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close this bookLe bananier plantain, Maisonneuve et Larose, 1985
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1 - Le choix du terrain

Dans la culture dite "de case" ce choix ne se pose pas par définition. Par contre, on a vu que, pour le champ extérieur, les contraintes socio-économiques font que ce choix est en fait de plus en plus restreint.

D'une manière générale on ne retiendra autant que possible que les terrains faciles d'accès dont le sol est profond, léger, riche en matière organique.

L'objectif du planteur est alors de garder au maximum la fertilité originelle du sol en l'exploitant le plus rationnellement que possible par:

- Des associations culturales les plus compatibles possibles

- Des rotations judicieuses d'une année sur l'autre.

Après trois années d'exploitation du champ pour les cultures vivrières, celui-ci sera:

" soit remis en jachère

" soit il sera définitivement occupé par la culture de rente (caféiers, cacaoyers, arbres fruitiers).

Dans les deux cas on devra donc prévoir après la troisième année d'exploitation un nouvel emplacement pour les cultures vivrières.

Dans un tel système de culture le planteur prévoira donc à long terme l'occupation de son terrain. Un schéma théorique idéal d'occupation consiste à diviser le terrain dont on dispose en trois champs (fig. 14a, b. c).


Fig. 14.A. Rotation traditionnelle des cultures


Fig. 14.B. Rotation traditionnelle des cultures


Fig. 14.C. Rotation traditionnelle des cultures

Au départ on défriche que les deux tiers du terrain. Le premier tiers (champ 1) est occupé par une association culture de rentes et plantains, le deuxième (champ 2) par une association cultures vivrières et plantains. Après trois ans d'exploitation le champ 1 est définitivement consacré aux cultures de rentes (perennes), le champ 2 est remis en jachère, sur le troisième tiers (champ 3) on abat la forêt et on plante de nouvelles cultures vivrières.

Tous les trois ans ensuite, on alterne jachère- cultures vivrières- jachère. On verra par la suite le type de jachère qui pourra être recommandé, son effet ainsi que les différentes associations de cultures vivrières possibles avec le plantain et leur rotation dans le temps.

2 - La préparation du terrain

Partant de la forêt (secondaire en général) on n'abattra que le sous-bois. Trois possibilités s'offriront alors au planteur:

- Laisser la masse végétale sur place et ne dégager que les emplacements nécessaires aux trous de plantation.

- Dégager par une mise en andains des bandes de terrains permettant l'installation des autres cultures, les plantains seront alors cultivés préférentiellement sur les andains

- Brûler l'ensemble de la masse végétale abattue avec les avantages:

- nettoyage satisfaisant du terrain

- limitation du volume des mauvaises herbes

- mobilisation accélérée des éléments minéraux existants et les inconvénients que cela comporte:

- Destruction rapide non seulement de la matière végétale mais également de l'humus superficiel contenu dans le sol

- Disparition rapide des cendres par les eaux de pluie et mauvaise utilisation de ces cendres.

3.1. - La trouaison manuelle

Aux emplacements choisis on creusera un trou profond de 60 x 60 x 60 cm. Il est très important que le trou de plantation soit le plus grand possible même si le matériel de plantation est relativement petit. L'avantage de cette technique, quand le sol n'a pu être travaillé, est de permettre aux racines de la plante future d'exploiter le plus grand volume de sol possible.


Fig. 15. Plantation manuelle

La terre de surface (horizon humifère) sera séparée de la terre du fond. Avant la plantation on remettra au fond du trou de la terre de surface mélangée à la terre du fond pour constituer un monticule sur lequel sera posé le rejet. Ainsi posé le collet du rejet ou de la petite souche se trouve légèrement au dessous du niveau du sol (10 cm maximum). Le trou est ensuite rebouché avec la terre de surface restante puis la terre du fond. On tassera légèrement celle-ci autour du rejet.

Il est très important que la terre étant tassée, le collet du rejet soit au niveau du sol ou à peine en dessous.

3.2. - Le choix du matériel végétal

Pout le bananier plantain on plantera un rejet "baïonnette" (fig. 16) de préférence à tout autre matériel végétal de plantation. Plus celui-ci sera grand (1 - 1,20 m) avec un bulbe fortement renflé à la base plus il se développera dans de bonnes conditions.

