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close this bookLes légumineuses vivrières., Maisonneuve et Larose, 1989
close this folderIII. Utilisations
close this folder3.3. - Utilisation fourragère
View the document3.3.1. - Fanes ou «pailles»
Open this folder and view contents3.3.2. - Fourrages

3.3.1. - Fanes ou «pailles»

Il s'agit, par définition, de la partie de la plante qui reste sur le terrain, après récolte des gousses mûres sur une plante annuelle par nature (arachide, soja, Vigna, haricot) ou annuelle par les conditions de culture (par exemple le lablab en zone sèche).

Il importe de bien faire la distinction entre les fanes ramassées après formation de gousses et récolte de ces dernières et la plante récoltée pour le fourrage à un stade où environ 50 % des fleurs sont ouvertes. Dans le premier cas, la valeur nutritive est moins grande, une grande partie des éléments nutritifs ayant migré dans les fruits et les graines; dans le second cas, on a affaire à un véritable fourrage au mieux de sa valeur nutritive.

Mais cette précision étant donnée, il n'en reste pas moins que les fanes constituent un sous-produit de récolte des plus intéressants et qui est d'ailleurs bien connu et apprécié en Afrique. On voit très souvent sur les marchés en Afrique sahélienne et soudanienne vendre, en saison sèche, des bottes ou même des balles de fanes d'arachide ou de niébé.

La valeur énergétique de ces fanes varie entre 0,35 à 0,45 UF/kg et la teneur en matières azotées digestibles de 35 à 55 g/kg pour l'arachide, et 80 à 100 g/kg pour le niébé.

Les chiffres pour le lablab sont du même ordre que pour le niébé; 0,45 UF/kg et 100 à 120 g MAD/kg.

La qualité de ce fourrage dépend essentiellement de la quantité de feuilles présentes et donc, pour l'arachide, du mode de récolte des gousses. L'égoussage a la main est évidemment très supérieur à ce point de vue au battage avec un bâton, plus rapide, mais qui fait tomber beaucoup de feuilles. Il importe aussi que le sol sur lequel reposent les touffes d'arachide, soulevées et retournées, soit sec pour éviter les moisissures préjudiciables à la qualité des graines et des fanes.

Les rapports moyens entre rendement en gousses et en fanes sont les suivants:

Les rapports moyens entre rendement en gousses et en fanes sont les suivants:

" pour l'arachide:

pouvant descendre à 0,66 (2 t de gousses/3 t de fanes/ha);

" pour le niébé ce rapport est très variable. Ainsi au Niger, il varie entre 0,10 et 0,25 pour des rendements en graines variant de 100 à 500 kg/ha;

" pour le lablab: il est de l'ordre de 0,25 (500 kg graines/2 000 kg fanes/ha).

Le tableau ci-après permet de se faire une idée des valeurs moyennes à l'analyse et d'apprécier les différences avec les valeurs moyennes des pailles de deux graminées de première importance: le sorgho et le riz.

Tableau XXIII ANALYSE DE «FANES» DE LÉGUMINEUSES ET DE «PAILLES» DE CEREALES


Haricot

Voandzou

Niébé

Arachide

Sorgho

Riz

Eau

11,0

9,8

8,6

8,4

3 6

77

Protéines

6,0

14,5

12,5

7,5

3 0

4 3

Lipides

1,5

1,6

3,6

1,2

0 7

1,1

E.N.A.

34,0

38,4

47,6

45,4

45 3

35 9

Cellulose

40,0

28,9

22,5

30,5

43,1

35,3

Cendres

7,5

6,8

5,9

7,7

5,3

15,8

(introduction)

La culture d'espèces appartenant au groupe des dix plantes étudiées pour la production exclusive de fourrages n'est vraiment pratiquée qu'en ce qui concerne le pois cajan, le soja, le lablab et le niébé. Elle a été envisagée pour le pois carré, espèce qui, depuis 1975, est très en faveur et très étudiée, mais là on en est encore au stade des essais.

3.3.2.1. - Espèces concernées

Les caractéristiques analytiques moyennes de ces quatre espèces sont données dans le tableau.

Tableau XXIV ANALYSE DE FOURRAGES (100 de m.v.)

Constituants

Pois cajan

Soja

Lablab

Niébé

Eau

70,4

71,0

65,6

69,8

Protéines

7,1

5,0

4,9

6,2

Lipides

1,6

1,2

1,2

0,8

E.N.A.

7,9

10,6

13,5

11,5

Cellulose

10,7

9,9

9,7

7,9

Cendres

2,3

2,3

5,1

3,8

Pois cajan. Il s'agit d'un fourrage particulièrement intéressant, souvent testé dans les centres d'essais agronomiques, soit comme culture fourragère utilisée dans une rotation culturale où l'espèce peut remplacer une jachère de plusieurs années, soit comme engrais vert enfoui en fin de rotation.

Un des avantages de cette espèce est sa persistance en saison sèche, alors que les autres espèces annuelles ont disparu.

Au Zimbabwé, des essais intéressants d'association avec des graminées avaient été réalisés. On semait dans des prairies de Chloris gayana ou de Panicum maximum, des bandes constituées de 2 lignes de Cajanus distantes l'une de l'autre de 0,90 m; les bandes, elles-mêmes étaient distantes de 9 m. Mais, au vu des résultats, on pense qu'un rapport


égal à 1/4 serait meilleur.

