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close this bookQuelle politique d'épargne dans les systèmes d'épargne-crédit ? Au Cambodge et au Viet-nam, GRET, 1996
close this folderDeuxième chapitre: La problématique de l'épargne dans les systèmes d'épargne-crédit
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View the documentII - Les paramètres déterminants
View the documentIII - Les dispositifs de collecte de l'épargne

III - Les dispositifs de collecte de l'épargne

" L'épargne préalable

Il s'agit de constituer en préalable les ressources par collecte de dépôts. Les crédits sont octroyés sur les dépôts. La période de collecte de l'épargne est généralement étalée sur plusieurs mois avant que les premiers crédits ne puissent être distribués.

Ce principe permet généralement de garantir partiellement ou totalement les crédits par nantissement de l'épargne. Basé sur l'argent chaud, il est a priori le mieux à même de favoriser l'appropriation des caisses par les bénéficiaires. Pour la même raison, il doit aussi permettre de limiter les impayés. C'est le système des coopératives d'épargne-crédit (COOPEC) que l'on trouve dans plusieurs pays d'Afrique.

" L'épargne forcée ou obligatoire

Lorsque les conditions d'une épargne libre et préalable ne sont pas réunies, on peut imaginer divers procédés pour mobiliser des ressources propres: cotisations des emprunteurs pendant les mois précédant l'octroi du premier crédit, prélèvements sur les crédits, épargne obligatoire sur une partie des profits générés par la famille...

La Grameen Bank donne l'exemple le plus significatif d'une collecte forcée de l'épargne. En août 1995, le montant cumulé de l'épargne (réserve de groupe compris) représentait 103,72 millions US sur l'ensemble du réseau. C'est donc une référence extrêmement importante en matière de collecte d'épargne en milieu rural, qui plus est auprès de la population la plus pauvre du monde rural.

En fait, le système consiste à opérer une série de prélèvements, en les justifiant dans une optique de constitution de "réserve de groupe''. Ce capital est destiné à être utilisé en cas d'urgence par les emprunteurs. On trouve deux formes:

- l'une sous la forme d'une épargne individuelle qui est déposée chaque semaine à la caisse et qui alimente la réserve de groupe;

- l'autre sous la forme d'un prélèvement à la source, déduction obligatoire de 5 % du montant du prêt, qui alimente également la réserve de groupe. Ce prélèvement est appelé "taxe de groupe", ce qui traduit sans équivoque le caractère forcé de l'opération. Les emprunteurs ne payent pas d'intérêts sur cette taxe.

Les clients peuvent récupérer l'épargne individuelle à tout moment.

Le problème que pose cette pratique, et qui lui donne d'ailleurs un caractère moralement contestable, c'est que les taux d'intérêts annoncés sur le crédit masquent en fait des taux actuariels de l'emprunt plus élevés. C'est ainsi qu'au Cambodge, pour des taux annoncés de 3 à 8 % par mois selon les opérateurs, les taux actuariels seraient de 3 à 18 % par mois (source: Horus Banque et Finance, Etude de faisabilité d'un projet de crédit rural et décentralisé au Cambodge ).

" L'épargne libre après le crédit

On peut aussi considérer que c'est la valeur ajoutée créée par l'utilisation du prêt qui autorise la constitution d'une épargne (credit make deposits) . Dans ce cas, le crédit précédera l'épargne. La ressource de départ sera extérieure. Les dépôts peuvent par la suite la compléter ou bien la remplacer.

Lorsque la confiance interne fait défaut, par exemple lorsque les paysans ont été spoliés par le passé, le crédit préalable permet de recréer patiemment les conditions de la confiance. Les clients peuvent devenir progressivement déposants par la suite.