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close this bookL'eau et la santé dans les quartiers urbains défavorisés, GRET, 1994
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Thème 4: Financement et gestion des opérations

«L'eau est un besoin primaire essentiel et le droit à l'eau potable pour tous a été reconnu. Ce droit passe par une plus juste répartition de la distribution de cette ressource rare, des investissements et de leur financement.» 1

1 Les notes sont regroupées en fin de chapitre.

RÉEXAMINER LES ORIENTATIONS FINANCIÈRES

«Aux yeux des autorités françaises, l'eau constitue un enjeu majeur des prochaines années» 2

Au regard de cet enjeu, il s'avère nécessaire de réexaminer les orientations financières en mesurant mieux la valeur de l'eau et en rééquilibrant les financements nationaux et internationaux au profit de l'approvisionnement en eau, de l'assainissement et de l'animation sanitaire des quartiers urbains défavorisés.

Mesurer la valeur de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement

La valeur de l'eau, des atteintes à l'environnement, à la santé et aux aspirations humaines sont insuffisamment prises en compte dans les processus de décision: «Les valeurs difficiles à mesurer sont souvent implicites dans les processus de décision, mais les compromis ne sont pas bien réfléchis. Il existe un clair besoin de rendre aussi explicites que possibles de tels coûts et bénéfices pour que responsables politiques et citoyens améliorent ces compromis. Cela ne signifie pas qu'il est possible, ni même souhaitable, de traduire en valeur monétaire tous les types de ressources environnementales. Mais il est souhaitable de savoir quelle qualité de l'environnement est abandonnée au nom du développement et quel développement est abandonné au nom de la protection de l'environnement Il y a un danger de perte de croissance dans le futur lié à des défaillances dans la clarification et la minimisation des compromis ainsi que dans la capacité à tirer parti de politiques bonnes à la fois pour le développement économique et pour l'environnement.» 3

Or, tandis que les investissements en matière d'approvisionnement en eau et d'assainissement des quartiers urbains défavorisés offrent un taux élevé de retour aux points de vue économique, social et environnemental, l'inaction est coûteuse, non seulement humainement, mais aussi économiquement: 3

- I 'argent dépensé par les familles, le temps passé à chercher l'eau, l'énergie requise par cette activité, essentiellement assurée par les femmes, peuvent être très élevés en l'absence d'un approvisionnement adéquat. 5

- Les atteintes à la santé des hommes et à l'environnement provoquées par un manque d'assainissement pèsent, directement ou indirectement, sur l'activité économique (l'épidémie de choléra au Pérou a engendré des pertes économiques considérables).

Développer l'investissement dans le secteur de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement des quartiers urbains défavorisés constitue ainsi une orientation nécessaire et «rentable». Dans la situation actuelle de crise financière et d'endettement de nombreux pays, ce développement ne peut être isolé de la nécessité de créer «des conditions plus favorables à l'investissement et à la création de richesse au sein même des classes les plus défavorisées.» 6

Traiter des moyens financiers consacrés à l'eau amène à poser au préalable la question de la nature et de la place de cette ressource dans les circuits économiques et financiers. L'eau est en effet appréhendée selon les circonstances comme un bien public, social ou économique:

- Le gonflement des dettes publiques et le constat que «la majorité des institutions responsables des service d'approvisionnement en eau ne peuvent couvrir leurs coûts ont conduit la plupart des gouvernements et des agences extérieures d'appui à conclure que les services d'eau et d'assainissement devraient être considérés comme un bien économique qu'il convient de payer.» 7

- Cette approche peut cependant heurter les conceptions traditionnelles et culturelles de l'eau, ainsi que le montre cet exemple colombien: «L'importance des facteurs culturels dans la relation à l'eau apparaissent évidents; les femmes originaires de zones rurales proches de Bogota expriment une grande nostalgie de leur enfance, durant laquelle elles avaient une relation directe avec l'eau, son maniement, son abondance. Elles ne font pas référence à la difficulté de son transport, ni à son manque, desquels elles n'ont pas souffert, hormis lorsqu'elles mentionnent la situation actuelle dans le contexte urbain. Cela peut expliquer l'attitude supposée de «gaspillage» de l'eau et le fait que sa valeur économique ne se paie pas.» 8

- Ainsi, «le concept déplacé d'eau gratuite est encore utilisé dans beaucoup de pays où les politiciens parlent d'équité et les philosophes font savoir que les droits de l'homme étaient reconnus dans les plus anciennes cultures.» Mais «les pays qui ont essayé de mettre à disposition de tous gratuitement et donc sans limitation ce bien de volume limité ont mis en évidence l'impossibilité d'assurer la pérennité du fonctionnement de ces services.» 9

- Il semble donc approprié d'adopter une approche multiple de l'eau, comme le proposent divers intervenants: «Un large consensus a été atteint sur le principe que l'eau est un bien économique autant que social et qu'il devrait être géré comme tel.» 10

«L'eau est un besoin primaire dont la disponibilité et la qualité sont en relation directe avec la santé des populations. L'eau est aussi un bien économique qui a une valeur et un coût pour sa mobilisation, son traitement et son évacuation. Des mécanismes de péréquation financière entre les différentes populations urbaines peuvent harmoniser la valeur économique de l'eau avec sa valeur sociale.» 11

Rééquilibrer les financements au profit de l'eau dans les quartiers urbains défavorisés

«Il est urgent d'agir pour l'approvisionnement en eau et l'assainissement de tous avec le souci de protéger les ressources mondiales en eau. Mais cette urgence émerge à un moment de compétition croissante pour l'accès aux ressources financières globales.» 12

Or, «s'il existe un assez bon consensus sur ce qui doit maintenant être fait, il y a moins d'accord, et ainsi d'avis, sur la manière dont cela devrait être fait; et, parce qu'il y a tant à faire, sur ce qui doit être traité en premier.» 13

En complément d'une amélioration de l'efficacité des financements et d'une participation financière des habitants, il s'agit donc d'établir des priorités et d'opérer des rééquilibrages, tout en prenant en compte la nécessité de «rentabiliser» les investissements.

