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close this bookLe rôle de l'information pour le développement rural des pays ACP, CTA, 1996
close this folderPartie 2: Etudes préparatoires
close this folderLe rôle de l'information dans les enjeux du développement rural des pays ACP
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Différentes façons d'interpréter les tendances actuelles

On est loin d'une unanimité des points de vue quant aux causes des freins au développement dans les pays ACP depuis les indépendances. Les critères d'analyse utilisés par les institutions, les chercheurs, les experts varient considérablement, conduisant à des propositions, des politiques et des programmes différents.

Des indicateurs macro-économiques qui incitent au pessimisme

La majorité des experts dressent un bilan plutôt négatif des dynamiques de développement des pays ACP au cours de ces trente dernières années. Leur analyse s'appuie essentiellement sur un ensemble d'indicateurs macro-économiques défavorables. S'y ajoutent des comparaisons fréquentes sur les réussites économiques, notamment en matière agricole, de l'Asie tropicale. Les donnée suivantes sont le plus souvent mises en avant.

L'Afrique, exportatrice de produits agricoles en 1960, importe aujourd'hui environ huit millions de tonnes de vivres chaque année. La plupart des pays asiatiques sont devenus autosuffisants dans leur production agricole, leurs exportations croissent.

Alors que la révolution verte asiatique, malgré ses limites, s'est traduite par l'adoption de nouvelles techniques de production agricole, plus intensives et plus rentables, l'introduction du changement technique n'aurait pas «pris» en Afrique. Les rendements plafonneraient. En Afrique, seulement 20 % des surfaces irrigables sont irriguées. Les transports ont un coût double de celui qu'ils ont en Asie. Depuis la fin des années 80, le taux d'investissement a décru de 25 % en Afrique subsaharienne, alors qu'il croît régulièrement en Asie tropicale...

Des nuances indispensables et des signes de changement

Les agrégats économiques qui globalisent les situations ne permettent pas toujours d'analyser correctement les tendances réelles. Les statistiques de la FAO sur l'évolution de la production alimentaire des pays ACP montrent ainsi l'importance des écarts entre les pays (tabl. I).

Tableau I. Variation de la production vivrière par habitant dans les pays ACP, 1988-1993. Source: FAO.

<-10%

-4à - 10%

-2à - 4%

-là-2%

0 à - 1%

0 à 1 %

1 à 3%

Ethiopie

Cap-Vert

Angola

Burundi

Burkina Faso

Bénin

Nigeria

Liberia

Gambie

Botswana

Comores

Namibie

Guinée

Ouganda

Somalie

Kenya

Cameroun

Ghana

Sénégal

Guinée-Bissau

Togo


Congo

Madagascar

Tchad


Malawi

Fidji


Lesotho

Côte d'Ivoire

Mali

Vanuatu

Zaïre

Guyana


Sao Tomé et Principe

Gabon

Maurice

Papouasie- Nouvelle- Guinée

Zambie

Jamaïque


Bahamas

Mauritanie

Mozambique


Zimbabwe



Haïti

Rwanda

Niger

République dominicaine

Belize




Sierra Leone

Tonga


Trinité-et-Tobago




Swaziland

Barbade






République







centrafricaine







République unie







de Tanzanie







Iles Salomon







Samoa occidentales





Même la Banque mondiale, qui dresse un bilan plutôt négatif du développement agricole en Afrique, signale quelques succès: l'horticulture privée au Kenya, l'arboriculture en Côte d'Ivoire; des petites entreprises privées de commerce et de transformation agro-alimentaire au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie ou en Ouganda; le secteur cotonnier en Afrique occidentale; les programmes coopératifs de crédit au Rwanda, au Burundi, au Bénin ou au Togo, etc.

Elle donne aussi en exemple quelques chiffres qui témoignent des succès des programmes d'ajustement structurel qu'elle recommande. Depuis le début des années 90, quelques pays auraient vu leur croissance agricole remonter à des taux voisins de 4 %: Bénin, Botswana, Comores, Kenya, Nigeria, Ouganda, Tanzanie, Tchad...

