
| L'urbanisation en Afrique de l'ouest : mécanismes et logiques, Club du Sahel, 1993 |
| 2. La satisfaction besoins essentiels en ville |
![]() |
|
L'existence d'une population urbaine à la limite de la survie matérielle - phénomène assez commun aux périodes de forte urbanisation - ne tient donc pas seulement aux insuffisances de l'investissement urbain. C'est le processus même de l'urbanisation qui est principalement en cause; la mobilité extrême des populations, habilement exploitée et gérée, les conditions climatiques favorables (pour l'habitat comme pour l'agriculture), la rapidité même de l'urbanisation et le décalage extrême entre le niveau de vie moyen local et les modèles de consommations apportés de l'extérieur.
Aussi, bien que les services publics sont en général d'un niveau plus élevé en ville, plus accessibles surtout, que dans le milieu rural, il est difficile de prétendre qu'il y ait pour tous un "biais urbain" décisif. Il suffit pour s'en convaincre d'observer les conditions matérielles de vie du plus grand nombre dans les grandes villes de l'Afrique de l'Ouest et même dans des villes de moindre importance.
Il y a certes, en termes monétaires, un niveau moyen urbain nécessairement plus élevé. Mais cette moyenne recouvre des disparités de conditions infiniment plus fortes qu'en milieu rural. Par voie de conséquence, les situations individuelles ou familiales urbaines sont dans bien des cas sensiblement plus mauvaises qu'en milieu rural (pour un même lieu d'origine), aussi bien aux plans matériel que physiologiques. Si biais il y a, il s'applique aux ménages aisés et traduit l'extrême disparité des consommations et la dérive vers des standards de vie internationaux; il serait mieux qualifié de "biais moderne" que de biais urbain.