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close this bookAgro-sylvo-pastoralisme. L'expérience du projet RCS-Sahel, Institut du Sahel / CILSS, 1997
close this folderChapitre III Acquis du projet
close this folder3.1 Résultats techniques
close this folder3.1.1 Caractérisation et fonctionnement du Milieu
View the document3.1.1.1 Introduction
View the document3.1.1.2 Cartographie de l'utilisation et de l'occupation actuelle des terres
View the document3.1.1.3 Etude phyto-écologique de la végétation post-culturale
View the document3.1.1.4 Etude de la structure et de la dynamique de la végétation post-culturale
View the document3.1.1.5 Etude de la dynamique des gommeraies naturelles
View the document3.1.1.6 Système racinaire des ligneux
View the document3.1.1.7 Mortalité des ligneux dans la zone de crue de la mare d'Oursi

3.1.1.5 Etude de la dynamique des gommeraies naturelles

Justification et but de l'étude

Acacia senegal est un arbre qu'on rencontrait jadis un peu partout dans la région nord du Sénégal et dans une bonne partie de la région orientale. Cette espèce joue un rôle socio-économique très important dans la vie des agro-pasteurs. La gomme arabique en est le principal produit.

Avant la sécheresse de 1973, le Sénégal, avec 6 000 tonnes/an exportées en moyenne, était le deuxième producteur mondial de la gomme arabique après le Soudan. Depuis cette période, les peuplements naturels de Acacia senegal ont enregistré de très fortes mortalités compromettant sérieusement les productions nationales de gomme (200 tonnes/an depuis 1980) et réduisant en conséquence les revenus des populations et les entrées de devises.

Pour relever le niveau de la production, le Sénégal avait entrepris des reboisements en régie par le biais de grands projets: Projet Allemand de Windou, Projet Gommier de Podor et le Projet de Mbiddi. A cause des échecs enregitrés dans ces reboisements, échecs dûs à la non maîtrise des mécanismes d'adaptation de l'espèce à la sécheresse, mais surtout au coût très élevé des plantations artificielles (hors de portée des populations rurales), il devient nécessaire et urgent de mettre au point des techniques de régénération naturelle de l'espèce et l'évaluation de sa dynamique dans différents types de mise en défens.

Les traitements effectués sont:

T0:

absence de protection;

T1:

mise en défens. intégrale;

T2:

semi-protégée (pâturagecontrôlé);

Résultats

L'étude a revelé, pour ce qui concerne la composition floristique initiale, qu'avant les interventions, les parcelles mises en défens. et les semi-protégées ont, toutes espèces confondues, 2,5 fois plus d'espèces que la parcelle non protégée. La densité moyenne était de 240 individus/ha pour les deux premières et de 96 individus/ha pour le témoin. Les principales espèces représentant 75 % du peuplement sont: Acacia senegal, Combretum aculeatum, Balanites aegyptiaca, Acacia seyal, Feretia apodenthera et Commiphora africana.

Balanites aegyptiaca est l'espèce dominante dans la parcelle sans protection tandis que dans celles avec mise en défens. intégrale et semi-protégée, on note respectivement Combretum aculeatum et Acacia senegal comme espèces dominantes.

Deux ans après la mise en place de l'essai, on observe une régression de 5 à 6 % de la population de Acacia senegal dans les parcelles non protégées et semi-protégées. Par contre dans la parcelle avec mise en défens. intégrale, une augmentation est observée au niveau de la même population. Dans cette parcelle, les espèces compagnes augmentent parallèlement. Au niveau des parcelles semi-protégées et sans protection, seul Combretum aculeatum connaît une augmentation de sa population.

Les fortes mortalités observées dans les gommeraies en 1990 sont à mettre en rapport avec la pluviométrie déficitaire de l'année (216 mm contre 360 mm de moyenne calculée sur les dix dernières années); la sécheresse favorisant la mortalité des gommiers (POUPON, 1977).

Quatre années après, on constate que prés de la moitié des recrus pour l'ensemble du peuplement est inventoriée dans la parcelle semi-protégée qui semble réunir les meilleures conditions de germination des espèces. Cette parcelle reçoit une charge animale faible (de l'ordre de 1 UBT/6 hectares). Acacia senegal est plus représenté avec 103 individus/ha dans cette parcelle. Le témoin contient le plus faible nombre de semis toutes espèces confondues. Les densités à l'hectare de l'espèce sont de 56 et 46 individus pour la parcelle semi-protégée et le témoin (sans protection) respectivement.

Entre juin 1992 et juin 1994, une baisse générale des effectifs a été observée. Cette mortalité est liée à la faiblesse des pluies de l'hivernage 1992 (174 mm). Les effets de la sécheresse sur la survie des plants sont aggravés par le surpâturage dans la parcelle sans protection. La période de Juin 1993 à Juin 1994 a connu contrairement à l'année précédente une très forte germination au niveau des placettes d'observation.

La comparaison des listes floristiques réalisées de 1989 à 1995 ne montre pas une évolution de la diversité floristique. Le tableau qui suit donne l'évolution des densités de la population de Acacia senegal en fonction des traitements et des années.

Tableau 1: Evolution des densités de la population de Acacia senegal dans les différents traitements.

Années

Traitements


T0

T1

T2

1989

34

50

90

1991

35

61

112

1993

46

56

103

1995

146

220

303

T0: Témoin
T1: protection intégrale
T2: semi- protection

L'analyse du tableau 1 montre globalement une évolution de la population de Acacia senegal.