Un regard plus positif sur les dynamiques actuelles

L'étude «Perspectives à long terme en Afrique de l'Ouest - WALTPS», réalisée en 1994 par le secrétariat du Club du Sahel et l'équipe d'experts africains de la cellule «Cinergie», prend le contre-pied d'un certain «afro-pessimisme» . Elle souligne les très fortes capacités d'adaptation dont ont su faire preuve les sociétés africaines. Elle présente la situation actuelle comme une phase de transition et de mutation rapide, où de multiples signes positifs témoigneraient d'une réelle dynamique de développement. L'Afrique serait en train de réaliser une mutation économique et sociale profonde, mais selon des formes de modernité spécifiques (voir encadré).

Quelques témoignages du dynamisme et des capacités d'adaptation des sociétés africaines

L'étude «Perspectives à long terme en Afrique de l'Ouest - WALTPS» met en relief les capacités dont ont fait preuve les sociétés africaines pour absorber une forte croissance démographique au cours de ces dernières années, sans crise majeure. L'Afrique de l'Ouest est ainsi passée de 40 millions d'habitants en 1930 à 85 millions en 1960 et 215 millions aujourd'hui. Elle rappelle que les déséquilibres de production entre zones et pays ont été en partie gérés de façon souple et spontanée par des mouvements migratoires: des zones arides vers les zones mieux dotées; des zones enclavées vers les zones côtières; des campagnes vers les villes.

Il est montré que, dès qu'ils sont placés dans un contexte favorable (prix, réseaux commerciaux, disponibilité des techniques, etc.), les producteurs réagissent en augmentant leur productivité. Tout autour des marchés urbains, les agriculteurs modifient leurs pratiques économiques et techniques, souvent par eux-mêmes, en mêlant techniques modernes et traditionnelles.

La croissance du secteur informel urbain est interprétée comme le témoignage d'une capacité d'insertion sociale forte des villes: le partage du travail jusqu'à l'infime, même s'il n'autorise pas une amélioration de la productivité, permet que chacun dispose d'un minimum de ressources. C'est la croissance spontanée de ce secteur qui a permis que les migrations villes-campagnes se gèrent sans drames sociaux trop violents. Aujourd'hui, au sein de ce secteur informel, commencerait à émerger une nouvelle génération de petits entrepreneurs, qui fonctionneraient selon un mélange entre les normes du secteur industriel moderne et celles du secteur traditionnel.

Enfin, il est rappelé qu'on ne doit pas mesurer les progrès de la production agricole par rapport à la croissance démographique seulement, en comparant les taux de l'une et de l'autre. Il faut aussi raisonner en temps d'adaptation de la production à l'augmentation de la demande. Pour l'Afrique de l'Ouest, en 1980, ce retard était de cinq ans. En 1993, il n'est plus que de trois ans. L'étude en conclut que, loin de s'enliser, l'agriculture régionale serait en train de prendre un nouvel essor. La Côte d'Ivoire en serait l'exemple le plus remarquable. Sa production agricole (en termes de calories produites) est actuellement suffisante pour couvrir la demande nationale, malgré une multiplication de sa population par 3,5 en trente ans.

Il y a donc adaptation et changement. Mais celui-ci ne s'est pas toujours situé là où on l'attendait, là où on cherchait à le provoquer. La question serait alors de créer les conditions favorables à son accélération et d'aider à lui donner davantage d'ampleur

Sans doute, ni les pessimistes, ni les optimistes n'ont totalement tort ou raison. Ils mettent chacun en lumière des grandes tendances de fond, contradictoires: d'une part, une tendance à l'aggravation des déséquilibres; d'autre part, des dynamiques de réponse et d'adaptation, encore diffuses. L'enjeu des années à venir pourrait alors être de donner à ces tendances positives les moyens de prendre une ampleur suffisante pour dépasser les déséquilibres.