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close this bookVille et nature dans les agglomérations d'Afrique et d'Asie, GRET, 1996
close this folderPremier chapitre: La nature dans la ville
close this folder1. Où finit la ville, où commence la campagne?
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View the documentComment définir la ville et l'espace péri-urbain?

La nature: une notion aux sens multiples

Nature, campagne, végétation

La notion de nature est des plus délicates à définir et à manipuler. Elle renvoie pour une part à des notions philosophiques, à des perceptions ou des jugements de valeur. Quand on parle de la présence de la nature en ville, il s'agit souvent d'une impression d'ensemble, correspondant à de multiples formes, dépendant de multiples critères, et traduite par de multiples indicateurs.

Quel sens doit-on donc donner à la notion de nature en ville? Cette notion est distincte de celle de cadre de vie, avec lequel elle est souvent confondue. La présence de nature est certes généralement ressentie comme valorisant le cadre de vie, mais certains cadres urbains reconnus comme de grande qualité peuvent comporter peu de nature - tels les centres anciens des villes, qu'elles soient européennes, arabes, indiennes ou même africaines. Et il y a des cas où sa présence est jugée excessive.

Dans son sens premier, la notion de nature s'oppose à celle de culture: elle englobe tout ce qui échappe plus ou moins à l'action de l'homme. On voit tout de suite que sa valeur est relative: il ne s'agira pas de savoir ce qui est naturel et ce qui ne l'est pas, mais de savoir ce qui est le plus naturel dans un environnement donné, par rapport au reste. Ainsi, alors que l'agriculture (la campagne, l'espace rural) s'oppose étymologiquement à la nature, on l'y rattache quand on étudie le milieu péri-urbain.

Dans le sens le plus large, la nature comprend le climat, le substrat (sol et sous-sol), les êtres vivants, tout ce qui existe indépendamment de l'homme, même si celui-ci peut les modifier. Elle comprend de la même manière les risques dits naturels, et qui le sont à la base, bien qu'ils soient souvent aggravés par l'homme. Dans un sens plus restreint, elle englobe seulement les êtres vivants autres que l'homme y compris les animaux -, et d'autant plus qu'ils sont moins domestiqués. L'acception la plus courante du mot en milieu urbain est encore plus restreinte, puisqu'elle se limite souvent à la vie végétale, la plus visible.

Une approche écologique, qui raisonne en termes de systèmes et de relations, permet à la fois de prendre en compte l'ensemble des phénomènes naturels - y compris le climat et le substrat et de privilégier l'intérêt pour le vivant, en y incluant même l'homme 1. Cette approche permet d'ajouter aux critères classiques importance numérique des êtres vivants... - ceux de biomasse, de biodiversité (nombre d'espèces, présence d'espèces rares), de stabilité (équilibre).

1Cf. notamment R Delavigne, Ville-campagne: une opposition dépassée , 1991.

Une valeur élevée de ces critères, qui peuvent qualifier la "naturalité", n'est pas incompatible avec l'influence de l'homme. Par exemple, celui-ci peut maintenir ou introduire intentionnellement une végétation abondante (parfois plus abondante et plus variée en milieu urbain que dans une campagne de champs ouverts), favoriser - par l'environnement végétal - ou introduire volontairement certains animaux. En climat tempéré, il peut aussi créer, par la température plus élevée du milieu urbain, des conditions favorable à des espèces végétales ou animales exotiques.

La plupart des études qui abordent le thème de la nature en ville - et notamment celles qui ont servi de base à cette synthèse - s'attachent principalement à la végétation, qu'elle soit productive ou récréative. Celle-ci constitue en effet un indicateur privilégié, révélateur de la présence "d'espaces de nature", d'écosystèmes plus complets qui lui sont liés, sans être bien sûr le seul critère de "naturalité". D'autres éléments de nature sont d'ailleurs abordés ci-après, comme l'eau ou les animaux d'élevage.

