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close this bookLe rôle de l'information pour le développement rural des pays ACP, CTA, 1996
close this folderPartie 2: Etudes préparatoires
close this folderDu local à l'international en passant par le national et le régional: la question de l'articulation des échelles en matière de politiques d'information
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View the documentLe niveau régional: l'unanimité règne, les difficultés demeurent
View the documentOrientations prospectives pour le CTA

Le niveau national: une échelle déterminante pour des politiques d'information

En février 1993, le CTA a organisé au Burundi, à Bujumbura, un atelier de réflexion sur les réseaux de documentation agricole en Afrique. Il faut souligner que cette initiative faisait partie des recommandations issues de la rencontre organisée au Gabon en 1991 pour relancer une dynamique régionale.

L'atelier a conclu que «les réseaux de documentation agricole en Afrique se développent dans un contexte d'ajustement structurel et en l'absence quasi générale de politiques nationales d'information scientifique et technique. Cette absence ainsi que celle de cadre juridique constituent des handicaps au bon fonctionnement des réseaux».

Ce manque de planification stratégique et de méthodologie explique sans doute que les objectifs ne soient pas définis en partant de l'analyse des besoins. D'où cette autre conclusion de l'atelier, qui est le pendant de la première, en des termes plus opérationnels:

«Les utilisateurs méconnaissent les produits et services proposés par les réseaux et leurs besoins sont rarement bien appréhendés par les responsables de ces réseaux. Par ailleurs, la diffusion des produits est restreinte par manque de moyens et, de surcroît, un budget est rarement prévu pour la réalisation de ces produits.»

Entre les professionnels de l'information qui ne construisent pas leurs systèmes en partant de l'exigence de satisfaire les besoins des utilisateurs et les décideurs qui n'affectent pas de moyens conséquents à ces activités, parce qu'ils ne perçoivent pas l'intérêt prioritaire et pratique d'une politique d'information, il y a un rapport de cause à effet qui, avec le temps, est devenu difficile à démêler. Est-ce le manque de moyens qui explique la défaillance des systèmes d'information, ou l'inverse ?

Une certaine unanimité se dégage progressivement sur trois points:

" les professionnels de l'information devraient orienter leurs activités dans le sens de la mise en circulation des informations, en donnant moins de priorité (voire d'exclusivité) à la fonction de gestion de stocks;

" les systèmes d'information devraient faire la preuve de leur efficacité en répondant aux besoins des utilisateurs;

" avant d'aller chercher l'information à l'extérieur, une plus grande confiance dans les sources disponibles localement valoriserait les efforts entrepris ces dernières années.

Alors peut-être les décideurs affecteraient-ils plus facilement des moyens à ces activités, car leur articulation avec les stratégies de développement agricole serait plus évidente.

L'information, facteur de développement, est un «mot d'ordre» qui a beaucoup progressé dans les consciences, son passage à l'acte reste une exigence d'actualité.

L'expérience de AGRIS/CARIS, les deux systèmes internationaux d'information pilotés par la FAO, est convergente avec les points de vue exprimés plus haut. Le principe fondamental de ces systèmes est clairement affirmé:

«Toute coopération, internationale ou régionale, doit s'appuyer sur des structures nationales et viser à les renforcer.»

Sans capacité locale, il n'est pas possible de construire un système international. Ni du point de vue de son alimentation, ce sont les centres nationaux qui fournissent les données, ni du point de vue de son utilisation, ce sont les mêmes centres qui répondent aux demandes.

La Division de la documentation de la FAO en a déduit une conception intégrée de son action en faveur des systèmes internationaux d'information et des centres nationaux de documentation.

Cette conception repose sur les choix suivants:

" concevoir des outils permettant à la fois de contribuer à la base internationale et de constituer une base locale;

" éviter des systèmes ayant des dépenses récurrentes non supportables;

" pratiquer le multilinguisme pour faciliter la tâche des acteurs locaux;

" consacrer des moyens conséquents à former le personnel local, le former dans le pays, diversifier et sélectionner les bénéficiaires car tout dépend de la qualité des personnes sur place;

" respecter la consultation démocratique des pays membres pour prendre des décisions;

" avoir une approche évolutive, en particulier au plan technologique;

" remplacer les experts-résidents par des consultants pour ne pas se substituer à la responsabilité des pays;

" rechercher la complémentarité avec les autres bailleurs;

" encourager les achats sur place de fournitures, de livres, etc., pour dynamiser l'économie locale.

