
| L'agroforesterie pour la conservation du sol, CTA, 1995 |
J'écris cet avant-propos avec une satisfaction et un plaisir particuliers, qui vont bien au-delà de ce que peut éprouver un Directeur général assistant à la publication d'un ouvrage majeur de son organisation mon sentiment est beaucoup plus proche de l'excitation que ressent celui qui a "découvert" l'agroforesterie en travaillant sur la dynamique entre les arbres et les sols et qui a pris conscience des possibilités de gestion que sous-tend cette dynamique, sans avoir jamais eu le temps de les exploite/: Le présent ouvrage de Anthony Young est sans conteste Un bilan faisant autorité sur la gestion des telles tropicales Son impact sur nos connaissances et notre compréhension des potentialités qu'offre l'agroforesterie dans l'exploitation durable des sols tropicaux sera considérable.
L'idée de cet ouvrage est née en 1981 L'intention était d'en faire la première de cinq études visant, sur la base des connaissances actuelles, à analyser en profondeur le potentiel qu'offre l'agroforesterie pour résoudre des problèmes intéressant en particulier les scientifiques et autres spécialistes de disciplines traditionnelles d'exploitation des terres Les ouvrages suivants devaient traiter du potentiel de l'agroforesterie pour accroître la production d'aliments, de bois de feu et de fourrage, respectivement, et évaluer les possibilités socio-économiques de l'agroforesterie. La décision d'inclure ces études dans le programme d'action de l'ICRAF repose sur la conviction qu'il était nécessaire de prouver de manière incontestable et scientifique aux spécialistes de différentes disciplines, le potentiel qu'offre l'agroforesterie pour développer la productivité, la durabilité et la diversité des systèmes d'exploitation à petite échelle
La plupart de ces personnes, spécialisées en agronomie, en zoologie, en foresterie ou en économie, avaient réagi de manière relativement froide aux affirmations enthousiastes, mais dénuées de preuves quantitatives, des premiers défenseurs de l'agroforesterie, selon lesquels il suffisait de planter n'importe quel arbre. n'importe où pour en tirer des résultats miraculeux. L'ICRAF s'est donné comme priorité absolue de donner à la discipline de L'agroforesterie des bases scientifiques saines Les ouvrages en question devaient être un moyen d'y arriver.
Depuis le début des années 80, L'agroforesterie a rapidement progressé. A l'heure actuelle, il n'est plus vraiment nécessaire de soutenir sa cause face au scepticisme des milieux scientifiques et du développement. L'intérêt rapidement croissant manifesté ces dernières années envers l'agroforesterie, attesté par une myriade d 'activités de R-D, ne laisse aucun doute sur le fait que cette approche est aujourd'hui acceptée par la plupart, si pas par tous les spécialistes des sciences et du développement L'inquiétude grandissante dont font preuve les plus hautes autorités politiques internationales quant à la durabilité du développement agricole, vu l'épuisement manifestement rapide des ressources naturelles, a encore davantage mis l'agroforesterie sur le devant de la scène.
Au coeur de la question de la durabilité de la production agricole réside le problème de la conservation du sol. Le présent ouvrage apporte l'analyse la plus fiable à l'heure actuelle des différentes hypothèses selon lesquelles les arbres et les arbustes, pour autant qu'ils soient choisis et gérés correctement, peuvent préserver la capacité de production du sol. On ne considère pas ici la conservation du sol dans son sens traditionnel, restrictif, de prévention de l'érosion hydrique et éolienne, mais dans le sens plus large et beaucoup plus important du maintien de la fertilité du sol. L'ouvrage a été rédigé par un scientifique pour un public de scientifiques et de techniciens et il décrit clairement nos connaissances sur les relations entre arbres et sol, les hypothèses qui sont suffisamment fondées pour mériter de plus amples recherches et celles qui ne sont que spéculation ou idées fausses. Le principal atout de cet ouvrage est qu'il réunit une quantité considérable d'informations provenant de la recherche fondamentale, de la recherche appliquée et des observations obtenues dans les conditions agricoles et forestières réelles.
Il convient de féliciter Anthony Young et toutes les personnes qui ont participé à cette entreprise pour leur contribution majeure à la discipline de l'agroforesterie.
Björn Lundgren
Janvier 1989