La typologie des "espaces de nature" présentée page 35 est basée sur les éléments qui y prédominent (eau, terre, végétation, animaux), sur leur fonction (production, détente, cadre de vie), sur leur mode d'insertion dans la ville (périmètre individualisé, mélange avec l'habitat ou la voie publique) et sur leur usage social (privé, collectif, public).


CARTOGRAPHIE DE L'INDICE DE VÉGÉTATION

Répartition en 9 classes allant de l'absence totale de végétation (0) à un couvert complet en pleine activité (9). Exemple d'un secteur de l'agglomération parisienne (Saint-Cloud et Boulogne). Les bas indices caractérisent les surfaces en eau (la Seine) et les ensembles urbains denses (Boulogne). Les forts indices montrent les espaces verts (parc de Saint-Cloud, bois de Boulogne, hippodromes). Les valeurs moyennes correspondent à un tissu mixte (habitat discontinu et jardins).

On voit cependant les limites de cet indice pour caractériser la nature au-delà de la végétation (puisque l'eau apparaît avec un très faible indice), et même pour caractériser la biomasse végétale (puisqu'une pelouse arrosée, comme sur les terrains de sport, apparaît avec un indice aussi fort qu'une forêt).

Les indicateurs de la présence de nature et leurs limites

Les indicateurs les plus palpables pour évaluer l'importance de la nature - et de fait les plus restrictifs - sont des grandeurs physiques ou statistiques, c'est-à-dire des variables quantifiables. Un indicateur ne pourra être utilisable que s'il est:

- défini (avec notamment son champ d'application et son unité de mesure), de façon à ne prendre qu'une valeur en un même lieu;

- mesurable avec les outils disponibles;

- pertinent, c'est-à-dire traduisant bien la notion plus abstraite qu'il est censé représenter, en n'oubliant pas qu'un indicateur n'est pas cette notion, car il est toujours plus réducteur.

" Surface d'espaces verts

Des indicateurs, tels que la surface d'espaces verts en proportion de la surface totale (SV/ST) ou par habitant (SV/P), sont fréquemment utilisés pour comparer les villes (par exemple, Ahmedabad 0,5 m 2 par habitant). Mais ils sont en général peu utilisables, parce qu'ils sont publiés sans être définis, ou, s'ils le sont, on s'aperçoit qu'ils sont peu pertinents. En effet, pour que de tels indicateurs soient définis, leur numérateur et leur dénominateur doivent l'être aussi.

Le dénominateur dépend du territoire considéré, dans lequel est comptabilisée la surface totale (ST) ou le nombre d'habitants (P)

Le numérateur dépend de la délimitation des espaces verts permettant de connaître la surface correspondante (SV): prend-on l'ensemble des espaces verts, publics et privés, ou seulement les espaces verts publics? considère-t-on la limite cadastrale des parcelles classées en espaces verts, ou la surface recouverte de végétation, y compris la projection au sol des couronnes des arbres hors espaces verts?

Or le territoire considéré correspond en général à une entité administrative, qui peut permettre la comparaison des différents stades de croissance d'une ville, mais non la comparaison d'une ville à l'autre. En effet, si certaines municipalités correspondent à peu près à leur agglomération (Ahmedabad), la plupart sont plus petites (Paris, Le Caire, Tunis, Bombay, Calcutta...), d'autres la dépassent largement (Marseille, Freetown...). C'est ainsi que les chiffres les plus élevés de taux de verdissement correspondent en général tout simplement à des municipalités très étendues ou à des districts, voire des régions urbaines. Il faut donc prendre comme périmètre celui de l'agglomération. Cela pose la question de la définition de ce périmètre, abordée ci-après.

Quant à la délimitation des "espaces verts", elle ne considère qu'une partie des espaces naturels, la plus facile à comptabiliser, en général les espaces verts publics. Il faudrait aussi prendre en compte les espaces agricoles intra-urbains, les jardins collectifs et privés, les parcs d'institutions, les zones humides. Par ailleurs, les surfaces de zones vertes ainsi comptabilisées sont très inégalement plantées, certaines couvertures végétales sont intermittentes, etc.

