
| Artsanat et développement, GRET, 1986 |
| Première partie - La fonction de production artisanale |
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«Le métier le plus indépendant de la fortune et des hommes»
Jean-Jacques ROUSSEAU, L'Émile
Le but de ce travail n'est pas d'effectuer une analyse théorique de l'artisanat mais de cerner les caractéristiques utiles de son fonctionnement. Nous nous limiterons donc à un repérage des principaux mécanismes qui entrent en jeu en laissant à chacun le soin d'approfondir l'étude détaillée des éléments qui lui paraîtraient nécessaires.
Retenir le mot d'artisanat pour rendre compte des multiples formes de la micro-production peut paraître d'autant plus hasardeux que ce terme a des connotations assez peu rigoureuses. Dans la mesure où il désigne, en France, un domaine d'activités dont les interactions ne sont pas toujours évidentes et où la culture et l'histoire ont introduit des dimensions parfois subjectives, il peut sembler difficile d'en faire un concept opératoire pour l'analyse de phénomènes concernant des économies et des systèmes sociaux et culturels apparemment très différents du nôtre.
Toutefois, en termes économiques, on peut estimer qu'il s'agit d'une fonction bien spécifique, d'un mécanisme fondamental qui conserve, par delà les systèmes, ses caractéristiques et son originalité. Celle-ci apparaîtra mieux après l'étude de ses différents aspects sans qu'il soit utile, pour le moment, d'en donner une définition a priori. Ces caractères fondamentaux concernent sa taille, sa façon de produire et son insertion dans les mécanismes de la distribution; chacun de ces éléments, pris séparément, étant insuffisant pour définir, ou pour cerner, un phénomène issu de leur conjonction.