Ce type de matériel étant cependant assez difficile à se procurer, et pouvant être lourd à transporter jusqu'au champ on pourra utiliser le petit rejet baïonnette si les conditions climatiques au moment de la plantation sont favorables (début des pluies). Les petits rejets baïonnettes présentent entre autres l'avantage d'être en général moins infestés de nématodes et de charançons (voir plus loin) qu'un matériel plus gros.

La plantation d'un matériel végétal plus gros: rejet sevré, petite souche avec ou sans cheminée, souche à rejet attenant présente des avantages quand on est contraint de planter "hors saison" (saison sèche, pleine saison des pluies). Les risques de pourriture du cœur ou d'un dessèchement de la plante étant moindre avec ce type de matériel (la plante vit pendant un certain temps aux dépens de ses propres réserves en eau et en éléments nutritifs).


Fig. 16. Grand rejet baïonnette.

- Si on plante des rejets baïonnettes et/ou des jeunes rejets sevrés on les laissera "repartir" du cœur.

- Si on plante des souches on empêchera la repousse du cœur et on favorisera le débourrage d'un œilleton.

3.3. - La préparation du matériel végétal

Quel que soit le type de matériel végétal (fig. 17), rejet baïonnette, rejet adulte, souche, on procédera au parage du bulbe à la machette (fig. 18). Ce parage a pour but la suppression de toutes les racines et des parties nécrosées sur le bulbe (galeries formées par les larves du charançon; nécroses dues aux nématodes). En cas de rejets douteux on supprimera aussi les dernières gaines foliaires qui peuvent abriter des œufs ou des charançons adultes.


Fig. 17. Types de matériel végétal.


Fig. 18. Préparation d'un rejet.

- Les rejets baïonnettes seront plantés sans être rabattus

- Les rejets sevrés seront rabattus à 60- 80 cm au dessus du collet

- Les souches seront rebattues à 20 - 30 cm au dessus du collet.

4 - Le choix des cultivars

Le choix dépendra bien sûr des cultivars disponibles dans l'entourage du planteur, des habitudes et/ou des éventuels interdits alimentaires. On constate par exemple la nette prédominance des cultivars de "faux-cornes" en Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire) par rapport aux "frenchs" alors qu'en Afrique centrale (Cameroun, Zaïre, Gabon) les "frenchs" et les "faux-cornes" sont aussi nombreux.

Au niveau du champ traditionnel on plantera des cultivars différents. La durée des cycles n'étant pas la même d'un cultivar à l'autre, le planteur récoltera ses régimes les uns après les autres et non pas tous à la fois. En culture intensive on verra que l'on a tout intérêt au contraire à regrouper les récoltes et donc à planter des parcelles homogênes.

Dans ce système de culture, les "frenchs" sont plus productifs que les "faux-cornes".

5 - Le choix des dates de plantation

Le choix des dates de plantation est déterminé par les conditions climatiques, le cultivar utilisé, le matériel végétal, les dates de mise en place des autres cultures. Dans tous les cas on s'efforcera de planter en saison pluvieuse, mais en évitant que la floraison (dix mois après la plantation pour les "cornes", douze mois après plantation pour les "frenchs" moyens, quinze mois après plantation pour les "frenchs" géants" ait lieu pendant la saison sèche.

On insiste sur le fait qu'il est important d'éviter que la floraison ait lieu en saison sèche, quitte à planter pendant une saison légèrement déficitaire en eau. On ne perdra pas de vue que la saison sèche peut accélérer les processus de floraison et/ou stopper complètement la croissance et le développement des plants; la durée des cycles en est alors complètement modifiée.

On se reportera au tableau 4 pour le choix des dates de plantation.

En jouant sur les dates de plantation, les cultivars, le matériel de plantation, le planteur pourra grâce à ses plantains avoir une ressource vivrière de contre-saison.

6 - Le choix des associations culturales

Dans le système étudié, le plantain est cultivé en association avec d'autres cultures.

Il faut distinguer deux types d'associations:

Une association avec différentes cultures dont des cultures pérennes qui au bout de 3 ou 4 ans, seront les seules à rester en place (champ 1 de la fig. 14).