Cependant, d'un point de vue économique, la surface d'espaces verts publics par habitant sur le territoire communal peut être pertinente dans la mesure où elle est assez bien corrélée avec le coût par habitant que représentent ces espaces verts. Et d'un point de vue social, elle reste un assez bon indicateur de la satisfaction d'une partie de la demande - qui est celle d'espaces accessibles, calmes, équipés pour une fonction récréative et pourvus d'un minimum de végétation, plus que celle d'une quantité maximale de végétation mais à condition de considérer la surface par habitant desservi. Il s'agit donc de prendre en compte non le territoire municipal, mais le territoire à partir duquel l'un ou l'autre des espaces verts est accessible, en quelque sorte la "zone de chalandise" des espaces verts, qui peut être plus restreinte que la commune, ou au contraire en déborder. Des études en cours de Iaurif ont permis d'estimer un rayon d'attraction des espaces verts, dépendant de leur surface, dans lequel la surface par habitant a un sens 1.

1Atlas des espaces verts et boisés publics d'Île-de-France, 1995.


DESSERTE PAR L'ENVIRONNEMENT VÉGÉTAL DANS L'AGGLOMÉRATION PARISIENNE

" Indice de végétation

On peut aussi se demander si la surface est le meilleur indicateur de l'importance des espaces naturels, quand on s'intéresse à leurs diverses contributions à la qualité de l'environnement, qu'elle soit écologique ou sociale. Les plantations de voirie (arbres d'alignement, etc.) sont plus faciles à considérer en nombre qu'en surface, à moins d'estimer pour chaque arbre une superficie égale à la projection verticale de sa ramure (ce qui est fait approximativement par certains services municipaux d'espaces verts, comme à Tunis). La biomasse (masse végétale totale) peut être un meilleur indicateur, ou la surface foliaire, ou l'activité chlorophyllienne, ou la quantité d'oxygène émis, ou l'évapotranspiration, ou la capacité d'infiltration des eaux de pluie, ou encore le linéaire de cheminements possibles en zones vertes.

Pour la quantification de la végétation, le traitement numérique d'images de satellite peut être un outil précieux puisque, outre les avantages d'un traitement automatique et d'une observation répétitive, il peut donner des chiffres d'ensemble parfaitement définis sur chaque pixel (surface élémentaire) d'une image de satellite (et, par calcul de moyenne, dans n'importe quel périmètre), qui additionnent des éléments comparables. Les satellites d'observation tels que Landsat TM (Thematic Mapper) ou Spot enregistrent, entre autres, deux canaux de rayonnement pertinents à cet égard:

- un canal dans le proche infrarouge, sensible à la quantité de végétation (tenant compte des plantations hors espaces verts et ne tenant pas compte des parties non plantées d'espaces verts);

- un canal dans le rouge, sensible à l'activité chlorophyllienne.

En combinant ces deux canaux, on peut définir un indice de végétation, qui constitue un outil précieux de connaissance et de gestion du végétal urbain. De nombreux travaux ont été faits pour affiner et utiliser l'indice de végétation, notamment par l'équipe de R. Delavigne, à Iaurif. Cet indice est assez bien corrélé avec la biomasse végétale, au moins dans les faibles valeurs, qui caractérisent le milieu urbain. Mais il y a quelques exceptions, comme les pelouses arrosées, auxquelles la forte activité chlorophyllienne assure un fort indice. L'indice de végétation a été mis au point pour étudier les espaces ruraux, et il y aurait peut-être à définir une formule un peu différente pour caractériser encore mieux la biomasse végétale urbaine.

L'établissement d'une carte des indices de végétation des villes étudiées serait un complément utile à la présente synthèse, permettant de mieux localiser les besoins et, avec une observation répétitive, de mesurer l'effet d'éventuelles actions. Des études de ce type ont été menées par Iaurif. sur plusieurs villes d'Amérique latine (Buenos Aires, Rio, Sao Paulo, Brasilia) ou d'autres régions (Le Caire, Beyrouth, Tananarive). D'autres l'ont été sur plusieurs villes d'Asie par le Lect (Laboratoire environnement, cartographie, télédétection) de l'université de Strasbourg (équipe de Sylvie Rimbert), sur financement du ministère français des Affaires étrangères. De plus, un pays comme l'Inde possède ses propres satellites d'observation et peut traiter les images plus fines de Landsat ou Spot.

