Cover Image
close this bookLa canne à sucre, Maisonneuve et Larose, 1991
close this folderII. La canne a sucre et son environnement (naturel et humain)
close this folder2.7 - Les variétés de canne
View the document(introduction)
View the document2.7.1 - Les Saccharum
View the document2.7.2 - L'obtention de variétés (clones) en station
View the document2.7.3 - La sélection variétale
View the document2.7.4 - La reconnaissance des variétés et leur nomenclature
View the document2.7.5 - La conservation des variétés et les échanges

(introduction)

Les « variétés» actuelles sont en fait des clones hybrides, issus chacun d'une seule graine obtenue en station. Dans une parcelle, les cannes sont génétiquement semblables car elles ont été reproduites par bouturage à partir du même clone.

Les mélanges de variétés sont rarement voulus et souvent néfastes (vieilles souches malades qui subsistent). Mais pour une usine ou pour une zone sucrière, on utilise, en général, plusieurs variétés, ce qui permet de mieux s'adapter aux conditions et au calendrier de la culture.

2.7.1 - Les Saccharum

L'origine génétique de la canne à sucre est encore hypothétique. Le schéma généalogique simplifié (d'après Daniels et Roach, 1987), donné ci-après, semble recueillir de fortes présomptions.

En pratique, on distingue la famille continentale (groupe A) avec S. spontaneum , S. sinense (Chine, variété Uba) et S. barberi (Inde), très longtemps utilisées sur place. Les S. barberi sont celles qui ont été introduites par les Arabes jusqu'au Maroc et par Christophe Colomb dans les Antilles, la principale variété cultivée dans les Amériques et en Afrique, jusqu'à la fin du XVIII e siècle, étant appelée Puri, Mirim, Créole, Criolla (ou Creoula).

Le groupe B. ou famille insulaire , a eu la Nouvelle Guinée pour base avec S. robustum et S. officinarum (canne noble), dont les sujets les plus marquants ont été sélectionnés et répartis au cours des temps et, en particulier à partir de Tahiti (Bougainville, 1768) puis des Mascareignes, par les Français dans la 2 e moitié du XVIII e siècle. Une variété noble a dominé le XIX e siècle dans le monde entier, en prenant des noms différents selon les pays: Tahiti, Otaheité, Bourbon, Blanche, Jaune, Caiana, Lahaina, Batavia, Vellai, etc.


Origine génétique des Saccharum

On a découvert depuis seulement un siècle (Java et Barbades, 1888) que la graine de canne pouvait germer et donner de nouvelles plantes. Les premiers croisements dirigés se sont faits entre S. officinarum seuls. Puis au début du siècle, en Inde et à Java, les S. spontaneum , hybridés aux S. officinarum , ont permis de rendre de la vigueur aux cannes cultivées. Les croisements interspécifiques sont devenus plus complexes (mobilisation). Maintenant, deux tendances existent: l'ouverture vers les genres voisins ( Miscanthus, Erianthus, Narenga, Sorghum (?)) et le retour aux sources (collectes botaniques en Nouvelle Guinée) avant qu'il ne soit trop tard. Malgré certains espoirs, la culture in vitro n'a pas encore permis d'obtenir de façon stable des sujets nouveaux.

2.7.2 - L'obtention de variétés (clones) en station

La création variétale coûte cher car il lui faut des moyens suffisants, de bons spécialistes et du temps pour obtenir des variétés meilleures que celles qui pourraient être importées de pays voisins (ou même lointains). On constate en effet que les variétés excellentes en un lieu sont souvent bonnes ailleurs. Les remarquables POJ 28-78 (Java), Co 290 (Sud de l'Inde), B 43-62 (Barbade), NCo 310 ou NCo 376 (Inde - Afrique du Sud) ont été utilisées dans le monde entier tant comme variétés en culture que comme géniteurs. On constate aussi que des variétés jugées moyennes peuvent donner de très beaux résultats sur des petites parcelles bien soignées: on accuse souvent la variété quand on ne peut pas (ou sait pas) cultiver très bien la canne sur une grande échelle. D'où l'intérêt fréquent des variétés «rustiques».

Par ailleurs, plus les conditions écologiques et économiques d'une zone de culture de cannes sont particulières et spécifiques, et plus il y a de chances de pouvoir créer pour elles, par hybridation raisonnée et sélection bien faite, des variétés satisfaisantes. Ainsi, les fines, droites, hâtives, riches et précoces variétés de Louisiane conviennent bien à une zone très originale qui gèle tous les ans et utilise des coupeuses-andaineuses sur des terres lourdes et humides.

