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close this bookLe rôle de l'information pour le développement rural des pays ACP, CTA, 1996
close this folderPartie 1: Actes du séminaire
close this folderRapports des groupes de travail
View the documentGroupe 1: Les attentes des différents publics
View the documentGroupe 2: Peut-on parler d'information sans parler de communication?
View the documentGroupe 3: L'articulation des échelles au niveau régional, national et international
View the documentGroupe 4: Nouvelles technologies d'information: quels besoins, quels produits, quels outils, quels métiers?

Groupe 2: Peut-on parler d'information sans parler de communication?

Président: M. Cheickna Diarra

Rapporteur: M. Jacques Sultan

Membres: M. Viwalé Adigo; M. Maurice Albarka; M. Pascal Berqué; Mme Geneviève Leprince; M. F. Maes; Mme Joy Mukayange; M. Samba Ousmane Touré; M. Michael Pickstock; M. Ulrich V. Poshinger; M. Edward Spiff; M. Arnaud de la Tour; M. Anthony Youdeowei.

Introduction

Un consensus général s'est dégagé dans le groupe pour considérer que, dans le contexte du développement rural des pays ACP, on ne peut pas parler d'information sans parler de communication.

L'information renvoie à des produits, la communication à des processus interactifs. L'information n'a qu'une valeur relative si elle n'est pas communiquée. La communication est constituée par l'ensemble des méthodes et dispositifs qui permettent l'accès aux produits de l'information et leur circulation entre les différentes catégories d'acteurs engagés dans le développement rural.

Les processus de communication vont au-delà de la transmission de produits d'information, de savoirs et de techniques. Ils se situent dans une dynamique d'interaction qui permet d'instaurer un dialogue et d'alimenter un débat, une confrontation, entre les acteurs concernés par les enjeux du développement rural.

Ce processus d'échange et de dialogue permet:

" l'expression des points de vue des différents acteurs et leur confrontation;

" l'analyse des pratiques des producteurs du monde rural et l'identification de leurs besoins, en matière notamment d'apports de savoirs et de techniques;

" la sensibilisation et la mobilisation des partenaires sur les enjeux du développement rural;

" la concertation et la recherche de consensus pour définir des programmes d'action et s'engager dans leur mise en œuvre;

" les échanges d'informations, de savoirs et de techniques entre les acteurs de base du développement rural et entre ceux-ci et les autres niveaux d'acteurs (vulgarisateurs, chercheurs, planificateurs, décideurs, partenaires du développement);

" la promotion des initiatives réussies en tant qu'elles ont une valeur d'exemple et un effet démultiplicateur.

Le groupe a également insisté sur les points suivants:

" les acteurs du développement sont tout à la fois des producteurs et des utilisateurs de produits d'information. La communication, c'est l'organisation des processus d'échange entre ces acteurs (producteurs ruraux, agents d'encadrement, chercheurs, décideurs, opérateurs économiques, partenaires...) pour obtenir l'impact maximal sur les processus de développement rural;

" l'alphabétisation est un facteur essentiel pour permettre un meilleur accès à l'information et une communication efficace entre les différents niveaux d'acteurs en allant au-delà de la communication orale et en dotant les producteurs ruraux d'outils de connaissance, d'échange et de gestion du développement;

" il existe des gisements importants d'informations produites par la recherche qui ne sont pas exploités. Il faut sauvegarder cette information en se donnant les moyens de la traiter, de la mettre en mémoire, de la diffuser, de l'enrichir. Cela implique à la fois des outils performants de traitement, de mise en mémoire et de diffusion de l'information, et des spécialistes formés dans ces différents domaines;

" enfin, le groupe a constaté l'émergence de nouveaux acteurs, notamment au sein des sociétés civiles et des organisations du monde rural, l'apparition de nouveaux besoins, liés notamment à la nécessité d'un échange plus démocratique entre les partenaires du développement, l'existence de nouveaux outils technologiques et le foisonnement de nouveaux instruments de communication sociale, faisant éclater le monopole des Etats et les frontières géographiques.