" Quels indicateurs choisir?

Chaque indicateur étant réducteur, il conviendra en général d'en employer plusieurs pour traduire une même notion plus abstraite. Ainsi, pour traduire la qualité de la desserte des populations par l'environnement végétal, le Plan vert d'Île-de-France tient compte à la fois de l'indice de végétation et de la proximité d'un espace vert public: deux classes d'indice de végétation permettent de distinguer les zones pourvues de végétation et les zones carencées; le rayon d'attraction défini autour de chaque espace vert (dépendant de sa surface) permet de distinguer les zones desservies des zones non desservies. Et on ne doit pas oublier qu'aucun indicateur chiffré ne saura traduire les facteurs qualitatifs, comme la beauté du paysage, la relation émotionnelle, sentimentale ou religieuse à celui-ci.


L'ESPACE URBAIN DÉFINI PAR LES MODES D'OCCUPATION DU SOL

Les différentes occupations du sol, établies à la parcelle, se regroupent de façon peu discutable en trois grandes catégories: rural, urbain ouvert, urbain construit - regroupés ici sur la légende. Exemple de l'agglomération de Meaux (Seine-et-Marne, France).

Comment définir la ville et l'espace péri-urbain?

Pour situer la nature dans le territoire de la ville, la première chose est de définir ce territoire. Nous nous intéressons ici à la ville physique, c'est-à-dire l'agglomération, et non à la ville administrative, la municipalité. Pour cette définition, nous ferons appel à des notions de plus en plus englobantes: l'espace occupé, l'enveloppe, le gradient. Ces notions peuvent s'appréhender "d'en bas", à partir de l'observation visuelle ou d'enquêtes de terrain, et "d'en haut", à partir de la photographie aérienne et de l'image satellite, qui permettent de cartographier l'occupation du sol sur toute une agglomération.

La ville définie par la notion d'espace urbain

La parcelle est une notion relativement facile à définir, que ce soit à la campagne ou en ville, comme une unité d'occupation du sol homogène, non divisée, avec un même utilisateur ou groupe d'utilisateurs. A partir de la parcelle, on peut arriver à une définition précise de la ville:

" On peut appeler parcelle bâtie ou revêtue, ou encore parcelle urbaine , une parcelle portant un bâtiment ou majoritairement couverte d'un revêtement empêchant la végétation (dallage, ciment, enrobé...) ou au sol suffisamment tassé pour limiter celle ci et pour assurer la circulation (cour, marché, etc.). Cette définition de la parcelle urbaine correspond bien au sens commun. Elle est également pertinente du point de vue écologique, non seulement par l'absence de végétation, mais aussi par l'imperméabilisation, qui différencie fortement les terrains urbains et naturels.

" On peut appeler espace urbain (au sens strict) l'ensemble des parcelles bâties ou revêtues (les routes n'étant comptées dans l'espace urbain qu'au droit de telles parcelles). les espaces urbains et non urbains ainsi définis le sont précisément. Ils peuvent être cartographiés, comme le fait depuis vingt ans la base de données Mos (Modes d'occupation du sol) de Iaurif. (établie au 1: 5000, et avec une plus grande différenciation des espaces urbains), ou, plus récemment, la nomenclature Corine de l'Union européenne (établie à une échelle plus petite, et avec une plus grande différenciation des espaces naturels).