Les croisements variétaux se décident, en station, en fonction des besoins: «dégénérescence» progressive des variétés, faiblesse des repousses, manque de richesse en sucre ou son médiocre étalement au cours de la campagne, sensibilité jugée excessive aux maladies endémiques ou apparition de nouveaux fléaux, besoin de s'adapter à des conditions locales (écologiques et économiques) particulières, etc.

Les parents à hybrider sont mis en serre contrôlée dans des «lanternes». Les nombreuses graines (fuzz) sont semées en casiers, bien arrosées et nourries. Les plantules (seedlings) sont repiquées à 1 ou 2 mois (10 à 15 cm de haut) en groupes (bunch) ou individuellement, puis installées en planches (3-4 mois), seuls les sujets vigoureux étant retenus à chaque opération. Ces seedlings doivent ensuite être triés (sélection).

On peut aussi obtenir des variétés en les faisant venir d'ailleurs (en général par importation de boutures). Pour éviter les maladies, fréquentes et graves, on place ces variétés en quarantaine et sous contrôle (voir chapitre 28) le temps voulu et on les multiplie ensuite pour les introduire dans les derniers stades de la sélection ou les utiliser comme géniteurs. Elles sont aussi distribuées aux usiniers dont certains déposent des demandes d'importation à l'organisme chargé de la quarantaine.

2.7.3 - La sélection variétale

Il faut de 7 à 12 ans pour sélectionner une ou quelques variétés à partir des 50000 à 2000000 de graines semées chaque année par chaque station de sélection. On comprend que ces stations, souvent propriété des producteurs, les réservent à leurs membres ou à leur pays (ce qui diminue l'offre de variétés dites «libres»).


19. Salle des seedlings de Copersucar (Piracicaba, S.P, Brésil).


20. Plante régénérée à partir d'un tissu foliaire


21. Zymogramme d'électrophorèse (cartes d'identités variétales).


22. Trojan (Australie).


23. C0775 (Inde).


24. R570 (Ile de la Réunion).

Les principaux critères de sélection sont:

- vigueur végétative (grosse production à l'hectare en vierge et surtout en repousse);

- bonne richesse en sucre des cannes et pureté élevée (à tonnages égaux de sucre par hectare, on préférera la variété la plus riche);

- qualités de précocité (permettant d'avancer avec profit le début de la campagne sucrière) ou de tardivité (permettant d'allonger la campagne) et donc intérêt d'une longue PMI ( période de maturation industrielle ); ceci explique que l'adaptation aux cycles de culture (utilisés ou prévisibles) soit à introduire assez tôt dans le processus de sélection;

- résistance suffisante à toutes les maladies graves du pays et tolérance éventuelle à certains ennemis (borers, nématodes, rats, etc.) ou à certaines conditions (danger de gels ou de cyclones, sécheresse, salure, sols particuliers, etc.);

- facilité et bon marché de la culture ; selon les conditions du lieu, on attribuera beaucoup d'importance à certains des caractères suivants: bonne levée à la plantation, couverture rapide du terrain, feuilles vertes non coupantes et à gaines glabres, feuilles sèches se détachant naturellement ou aisément, tiges de bon diamètre, floraison la plus faible possible (sauf pour les variétés précoces en cycle annuel), cannes droites ou ne se couchant pas malgré de forts tonnages, tolérance à de médiocres conditions de culture et à des erreurs de calendriers, etc.

On distingue deux types de sélection:

- la sélection en station d'hybridation qui fait appel à des sélectionneurs aidés de statisticiens et de phytopathologistes et traite un nombre très élevé de sujets;

- la sélection finale ou régionale ou sélection d'usine qui compare des petits nombres de variétés déjà remarquées, soit par la station locale qui les a créées, soit par les zones d'où elles ont été importées (après quarantaine).

Ce livre n'abordera que la sélection d'usine, réalisée en général par des agronomes praticiens.

«En usine» la méthode suivante est recommandée:

Les variétés existantes ou à venir sont distribuées en trois groupes A, B et C: A, pour les variétés prometteuses qui méritent l'essai en grand (essai industriel), B. pour les variétés à mieux connaître et C, pour les variétés jugées sans intérêt (à éliminer ou à mettre au «musée»).

