Cover Image
close this bookL'urbanisation en Afrique de l'ouest : mécanismes et logiques, Club du Sahel, 1993
close this folder3. La production et la gestion urbaine
View the document(introduction)
View the document3.1 Une production duale de l'espace
View the document3.2 L'intervention des aides extérieures
View the document3.3 L'accumulation de capital urbain
View the document3.4 La gestion urbaine

3.3 L'accumulation de capital urbain

On peut estimer que de 1960 à 1990, l'Investissement de Fonction Locale 7 aurait été de l'ordre de 20 à 40 dollars (de 1980) par an et par habitant urbain, soit au total une accumulation de capital urbain de l'ordre de 20 à 40 milliards de dollars 8. A cela il convient d'ajouter la valeur du capital de logements, évaluable à quelque 60 à 80 milliards de dollars 9. On arrive ainsi à un capital accumulé dans l'urbanisation (hors investissements nationaux) d'environ 100 milliards de dollars au minimum 10. Son accroissement de quelque 6 ou 7 milliards de dollars par an (6 % du capital) représenterait un investissement annuel de l'ordre de 8 % du PIB régional. A lui seul, l'investissement dans la construction non réglementaire (informelle) représenterait quelque 20 % de la formation brute de capital fixe (FBCF).

7On désigne par "investissement de fonction locale" public (IFL) la somme des dépenses exécutées pour assurer l'installation des populations urbaines, à l'exclusion des investissements dits nationaux (ports, aéroports, réseau routier en milieu urbain et péri-urbain, grands équipements divers...) et industriels.

8Ce chiffre très approximatif est néanmoins recoupé par l'évaluation directe du capital actuel. 8 milliards de mètres carrés d'espace urbanisé (80 millions d'urbains avec 100 m² de consommation d'espace moyenne), à raison de 12 dollars (3000 FCFA) le m² pour les 25 % d'espace urbain bien équipé et de dix fois moins pour les développements urbains mal équipés, aboutissent à un capital de fonction locale de l'ordre de 30 milliards de dollars auquel il faut ajouter les équipements collectifs et une quote part des réseaux primaires.

9Sur la base d'un peu plus que la valeur double du revenu annuel moyen par ménage installé, soit environ 1000 US$ et 6,5 millions de ménages urbains.

10Il existe des estimations plus fortes, basées sur des calculs différents, situant ce capital à environ 200 milliards de dollars.

C'est le secteur moderne de l'économie qui assume dans la pratique, directement ou indirectement, la plus grande part des coûts de l'urbanisation (foncier, alimentation en eau et électricité, voirie et, lorsqu'il existe, assainissement) et des constructions de logements, tant en premier établissement qu'en charges récurrentes. Le financement de ces investissements provient d'abord des budgets publics et de fonds spécialement alimentés par la taxation des salaires (modernes), et bénéficiant par ailleurs de ressources extérieures (jusqu'à 50 %) - emprunts pour les pays les moins pauvres et dons pour les autres. En second lieu intervient la facturation des services marchands, majoritairement imputée aux agents du secteur moderne (entreprises et ménages), par le biais de péréquations ou de reports sur les dépenses d'investissement.

Avec la crise, on assiste globalement à une détérioration rapide des infrastructures et des services publics. La production urbaine "moderne" stagne, en dépit des projets de développement urbain. La production informelle, même si elle a pris le pas sur la production moderne, est également en récession, en raison d'une demande et d'une rentabilité moindre, mais aussi de disponibilités financières moindres chez les opérateurs.