Indéniablement, AGRIS a souvent permis, en vingt ans d'efforts, de faire démarrer des centres de documentation là où il n'y avait rien et où il risquait de ne rien y avoir. Une politique internationale centrée sur le national produit des effets positifs.

L'expérience permet aussi de tirer quelques leçons qui précisent la façon d'analyser l'enjeu national et la façon d'y faire face concrètement.

Les centres nationaux de documentation ont, dans la majorité des cas, été installés dans les ministères de l'Agriculture, ce qui a priori constitue un avantage pour drainer l'information. Mais ils ont aussi pâti du manque de moyens, des difficultés rencontrées par les fonctionnaires et des oppositions interinstitutionnelles. La qualité du travail dépend fortement, dans ces conditions, de la qualité des personnes, de leur degré d'engagement et de dévouement. Elles sont parfois remarquables mais aussi soumises à rude épreuve.

Il en résulte, dans certains cas, une faiblesse quantitative de la collecte des données (la moyenne est estimée très grossièrement à la moitié des publications qui sortent). Mais aussi une faiblesse qualitative, soit parce que tous les domaines couverts par AGRIS ne sont pas volontairement approvisionnés, soit parce que les documents introduits dans la base manquent de validation, donc d'intérêt.

Du point de vue de l'usage du système, les données manquent pour l'apprécier. Mais l'impression générale est que les documents circulent peu; pour une part à cause de leur manque d'intérêt pour les autres pays, mais surtout parce que les centres n'ont souvent pas les moyens de faire des photocopies ni d'assumer les frais d'envois postaux. (Il est question d'un système de coupons, comme le pratiquent déjà l'UNESCO et la British Library, mais le système se met lentement en place.) D'autre part, le coût d'accès en ligne à la base internationale est prohibitif pour faire une recherche de références et le recours aux versions imprimées est lourd. (La mise sur CD-Rom est en train de changer radicalement ce problème pour ceux qui ont l'équipement de lecture, car disposer sur place de la liste des références rend plus «visible» aux utilisateurs la réalité de la base et motive les professionnels.)

Afin de faire face à ces difficultés, nous avançons les propositions suivantes:

" Aller dans le sens de systèmes d'information, de réseaux documentaires nationaux s'appuyant sur des «sous-centres» et pas seulement sur un unique centre national. Cela suppose de faire coopérer des institutions entre elles et renvoie au nouveau rôle d'animateur de l'Etat dont nous annoncions le besoin. Le Mozambique, par exemple, s'est engagé dans cette voie avec la constitution de quatre ou cinq sous-centres.

" Donner une ferme priorité à la constitution de bases nationales, de l'organisation de la documentation locale existant sur place. Il faut pour cela avoir un souci quasi exhaustif de la collecte des publications locales et les rendre accessibles.

" La diffusion est cruciale pour crédibiliser un système d'information. De ce point de vue, une base comme AGRIS fournit un matériau brut qui a besoin d'être repris, traité, complété, pour prendre la forme de réponses aux besoins des utilisateurs. Il faut apprendre à télédécharger, à faire de la sélection d'information, à utiliser la diversité des sources, mesurer l'importance d'une globalisation des processus d'information (par exemple, donner sa juste place relative à la bibliographie) et bien sûr à connaître les besoins de ses utilisateurs.

Il faut aussi, au-delà de l'échelle nationale, pouvoir accéder aux documents primaires, ce qui constitue, pour des raisons de moyens financiers (malgré les appuis apportés par des organismes comme le CTA), encore une difficulté et renvoie à la mobilisation des budgets nécessaires et à la conviction des décideurs.

