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close this bookRavageurs des cultures tropicales, Maisonneuve et Larose, 1992
close this folder2. Les ravageurs par culture
close this folder2.4 - Ravageurs du bananier
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View the document2.4.1 - Le charançon du bananier
View the document2.4.2 - Metamasius sericeus

2.4.1 - Le charançon du bananier

Cosmopolites sordidus (El gorgojo negro del platano, The banana weevil borer). - Cet insecte, universellement connu des producteurs de bananes, est l'ennemi le plus dangereux de cette culture.

Toutes les zones de production, Afrique occidentale et centrale, Amérique du centre et du sud, Antilles, Asie du Sud et de l'Est, Australie, paient un lourd tribut à cette espèce.

Plusieurs études de fond lui ont été consacrées: FROGGATT, en Australie, puis CUILLE dans l'ouest africain et VILARDEBO ont précisé la biologie de ce charançon et mis au point des méthodes de lutte qui sont actuellement parfaitement efficaces.

Adulte

Le rostre est recourbé, à base épaisse, élargie entre les antennes qui sont coudées, scrobe longitudinal, funicule de cinq articles en chapelet, extrémité de l'antenne en massue arrondie. La tête est transverse lisse, les yeux latéraux oblongs. Prothorax convexe, une fois et demie aussi long que large, grossièrement ponctué. Elytres un peu plus larges que le thorax, arrondis aux extrémités, très fortement marqués par des stries longitudinales. Pattes robustes inermes, un peu arquées, tarses convexes terminés par deux forts crochets.

Larve

La larve est apode, de coloration blanche et a la forme caractéristique de celle des Calandrides, charnue, renflée au niveau des troisième, quatrième et cinquième segments abdominaux, les huitième et neuvième transformés en une plaque pygidiale portant sur le huitième de grands stigmates allongés. La capsule céphalique bien sclérifiée est jaune aux premiers stades, brun rougeâtre aux derniers.

Biologie

D'après CUILLE, l'œuf éclot dans sa loge de ponte au bout de cinq à sept jours. La larve néonate mesure 3 mm. Dès sa sortie du chorion, parfois même avant de l'avoir quitté, la larve s'attaque aux tissus dans lesquels elle établit rapidement une galerie longue de plusieurs centimètres. Ce stade dure sept jours environ.

Au second stade, après une courte période de repos, la larve reprend son activité et peut progresser de plus de 3 cm par 24 heures.

Le troisième stade larvaire est encore plus vorace puisqu'en 24 heures, l'insecte peut forer une galerie de plus de 5 cm de long avec un diamètre de 5 mm environ.

Avant la nymphose, l'activité cesse pendant environ trois Jours.

La durée du développement larvaire et nymphal varie suivant les conditions écologiques et d'après FROGGATT selon l'époque de l'année.

Dans les conditions d'élevage en laboratoire, CUILLE a obtenu: 7 jours pour l'incubation, 7 jours pour le premier stade, 17 à 18 jours pour le second stade, 10 jours pour le troisième stade.

En Guinée, le cycle larvaire dure de 40 à 51 jours, la nymphose de 4 à 6 jours.

VILARDEBO donne 70 jours de moyenne, se réduisant à 30 jours en saison sèche. Au cours de cette période, la larve est capable de creuser une galerie de 60 cm de long dans les rhizomes. Dans le cas de fortes attaques où plusieurs larves se développent, on comprend que le dommage qui en résulte soit très grave pour le bananier. La galerie est remplie d'excréments brun jaunâtre. La conduction de la sève est contrariée et une baisse sensible du rendement s'ensuit.

L'adulte se tient au repos pendant la journée soit dans les pseudo-troncs débités, soit au collet dans les débris végétaux entourant la base du plant, soit inséré dans les gaines foliaires de bananiers coupés. En fait, l'activité de l'adulte est seulement nocturne. C'est à ce moment qu'ont lieu alimentation, copulation et ponte. FROGGATT et CUILLE ont remarqué que les femelles paraissent passer par plusieurs périodes de pontes et que ces dernières sont plus ou moins abondantes suivant l'époque de l'année.

Dommages occasionnés

Il est difficile d'évaluer avec précision les pertes occasionnées par le Cosmopolites sordidus.

Dans les cas d'attaques légères, CUILLE les chiffre à au moins 10 % de la production bananière. Ce taux peut être considérablement augmenté si l'attaque est ancienne ou la plantation peu soignée, et l'on dépasse 50 % de pertes. CHAMPION fait observer que «du fait de l'activité nocturne des adultes et du travail de destruction des larves, la présence du charançon peut rester insoupçonnée pendant quelques années». «Cependant, toute baisse continue de rendement peut faire craindre une infestation de charançons».

La contamination d'une plantation peut se faire par la mise en place de souches charançonnées. C'est le mode de contamination le plus fréquent. Ou encore par des transports accidentels d'adultes dans des emballages de feuilles de bananiers, ou parfois par la migration de l'insecte lui-même; les petites plantations vivrières disséminées dans les villages peuvent servir de relais à partir d'un foyer initial.

Pour mettre en évidence la présence du Cosmopolites, on peut utiliser la méthode des abris-pièges. Les pièges sont constitués par des morceaux du pseudo-tronc du bananier refendus longitudinalement et disposés sur le sol côté section.

Contrôle

A l'époque où les organochlorés étaient d'usage courant, le HCH et le lindane assuraient un contrôle satisfaisant mais ces produits n'eurent qu'un temps. Curlone et Temik qui les remplacèrent viennent d'être retirés de la vente, et actuellement on ne dispose plus d'insecticides efficaces contre ce ravageur.

En revanche les essais effectués avec Bacillus thuringiensis et un champignon entomopathogène, le Beauveria paraissent prometteurs.