Cover Image
close this bookGestion de terroirs: des solutions aux problemes identifies par les operateurs de terrain - des idees - des pistes et quelques solutions, GRET, 1993
close this folderChapitre III - GTV et animation/appui aux organisations paysannes
View the document(introduction)
View the documentRésumé des problèmes, difficultés et questions identifiés dans le premier document
View the document3.1 Difficultés à impliquer les populations
View the document3.2 Des problèmes qu'expriment le rapport vertical entretenu par l'état avec les populations

(introduction)

La dimension animation des projets GT est souvent marginale. Les moyens, les compétences et le temps qui y sont consacrés sont souvent réduits, surtout si on les rapporte aux objectifs quantitatifs souvent importants assignés aux projets de GT.

Les méthodes "d'animation" mises en oeuvre par les projets ont un objectif fonctionnel : elles visent à sensibiliser, convaincre, "faire passer le message" et non pas à susciter une réflexion collective prospective, à provoquer une implication de tous les groupes, à favoriser la concertation dans le respect des spécificités de chacun.

Cette approche "fonctionnelle" de l'animation explique beaucoup de problèmes rencontrés par les projets GT.

Résumé des problèmes, difficultés et questions identifiés dans le premier document

31 - DIFICULÉS D'IMPLIQUER LA POPULATION

par des démanches souvent stéréotypées et à partir de "projets" qui tendent à renforcer leurs prérogatives et à conserver le contrôle des moyens.

Tendance à la reproduction stéréotypée de solutions standardisées en matière de sensibilisation/implication des populations.

Tendance des projets à conforter leur rôle et renforcer leurs prérogatives: leur ambition est plus alors de "faire passer le message" que de susciter une réflexion propre.

32 - CES PROBLÈMES EXPRIMENT LE RAPPORT VERTICAL ENTRETENU PAR L'ETAT AVEC LA POPULATION

et les relations "hiérarchiques" qu'il induit entre agents de développement et villageois.

D'où le souci permanent de trouver des "formules" viables qui peuvent ensuite être "reproduites" partout, même si elles ne sont pas nécessairement les plus adaptées (comme les CVGT qui ne répondent pas aux spécificités des zones pastorales et agro-pastorales).

Ce rapport "hiérarchique" Etat/population et la volonté de transférer aux paysans la responsabilité de la gestion de leurs ressources s'exprime également dans la coexistence souvent difficile - sinon impossible - entre une démarche d'animation orientée vers une responsabilisation des acteurs locaux et une démarche de vulgarisation classique.


3.1 Difficultés à impliquer les populations

La démarche visant à faire des populations des partenaires à part entière est sensiblement la même dans tous les projets de GT: sensibilisation, diagnostic, programmation des actions. Cette démarche est souvent appliquée de façon mécanique, standardisée.

La formation des agents de développement devrait permettre d'attirer leur attention sur les objectifs poursuivis et les enjeux que recouvre la responsabilisation des paysans et éleveurs en matière de gestion des ressources naturelles.

La conscience de leurs responsabilités , la prise en charge des actions de développement , l'affirmation de leurs intérêts par les producteurs sont des résultats essentiels recherchés par un projet GT et non seulement la conduite successive des étapes de la démarche qui sont un moyen (entr'autres) de parvenir aux objectifs recherchés.

Une telle formation passe par l'accompagnement des agents sur le terrain, pour les aider à découvrir les modalités d'une pratique "engagée", solidaire des intérêts paysans , à l'occasion de discussions libres et spontanées, en veillée, ou de la participation à des cérémonies ou à des travaux collectifs...

L'amélioration des techniques de communication est également un moyen d'augmenter fortement le niveau d'information et de conscience des producteurs pour augmenter leurs motivations à "prendre l 'initiative " dans le projet.

Il semble important également que les agents de développement aient un minimum de formation idéologique (ou de motivations morales et intellectuelles) pour rechercher une solidarité avec les paysans, et aider ceux-ci à acquérir un raisonnement de "type syndical" pour affirmer et défendre leurs intérêts (notamment dans un contexte où le désengagement de l'Etat signifie bien souvent retrait des moyens et transfert des charges! ).

L'animation comme moyen de 'faire passer le message "....

Cette idée très ancienne est largement répandue: elle exprime le secret désir des agents de développement de voir "leur message" repris et appliqué par les paysans et les éleveurs, grâce à une animation qui aurait réussi à le leur faire passer.

Une formation théorique et/ou pratique des agents semble le seul moyen de réduire ce type de "croyances". A cet effet, elle devrait insister sur les thèmes suivants:

" les paysans et les éleveurs sont des adultes qu'il convient d'écouter et de comprendre pour avoir une chance d'être à son tour entendu et compris;

" les comportements des paysans et éleveurs sont déterminés par un système économique, technique, social, culturel, juridique, moderne et traditionnel très complexe qu'un "message" aussi bon soit-il est insuffisant à transformer. C'est plus d'une réflexion concertée, d'expériences, d'observations, de débats... que naîtront les changements durables que d'un message;

" les informations utiles sont celles qui sont appropriées par les intéressés dans un processus de réflexion volontaire. Cette approche est à l'opposé de celle qui vise à "faire passer un message".