Le groupe B reçoit, à mesure, toutes les variétés nouvelles (très rapidement multipliées par boutures d'un œil). Il en sort des variétés A et des variétés C.

Le «musée» conserve les variétés saines à titre d'assurance pour l'avenir (par exemple, 5 mètres linéaires par variété, à replanter tous les 3 ou 4 ans). Les variétés « foyers d'infection » seront détruites sans pitié.

Le circuit des variétés est illustré par le dessin ci-contre:


Circuit des variétés en sélection d'usine.

La sélection se fait en trois stades:

1er stade: présélection en collections de caractérisation.

Chaque année et sans délai, l'ensemble des variétés du groupe B est planté en deux collections,/'une suivant le calendrier du cycle précoce et l'autre celui du cycle tardif . Chaque collection comprend une ligne par variété en y incluant au moins deux témoins: toutes ces parcelles, d'environ 20 m linéaires, sont tirées au hasard à chaque plantation et bordées de deux lignes de protection de chaque côté. Dix mètres linéaires sont utilisables pour les boutures de plantations d'essais de première sélection, les autres étant destinés à la caractérisation variétale qui consistera en comptages, mesures, descriptions, notations, pesées, contrôles et analyses de trois échantillons successifs de cannes (par exemple, 4 semaines et 2 semaines avant récolte puis à la récolte) et pesée des cannes sur 10 m (en ajoutant les poids des échantillons).

Ces collections sont entretenues sur deux cycles au moins, car les mêmes observations sont à faire sur la 1 re repousse. Pour ne pas alourdir ces parcelles, le nombre de variétés B doit être maintenu à un niveau raisonnable, ce qui implique un excellent travail de caractérisation vers les groupes A et C. En pratique, on peut «traiter» un flux moyen allant jusqu'à 10 variétés nouvelles par an.

Le tableau VIII résume, en cinq niveaux très clairs, les observations qualitatives et quantitatives. L'exemple suivant, valable pour l'Afrique de l'Ouest, sera facilement adapté à d'autres régions où les critères à retenir seront en partie différents.

Les critères de 2 e importance , à résumer aussi en un tableau, pourraient être dans ce cas: facilité-rapidité de la levée, couverture du terrain et tallage, résistance au borer, nombre de cannes/ha (à la récolte), importance du ligneux (fibre), tolérance aux nématodes, fragilité des tiges (à la récolte) et sensibilité aux maladies foliaires.

Il est clair qu'au Maroc, par exemple, les critères n° 3, 5 et 12 de cette liste sont sans objet. A l'inverse, ceux de la résistance à la mosaïque et de la résistance au gel sont primordiaux. Au Sénégal, la résistance au sel et la résistance aux sols lourds sont des caractères de première importance. Très souvent, le mode de récolte influe sur le choix des critères, selon le degré de mécanisation pratiqué et selon le type de machines utilisé (Hawaii versus Louisiane par exemple). Il faut donc bien peser les critères essentiels pour chaque zone.

Les 8 tableaux annuels (2 cycles x 2 récoltes x 2 niveaux de critère), obtenus à partir des collections de caractérisation, contribuent peu à peu à la connaissance variétale que l'on résume sous forme d'un grand tableau à double entrée (une ligne par variété et les caractères sur autant de colonnes).
Tableau VIII Critères de 1 re (Afrique de l'Ouest)


Classement en 5 niveaux

1 - Vigueur en vierge (t.c.ha)

t. vig.

vig.

moy.

faible

t. faible

2 - Vigueur en repousse (t.c.ha)

t. vig

vig.

moy.

faible

t. faible

3 - Résistance au charbon

t. résist.

a. résist.

moy.

a. sens.

t. sens.

4 - Résistance au Leaf Scald

t. résist

a. résist.

moy.

a. sens.

t. sens.

5 - Fléchage à la récolte

t. fort

a. fort

faible

t. faible

nul

6 - Richesse en sucre

t. riche

a. riche

moy.

a. pauvre

t. pauvre

7 - Précocité - Tardivité

t. préc.

a. préc.

moy.

a. tard.

t. tard.

8 - Durée de période de maturation (PMI)

t. long..

a long.

moy.

a. courte

t. courte

9 - Port à la récolte

t. droite

a. droite

ouvert

couché

enchevêt.

