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close this bookGestion de terroirs: des solutions aux problemes identifies par les operateurs de terrain - des idees - des pistes et quelques solutions, GRET, 1993
close this folderChapitre III - GTV et animation/appui aux organisations paysannes
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View the documentRésumé des problèmes, difficultés et questions identifiés dans le premier document
View the document3.1 Difficultés à impliquer les populations
View the document3.2 Des problèmes qu'expriment le rapport vertical entretenu par l'état avec les populations

3.2 Des problèmes qu'expriment le rapport vertical entretenu par l'état avec les populations

Les agents de développement n'arrivent pas à se défaire de leur routine et à changer leurs rapports avec les paysans; les paysans en majorité analphabètes ont intériorisé le statut d'exécutants dans lequel les agents de développement les placent.

La formation des agents apparaît dans tous les cas comme une condition préalable et une dimension permanente des projets de GT. Mais leur formation technique, économique et pédagogique devrait être subordonnée à une prise de conscience du renversement des rapports qu'il leur appartient de provoquer pour faire que les agriculteurs et éleveurs se trouvent en situation de responsabilité réelle et non simulée. Ce changement d'attitude peut être le résultat:

" d'un raisonnement intellectuel suivi, fondé sur des observations concrètes;

" d'une conviction idéologique et politique solide sur le bien-fondé du développement à la base, local;

" d'un rapport de force nouveau qui mettrait les agents de développement en position de dépendance par rapport aux responsables des organisations professionnelles (idée d'un opérateur privé proposé par la CFD);

" des voyages d'études (préparés) dans des organisations de base, agricoles, rurales et urbaines sont le moyen privilégié de cette formation/conscientisation;

" des ateliers de formation, avec la participation de responsables d'organisations populaires sont également un moyen;

" une information aisément accessible sur l'état actuel, l'histoire et les perspectives des organisations paysannes en Afrique peut faciliter cette formation.

Concernant les paysans, et leur habitude (parfois "complaisante") à se placer en position d'exécutants, il semblerait utile de créer à leur intention:

" un système régulier d'approvisionnement en informations (après mise en forme) et de restitution (après traitement) des informations, recueillies auprès d'eux;

" un système permanent de formation, défini en concertation avec les différents sous-groupes concernés qui prévoierait, en plus des formations théoriques à la comptabilité et à la gestion, une formation de "type syndical" (affirmation et défense de leurs intérêts) à l'analyse des acteurs et de leurs stratégies (notamment l'Etat et les bailleurs de fonds), à l'identification de leur marge de manoeuvre et des moyens de la renforcer.

L'animation, réduite à des techniques destinées à "faire passer le message", ne peut en rien modifier la position d'exécutants dans laquelle les projets de GT placent souvent les paysans et les éleveurs.

Le champ d'initiative laissé aux populations par les projets GT définis sans concertation est souvent réduit, voire nul. Dans ce cas, il ne reste plus aux promoteurs / animateurs du projet qu'à "convaincre" les villageois du bien fondé des objectifs de leur projet, à l'aide d'actions incitatives (c'est ce que les projets appellent parfois "animation ", destinée à 'faire passer le message ").

L'animation n'apparaît comme une voie efficace qu'à partir du moment où elle est conçue comme une démarche permanente et progressive, vers une responsabilisation complète des villageois et organisations paysannes.

Cette démarche 1 (et les méthodes spécifiques qu'elle utilise) gagne à être amorcée dés le début du projet, au moment de sa définition et de sa mise en oeuvre: c'est la solution idéale mais très rarement constatée.

1 Entendue comme moyen d 'une responsabilisation effective des organisations populaires existantes ou suscitées par le projet.

Elle peut également être amorcée en cours de projet (à l'occasion d'une évaluation) quand les problèmes de prise en charge commencent à se poser, comme moyen de réorienter le projet vers une responsabilisation effective des organisations paysannes par un transfert de ses moyens et de ses ambitions.

La coexistence entre une démarche d'animation orientée vers une responsabilisation des acteurs de base et une démarche de vulgarisation classique est difficile.

Il ne peut pas en être autrement. Les deux démarches expriment des ambitions différentes, des rapports Etat-populations différents, des "philosophies" du développement et des "projets de société" différents.

L'animation, orientée vers une responsabilisation des populations, part d'une approche globale des besoins et priorités de toutes les catégories avec la volonté de mettre à leur disposition les informations, les compétences et les moyens qu'elles puissent maîtriser pour définir et mettre en oeuvre, leurs actions et programmes de développement de la façon la plus autonome possible.

La vulgarisation a une approche plus sectorielle, plus fonctionnelle et utilitaire. Elle est bien souvent le maillon d'une chaîne dont les producteurs ne contrôlent ni l'amont, ni l'aval.

Dès lors qu'un projet de GT se donne comme objectif de créer et renforcer les conditions d'une responsabilisation complète des organisations paysannes en matière de GT, la vulgarisation pourrait être alors définie comme un élément de cette stratégie (avec l'approvisionnement en intrants, le crédit, l'appui à la commercialisation, la transformation...) dont le contenu serait défini en fonction des priorités et enjeux des paysans et éleveurs, compte tenu du programme de développement qu'ils se seraient donnés.

La vulgarisation s'apparenterait alors plus à une démarche de conseil agricole qui devrait répondre aux besoins des producteurs.

Le Projet PDRI/HKM au Burkina tente de mettre en place un tel système de conseil agricole sur sa zone d'intervention. Il s'appuie sur les services techniques en place (CREA) mais forme les agents de ces services à une nouvelle démarche de travail avec les producteurs: identification avec les producteurs de leurs contraintes, recherches des solutions, conseils techniques en relations avec les problèmes qui se posent réellement.