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close this bookArtsanat et développement, GRET, 1986
close this folderQuatrième partie - La place de l'artisanat dans le développement autocentré: Objectifs et moyens d'une politique
close this folderLa croissance équilibrée ou le dynamisme artisanal
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Open this folder and view contentsArtisanat, forme de production non capitaliste
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(introduction)

Développement: le purgatoire des économistes (1)

(1) David (J.-E.), " Culture et Développement ", Futuribles, fév. 1982.

Il semble, à l'issue de cette étude, que la difficulté à intégrer l'artisanat dans un développement fondé sur un mode de production capitaliste et industriel (d'Etat ou privé) provient du fait qu'il s'agit d'une forme de production non capitaliste.

Dans ces conditions, comment en faire un des facteurs du développement? Jusqu'à présent, la plupart des tentatives de réflexion et d'action, arrivées à ce point, tournent court. Faut-il en rester là, et n'est-ce pas plutôt la notion de développement, avatar pour le Tiers-Monde du rêve occidental de sa fonction civilisatrice, qu'il faut se résoudre à remettre en cause?

Qu'on le veuille ou non, malgré quelques échappées spectaculaires, la grande majorité des économies du Tiers-Monde piétinent aujourd'hui toujours dans l'attente du développement. L'endettement général qui a résulté des tentatives d'industrialisation de ces dernières décennies n'a pas conduit économistes et développeurs à renoncer à promettre le bonheur pour demain.

Parler de développement auto-centré, parler d'un nouveau démarrage a partir des économies rurales et artisanales, c'est encore et toujours faire référence à un terme, à un concept généralisateur qui, dans son acception actuelle, est contradictoire avec les moyens que l'on souhaite employer.

La croissance sans le " Développement "

Considérant que le Développement est synonyme d'évolution vers un système d'industrialisation à l'occidentale, il reste à savoir s'il s'agit, en fait, de la seule issue et s'il y a place dès à présent pour un autre système d'évolution.

Cette économie agro-artisanale chère aux physiocrates n'est-elle pas à ce point irréductible qu'elle continue à représenter aujourd'hui l'élément dominant des deux tiers au moins des économies nationales existantes.

L'ensemble de tout cet immense secteur de production est-il autre chose qu'un état négatif, qu'un état de non-industrialisation? S'agit-il d'un secteur "d'équilibre de stagnation" beaucoup plus que d'un secteur "de transition économique" (1)?

(1) Lachaud (J.-P.), op. cit., p. 255.

Les réponses théoriques peuvent varier, les réponses pratiques, elles, sont évidentes: le système existe, il fluctue, il disparaît, il se développe, il résiste, il s'étend; il reconquiert même certains pans des économies occidentales. La frontière ne passe donc pas uniquement entre les pays, elle passe à l'intérieur de chaque économie nationale.

" La contribution économique de la petite production marchande (...) permet la réorientation de l'économie vers une perspective de croissance endogène. En effet, la petite production marchande reste plus stable que le grand secteur moderne parce que moins soumise aux vicissitudes de la conjoncture mondiale. Elle utilise très peu de capital mais relativement plus de main-d'oeuvre, les matières premières sont locales, souvent d'origine primaire ou artisanale. A ce titre, la petite production marchande subit très peu les effets pervers de l'inflation importée.

Par ailleurs, la nature extravertie des économies africaines est modulée par l'existence de ce secteur presque autochtone dont la base productive demeure saine et constitue un facteur rééquilibrant de l'économie en général: son absence dans la jeune économie en croissance pourrait avoir, à notre avis, pour conséquence un retour permanent à des situations de blocage, chaque fois qu'il y a une déviation marquée entre la production marchande du grand secteur moderne et la demande solvable exprimée sur le marché. '' (1)

(1) Lachaud (J.-P.), op. cit., p. 255.

Ce que dit J.-P. Lachaud de l'Afrique ou du Tiers-Monde, un Ingmar Grandstedt, dans L'Impasse Industrielle (2), ou un Alain Toffler, dans La Troisième Vague, le disent des économies occidentales. Il ne s'agit pas de cantonner le Tiers-Monde dans une répartition dualiste des rôles mais de voir que nos économies elles-mêmes vont sans doute se réorienter progressivement par des politiques tendant à favoriser l'emploi dans certains secteurs, fût-ce au détriment de la productivité.

(2) Grandstedt (I.), L'Impasse Industrielle , éditions du Seuil, 1982.

La politique française en ce domaine dépasse certainement le cadre des simples mesures conjoncturelles: le chômage, la nécessité de la redistribution du revenu, de préférence en échange de tâches productives, sont désormais des phénomènes structurels, au niveau même de l'économie mondiale.

Ce que nous appelons la croissance sans le développement, c'est l'acceptation de cet état de fait, non par résignation, mais par choix d'un autre dynamisme. S'il en était autrement,, il y aurait, à vouloir engager les économies du Tiers-Monde dans la voie de l'auto-centrage, un cynisme pire que celui qui a présidé à la généralisation du concept de sous-développement.

La priorité donnée aux cultures vivrières, à l'artisanat, aux diverses formes de la petite production n'est pas un autre moyen pour parvenir au développement industriel. Il s'agit en réalité des bases d'un autre choix possible de croissance équilibrée pour lequel l'artisanat est appelé à jouer le rôle d'une sorte de "courroie extensible'' . L'artisanat n'est pas une alternative du développement mais une alternative au développement, et pour nous la croissance signifie une remise en cause, aussi bien de notre propre système de production que de celui que nous proposons comme éternel mirage aux yeux du Tiers-Monde.

C'est dans cette mesure seulement que les actions proposées ci-après pour l'artisanat peuvent avoir un sens, car elles respectent alors les ressorts profonds de son dynamisme.

Ces ressorts sont de trois ordres, selon la nature même du phénomène:

" forme de production non capitaliste
" structure complexe de vie et de production
" procès autonome de fabrication.

C'est en prolongeant sur le plan pratique ces trois aspects, c'est en cherchant leurs prolongations dans des actions concrètes que l'on peut envisager une politique artisanale.