10 - Poids d'une canne

t. grosse

a. grosse

moy.

a. fine

t. fine

11 - Facilité de l'épaillage

naturel

facile

moy.

a. diff.

t. diff.

12 - Tenue de la qualité après fléchage

t. longue.

longue

moy.

courte

nulle

13 - Tolérance à la sécheresse

t. résist.

a. résis

t. moy.

a. sens.

t. sens.

Cet inventaire permanent se précise progressivement, avec les résultats des stades suivants de la sélection. Une pré-sélection bien faite réduit considérablement le travail ultérieur de la sélection.

A l'issue de la présélection, les variétés sont des précoces possibles (bonne richesse et tonnage honnête), des tardives possibles (gros tonnage et très peu de fleurs) ou des variétés sans intérêt (groupe C): trop faible tonnage, trop basse richesse, sensibilité élevée à une maladie éliminatoire, etc. Notons qu'une variété pauvre en sucre qui fleurit beaucoup doit être classée en C à moins que son tonnage remarquable en fasse une mi-campagne potentielle (NCo 376). Les sujets riches, à bons tonnages et ne fleurissant pas, doivent être étudiés dans les deux cycles.

2e et 3 e stades: première et deuxième sélections

Le tableau IX résume les deux stades suivants de la sélection, réalisés aussi selon les cycles (pour la 2 e sélection, on peut ajouter, au besoin, un 3 e cycle de mi-campagne).

Tableau IX Sélection variétale


Première sélection

Deuxième sélection

Nombre de cycles étudiés

2

2 (ou 3)

Nombre de variétés par essai

max. 20 à 25

max. 7 à 9

Nombre de témoins par essai

2, doublés

1

Nombre de répétitions

4 (min. 3)

8 (min. 6)

Dispositif

blocs Fisher

blocs Fisher

Nombre de lignes utiles

3 (min. 2)

4 à 5

Nombre de lignes de bordure

Aucune

1 de chaque côté

Longueur utile des parcelles

5 à 7 mètres

6 à 10 mètres

Nombre de repousses à suivre

min. 1

min. 2

La qualité du travail de terrain doit être excellente: les essais sont trop chers pour les rater et les renseignements fiables sur les nouvelles variétés sont urgents à obtenir.

Toutes les boutures pour un essai, y compris celles des témoins, seront du même âge et proviendront d'une même parcelle (sinon, ne pas faire d'essai). On ne fera pas de replantations si ce n'est, à 45 jours, par souches entières avec sol et racines dans les «manques» de plus de 60 cm. Ne seront ainsi «sauvés» que les essais présentant peu de manques. Les autres seront annulés. En cette prévision, quelques mètres d'interlignes auront été plantés en supplément pour chaque variété. Des visites systématiques seront faites à 2 et 5 mois en vierge et à 3 mois en repousses, comme pour tous les essais , et les résultats seront classés dans le dossier agronomique de l'essai (à consulter sans faute à la récolte).

Un jugement chiffré sur les variétés, comparées entre elles et au(x) témoin(s), portera, à la récolte, sur:

1 - les rendements agricoles (t.c. ha) que l'on pondérera selon les cas:

" pour deux récoltes réalisées sur un cycle normal de 6 récoltes, la vierge sera pondérée à 1 et la repousse à 3;

" pour 3 récoltes sur 6, on utilisera les pondérations de 1 pour la vierge, 2 pour la 1 re repousse et 3 pour la 2 e repousse;

2 - le sucre blanc extractible pour cent cannes (S.E. % C) où, pour prévoir le rendement industriel, on prendra la formule (qui demande une pureté supérieure à 75):


Le coefficient 0.85 exprime la différence de propreté, de qualité et de fraîcheur entre un échantillon choisi au champ avant récolte et la canne tout venant livrée à l'usine (on peut admettre 0,88 en sucrerie de roux).

3 - la valeur comparative globale d'une variété pour laquelle la formule convenable n'a aucune signification (bien qu'elle soit parfois appelée «sucre économique», mais permet de donner un avantage mérité aux variétés plus riches:

Valeur d'une variété: t.c. ha (S.E. % C - 2) (et non S.E. % C - 4 ou pire S.E. % C-6).

