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close this bookUne reprise en veilleuse ? L'avenir de l'aide au pays du Sahel, Club du Sahel, 1997
close this folderAppendice un: Conversations avec les donneurs
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L'Allemagne

L'aide allemande au Sahel est à l'heure actuelle la deuxième plus importante en valeur absolue (après la française). C'est une position que l'Allemagne et les États-Unis se sont échangés les 25 dernières années (à l'exception d'une brève période à la fin des années 1980 où l'Italie s'est classée numéro deux). Mais, globalement, l'assistance allemande stagne aux alentours de 7 milliards de dollars depuis 1992, et elle a baissé en valeur réelle; en pourcentage du PNB, l'APD a dégringolé de 0,42 en 1990 à 0,31 en 1995.

Ce tour de vis au budget d'aide de l'Allemagne provient de plusieurs coins: (1) la réunification allemande (les transferts à l'Allemagne de l'Est dépassent 50 milliards de dollars par an), (2) le rôle de locomotive que joue l'Allemagne dans l'aide à l'Europe de l'Est et à l'ex-Union soviétique (l'assistance allemande génère un bon tiers de tout le financement «concessionnel» accordé à la région) et (3) la conditionnalité des dispositions du traité de Maastricht (à noter l'ironie que si l'Allemagne ne remplit pas les conditions, il n'y aura pas de monnaie pour former l'assise de la nouvelle union monétaire). Compte tenu de ces contraintes, l'Allemagne a mieux réussi que la plupart de ses voisins du CAD à maintenir son budget d'aide et, en 1995, elle a supplanté les États-Unis comme la troisième plus grande source d'aide extérieure au monde en valeur absolue.

L'assistance au Sahel

L'aide de l'Allemagne au Sahel s'étend à toute la région, étant dépensée dans les neuf pays. Ses plus gros programmes en valeur absolue se situent au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Par tête d'habitant, le Sahel reçoit près de deux fois le montant des autres régions d'Afrique, encore qu'il ne faudrait pas surestimer son poids dans l'ensemble de l'assistance allemande. Les principaux bénéficiaires de l'Allemagne en 1994-1995 étaient surtout des pays d'Asie (Chine, Indonésie, Inde et Turquie) et les anciens États de la Yougoslavie. L'Allemagne dirige 31 p. 100 de son aide vers l'Afrique, mais ses plus gros bénéficiaires en 1994-1995 appartenaient à l'Afrique non francophone (Égypte, Éthiopie et Mozambique). L'Allemagne fait transiter un montant important de son aide par l'Union européenne - même si, parallèlement à la France et l'Italie, elle a le sentiment que l'assistance de l'UE n'a pas besoin d'augmenter davantage. Aux termes du traité de Maastricht, donneurs bilatéraux et UE vont collaborer de plus près dans l'avenir.

Quels sont les facteurs qui expliquent le programme d'aide allemand au Sahel?

LE SOUTIEN PUBLIC POUR L'AIDE 56

Comme dans d'autres pays. le soutien dont Jouit l'aide en Allemagne est étendu mais pas très profond. En 1987, 75 p. 100 des personnes qui ont répondu à une enquête approuvaient l'assistance, mais 45 p. 100 seulement voyaient d'un oeil favorable les programmes du gouvernement, et 16 p. 100 seulement s'intéressaient vraiment au développement. Des sondages réalisés en 1993 ont produit des résultats visiblement similaires: 75 p. 100 demeuraient pour, et 11 p. 100 seulement se disaient contre.

56 Tiré de Hans-Helmut Taake, «German Aid Policy», dans Adrian P. Hewitt (sous la direction de), Crisis or Transition in Foreign Aid , Londres: Overseas Development Institute; Washington: Overseas Development Council; Ottawa: L'Institut Nord-Sud, 1994, p. 32.

L'Allemagne entretient des relations avec des États africains depuis le début de la coopération au développement - ce pour un certain nombre de raisons, comprenant l'héritage de la guerre froide, la stabilité de l'Union européenne, et les besoins existant en Afrique.