Les plantains jouent alors deux rôles:

- Ombrager la jeune culture pérenne

- Rentabiliser le champ pendant les trois premières années d'installation de la culture pérenne.

Une association avec d'autres cultures vivrières (champ 2) les plantains sont une culture vivrière au même titre que les autres.

Dans le contexte du champ traditionnel et en l'absence d'études précises sur les nombreux paramètres qui entrent en jeu dans de telles associations on recommandera:

- Les associations assurant la meilleure couverture possible du sol avec les effets concurrentiels les plus faibles.

- Les associations où l'entretien de chaque culture bénéficie à l'autre.

Les cultures pérennes traditionnelles qui se prêtent et peuvent bénéficier pendant leur jeune âge de l'ombrage des plantains sont: le Cacaoyer et le Caféier.

Le champ pourra donc contenir dans ce cas:

- L'année 1: quelques arbres fruitiers; les jeunes plants de cacaoyers, et/ou de caféiers, les plantains et une légumineuse (haricot, arachide) (fig. 19).

- L'année 2: quelques arbres fruitiers; les cacaoyers et/ou les caféiers; les plantains, du taro ( Colocasia antiquorum ) ou du macabo ( Xanthosoma sagitifolium ).

- L'année 3: quelques arbres fruitiers; les cacaoyers et/ou les caféiers; les plantains.


Fig. 19. Une association culturale.

A partir de la quatrième année seulement les cultures pérennes resteront en place.

Si le champ est uniquement destiné aux cultures vivrières (champ 2) on recommandera:

- L'année 1: soit une légumineuse (haricot, arachide) soit un maïs en association avec les plantains.

- L'année 2: Du taro sous l'ombrage des plantains

- L'année 3: A nouveau du taro si l'ombrage des plantains est important ou du manioc ( Manihot sp ) si les plantains sont espacés.

A partir de la quatrième année le champ ne sera plus cultivé et sera laissé en jachère.

7 - Avantages de la jachère, type de jachère

Les avantages de la jachère sont doubles:

- Reconstitution de la richesse originelle du sol.

- Assainissement de la parcelle.

Afin d'aider à la reconstitution originelle du sol notamment en matière organique le planteur pourra:

- Laisser la végétation naturelle s'installer

- Profiter de ce temps de jachère pour implanter une plante de couverture "améliorante" voire nématocide et produisant une masse végétale la plus importante possible:

Ex.:

Crotalaria Juncea : légumineuse à effet nématocide

Desmodium heterocarpon : légumineuse fourragère

Desmodium distortum : légumineuse arbustive.

Durant les trois années de jachère cette culture pourra être régulièrement rabattue et la masse végétale coupée, apportée aux pieds des bananiers de la parcelle voisine.

8 - L'entretien de la plantation


Fig. 20. Entretien de la plantation.

Dans le système de culture étudié l'entretien des plantations est presque nul. Il est cependant très important pour le devenir de la plantation.

Il consistera à désherber entre les pieds pendant les premiers mois après plantation. Ensuite, le sol étant couvert, le sarclage ne sera plus nécessaire.

Les vieilles feuilles pendantes le long du pseudo-tronc seront supprimées, mais on se gardera de couper des feuilles encore vertes.

A la floraison, le tuteurage à l'aide de bambous ou l'étayage à l'aide d'une perche fourchue sera pratiqué. Nous verrons plus loin les différentes méthodes possibles.

Aucun œilletonnage ne sera effectué en cours de végétation, sauf la suppression des rejets dits "choux" (petits rejets à feuilles ouvertes). Trois mois après la récolte on laissera repartir deux ou trois rejets de dimensions différentes de façon à étaler la production dans le temps; les autres rejets seront soigneusement arrachés et utilisés pour une replantation éventuelle.

Des apports de matière organique seront effectués autant que possible en rassemblant autour des souches du bananier tous les débris végétaux présents. On répartira ce "paillage" (voir plus loin) autour du pied en laissant celui-ci bien dégagé. A la base du pied les gaines des vieilles feuilles séront supprimées, celles-ci abritant souvent des charançons adultes.