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close this bookOptions de vulgarisation agricole en Afrique tropicale, CTA, 1994
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La demande en vulgarisation

Les besoins en vulgarisation sont inversement proportionnels au degré de contrôle direct exercé sur la production par un personnel spécialisé. Les activités promotionnelles ne prennent de l'ampleur que dans les domaines de l'agriculture où les techniciens n'exercent pas un contrôle direct sur la production. Ainsi, les spécialistes des pêcheries ne sont pas eux-mêmes pêcheurs, tout comme les vétérinaires ne sont pas éleveurs de bœufs ou bergers. On omet généralement de distinguer clairement l'utilisation directe de technologies par un opérateur (agriculteur, apiculteur, pêcheur) et la gestion générale du support technologique (ce que nous appelons ici les fonctions de la vulgarisation).

Ces deux types de compétence, quoique manifestement liés, sont très différents. Pourtant, le forestier qui dirige une entreprise d'abattage ou le gestionnaire d'un ranch sont bien des producteurs primaires. Leur gestion est comparable à celle du paysan qui travaille dans son champ. Toutefois, les technologies utilisées par les producteurs primaires font appel à tout un ensemble de supports: les approvisionnements, un système de stockage et de transport, une organisation des achats, une protection contre les maladies et les ravageurs, une information sur les prix, etc.- nous parlons à ce propos de fonctions de la vulgarisation puisque ceux qui s'occupent de ces activités traitent principalement avec d'autres personnes, même quand il s'agit de faciliter le transfert et l'utilisation de nouvelles technologies. C'est par son influence sur les autres que le spécialiste de ces questions trouve son efficacité; son impact sur la production primaire est indirect et exige des connaissances en communication ainsi que dans les domaines sociaux et politiques. Malheureusement, la formation des professionnels dans les domaines des ressources naturelles, comme l'agronomie, la foresterie, l'élevage et la pêche, leur confère principalement des compétences en matière de production primaire, alors que les postes qu'ils occupent exigent des compétences en vulgarisation.

La question de l'échelle influence aussi les besoins en assistance. Dans les grandes exploitations, de nombreuses fonctions techniques sont directement assumées par le gestionnaire et ne réclament pas une aide publique. Par contre, dans la plus grande partie de l'Afrique, le groupement, accompagné d'une assistance, de centaines de petits exploitants dans un même périmètre, se substitue à la production pour organiser la fourniture de toute une gamme de fonctions techniques supplémentaires, auxquelles il est difficile de pourvoir quand la demande locale est insuffisante. Les petites exploitations posent des problèmes particuliers, qui touchent les activités de vulgarisation aussi bien commerciales que publiques. Ce type d'agriculture se caractérise souvent par:

" une clientèle dispersée vivant dans des régions éloignées;
" des cultures variées poussant dans des écosystèmes divers;
" la fréquente spécialisation pour un type de culture du conseil agricole;
" les ressources très limitées des agriculteurs pris individuellement;
" le caractère très saisonnier et aléatoire de la plupart des cultures;
" la fiabilité réduite de nombreux services officiels;
" le besoin d'une assistance polyvalente et multifonctionnelle;
" la nécessité de grandes capacités de diagnostic.

Là où l'agriculture n'est pas mécanisée, les exploitations ont tendance à être très petites: en moyenne deux hectares ou moins dans la plupart des régions d'Afrique les plus densément peuplées. De sorte qu'une entreprise de services quelle qu'elle soit (publique ou privée) se trouve confrontée à des centaines de petits exploitants disséminés sur toute la superficie. La petite taille des exploitations individuelles et le coût des transports font que ces paysans isolés n'ont guère de chance d'intéresser les fournisseurs commerciaux. Qui plus est, le caractère hautement aléatoire de la production n'exclut jamais une perte complète des récoltes - même si les instructions ont été scrupuleusement respectées - qui laisserait les agriculteurs dans l'incapacité de rembourser leurs emprunts.

Il va de soi que les fonctions de la vulgarisation ne sont nullement circonscrites à la culture en tant que telle. L'horticulture, l'apiculture, la pêche, l'élevage, l'exploitation forestière, l'irrigation, la nutrition et même les petites industries partagent un même besoin de promotion organisée et d'assistance. Toutefois, cette convergence d'intérêts n'apparaît pas dans la manière dont la plupart des ministères définissent la vulgarisation agricole. En Afrique, les services de vulgarisation traitent plus volontiers des cultures que du bétail et, parmi les cultures, plutôt des céréales destinées à l'exportation et à la consommation (maïs, riz, froment et sorgho) que des cultures jugées secondaires comme le manioc, les bananes, les bananes plantains et l'igname. Ainsi, les services de vulgarisation, bien qu'ils existent depuis trente ou quarante ans, ne s'occupent en fait que d'un domaine restreint au sein de l'univers beaucoup plus large des technologies nécessaires au développement agricole. Une des questions fondamentales auxquelles de nombreux régimes africains sont confrontés est de savoir s'il convient d'élargir la portée de la vulgarisation agricole à de nouveaux domaines, comme l'élevage, l'irrigation et l'exploitation forestière (voir chapitre 3).

Nous pouvons en conclure sans trop nous avancer que le contenu des activités de vulgarisation fonctionne en grande partie par phases, selon l'évolution du système agricole en général et du degré d'élaboration correspondant dans les services d'aide (Byerlee, 1988) C'est pourquoi les besoins en matière de vulgarisation varient grandement d'une culture, d'une communauté ou d'une région à l'autre, et changent avec le temps.