Dans ce nouveau contexte, les schémas classiques verticaux de circulation de l'information sont désormais inadéquats et doivent être profondément réformés. Le rôle des acteurs dans cette circulation de l'information (vulgarisateurs, chercheurs, spécialistes de l'information) doit être redéfini, la population rurale devenant elle-même un acteur majeur en matière de production et de diffusion d'information pour le développement.

Propositions d'orientation

D'une manière générale, le CTA devrait élargir son champ d'action pour intervenir davantage sur les proces sus de communication que sur les produits d'information. Plus spécifiquement, les efforts, dans les années à venir, devraient porter sur les points suivants:

1. Appuyer la définition de politiques et de stratégies nationales d'information et de communication pour le développement.

2. Faciliter l'accès à l'information et la communication entre les différents acteurs du développement, au niveau national, régional et local.

Au niveau régional:

" en poursuivant et en renforçant les efforts de mise en commun de l'information par l'établissement de réseaux et d'interconnexions;

Au niveau national et local:

" en favorisant la création d'un environnement juridique favorable à la création, par des opérateurs publics, privés et associatifs, de supports multimédias pour une circulation plus libre et plus diversifiée de l'information pour le développement, tout en préservant une mission générale de service public dans ce domaine;

" en appuyant la décentralisation des structures d'information, publiques, privées et associatives, et la complémentarité des médias de communication avec le monde rural, notamment entre la radio rurale, la presse écrite en langue nationale et les petits médias de proximité;

" en favorisant le renforcement des centres de ressources documentaires existants au niveau national, la création de centres de ressources au niveau local et la mise en réseau de ces différents niveaux;

" en soutenant l'effort d'édition dans le domaine de l'information pour le développement, au niveau national et local, à travers des organes publics et privés.

3. Faire parvenir l'information et favoriser la communication à l'échelon local:

" par la production d'informations pour le développement dans les langues nationales;

" par le soutien des initiatives en matière d'alphabétisation fonctionnelle;

" par l'utilisation des moyens et réseaux de communication traditionnelle et communautaire;

" par l'utilisation de supports audiovisuels;

" par le développement d'unités mobiles d'information, de communication et d'animation en milieu rural.

4. Poursuivre et développer les actions de formation des acteurs de l'information et de la communica tion pour le développement (vulgarisateurs, techniciens de l'information, chercheurs, animateurs du monde rural):

" en soutenant la formation des formateurs à tous les niveaux;

" en appuyant les institutions de formation existantes, tant au niveau national que régional, ainsi que les associations de professionnels de l'information;

" en appuyant la formation complémentaire des documentalistes aux nouveaux aspects de leur métier, sur le plan notamment de la diffusion de l'information;

" en prenant en compte les nouveaux besoins de formation induits par l'émergence de nombreux organes d'information et de communication privés et associatifs, s'agissant notamment de la radio et de la presse;

" en organisant des ateliers d'information et de formation sur les nouvelles technologies de l'information, les usages de ces outils en faveur du développement rural et les stratégies à mettre en place pour leur exploitation optimale;

" en assurant le suivi de la formation par la mise en œuvre, au bénéfice des médiateurs de l'information pour le développement (journalistes, animateurs, vulgarisateurs), d'un service régulier d'information spécialisée sur les principaux thèmes du développement rural, ce service devant lui-même être alimenté par ses utilisateurs.

5. Entreprendre une étude générale sur les actions exemplaires entreprises au niveau local en matière d'information et de communication pour le développement, et rendre cette information disponible pour tous les acteurs.

6. Appuyer une réflexion sur l'évaluation des coûts, sur la viabilité du marché de l'information et de la communication pour le développement et sur la répartition de ces coûts entre les partenaires en présence (gouvernements, partenaires économiques, utilisateurs).

7. Enfin, le CTA devrait renforcer son rôle d'intermédiaire entre les pays ACP et les partenaires du développement, notamment au niveau européen, afin de permettre un meilleur ajustement de l'offre européenne avec la demande ACP en matière d'information et de communication pour le développement.