Quand on compare les effectifs avant les interventions (1989) et six ans après (1995), on s'aperçoit que ceux-ci sont passés du simple au triple pour la parcelle non protégée. En ce qui concerne la parcelle intégralement protégée, la population a quadriplé. Sous réserve d'une pluviométrie normale, il apparaît que la protection intégrale présente un effet bénéfique sur l'augmentation de la densité par la protection de la régénération naturelle.

Les densités inférieures observées dans les deux autres parcelles pourraient être liées à la présence du bétail.

L'étude de la structure de la population de Acacia senegal indique qu'avant les interventions, cette population était relativement jeune dans tous les traitements. Par traitement, le nombre de jeunes sujets (diamètre au collet inférieur ou égal à 2 cm) représentait les proportions suivantes: 53 % pour T0, 52 % pour T 1 et 27 % pour T 2. Six ans après, ces proportions ont augmenté pour atteindre respectivement 66 %,85 % et 76 %. Il apparaît une très forte augmentation des effectifs dans la catégorie des jeunes sujets. Les hivernages assez pluvieux de 1993 (366 mm) et de 1995 (471 mm) ont beaucoup favorisé la germination naturelle des gommiers et le passage d'un nombre important d'individus dans les classes supérieures.

L'étude de la structure et de la dynamique de la population de Acacia senegal montre que dépuis 1989 les effectifs augmentent pour toutes les classes de diamètre. Cependant, une année déficitaire crée un déséquilibre entre les classes, suite aux fortes mortalités dans les classes extrèmes (jeunes et sujets âgés). Les traitements T 1 et T 2 sont supérieurs au témoin.

Tableau 2: Effectifs de Acacia senegal par hectare en 1989 et en 1995, en fonction des classes de diamètre dans les différents traitements.

Classes de diamètre

Traitement


T0

T1

T2


1989

1995

1989

1995

1989

1995

2 cm- 4 cm

45

199

105

423

146

613

4 cm- 6 cm

66

125

85

333

139

420

6 cm- 8 cm

49

93

88

78

187

150

8 cm- 10 cm

34

27

38

9

103

60

10 cm - 12 cm

5

17

36

13

56

58

12 cm- 14 cm

9

28

14

26

43

19

Le tableau 2 donne l'évolution de la densité à l'hectare des gommeraies entre 1989 et 1995. En effet, les inventaires montrent que la densité à l'hectare peut être de trois à cinq fois plus importante en année très pluvieuse comparée à une année déficitaire.

Il apparaît que pour tous les traitements, les jeunes rejets (2-4 cm et 4-6 cm) sont plus nombreux que les rejets agés (10-12 cm et 12-14 cm) même si les effectifs sont plus élevés en 1995 par rapport à 1989. Ceci temoigne de l'importance de la régénération naturelle d'une manière générale. Cependant, cette allure décroissante de la courbe des effectifs traduit l'importance de la mortalité des jeunes sujets ce qui, à terme, pourrait affecter la survie de la gommeraie. Ceci est d'autant plus plausible que les classes intermédiaires (810 cm) sont très faiblement représentées 6 ans après les interventions. Le peuplement n'est donc pas en parfait équilibre.

Tableau 3: Evolution de la densité des gommeraies à l'hectare entre 1989 et 1995

Années

Pluviométrie (mm)

Densité (pieds/ha)



T0

T1

T2

1989

549

34

50

90

1990

216,1

25

59

91

1991

341,5

35

61

112

1992

174

29

73

119

1993

366,7

46

56

103

1994

305,8

135

211

283

1995

.471,3

146

220

303

T0 = Témoin
T1 = protection intégrale
T2: semi-protection

En ce qui concerne la dynamique de la régénération de Acacia senegal, la comparaison des résultats de comptage par traitement et par an montre que le nombre de semis est toujours supérieur dans les dépressions que sur les replats. Ce constat fait ressortir l'importance de l'eau dans la régénération et la survie des jeunes plants. Les données de comptage des années pluvieuses 1994 et 1995, confirment cette importance comme le montre le tableau 4.

Tableau 4 : Dynamique de la régénération naturelle des gommiers fonction des sites

Année

Traitements


T1

T2

T3


Dépression

Replat

Dépression

Replat

Dépression

Replat

1992

16

12

16

9

45

8

1993

4

2

4

2

5

1

1994

25

10

36

12

29

6

1995

31

19

46

16

30

10

En 1995 comme pour les autres années, le nombre de graines germées est supérieur dans les parcelles ouvertes aux animaux. Tout se passe comme si le piétinement des animaux en ameublissant le sol, favorise un meilleur lit de germination en supprimant les encroûtements constatés dans la mise en défens intégrale dans les conditions pédoclimatiques de la zone sylvo-pastorale.

Conclusions partielles

Les résultats obtenus à la suite de cette étude montrent que la régénération est bien possible dans tous les traitements mais qu'elle est plus forte dans les parcelles fréquentées par les animaux. Le piétinement des animaux réduit l'encroûtement par conséquent, améliore la qualité des lits de semences pour une bonne germination: c'est donc la régénération assistée qui donne les meilleurs résultats.

En année pluviométrique déficitaire, la régénération de Acacia senegal reste très faible, voire nulle d'une part et la mortalité des sujets les plus âgés est élevée d'autre part. L'étude montre que les déficits pluviométriques fréquents enregistrés dans les régions un peu plus au nord, sont responsables des mortalités des populations de gommiers de la zone (faible régénération et forte mortalité des arbres âgés).

Dans la zone de Dahra, en année de pluviométrie normale (360 mm), la protection n'apas d'effet significatif sur la régénération du gommier, pas plus qu'une charge animale de l'ordre de 1 UBT/ha En outre, une charge trop importante ne gêne pas beaucoup la régénération, mais compromet fortement la survie des plants surtout en fin de saison sèche.