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close this bookQuelle politique d'épargne dans les systèmes d'épargne-crédit ? Au Cambodge et au Viet-nam, GRET, 1996
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View the documentPrésentation
Open this folder and view contentsPremier chapitre: Eléments de politiques économiques; Secteur financier et place des systèmes d'épargne-crédit
Open this folder and view contentsDeuxième chapitre: La problématique de l'épargne dans les systèmes d'épargne-crédit
Open this folder and view contentsTroisième chapitre: La place de l'épargne monétaire dans les systèmes d'épargne-crédit, au Cambodge et au Viêt-nam
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View the documentLes opérations du Gret en matière de systèmes financiers
Open this folder and view contentsWhere does saving fit into micro-finance systems?

Conclusion. Privilégier une démarche progressive

Le Viêt-nam et le Cambodge sont sortis économiquement affaiblis d'une longue période de collectivisme. Les ménages se recapitalisent, assez rapidement pour certains, plus difficilement pour d'autres.

La première priorité des systèmes financiers ruraux doit donc être de contribuer à la recapitalisation de l'ensemble des familles. L'accès au capital est en effet un élément déterminant dans la trajectoire d'accumulation. Il l'est d'autant plus au Cambodge et au Viêt-nam que les taux de rentabilité réalisés grâce aux petits investissements sont élevés.

Dans ce contexte, une politique de crédit préalable à l'épargne est justifiée. L'important est que le capital des ménages soit affecté à de l'investissement rentable. Ceci étant acquis, il est de moindre importance que les systèmes financiers jouent encore peu leur rôle d'intermédiation. Il serait même d'une certaine façon antiéconomique de collecter de l'épargne forcée car ceci reviendrait à "geler" une fraction du capital des ménages qui pourrait être mieux utilisée pour la production et le commerce.

L'efficacité d'un Sydec ne se mesure donc pas au volume d'épargne qu'il mobilise, mais au profit qu'il contribue à créer dans des conditions de durabilité et d'équité.

Pourtant, il faut dans le même temps envisager la pérennité des systèmes financiers mis en place. Dans une optique d'autonomie financière, il est souhaitable que les Sydec diversifient leurs ressources et ne se reposent pas uniquement sur des refinancements externes. Sur un plan de politique économique, le refus d'un endettement excessif s'accompagne logiquement d'une politique d'incitation à l'épargne interne. Les politiques nationales témoignent déjà de cette volonté, particulièrement au Laos où les taux sur l'épargne sont supérieurs aux taux du crédit, et au Viêt-nam, où la banque centrale a voulu montrer la voie. Les Sydec seront sollicités à l'appui de cette politique.

On doit donc préparer d'ores et déjà, par une stratégie d'incitation progressive à l'épargne et par la création de fonds propres, un rééquilibrage progressif de la ressource au profit de ressources internes.

La stratégie de collecte de l'épargne doit être basée sur quelques principes de base simples, en lien avec les analyses développées précédemment.

" Elle doit concerner l'épargne libre prioritairement. Finalement l'enjeu pour les Sydec est de capter l'épargne qui n'est pas réinvestie sur le court et le moyen terme - notamment celle qui est thésaurisée en or. Cette épargne "moyenne et longue", détenue essentiellement par les familles moyennes et aisées, ne finance pas des investissements immédiats. Les Sydec peuvent donc essayer de la capter. Cela suppose qu'elle soit transformée en monnaie nationale (elle est toujours détenue en or au Cambodge et que les déposants potentiels aient une confiance accrue en l'économie et dans la caisse d'épargne-crédit.

" L'un des éléments déterminants dans la collecte de l'épargne libre étant la confiance, il faut accepter de donner le temps au temps. Au bout de quatre à cinq années de fonctionnement, les caisses de crédit peuvent peut-être inspirer suffisamment confiance pour attirer l'épargne, dans un contexte monétaire par ailleurs en voie de stabilisation. Il n'existe qu'une solution pour le savoir: expérimenter.

" Partant du principe que la mobilisation de ressources propres est l'un des critères de crédibilité incontournable des institutions d'épargne-crédit (vis-à-vis des autorités économiques et des institutions financières à même de refinancer le Sydec), une collecte limitée d'épargne forcée peut être envisagée si la mobilisation de l'épargne libre est difficile. On la limitera cependant à 5 % des montants d'épargne obligatoire par rapport aux montants empruntés. L'objectif est en effet de commencer à collecter des ressources, d'habituer les clients à la pratique de l'épargne monétaire dans leur système financier, tout en évitant les "ponctions" trop importantes. Il faut aussi appliquer des taux réels positifs à cette épargne.

" Enfin, la politique des taux d'intérêts doit être suffisamment souple pour autoriser la création de fonds propres (donc les taux doivent être élevés). Ceci d'autant plus que l'épargne sera difficile à collecter.

Sur le réseau soutenu par le Gret au Cambodge, une expérimentation commence. Elle vise dans un premier temps l'épargne libre. Au Viêt-nam, les discussions avec la Banque des pauvres sont en cours pour explorer les diverses possibilités (épargne libre, épargne forcée, cotisations,...) qui seront testées dans la province de Vinh Phu. Le suivi-évaluation permettra d'affiner l'analyse et d'adapter progressivement les techniques en fonction des résultats.