Le pois cajan se prête bien à la confection de foin. les rendements sont variables suivant l'âge de la parcelle et la hauteur de coupe. Il faut cependant éviter de couper trop près du sol. En Floride, des plants en fleurs, coupés au ras du sol, ont fourni en une coupe 8 t m.s./ha. A Hawaï, on récolte de 10 à 20 t m.v./ha, suivant que la coupe est pratiquée au 2/3 ou 1/2 hauteur. En Colombie, on relève 25 t/ha m.v. en 2 coupes.

Soja. La culture du soja fourrager, populaire au début de ce siècle aux USA est maintenant pratiquement abandonnée. Le soja fourrager n'en est pas moins une plante intéressante. Des essais réalisés à Madagascar le prouvent. Le plus souvent, on utilisait une variété à grand développement, fort volubile, graines noires. Le tableau suivant précise les performances de la variété Nanisana (a Ampangahé, 1972).

Tableau XXV RENDEMENTS SOJA FOURRAGER A TROIS STADES DE VÉGÉTATION (MADAGASCAR)

Jours après semis

Stades

Rendement m.v. kg/ha

Teneur en m.s.

Rendement m.s. kg/ha

82

Début floraison

11 232

20,8

2 336

102

Formation des gousses

17 543

21,1

3 701

127

Grains pâteux

651

29,3

5 464

Des cultures mixtes soja + avoine fourragère, soja + orge, ont donné des résultats prometteurs pour la préparation d'ensilage à Madagascar.

Lablab. La résistance de cette espèce à la saison sèche, la possibilité de la cultiver en mélange avec une céréale telle que le maïs, ont retenu depuis longtemps l'attention des expérimentateurs. Des essais concluants ont été réalisés en Afrique sèche, au Brésil, etc.

Au Brésil, l'espèce est consommée en pâturage direct; elle sert en premier lieu de réserve sur pied pour la saison sèche, période pendant laquelle elle permet, grâce à sa haute teneur en protéines d'équilibrer la ration. Dès que les pluies arrivent, on sort le bétail des parcelles; les graines tombées et enterrées par le piétinement germent et une couverture dense s'établit rapidement.

Cette excellente espèce fourragère n'a pas la diffusion qu'elle devrait avoir, compte tenu de son aptitude à persister longtemps en saison sèche.

Les rendements varient évidemment suivant les sites et le nombre de coupe. On rapporte, en Colombie (1 425 m d'altitude; pluviométrie annuelle 1 462 mm) des rendements de 12,26 t/m.s./ha en trois coupes. Au Niger (station de Tarna), on cite des rendements de 9 t m.s./ha sur des terres hydromorphes (sol de «goulbi») avec une fumure de 15 t/ha de fumier de ferme.

Niébé. Comme la précédente, mais à un degré moins élevé, cette espèce est réputée résistante à la sécheresse et donc intéressante, car source d'aliment pour le bétail pendant la saison sèche ou pendant son début. Elle est cultivée pure ou en association avec une graminée.

En Inde, semée avant le blé, c'est-à-dire durant la mousson, elle donne un rendement de 15 t/ha de fourrage vert.

Il convient de ne pas faire de coupe, ni de mettre à la pâture tant que la plante n'a pas fleuri. L'association avec des graminées (sorgho en particulier) est possible. En culture pure, un rendement de 5 t/ha de foin sec est courant.

Voici, par exemple, des résultats d'essais réalisés à Morondava (S.-O. de Madagascar) durant deux années successives (1969 et 1970) avec ou sans fumier:

Tableau XXVI RENDEMENT EN FOURRAGE DE NIÉBÉ A MORONDAVA (MADAGASCAR)

Date de semis

20.12.68

9.12.69

Date de coupe

19. 2.69

5. 3.70

Nombre de jours

61

86

Rendement en

fume*

37,5

18,5*

t m.v./ha

non fumé

29,5

12,7

Pluviométrie

385 mm

840 mm

du semis à récolte

en 29 jours

en 32 jours

* Fumure 1969: 30 kg/ha P 2O5 90 kg/ha k 2O

Fumure 1970: 40 kg/ha P 2O5 120 kg/ha k 2O

La coupe, en 1969 comme en 1970, correspondait au stade «gousses bien formées, graines pâteuses». On notera au passage la différence de longueur de cycle (25 j!) pour un semis retardé de 11 j, les grandes variations de pluviométrie et de rendements.

3.3.2.2. - modes d'exploitation

Comme pour tous les fourrages, l'exploitation peut être faite par pâture directe, par coupe ou par consommation du fourrage conservé, soit sous forme de foin, soit ensilé. La conservation du fourrage et son stockage supposent déjà un mode d'exploitation du bétail évolué, qui est très rare dans les pays en développement. L'ensilage est encore peu répandu.

A noter, pour terminer, que des cas de météorisation du bétail consommant une des espèces étudiées ont été signalés, mais qu'en fait, ils sont rares. C'est le cas au Queensland pour du bétail pâturant du lablab.