Sans laboratoire d'analyse de cannes, on peut, à partir d'un Brix jus corrigé , admettre les formules suivantes:

- cas d'un échantillon d'au moins 6 cannes entières prises avant récolte de la parcelle (et passées si possible dans un petit moulin à 3 cylindres): S.E. % C = Brix 10,3;

- cas d'un échantillon pris après les coupe-cannes de l'usine: S.E. % C = 1,2 Brix 12,5.

Le résultat n'est certainement pas plus faux que celui, souvent utilisé, qui consiste à admettre: S.E. % C = A. Pol % C - K. ce qui demande déjà d'estimer Pol % C (il faut donc une analyse de laboratoire) et qui admet pour K (total des pertes en Pol) 2.0, 2.5, 2.8 OU 3.0 selon les performances de l'usine, le type de sucre produit et l'optimisme de l'utilisateur de la méthode, mais ne tient pas compte de la pureté (contrairement à celles proposées ci-dessus à partir du Brix). Le coefficient A varie, lui, de 0,85 à 0,90 en général (selon la propreté et la fraîcheur des cannes).

En cours de sélection (1 re ou 2 e), on vérifiera vite sur le terrain toute anomalie de résultats (rendements, analyses, etc.) et on en cherchera les causes, bien souvent accidentelles et indépendantes de la valeur de la variété. Tous les 3 ou 4 ans, on remettra en compétition du type essai de 2 e sélection, mais en variant les terrains, les nouvelles variétés ayant donné les meilleurs résultats lors des années précédentes. Après multiplication rapide, on essaiera ensuite en culture industrielle les sujets confirmés. Ces confirmations, indispensables pour éviter les déboires coûteux, ne doivent pas empêcher, quand on rencontre une variété très brillante, de lui faire sauter des étapes de cette sélection et d'en planter rapidement une parcelle industrielle ou deux.

2.7.4 - La reconnaissance des variétés et leur nomenclature

En pratique, on reconnaît facilement les variétés de cannes en culture. Les tiges (couleurs, diamètre, densité, port, forme des bourgeons, etc.) et les feuilles (port, souplesse, largeur, couleur, ochréa, ligule, gaine, poils, taches foliaires, chute naturelle, etc.) sont toujours typées. Mais il peut y avoir des doutes pour de nouvelles variétés. Plus en détail, il faut descendre à la pubescence des yeux et des gaines ou pratiquer une observation au microscope de l'épiderme. Une technique moderne in vitro , sûre et économique a été créée par l'IRAT-CIRAD et fait appel à l'électrophorèse (zymogrammes). Cela consiste à relever les «empreintes enzymatiques» des variétés en cause et à les comparer. On espère pouvoir bientôt, pour les quelques centaines de variétés les plus cultivées dans le monde, créer une banque évolutive de données pouvant être consultée à la demande.

La numérotation des «variétés» est en général la suivante: une lettre ou un groupe de lettres (sigle) indique le pays, la région, l'organisme ou la station de création puis deux groupes de chiffres précisent l'année (de semis ou de 1 re sélection) et le numéro d'ordre. Parfois, l'année manque et les numéros ne sont alors donnés qu'au moment où la variété est jugée apte à la culture (libérée). Enfin, certaines stations utilisent des mots particuliers.

L'International Society of Sugar Cane Technologists (ISSCT) coordonne et enregistre la répartition des sigles dans le Ci-dessous sont précisés les principaux sigles ainsi que les variétés très utilisées dans les années 1980-90 (celles soulignées ayant été très cultivées, aussi, en dehors de leur pays d'origine).

B (Barbade): B 52-298 , B 62-163, B 63-118 , B 69-566, B 74-541

BJ (Barbade-Jamaïque): BJ 70-28, BJ 74-65

BL (Barbade-Lyallpur, Pakistan): BL 4

BO (Bihar-Orissa, Inde): BO 70, BO 91

BR (Barbade-Romana, Rép. Dominicaine):

BT (Barbade-Trinidad): BT 64-134, BT 72-686

C (Cuba): C 87-51, C 819-67

CAC (College of Agriculture Cane, Philippines): CAC 57-60

CB (Campos, Brésil): CB 41-76, CB 47-355

Cl (Clewiston, Floride, USA): C1 59-1052, C1 61-620

Co (Coimbatore, Inde): Co 740 , Co 975 , Co 1148 , Co 62-175 , Co 63-04 , Co 68-06, Co 74-13, Co 77-17

avec, comme pour Barbade, CoA 76-02, CoC 67-1, CoJ 64 et CoJ 67, CoL (Pakistan), CoS 611, Cos 81-18, CoT 82-01