" Il faut envisager une contractualisation plus rigoureuse, sous forme de conventions écrites, des accords passés entre organisations internationales et gouvernements nationaux afin de préciser les engagements de chacun et prévoir les conséquences aux manquements.

" Les formations doivent veiller à ne pas seulement fournir des acquis «théorico-pratiques», mais à donner les moyens aux participants de passer des acquis à l'élaboration de solutions pratiques particulières, quand ils se retrouvent seuls face à leurs tâches quotidiennes.

A la FAO comme ailleurs, la «communication pour le développement» a du mal à trouver sa place. Elle doit d'abord se distinguer de la communication institutionnelle, c'est-à-dire celle qui est chargée de parler de la FAO en tant que telle. Et puis elle doit s'articuler, tout en montrant sa contribution spécifique, avec le sectèur de l'information dont nous venons de parler, compte tenu, a priori, d'une évidente complémentarité. Dans l'organigramme mis en place par le nouveau directeur général, la communication pour le développement a quitté la Division de l'information pour intégrer le nouveau Département du développement durable, où elle est particulièrement bien accueillie par les dirigeants. Ces considérations institutionnelles, relativement importantes, étant faites, nous pouvons expliquer pourquoi l'expérience de la communication pour le développement nous paraît devoir trouver sa place dans ces paragraphes sur l'enjeu national des politiques d'information.

La communication élargit la préoccupation de l'information. Le CTA l'a compris depuis le début en intégrant cette dimension dans ses activités. L'élargissement se fait, d'une part, en considérant d'autres modalités d'échange et de relation entre les hommes que la consultation de centres de documentation (par exemple, la relation entre un technicien et un paysan, ou bien la relation entre un journaliste de radio et ses auditeurs, etc.). D'autre part, l'élargissement se fait en s'intéressant à d'autres médias que l'écrit (parole, photo, radio, vidéo, télévision, théâtre, etc.) et, au sein du monde de l'écrit, en se tournant vers la production et l'utilisation d'outils adaptés aux différents publics (utilisation des langues locales), donc vers une plus grande diversité d'écrits que le rapport d'étude, la synthèse scientifique ou la bibliographie (presse, revues, bulletins, fiches, livres, etc.). De toute façon, les deux mondes de l'information et de la communication sont proches, il n'y a donc pas de définition étanche de l'un par rapport à l'autre.

Il y a, toutefois, une caractéristique à laquelle la communication est attachée sans en revendiquer le monopole, c'est de toujours s'intéresser à l'échange entre les hommes, dans les deux sens (il n'y en a pas un qui se contente d'écouter) et sans «verticalité descendante» (l'un ne parle pas à l'autre en le «regardant d'en haut»).

Le constat des communicateurs est identique à celui des documentalistes. Le «national» s'affaiblit au point d'atteindre parfois des situations en dessous des seuils de survie. Les gens sont démotivés face à la disparition de la notion de service public, remplacée par du vide, du chaos, de la «débrouillardise».

Les communicateurs se demandent comment échapper au poids des flux internationaux (presse, radio, télévision) et surtout comment renforcer les systèmes nationaux car ils sont convaincus que, sans un niveau national à la fois fort et basé sur une grande proximité avec les utilisateurs de base, il n'y a pas de communication pour le développement possible.

L'axe principal de leur réponse, qui nous paraît une contribution intéressante à la question de l'enjeu national, consiste à proposer aux pays de les aider à bâtir une politique nationale de communication.

L'expérience a été conduite au Mali et en Guinée-Bissau; elle est prévue au Bénin et en République centrafricaine. Elle permet d'entrevoir les résultats suivants:

" une mobilisation nationale autour du thème de la communication qui facilite des collaborations ultérieures;

" une concertation avec et entre les bailleurs qui galvanise les coopérations et prépare la recherche de moyens financiers;

" une globalisation de l'approche qui crée de la cohérence et débouche sur un guide d'actions articulées les unes aux autres;

" un engagement de tous qui permet d'imposer le respect de la politique, en particulier aux intervenants extérieurs;

" un intérêt des pays voisins qui encourage les collaborations régionales.

