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close this bookLes légumineuses vivrières., Maisonneuve et Larose, 1989
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Avant-propos

Les légumineuses font l'objet de cultures plus ou moins importantes dans toutes les régions agricoles du globe. Elles rentrent dans l'alimentation humaine et animale et ont également d'autres utilisations (bois, pharmacie, etc.). Pour son alimentation, l'homme utilise les graines, les gousses (immatures) et, éventuellement, d'autres parties de la plante. On emploie ces diverses parties de la plante soit en l'état, soit en extrayant leurs constituants intéressants (huile, protéines, produits divers). Enfin, usage moins évident mais qu'il ne faut pas négliger, les légumineuses, grâce à la capacité de fixer l'azote de l'air, ont un intérêt agronomique tout particulier comme engrais vert, jachère améliorante, plante de couverture des interlignes dans les plantations de type industriel, telles celles d'élaeis, hévéas, caféiers, etc.

L'homme connaît et utilise les espèces alimentaires des légumineuses et singulièrement celles de la famille des Papilionacées depuis les temps les plus reculés. Rappelons seulement la mention faite dans la Bible «du pain et du potage de lentilles» pour lesquels Esaü céda son droit d'aînesse à son frère Jacob...

Les régions tropicales sont riches en espèces de Papilionacées à grains consommées par l'homme et il a paru utile de présenter dans cette série de manuels, un ouvrage qui leur soit consacré. Elles ont, en effet, dans les pays tropicaux en développement, un intérêt capital sur le plan nutritionnel.

Les problèmes de la faim et de la malnutrition dans le monde, en particulier dans les zones tropicales touchées par les sécheresses à répétition des années 70-80, sont maintenant connus de tous.

La satisfaction des besoins en protéines de l'organisme, tant en quantité qu'en qualité, est un des aspects majeurs de la lutte contre la malnutrition. Pour se limiter, ici, au problème de la quantité, rappelons qu'on estime en moyenne les besoins de l'organisme humain à 1 g/jour/kg de poids vif de protéine. Dans les régions où les protéines animales sont difficiles à trouver (pas d'élevage bovin à cause de la sécheresse ou à cause de la trypanosomose en région forestière, non consommation de chair animale pour des raisons religieuses, ou autres raisons), les légumineuses à graines sont une source possible de protéines végétales susceptibles de compenser, au moins partiellement, le déficit en protéines animales. Nous verrons que les graines des espèces étudiées ont des teneurs moyennes de 20 à 35 % de protéines (pour 100 de matières sèches), alors que chez les céréales tropicales les plus cultivées (mais, sorgho, mil, riz), ces teneurs varient entre 7 et 12 %. En outre, les teneurs en acides aminés essentiels sont globalement meilleures.

La consommation de légumineuses est donc très souhaitable, mais elle est inégale suivant les régions du globe. Pour se limiter aux régions tropicales, on notera, en Amérique, des niveaux relativement élevés (40 à 70 g/jour/tête, au Paraguay, Mexique, Brésil, ainsi qu'en Asie (Inde: 40 à 75 g/jour/tête, mais seulement 15-20 g au Sri Lanka, Malaisie, Indonésie) et en Afrique, des chiffres très variables selon les zones. Les chiffres de consommation sont élevés dans l'est du Zaïre, l'Ouganda, le Burundi, mais faibles ailleurs. On a cité un chiffre moyen de 40 g. mais des enquêtes précises ont donné des chiffres plus bas, inférieurs à 20 g/jour/tête. Il semble, d'ailleurs, et c'est là une constatation inquiétante dans un continent où la malnutrition est fréquente, que cette consommation ne progresse guère comme le montrent les données rassemblées dans les tableaux.

Espèces étudiées. - On compte, dans les régions tropicales, une vingtaine d'espèces de Papilionacées vivrières cultivées appartenant aux genres suivants

" Arachis - Cajanus - Canavalia - Cicer - Lablab (Dolichos)

" Mucuna - Phaseolus - Psophacarpus - Vigna - Vonndzeïa.