3.2 Des problèmes qu'expriment le rapport vertical entretenu par l'état avec les populations

Les agents de développement n'arrivent pas à se défaire de leur routine et à changer leurs rapports avec les paysans; les paysans en majorité analphabètes ont intériorisé le statut d'exécutants dans lequel les agents de développement les placent.

La formation des agents apparaît dans tous les cas comme une condition préalable et une dimension permanente des projets de GT. Mais leur formation technique, économique et pédagogique devrait être subordonnée à une prise de conscience du renversement des rapports qu'il leur appartient de provoquer pour faire que les agriculteurs et éleveurs se trouvent en situation de responsabilité réelle et non simulée. Ce changement d'attitude peut être le résultat:

" d'un raisonnement intellectuel suivi, fondé sur des observations concrètes;

" d'une conviction idéologique et politique solide sur le bien-fondé du développement à la base, local;

" d'un rapport de force nouveau qui mettrait les agents de développement en position de dépendance par rapport aux responsables des organisations professionnelles (idée d'un opérateur privé proposé par la CFD);

" des voyages d'études (préparés) dans des organisations de base, agricoles, rurales et urbaines sont le moyen privilégié de cette formation/conscientisation;

" des ateliers de formation, avec la participation de responsables d'organisations populaires sont également un moyen;

" une information aisément accessible sur l'état actuel, l'histoire et les perspectives des organisations paysannes en Afrique peut faciliter cette formation.

Concernant les paysans, et leur habitude (parfois "complaisante") à se placer en position d'exécutants, il semblerait utile de créer à leur intention:

" un système régulier d'approvisionnement en informations (après mise en forme) et de restitution (après traitement) des informations, recueillies auprès d'eux;

" un système permanent de formation, défini en concertation avec les différents sous-groupes concernés qui prévoierait, en plus des formations théoriques à la comptabilité et à la gestion, une formation de "type syndical" (affirmation et défense de leurs intérêts) à l'analyse des acteurs et de leurs stratégies (notamment l'Etat et les bailleurs de fonds), à l'identification de leur marge de manoeuvre et des moyens de la renforcer.

L'animation, réduite à des techniques destinées à "faire passer le message", ne peut en rien modifier la position d'exécutants dans laquelle les projets de GT placent souvent les paysans et les éleveurs.

Le champ d'initiative laissé aux populations par les projets GT définis sans concertation est souvent réduit, voire nul. Dans ce cas, il ne reste plus aux promoteurs / animateurs du projet qu'à "convaincre" les villageois du bien fondé des objectifs de leur projet, à l'aide d'actions incitatives (c'est ce que les projets appellent parfois "animation ", destinée à 'faire passer le message ").

L'animation n'apparaît comme une voie efficace qu'à partir du moment où elle est conçue comme une démarche permanente et progressive, vers une responsabilisation complète des villageois et organisations paysannes.

Cette démarche 1 (et les méthodes spécifiques qu'elle utilise) gagne à être amorcée dés le début du projet, au moment de sa définition et de sa mise en oeuvre: c'est la solution idéale mais très rarement constatée.

1 Entendue comme moyen d 'une responsabilisation effective des organisations populaires existantes ou suscitées par le projet.

Elle peut également être amorcée en cours de projet (à l'occasion d'une évaluation) quand les problèmes de prise en charge commencent à se poser, comme moyen de réorienter le projet vers une responsabilisation effective des organisations paysannes par un transfert de ses moyens et de ses ambitions.

La coexistence entre une démarche d'animation orientée vers une responsabilisation des acteurs de base et une démarche de vulgarisation classique est difficile.

Il ne peut pas en être autrement. Les deux démarches expriment des ambitions différentes, des rapports Etat-populations différents, des "philosophies" du développement et des "projets de société" différents.

L'animation, orientée vers une responsabilisation des populations, part d'une approche globale des besoins et priorités de toutes les catégories avec la volonté de mettre à leur disposition les informations, les compétences et les moyens qu'elles puissent maîtriser pour définir et mettre en oeuvre, leurs actions et programmes de développement de la façon la plus autonome possible.

La vulgarisation a une approche plus sectorielle, plus fonctionnelle et utilitaire. Elle est bien souvent le maillon d'une chaîne dont les producteurs ne contrôlent ni l'amont, ni l'aval.

Dès lors qu'un projet de GT se donne comme objectif de créer et renforcer les conditions d'une responsabilisation complète des organisations paysannes en matière de GT, la vulgarisation pourrait être alors définie comme un élément de cette stratégie (avec l'approvisionnement en intrants, le crédit, l'appui à la commercialisation, la transformation...) dont le contenu serait défini en fonction des priorités et enjeux des paysans et éleveurs, compte tenu du programme de développement qu'ils se seraient donnés.

La vulgarisation s'apparenterait alors plus à une démarche de conseil agricole qui devrait répondre aux besoins des producteurs.

Le Projet PDRI/HKM au Burkina tente de mettre en place un tel système de conseil agricole sur sa zone d'intervention. Il s'appuie sur les services techniques en place (CREA) mais forme les agents de ces services à une nouvelle démarche de travail avec les producteurs: identification avec les producteurs de leurs contraintes, recherches des solutions, conseils techniques en relations avec les problèmes qui se posent réellement.