On définit ainsi la ville, ou l'agglomération, au sens le plus étroit, comme un espace urbain de surface ou de population supérieure à un seuil donné. C'est ici que les difficultés commencent, d'abord et surtout pour décider quels espaces urbains vont être réunis dans la même agglomération. L'ONU recommande de considérer comme agglomérées des constructions éloignées de moins de 200 à 500 mètres (selon la région: 200 m en Europe, 500 m en Amérique latine). Le même critère est utilisé par la base de données Géopolis, qui recense et compare toutes les grandes agglomérations du monde 1, et en France par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Cette définition garde une part d'arbitraire: il peut suffire d'une construction intermédiaire pour rattacher un village à une agglomération. La deuxième difficulté réside dans le choix de la valeur du seuil de population au-dessus duquel une agglomération peut être appelée ville. Ce seuil varie de 200 à 50000 habitants selon les pays! La base de données Géopolis a retenu le seuil moyen de 10000 habitants.

1F. Moriconi-Ebrard , Les 100 plus grandes villes du monde, 1991, p 8

Même cette définition la plus étroite de la ville n'exclut pas totalement la nature, puisqu'une parcelle bâtie peut également porter un jardin, un champ de case, un jardin sur dalle, de l'élevage... Dans un sens un peu plus large, on peut comprendre dans l'espace urbain les terrains non bâtis ni revêtus, mais d'usage urbain: parcs et jardins d'agrément, terrains de sport, cimetières... Le Mos de Iaurif. distingue ainsi trois grandes catégories d'occupation du sol: rural, urbain construit (bâti ou revêtu), urbain ouvert.

La ville définie par la notion d'enveloppe urbaine (ou de périmètre)

La définition précédente de la ville est suffisante pour une analyse démographique, puisqu'elle permet d'englober toute la population vivant dans l'agglomération. Cependant, dans une analyse qui intègre l'occupation du sol, comme celle-ci, elle est trop étroite, puisqu'elle contredit le sens commun qui considère comme urbains tous les terrains entièrement entourés d'espace bâti ou revêtu, ou entourés sur la plus grande partie de leur périmètre, c'est-à-dire située entre deux ramifications de l'espace urbain proprement dit.

Si denses que soient les villes, elles laissent en effet toujours des zones non bâties en leur sein, que ce soient:

- des terrains qui attendent d'être bâtis;

- des terrains inconstructibles à cause des contraintes physiques du site (terrains en pente, où la construction est techniquement difficile, et terrains inondables, où elle est dangereuse);

- ou des terrains qui ne présentent pas d'obstacles physiques à la construction mais sont réservés, au moins en partie, à d'autres usages (jardins privés ou publics, quartiers résidentiels, campus, hôpitaux, cités administratives, cimetières, décharges, bandes le long d'équipements linéaires...).


L'ENVELOPPE URBAINE DÉFINIE PAR UN "FIL TENDU" AUTOUR DES ESPACES URBAINS

Exemple de l'agglomération de Meaux (Seine-et-Marne), définie comme un continuum de parcelles bâties ou revêtues distantes de moins de 200 m.


L'ENVELOPPE URBAINE ET LE GRADIENT DÉFINIS PAR LES RAYONS CONSTANTS AUTOUR DES ESPACES URBAINS

Chaque rayon définit une enveloppe. Leur ensemble définit une forme de gradient. Exemple de l'agglomération de Meaux (Seine-et-Marne).

À l'inverse, les parcelles bâties, contiguës dans une zone centrale, ne le sont plus aux marges: on trouve des parcelles bâties, voire des villages entiers, en dehors du continuum de l'espace urbain principal. Définir l'espace urbain ne suffit donc pas à définir la ville, si on ne sait pas où arrêter celui-ci. Il faut donc imaginer une enveloppe urbaine (ou périmètre urbain), englobant un certain nombre d'espaces urbains extérieurs et d'espaces non urbains intérieurs, et que l'on peut définir:

- soit comme un fil tendu tout autour de l'espace bâti, touchant celui ci à l'extrémité de ces ramifications;

- soit par un rayon (lui-même à définir) autour des espaces bâtis, qui, selon sa longueur, peut englober entièrement certains espaces naturels intérieurs, et relier à l'agglomération certains espaces bâtis extérieurs (ce rayon peut être tracé automatiquement par un système d'information géographique).