Dans les limites matérielles imposées par l'esprit de cette collection, il n'était pas possible de traiter toutes les espèces. La famille des Papilionacées est remarquablement homogène et beaucoup de redites auraient été inévitables. Un choix s'imposait donc; la liste des espèces retenues est donnée ci-après

Noms français

Noms anglais

Noms scientifiques

Arachide

Groundnut

A rachis hypogaea

Pois Cajan

Pigeon pea

Cajanus cajan

Soja

Soybean

Glycine max

Lablab

Hyacinth bean

Lablab purpureus

Haricot

Common bean

Phaseolus vulgaris

Pois du Cap

Lima bean

Phaseolus lunatus

Pois carre

Winged bean

Psophocarpus tetragonolobus

Niébé

Cowpea

Vigna unguiculata

Haricot-kilomètre

Asparagus bean

Vigna unguiculata var. sesquipedalis

Voandzou

Bambara groundnut

Vigna subterranea

Dans ce groupe de dix espèces, on en compte trois d'origine américaine (arachide, pois du Cap, haricot), deux d'origine africaine (pois cajan, voandzou), deux d'origine asiatique (soja et haricot kilomètre) et trois pour lesquelles les centres d'origine sont encore en discussion. Même avec cette incertitude, le choix opéré parait assez équilibré quant aux origines géographiques. La présence de l'arachide et du soja dans une liste de plantes vivrières peut surprendre. Ces deux espèces sont bien connues comme oléagineuses industrielles et productrices l'une et l'autre d'huiles mondialement appréciées et consommées. Cela est vrai, bien sur, mais il n'en reste pas moins que, dans beaucoup de zones, elles sont surtout utilisées comme plantes vivrières, tout particulièrement l'arachide en Afrique, le soja en Asie. On notera que la production de l'huile de soja et de celle des tourteaux (dont l'importance économique tend de plus en plus à dépasser celle de la matière grasse) est très fortement localisée dans le continent américain. C'est, du reste, le résultat d'un développement relativement récent, qui se poursuit encore et qui tranche sur la progression lente de la culture des autres légumineuses que l'on peut suivre dans les tableaux suivants. Les statistiques mondiales, malheureusement, ne se distinguent pas entre les différents légumes secs, dont nous traitons ici.

Tableau I DONNÉES SUR LA PRODUCTION DES LÉGUMES SECS DANS LE MONDE (HARICOTS, FEVE, POIS, NIÉBÉ, POIS CHICHE, DOLIQUE, etc.) (d'après la F.A.O.)

Pays

Production 1 000 t

Surface 1 000 ha

Rendement kg/ha


1975

1986

1975

1986

1975

1986

AFRIQUE

5 448

7 026

11 701

10 872

466

646

Egypte

346

408

168

196

2 058

2 077

Cote d'Ivoire

7

8

3

12

607

672

Nigéria

845

1 332

4 127

2 270

205

587

Afrique du Sud

100

92

130

79

764

1 165

Tanzanie

190

362

433

672

439

539

Zaïre

144

127

237

200

609

634

Zimbabwé

28

51

46

69

602

734

AMÉRIQUE

5 611

6 847

8 536

10 634

657

644

Argentine

176

273

161

268

1 092

1 020

Brésil

2 193

2 266

4 357

5 626

503

403

Mexique

1 129

1 331

1 783

2 054

6 333

648

Paraguay

60

39

75

55

800

713

U.S.A.

1 050

1 329

737

754

1 425

1 762

ASIE

20 992

24 551

34 393

35 709

610

688

Chine

6 277

5 640

5 831

4 421

1 076

1 276

Inde

10 938

12 985

23 080

23 872

474

544

Indonésie

295

354

589

426

801

829

Corée du Nord

250

291

327

336

765

866

Corée du Sud

48

45

60

40

806

1 115

EUROPE

2 633

5 294

3 395

3 243

776

1 632

France

124

1 255

69

337

1 803

3 728

Italie

405

272

322

195

1 259

1 390

Roumanie

112

314

907

641

124

490

U.R.S.S.