CP (Canal Point, USA): CP 70-321, CP 70-1133, CP 72-1210, CP 74-383, CP 79-318

D (Demerara, Guyana) et D.B. (avec graines de Barbade): D 141-66 , DB 156-56 , DB 66-113

EA (East-Africa, Kenya), EA 70-97

F (Formose, Taïwan): F 160 , F 177 (cf. Roc à partir de 1979)

F (anciennement Floride, abandonné)

FR (IRAT-CIRAD, France) depuis 1980: FR 80-234

H (Hawaii, USA): H 59-3775, H 62-4671, H 65-7052, H 68-1158, H 73-6110, H 74-1715

HJ (Hawaii-Jamaïque): HJ 57-41

IAC (Instituto Agronomico de Campinas, Brésil): IAC 51-205, IAC 64-257

JA (Cuba): JA 60-5, JA 64-11

Kw ou ks (Kwt, Kwangtung ou Kws, Kwangsi, Chine): Ks 54-143

L (Louisiane, USA), L 62-96 , L 66-79

M (lle Maurice): M 574-62, M 3035-66, M 1049-70

Mex (Mexique): Mex 55-32, Mex 57-473, Mex 69-290

My (Mayari, Cuba): My 54-65, My 54-129 (idem UCW), série terminée

N (Natal, Afrique du Sud): N52-219, N14, N17

NCo (Natal avec graines de l'Inde): NCo 310 , NCo 376

Na (Norte-Argentina): Na 56-79 , Na 63-90

NG (clône d'origine Nouvelle Guinée + année de la collecte)

Phil (Philippines): Phil 56-226 , Phil 58-260

POJ (Proefstation Oost Java, Indonésie): POJ 28-78

PR (Porto Rico): PR 61-632 (auparavant: PR 1007 , etc.)

Ps (Pasuruan, Indonésie): Ps 41, Ps 56, Ps 59

PT (Ping-Tung, Taïwan): PT 51-204

Q (Queensland, Australie): Q 96 , Q 135, Q 136

R (Réunion, France): R 570 , R 574

RB (République du Brésil): RB 72-454, RB 76-5418

ROC (République de Chine, Taïwan): ROC 1, ROC 9, ROC 10

SES ( Sacch. spont . indiens) non commerciaux

SP (Sao Paulo, Brésil): SP 70-1143, SP 71-1406, SP 71-6163, SP 75-3046, SP 79-1230

TUC (Tucuman, Argentine): TUC 67-24, TUC 68-19, TUC 77-42

U.S. ( Sacch. non commerciaux, Etats-Unis): US 1694, US 67-22-2

Pindar, Ragnar, Pelorus (CSR, Australie)

Bourbon, Louzier, Rat gros ventre, Rose bambou, etc.: Sacch. Offic . (Nobles).

2.7.5 - La conservation des variétés et les échanges

Les variétés sont conservées dans des collections plus ou moins importantes dans chaque pays. Des collections «mondiales» existent aux USA (en Louisiane), au sud de l'Inde (à Coimbatore) et maintenant au Brésil. De plus, certains pays conservent les sujets provenant des expéditions de sauvegarde des gènes réalisées en Nouvelle Guinée. L'ISSCT joue pour cela un rôle actif.

Une méthode récente, en cours de mise au point par l'IRAT-CIRAD, consiste à conserver, in vitro , le matériel commercial et génétique. Ces vitrothèques utilisent, pour le moment, une douzaine de tubes à essai par variété. Si la culture in vitro a été réalisée à partir de produits sains, les variétés peuvent être expédiées ailleurs sous cette forme, ce qui gagne beaucoup de temps par rapport à l'expédition par boutures (à passer ensuite en quarantaine). La remise en culture, à partir de tubes, demande une technicité élevée. Cela s'apprend.

Du fait de la gravité potentielle de nombreuses maladies de la canne, les échanges (ou envois) de variétés se font toujours en y associant étroitement des phytopathologistes spécialisés en canne à sucre. Le pays receveur doit exiger du pays donneur un certificat phytosanitaire. Mais cela ne suffit pas et il vaut mieux ne s'adresser qu'aux organismes les plus sérieux. En tout état de cause, la canne «valise» est à proscrire, même si c'est le cadeau d'un personnage très haut placé.