Les espaces naturels situés à l'intérieur de cette enveloppe peuvent être considérés comme des "espaces naturels urbains". S'ils sont cultivés, on peut parler à leur endroit d'agriculture urbaine.

Ville et espace péri-urbain définis par la notion de gradient urbain

La définition précédente est encore insuffisante: le "fil tendu" paraît arbitraire, puisqu'il englobe de larges espaces naturels entre ses ramifications et exclut des espaces de même nature situés à l'extrémité de ses ramifications; le rayon autour des espaces bâtis est moins arbitraire dans son principe, mais il l'est dans le choix de sa longueur. Où alors arrêter la limite urbaine?.

Il faut en fait renoncer à établir une frontière rigide entre la ville et la campagne, car la transition s'effectue de façon continue, par une série de zones intermédiaires dans lesquelles, à mesure qu'on s'éloigne de la ville:

- la densité des espaces bâtis et revêtus diminue;

- l'agriculture est moins tournée vers le marché urbain et plus vers d'autres marchés plus lointains (dans les économies développées) ou vers l'autoconsommation (dans les pays en développement);

- la pression foncière est moindre, la vocation agricole des terrains est moins menacée.

On peut donc dire, à mesure que l'on s'éloigne du centre, que certaines caractéristiques montrent un gradient croissant ou décroissant, cohérent avec l'approche intuitive. Ce gradient permet d'identifier un espace urbain, rural ou péri-urbain, sans tracer leurs limites précises. Pour certaines caractéristiques, ce gradient est à peu près constant (quantité de végétation en général). D'autres augmentent puis diminuent. Dans tous les cas, elles font apparaître des zones grossièrement concentriques, aux limites floues, mais à l'existence indiscutable. Un découpage arbitraire en zones aux limites parallèles permet une première mise en évidence approximative des zones réelles.

Ce premier découpage peut se faire selon une série de rayons autour de l'espace urbain (et non plus un seul rayon comme pour définir une enveloppe urbaine unique). Il peut se faire, plus simplement, en cercles concentriques autour d'un point central (généralement assez facile à identifier de façon peu discutable, correspondant le plus souvent au centre historique).

LE GRADIENT URBAIN DÉFINI PAR DES CERCLES CONCENTRIQUES

Un ensemble de cercles concentriques définit une autre forme de gradient, pertinent en première approche dans le cas d'une ville développée régulièrement autour de son centre historique, peu pertinent dans le cas d'une croissance urbaine dissymétrique.


Paris

IAURIF - DNTC/DEUR


Meaux

ECHELE 1: 150000. © IAURIF - SIGR


LE GRADIENT CALCULÉ À PARTIR DE VARIABLES SUR DES ZONES CONCENTRIQUES

Anneaux concentriques grossièrement circulaires de 2 à 4 km, établis à partir de divisions administratives. Exemple d'Amritsar (Inde), qui fait bien apparaître le gradient de certaines cultures.

Source: K. Kumar, op. cit.

C'est ce qu'a fait, à Bouaké (Côte d'Ivoire), G. Ancey 1, en découpant la périphérie de la ville en anneaux concentriques de 5 km de rayon. Le pourcentage de ménages cultivant la plupart des spéculations végétales croît régulièrement de la première à la dernière couronne (par exemple, pour les féculents, de 37% à moins de 10 km jusqu'à 55% à plus de 25 km). Mais pour l'élevage, on observe des maxima entre 10 et 25 km (autour de 20%, contre moins de 5% en-deçà de 10 km et autour de 10% au-delà de 25 km). On peut ainsi caractériser une "ceinture de l'élevage" entre 10 et 25 km environ du centre de Bouaké.

1G. Ancey , Relations de voisinage ville-campagne. Une analyse appliquée à Bouaké... , 1974.

