
| Développement des systèmes de production laitière sous les tropiques, CTA, 1989 |
| 2.0 Les problèmes majeurs |
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Dans les pays industrialisés, la plupart des vaches laitières sont fécondées par insémination artificielle (IA). La raison principale de cette pratique est que l'IA est un élément essentiel des programmes du testage sur la descendance. Ces programmes tendent à améliorer le potentiel génétique sur des critères zootechniques d'intérêt économique comme la production de lait et la composition de ce lait. L'IA est aussi un moyen de limiter la propagation de maladies sexuelles transmissibles.
Telle qu'elle est pratiquée dans les pays industrialisés (le plus souvent en climats tempérés), l'IA permet, en général, d'atteindre la même efficacité de reproduction (exprimée par l'intervalle moyen séparant vêlages au sein d'un troupeau) que la monte naturelle. Mais l'argument principal en faveur de l'IA est son rôle en tant que moyen d'amélioration génétique. Par contre, on constate qu'elle est rarement pratiquée dans les troupeaux de race «à viande» conduits de manière extensive. En effet, dans ce contexte, la monte naturelle est plus efficace et on a moins de raisons économiques de procéder à des améliorations génétiques (comme pour la production laitière).
La thèse sous-jacente à cet exposé est qu'il n'y a guère ou pas de place dans les pays tropicaux pour une politique laitière spécialisée comme celle pratiquée dans les pays industrialisés. Selon cette thèse, il est techniquement et économiquement plus intéressant, même sur le plan national, de faire produire pour la vente et la consommation humaine, peu de lait par beaucoup de vaches que beaucoup de lait par quelques vaches «d'élite» et rien par les autres. Les arguments étayant cette thèse sont exposés en détail dans d'autres parties de ce Chapitre ainsi que dans les Chapitres 3 et 4.
La production laitière «limite» suggérée est de 2000 à 2500 kg par lactation. Un tel objectif est facilement réalisable par croisement en ayant recours à du matériel génétique existant déjà et disponible à peu de frais dans de nombreux pays (voir Chapitre 6). Et même si cela était possible sur les plans technique et économique (ce qui, le plus souvent, n'est pas le cas!), rien ne justifierait sur le plan scientifique la mise en uvre de programmes d'amélioration génétique axés sur la production de lait dans les pays en développement.
Le principal argument en faveur de l'élaboration de programmes d'insémination artificielle se trouve donc sérieusement ébranlé et le problème essentiel consiste à déterminer la meilleure façon d'accroître l'efficacité de la reproduction, exprimé en termes d'intervalles moyens entre vêlages au sein du troupeau.

Le point de vue pratique des éleveurs en zone tropicale est que la monte naturelle est plus efficace que l'IA pour obtenir une gestation chez les vaches (et les bufflesses). L'inséminateur est confronté à une grande difficulté, à savoir la détection des chaleurs qui, dans les pays tropicaux, sont plus courtes et moins intenses en raison de facteurs inhérents au milieu (alimentation et climat), aux races (zébus Bos indicus et buffles par rapport aux taurins Bos taurus) et aux conditions d'élevage (allaitement des veaux).
La Figure 2.9 montre l'effet de l'allaitement restreint des veaux sur la teneur sanguine en progestérone des vaches de race Holstein en début de lactation. Les ovaires redeviennent actifs quelque 3 semaines après le vêlage tant dans le lot témoin (retrait des veaux et élevage séparé) que dans le lot «allaitant» , mais l'amplitude des cycles de la progestérone était moins accusée chez les vaches qui allaitaient leurs veaux après la traite. On peut s'attendre avec ce type de cycle à une forte incidence des chaleurs inapparentes, ce qui explique les difficultés rencontrées pour inséminer les vaches des troupeaux à double fin dont les veaux sont allaités, même de manière restreinte.
La Figure 2.10 montre l'effet stupéfiant sur les intervalles de vêlage, dans un troupeau à double fin de l'île Maurice, du remplacement de l'IA par la monte naturelle, les taureaux étant en contact permanent avec les vaches dès le 56 e jour après la mise bas.