La méthodologie d'approche est évidemment modulable au cas par cas, mais les grandes lignes valent la peine d'être mentionnées:

" par le biais d'enquêtes, de discussions, de rencontres, d'études sectorielles, la première phase est une phase de dialogue national à tous les niveaux, sans oublier le «pays profond»; les principaux domaines couverts concernent la radio, la presse, la télévision; mais aussi les moyens traditionnels de communication; sont abordés également la question des choix techniques, les décisions juridiques et institutionnelles et les besoins de formation;

" ce grand dialogue national débouche sur des recommandations, sur un programme, sur des procédures qui sont consignés dans un document validé par le gouvernement pour devenir un texte ayant «force de loi»;

" le suivi opérationnel de la politique est confié à un «Conseil supérieur de la communication» représentant tous les interlocuteurs concernés (ministères, associations, privés, etc.); il choisit en son sein des comités techniques et un secrétariat permanent;

" chaque département ministériel concerné est sollicité pour transformer cette politique nationale en stratégies sectorielles, débouchant sur des projets concrets qui sont soumis, sous forme d'une bourse de projets, aux différents bailleurs.

La politique du Mali en ce domaine a fait l'objet d'une publication, il en sera de même pour la GuinéeBissau prochainement. Ce sont évidemment des documents à consulter. Le schéma méthodologique le suggère fortement mais il vaut mieux le dire explicitement; un tel exercice suppose une forte volonté politique du sommet de l 'Etat et une certaine ouverture de type démocratique.

En citant cette expérience, l'objectif n'est pas d'en faire un modèle mais une référence inspiratrice, particulièrement complémentaire de la démarche régionale mise en œuvre par le CTA, que nous aborderons plus loin. A ce titre, l'expérience incite à suggérer, au-delà du rapprochement déjà existant entre le CTA et la FAO, une collaboration, éventuellement élargie à d'autres coopérations bilatérales et multilatérales, pour offrir aux Etats ACP la possibilité de faire le choix de se doter d'une politique nationale d'information et de communication.

Certains pays ont pris des initiatives plus ponctuelles mais qui illustrent bien les options défendues ici en faveur du niveau national. Nous avons choisi d'en présenter deux pour confirmer que ces options sont tout à fait opérationnelles.

A Maurice a été mis en place le Food and Agricultural Research Council (FARC), pour coordonner les programmes de recherche mais aussi pour assurer la diffusion des résultats. Le FARC exerce une activité fédératrice entre instituts de recherche, ministère et université. Le système d'information créé repose sur une base de données locale et fonctionne comme un réseau de personnes qui expriment leurs besoins et leur satisfaction (ou non !). Le FARC joue le rôle de point focal national, correspondant du CTA, et à ce titre bénéficie d'un certain nombre d'appuis et de services. Il se préoccupe de formation et suit attentivement l'évolution technologique pour être en mesure d'en tirer parti. (D'après les informations communiquées par M. Antoine.)

En Côte d'Ivoire fonctionne le Redaci, Réseau documentaire agricole, animé et coordonné par la responsable de la bibliothèque centrale du ministère de l'Agriculture, qui fait par ailleurs fonction de centre national correspondant d'AGRIS. Cette animation consiste à suivre les activités de tout centre d'information agricole, à aider les nouveaux qui se constituent et veulent participer au réseau, à associer les partenaires de la recherche et de la vulgarisation, à diffuser les produits documentaires (catalogues, bibliographies, recherches sélectives, etc.), à harmoniser les méthodes et les outils de travail, à ouvrir des relations avec l'extérieur (par exemple, le réseau sahélien Resadoc). L'appui apporté par le CTA est très apprécié. Pour le futur, l'attente concerne principalement le renforcement de la relation triangulaire entre autorités nationales, point focal national et CTA. Avec une double préoccupation concernant la délimitation du rôle d'un point focal national par rapport a l'approche régionale et l'introduction des nouvelles technologies. (D'après les informations fournies par Mme Koné.)

Sont attendues également des informations de Sierra Leone et du Tchad.