Au cours de la guerre froide, les relations germano-africaines ont eu une puissante motivation géostratégique, les deux Allemagnes rivalisant pour la reconnaissance internationale. Cette motivation a disparu depuis 1989 et avec la place centrale que l'Union européenne occupe dans les ambitions allemandes: l'Allemagne défend maintenant une position européenne commune et recherche une étroite coopération, notamment avec la France (qui a le principal rôle étranger sur la scène du Sahel). Et puis à cause de son rôle de premier plan dans l'UE, la stabilité dont l'Allemagne se soucie principalement est celle de l'Europe de l'Est et de l'ex-Union soviétique, mais sa préoccupation s'étend à l'Afrique du Nord et comprend une sensibilisation aux dossiers et enjeux politiques de la région. Sa considération prééminente, cependant, c'est sa conscience des besoins africains, déclenchée par les sécheresses et les crises alimentaires des années 1970, qui ont aidé à mobiliser un puissant intérêt en Allemagne, durable, pour la situation humanitaire et le développement de la région (par exemple, le volume de la coopération a continuellement augmenté depuis 1975, et un nombre ahurissant de jumelages de villes et de relations non gouvernementales se sont formés avec les pays du Sahel, malgré l'importance marginale des intérêts économiques allemands dans la région - entrant pour moins de 0,1 p. 100 dans les exportations et les importations de l'Allemagne).

Un autre thème qui trouve un écho en Allemagne, c'est le problème de l'environnement, de la désertification et de la destruction de la forêt pluviale. Fort du solide soutien public dont jouit l'assistance en général, et de l'intérêt porté en particulier aux efforts d'aide humanitaires et axés sur la pauvreté, les ONG forment une puissante clientèle. Malgré les difficultés traversées comme ailleurs en Europe, le vaste soutien du public s'est maintenu à de hauts niveaux. Un téléthon au profit du monde en développement qu'ont récemment parrainé les ONG a permis de mobiliser une somme considérable pour des projets de développement de longue haleine - ce dans une période de difficultés économiques où les organisateurs craignaient de rentrer seulement dans leurs frais. L'opinion publique appuie donc une concentration sur la pauvreté. L'Allemagne a besoin de montrer qu'elle aide le Sahel, l'une des régions les moins développées du monde - surtout quand les grands volets de son programme d'aide en Asie mettent davantage l'accent sur les rapprochements économiques. Le Sahel offre à l'assistance allemande une «scène» où se concentrer sur la pauvreté. Mais certains critères (comme le bon gouvernement, la démocratie, les droits de la personne, la règle de droit et le cadre économique) vont influencer la répartition de l'aide dans la région.

L'avenir

Pour l'immédiat, les répondants ont formulé un certain nombre de préoccupations. En tête de liste, on craint que le projet de concentrer le programme d'aide n'épargne pas le Sahel (malgré la possibilité que l'Allemagne puisse opter pour une concentration à l'intérieur de la région, suivant les efforts de réforme des gouvernements partenaires). À plus longue échéance, si l'Europe de l'Est et l'ex-Union soviétique parviennent à retrouver une croissance durable, et si l'intégration de l'Allemagne de l'Est peut s'effectuer avec succès, il se pourrait que des ressources d'aide se libèrent. On entrevoit également des changements dans le régime de Lomé: la position de l'Allemagne au sujet de l'aide de l'Union européenne aux pays ACP (les anciennes colonies de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique), c'est la nécessité de procéder à un bilan et à une réforme d'ensemble.

Tous les répondants ont jugé que l'aide avait un avenir dans 20 ans, spécialement en Afrique et au Sahel car les problèmes de développement demandent beaucoup de temps pour se régler, malgré les quelques tendances positives récemment relevés dans la démocratisation et les chiffres économiques. Mais dans l'esprit de certains, la structure de l'aide allait devenir plus décentralisée, moins axée sur des projets, et moins occupée par l'assistance technique. Les pays du Sahel - vu leur pauvreté et leur besoin permanent de coopération au développement - vont demeurer admissibles à l'assistance allemande, s'ils respectent les critères démontrant leurs efforts pour se réformer et s'aider eux-mêmes. Qui plus est, si l'on part du principe que les liens franco-allemands vont demeurer serrés dans une Europe unifiée, le Sahel a de bonnes chances de garder sa place spéciale dans la coopération au développement de l'Allemagne, malgré les problèmes d'ordre bureaucratique.