De même, à Amritsar (Inde), Kranti Kumar 2 a défini des zones à peu près circulaires de 2 à 4 km, en reprenant les divisions administratives les plus proches. La superficie relative de cultures "fragiles" - et tournées vers le marché urbain, telles que le maraîchage ou le fourrage décroît régulièrement à mesure que l'on s'éloigne du centre: d'1/3 de la surface cultivée totale pour la zone située à moins de 4 kilomètres du centre, jusqu'à 1/6 pour la zone située entre 8 et 10 kilomètres.

2K. Kumar , Spatial Organisation of Agriculture in a Developing Economy: a von Thünen Perspective.

La dernière zone n'est plus un anneau, elle est la même en partant de toutes les villes: c'est l'espace rural au sens strict. Dans les zones concentriques à l'intérieur de cette dernière, on peut parler d'agriculture péri-urbaine. On peut ainsi essayer de définir pour les pays en développement contemporains une série de ceintures agricoles péri-urbaines, comme le géographe allemand von Thünen l'avait fait pour l'Europe du XIX e siècle: ceinture maraîchère, ceinture de l'élevage, ceinture céréalière. Ce schéma n'est plus guère valable en Europe, où la rapidité des transports et l'efficacité des conditionnements (chaîne du froid notamment) ont réduit le rôle du facteur distance dans les relations entre la ville et la campagne. Mais il le demeure dans des pays comme l'Inde (cf. l'exemple d'Amritsar, ci-dessus) ou bien l'Afrique, où l'on constate généralement:

- une zone non influencée par la ville, avec une agriculture d'autosubsistance basée sur la jachère (savane ou forêt), en propriété villageoise sans appropriation privée;

- une zone d'agriculture vivrière péri-urbaine, commerciale et permanente (avec une appropriation privée corrélative, qu'il s'agisse de plantations ou de cultures);

- une agriculture immédiatement péri-urbaine, ou intra-urbaine, la plus intensive (maraîchage, élevage, plus rarement cultures vivrières), avec un régime foncier souvent plus complexe (location, squat...).

Les différents cas de ceintures vertes

Dans certains cas, la plus proche et la plus marquée de ces zones concentriques prend le nom de ceinture verte:

- Le cas où les terrains périphériques ont une végétation ou un usage spécifique, qui les différencie des autres terrains plantés ou cultivés. C'est ainsi qu'on peut parler de ceintures maraîchères, de la ceinture verte de Sfax (Tunisie), formée de vergers, et qu'on peut dire que la plaine irriguée de La Soukra-Choutrana appartient à l'actuelle ceinture verte de Tunis. Ces ceintures comprennent souvent une plus grande fraction de bois et de vergers résistant mieux à l'urbanisation que les terrains cultivés. Elles sont souvent plus irriguées, parfois enrichies par les déchets urbains. Aussi apparaissent-elles, vues d'avion, plus vertes que ce qui les entoure - surtout en climat méditerranéen ou tropical sec - et justifient-elles leur qualificatif.

- Le cas extrême où les terrains plantés ou cultivés bordant la ville sont délimités extérieurement par le désert, sur lequel ils ont été conquis. C'est le cas des oasis, souvent formées d'une ville et d'une palmeraie, qui en forme la ceinture verte. Ce sera le cas de la partie est de la ceinture verte projetée au Caire.

- Le cas où la ceinture verte représente une volonté d'arrêter l'urbanisation en "tache d'huile", la construction n'étant autorisée (ou recommandée) qu'en-dehors du territoire ainsi délimité La ceinture verte englobe dans ce cas l'ensemble des terrains protégés à ce titre, qui peuvent être identiques à ceux qui n'en font pas partie. Elle existe donc dans les documents d'urbanisme, mais sa limite ne se voit pas sur le terrain, sinon parfois, par une urbanisation à sa frange extérieure, là où la construction est à nouveau autorisée, comme autour de la ceinture verte de Londres. La ceinture verte de la métropole parisienne, moins continue, s'y apparente cependant, ainsi que la partie ouest de la ceinture verte du Caire.

CEINTURES VERTES DE LONDRES ET DE PARIS


Londres


Paris (a)


Paris (b)