
| L'audiocassette et ses usages. Un outil de communication au service du monde rural, GRET, 1994 |
| Mémoire du monde rural |
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«Apprendre à lire le monde ne passe pas nécessairement par l'apprentissage de la lecture des mots. Il suffit d'écouter un griot de n'importe quel village africain, d'entendre un Iranien chanter les vers de Hafez ou de voir comment aujourd'hui même sont formés les jeunes techniciens du tiers-monde, pour se rendre compte des ressources insoupçonnées qu'une oralité bien valorisée peut recéler dans les domaines de la production, de l'acquisition et de la dissémination des savoirs et techniques.
Ainsi, dans la majorité des situations, la plupart des objectifs de développement liés à la culture, à l'éducation et à la formation peuvent être aisément atteints par le recours aux seules ressources de l'oralité. Cela est d'autant plus vrai que l'utilisation ingénieuse de technologies modernes, aussi simples et peu coûteuses que le magnétophone à cassettes peut contribuer à décupler les immenses potentialités de cette oralité.
... Un petit appareil de quelques dizaines de dollars pourrait, en quelques minutes enregistrer et faire passer tout message en quelque langue ou dialecte que ce soit, le message ainsi reproduit pouvant atteindre ses destinataires dans d'excellentes conditions d'efficacité et de fidélité.» (1)
(1) Madjid Rahmena, représentant-résident au Mali du Programme des nations unies pour le développement (PNUD).
Dans les années quatre-vingts, le gouvernement du Mali, l'UNESCO et le PNUD ont pensé que l'audiocassette, vecteur moderne de la parole et du dire, pouvait devenir l'instrument idéal d'expression et d'action des sociétés de culture orale.
Il s'agit, pense-t-on, d'un média de l'intériorité autant que du dialogue, d'un possible trait d'union technologique entre l'ancestrale tradition et l'innovation contemporaine.
Tout porte donc à croire que cet outil, facilement appropriable, s'harmonise avec le fonds culturel des populations rurales et peut tout à la fois faire resurgir à la conscience les valeurs du passé et structurer un système de références porteur de projets d'avenir.
Il faut donc parvenir à insérer le «petit appareil» dans un système technico-institutionnel permettant simultanément:
- de recueillir l'héritage culturel transmis depuis des générations, le capitaliser, le faire connaître le plus largement possible;- de réinvestir ces éléments traditionnels dans l'élaboration de plans de développement, manuels scolaires et programmes culturels associant tradition et modernité dans leurs formes et contenus;
- de transmettre aux communautés rurales les informations dont elles ont besoin pour mieux s'intégrer dans la vie d'aujourd'hui, élaborer leurs propositions dans le cadre de leurs réalités, définir et dominer leur devenir.
C'est ainsi que prend naissance le projet d'audiothèques rurales du Mali, projet généreux, qui veut à la fois stimuler le développement communautaire à la base et participer à l'ambition universelle d'un archivage de la mémoire du monde. Ainsi voit-on se dessiner à terme l'élévation d'une Très Grande Audiothèque d'un genre nouveau, comme on continue d'imaginer de Très Grandes Bibliothèques dans les sociétés dominées par l'écrit.
C'est essentiellement de ce projet que nous voulons parler ici, tant il apparaît nécessaire, à ce stade de l'ouvrage, de rêver l'impossible: réunir en un seul édifice tous les termes et toutes les conditions d'un véritable échange entre les personnes et les groupes.