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close this bookLe rôle de l'information pour le développement rural des pays ACP, CTA, 1996
close this folderPartie 2: Etudes préparatoires
close this folderL'offre d'information européenne pour le développement rural des pays ACP: quelles tendances?
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Conclusions

L'information est de meilleure qualité, mais est-elle mieux diffusée?

Malgré la professionnalisation accrue des organismes européens spécialisés en information pour le développement rural, malgré les progrès accomplis pour mieux cibler l'information produite, malgré la multiplication de nouvelles possibilités techniques, il ne semble pas que la réflexion ait suffisamment progressé sur la pertinence du contenu de l'information diffusée comme sur les façons de mettre largement à disposition des acteurs concernés l'offre disponible.

Les efforts et les priorités semblent toujours davantage centrés sur la production que sur la circulation et diffusion de l'information.

Il reste encore beaucoup à faire pour rééquilibrer les investissements respectifs entre la production et la diffusion, et pour mettre en place les relais de circulation de l'information qui semblent manquer. Parce qu'elle n'atteint qu'une partie du public intéressé, l'offre européenne est sous-valorisée et sous-utilisée. Son impact en matière de développement en est réduit d'autant. Sur ce thème, il s'agit autant de renforcer les efforts existants pour faciliter la mise en relation entre offreurs et demandeurs (catalogues actualisés des sources disponibles, appui aux réseaux de diffusion, services questions-réponses, etc.) que de trouver des formes innovantes de mise en circulation de l'information.

Par exemple, des «foires de l'information», sur le modèle des salons commerciaux, pourraient être l'occasion d'établir des contacts directs entre producteurs et demandeurs d'information. On pourrait aussi imaginer des «relais mobiles», du type minibus d'information, alliant diffusion de l'information et animation. Ils pourraient servir de relais vers des centres d'information et proposer un ensemble de produits d'information.

Et la production, ou la question du dernier kilomètre?

Dans les télécommunications, on utilise le concept du «dernier kilomètre» pour expliquer que les réseaux de communication les plus évolués n'ont aucun intérêt s'ils ne touchent pas les utilisateurs finaux. Dans la chaîne de l'information, la «problématique du dernier kilomètre» reste actuelle.

Il n'est évidemment pas du ressort des organismes européens de couvrir le «dernier kilomètre». Ils sont au mieux condamnés à jouer le rôle d'éternel intermédiaire, bien que certains d'entre eux acceptent mal ce destin... Cependant, ils peuvent jouer un rôle primordial pour aider à construire ou consolider les «chaînons manquants» dans les filières de l'information, éviter que les processus de stockage ne prennent le pas sur les processus de circulation et adapter leur action afin qu'elle ait effectivement un impact sur les producteurs ruraux, même si c'est de façon indirecte.

Des partenariats institutionnels consolidés, mais une chaîne de l'information qui reste désarticulée

Le développement du partenariat institutionnel vers lequel tendent les institutions européennes est dû à un meilleur effort de compréhension des réalités et des besoins en information des pays ACP. Cependant, ces partenariats sont difficiles à maintenir dans le temps et parfois contradictoires avec les logiques de fonctionnement des structures européennes. Le plus souvent, ils sont établis entre institutions homologues. Aussi servent-ils surtout à renforcer un des maillons de la chaîne de l'information dans les pays ACP. Mais la question des failles et manques d'articulation entre ces maillons reste entière: manque de relations entre les centres de recherche et les services de développement, peu de liens entre les médias (presse, radio) et les services et programmes de développement, y compris de vulgarisation, etc.

Quel usage de la diversité de produits, services et supports d'information?

En dix ans, les supports de transmission d'informations se sont fortement diversifiés: recours accru, même s'il reste encore limité, aux supports sonores et visuels; développement de l'informatique, des produits multimédias, des réseaux électroniques... De façon paradoxale, cette multiplicité des possibilités techniques ne semble pas s'être accompagnée d'une véritable réflexion sur les avantages spécifiques de chaque média, technique ou support selon les publics concernés, et les types d'information diffusés.

Peu d'efforts sont faits pour assurer des passerelles et des traitements différenciés d'une même information à travers différents médias. L'offre européenne pour le développement rural des pays ACP n'est sans doute pas assez valorisée et perd ainsi en impact et utilité pour les pays concernés.

A la recherche d'un marché

Une des tendances indéniables de ces dernières années est la réduction des budgets d'aide aux services d'information européens. De l'Espagne à la Finlande, de la Grèce à l'Irlande, les fonds publics destinés à la recherche et à l'information ont fondu.

Cela a accru l'impératif de vendre plus, alors que certains produits étaient invendables et que le pouvoir d'achat des marchéscibles s'érodait. Il serait au moins positif que cette situation inconfortable conduise à envisager une restructuration des chaînes d'information, en les dotant de caractéristiques différentes, et notamment en laissant davantage le marché jouer un rôle de pilotage de l'offre.

Cette logique présente des avantages importants. Elle devrait permettre une meilleure adéquation de l'offre à la demande réelle (et non pas supposée) des acteurs ACP, et favoriser la création d'activités et de filières économiques rentables autour du traitement de l'information dans les pays ACP. Mais elle présente aussi des inconvénients et risques forts:

" d'une part, le pouvoir d'achat des acteurs ACP, notamment les producteurs ou agents de terrain, est insuffisant pour leur permettre d'accéder à une information payante «à prix coûtant». Une pure logique de rentabilité économique aboutirait donc à éliminer les possibilités d'accès à l'information d'une bonne partie de la population des pays AC.P. II reste à inventer de nouveaux mécanismes d'appui qui permettent à la fois de subventionner partiellement les prix tout en laissant place à des logiques de vente plutôt que de don;

" d'autre part, une partie des activités de production et diffusion d'informations pour le développement relève de fonctions d'intérêt général qui devraient être assurées dans le cadre du service public. Généraliser les logiques de marché et de services payants peut être dommageable pour certains services publics indispensables: centres de recherche, centres de documentation, etc.

Définir des priorités de financement

La compétition croissante autour des ressources financières destinées au transfert d'information de l'Europe vers les pays ACP impose que l'on définisse clairement les priorités en matière de financement. De plus, il paraît important de définir des indicateurs d'impact de ces flux sur le développement des pays bénéficiaires. En particulier, des évaluations des bénéfices relatifs des différents produits et services d'information (électroniques, virtuels ou «réels») auprès des divers groupes d'acteurs des pays ACP devraient être conduites.

De façon plus générale, si le foisonnement actuel de l'offre européenne constitue un atout important pour le développement des pays ACP, sa meilleure utilisation et valorisation passent certainement par une définition plus précise et rigoureuse des priorités d'intervention, des rôles respectifs de chacun, des résultats attendus et des façons de mesurer les impacts obtenus.