, le chiffre des importations commerciales correspond à une estimation sur l'ensemble de l'année 1996/97. Certaines aides, prenant la forme d'une distribution gratuite, sont comptabilisées ici dans la catégorie aide-projet" car elles sont programmées de manière pluri-annuelle (cf. infra: v. La mise en uvre de l'aide-projet).
Tableau 4: Éléments sur les aides alimentaires attendues et confirmées au 01/07/1997
|
Période |
Donateur |
Denrée |
Volume (tonnes) |
Objet/canal de distribution |
|
1997 |
Allemagne |
blé |
3 662 |
aide d'urgence |
|
- |
Australie |
riz |
1 063 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
États-Unis |
blé |
2 000 |
VCT PAM-POM |
|
- |
États-Unis |
sorgho |
4 000 |
aide d'urgence |
|
- |
États-Unis |
niébé |
26 |
VCT PAM-POM |
|
- |
États-Unis |
farine de soja |
300 |
aide d'urgence, Doulos |
|
- |
U.E. |
blé |
3 000 |
aide d'urgence, FLM |
|
- |
U.E. |
blé |
3 000 |
aide d'urgence, UCT |
|
1998 |
Australie |
niébé |
148 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
Australie |
huile |
97 |
cantines scolaires PAM |
|
- |
Canada |
blé |
1 500 |
VCT PAM-POM |
|
- |
États-Unis |
blé |
3 000 |
VCT PAM-POM |
|
- |
États-Unis |
niébé |
300 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Italie |
huile |
200 |
VCT PAM-POM |
|
- |
Italie |
riz |
1 500 |
VCT PAM-POM |
Sources: CSA, PAM Mauritanie, interviews.