7 562

10 410

5 535

7 008

1 366

1 485

OCÉANIE

162

1 072

164

936

991

1 145

Australie

106

770

137

851

776

905

MONDE

42 409

55 200

63 723

68 403

666

807

Tableau II DONNÉES SUR LA PRODUCTION DE GRAINES DE SOJA DANS LE MONDE (d'après la F.A.O.)

Pays

Production 1 000 t

Surface 1 000 ha

Rendement kg/ha


1975

1986

1975

1986

1975

1986

AFRIQUE

140

411

235

392

596

1 047

Egypte

6

140

4

54

1 461

2 593

Côte d'Ivoire

-

-

-

-

451

600

Nigéria

67

68

173

210

385

324

Afrique du Sud

20

38

13

35

1 550

1 080

Tanzanie

1

1

5

5

183

240

Zaïre

2

17

2

15

773

1 172

Zimbabwé

19

108

17

41

1 158

2 634

AMÉRIQUE

48 148

77 690

27 657

38 093

1 739

1 947

Argentine

559

7 100

375

3 314

1 491

2 142

Brésil

9 666

13 335

5 795

9 186

1 658

1 452

Mexique

464

600

272

394

1 704

1 523

Paraguay

228

662

150

539

1 519

1 228

U.S.A.

36 771

54 622

20 822

24 050

1 766

2 271

ASIE

8 789

15 206

8 787

11 991

1 000

1 268

Chine

7 177

11 010

7 017

8 244

1 023

1 336

Inde

103

1 300

140

350

738

963

Indonésie

566

1 233

717

1 201

789

1 027

Corée du Nord

290

438

296

322

979

1 317

Corée du Sud

292

199

291

133

1 004

1 487

EUROPE

399

1 608

271

783

1 474

2 054

France

4

98

3

47

1 486

2 094

Italie

1

814

-

236

-

3 454

Roumanie

241

375

172

312

1 406

1 202

U.R.S.S.

540

500

801

766

674

653

OCÉANIE

61

106

38

79

1 605

1 342

Australie

60

106

38

79

1 605

1 342

MONDE

58 077

95 221

37 798

52 103

1 536

1 883

L'augmentation de la production de soja dans le continent américain, qu'elle concerne les USA ou les autres pays grands producteurs de ce continent: le Brésil et l'Argentine, tranche avec la stagnation, voire le recul (exemple Brésil) de la production des autres légumineuses. Les chiffres, d'ailleurs pour cette période de onze ans, ne sont guère encourageants pour le continent africain. La progression de la production reste très insuffisante; les surfaces emblavées ont diminué (- 7 %); seule constatation rassurante: le rendement moyen a notablement augmenté (+ 40 %).

Nous ne disposons pas, en 1988, de statistiques générales plus récentes que celles citées ici, mais les indications partielles données çà et là pour des années plus proches de nous n'indiquent pas de renversement de tendance.

En prenant connaissance des pages qui suivent, le lecteur trouvera peut-être que:

1) nos références sont en trop grande majorité africaines;

2) la grande culture mécanisée, perfectionnée de type occidental et qui existe effectivement, en particulier pour le soja, l'arachide, le haricot, n'est que sommairement étudiée.

Ces deux constatations sont fondées. Nos références sont surtout africaines, car c'est le continent où nous avons le plus d'expérience personnelle sur ces cultures.

Nous n'avons pas traité les techniques d'agriculture très perfectionnées de type occidental car, d'une part il existe d'excellents ouvrages sur ce sujet, qu'en se limitant à l'agriculture manuelle et à la culture attelée, la matière à traiter était déjà très abondante, et que ce sont, de loin, les modes de culture pratiquées en production vivrière dans les pays en développement.

Les légumineuses vivrières ont un rôle à jouer dans la lutte contre la malnutrition. Il faut que leur niveau de consommation, trop faible dans nombre de pays en développement, s'élève; cela est possible.