La recommandation suivante a été adoptée par les participants à la table ronde de Sophia Antipolis: «Face à l'accroissement rapide des populations dans les quartiers défavorisés des grandes agglomérations urbaines dans les pays en développement et dans les pays en transition, la question de l'accès à une eau saine se pose avec une priorité particulière, compte tenu de son impact sur la santé et souvent même la survie de ces populations et notamment des enfants.(...) La tendance actuelle des bailleurs de fonds à financer en priorité les équipements lourds des centres villes doit être équilibrée au profit des quartiers périphériques et des villes secondaires. Des financements complémentaires significatifs doivent être mobilisés pour répondre aux besoins des plus pauvres et engendrer un développement durable.» 14

Cette orientation doit notamment conduire «à une prise en compte plus systématique des situations particulières que rencontrent les quartiers urbains défavorisés dans le domaine de l'eau. Il faut que, tant sur le plan technique que sur le plan financier, les projets de développement sachent intégrer ce contexte particulier.

Cette exigence devrait être systématiquement un critère de référence dans la prise de décision des bailleurs de fonds. Pour leur part les autorités françaises s'y attacheront.» 2

Dans ce cadre, le financement spécifique d'activités de recherche, d'information et de formation s'avère nécessaire.

Porter une attention particulière à l'assainissement et aux questions sanitaires

L'importance d'une approche intégrée associant systématiquement l'approvisionnement en eau, l'assainissement et la protection des ressources a déjà été soulignée, notamment par le ministère allemand de la Coopération économique et du développement. Cependant, compte tenu d'une demande des habitants souvent moins forte que pour l'approvisionnement, toute l'attention nécessaire n'est pas toujours accordée à l'assainissement.

Le Collaborative Council propose de rechercher les moyens de stimuler la demande en matière d'assainissement et considère que:

«les gouvernements locaux, en partenariat avec d'autres institutions, devraient être encouragés à développer une approche intégrée dans la mise en place et la gestion des infrastructures liées à l'environnement: approvisionnement en eau, assainissement, enlèvement des déchets solides et écoulement des eaux. Dans ce contexte, l'extension de la couverture en assainissement dans les zones périurbaines doit être reconnue comme un moyen d'améliorer la protection des ressources en eau. (...)

Les gouvernements, avec l'aide des agences extérieures d'appui, devraient explorer les possibilités d'appliquer des incitations; des instruments économiques et réglementaires (comme le principe «pollueur - payeur» visant à protéger les ressources en eau.» 10

Dans cette optique, la Banque africaine de développement encourage le respect du principe «pollueur - payeur»:

«la BAD considère que l'ensemble de la communauté ne devrait pas payer les dommages causés à l'environnement par les pollueurs (maladie, baisse de la production alimentaire, etc.). Le principe du «pollueur - payeur» est la meilleure chance de contrôler efficacement la pollution. L'adoption de ce principe implique une structure législative efficace et une capacité à faire respecter la réglementation comme conditions préalables au contrôle de la pollution.» 4

Cependant, on peut observer un «manque d'acceptation du principe «pollueur - payeur» par les industries (nécessité d'investissements et la population. La collecte des fonds, notamment auprès des ménages, est difficile et l'affectation de ces fonds parfois incertaine.» 15

Prenant acte de la difficulté de mobiliser des financements pour l'assainissement urbain et de mutualiser des ressources à cet effet, les participants de l'atelier consacré aux moyens financiers lors de la table ronde de Sophia Antipolis ont considéré que: «les fonds publics, nationaux et extérieurs, doivent être affectés de façon prioritaire vers le secteur difficilement rentable de l'assainissement». 1

Par ailleurs, de même qu'il convient d'associer aux projets d'approvisionnement en eau l'évacuation et le traitement des eaux usées, il est recommandé «d'associer systématiquement dans les projets d'investissement dans le secteur de l'eau et de l'assainissement des volets éducation, hygiène et santé.» 1 (voir également le chapitre consacré à la santé).

MOBILISER LES FINANCEMENTS NÉCESSAIRES À LA MISE EN PLACE DES SERVICES D'APPROVISIONNEMENT EN EAU ET D'ASSAINISSEMENT

Evaluer les besoins de financement

«Bien que l'eau soit une ressource naturelle, l'alimentation des villes en eau potable implique toujours des investissements et des financements importants.» 16

Compte tenu de la croissance de la population mondiale, une limitation de l'accroissement et, plus encore, une diminution du nombre de personnes ne disposant pas d'une eau saine et d'un assainissement adéquat supposent de combiner des réformes politiques et une accélération de l'investissement. 3

Ainsi, les besoins de financement sont globalement élevés. Ils le seraient d'autant plus si l'on considère les besoins d'investissement en recherche, information, formation, animation sanitaire dont il a déjà été fait état.

Au plan local, le besoin de financement est lié, en premier lieu, au niveau de service envisagé en fonction de la demande de la population et de sa «propension à payer». Il dépend également de différents facteurs, parmi lesquels:

- la nature et la situation du terrain qui, dans un quartier défavorisé, peuvent accroître le coût des investissements en assainissement dans certains cas de 50 à 200% par rapport à des conditions «habituelles» 7;

- les choix technologiques (voir le chapitre consacré à cette question);

- la participation de la population qui, si elle améliore l'efficacité de l'intervention et en abaisse habituellement le coût, requiert au préalable du travail, du temps et éventuellement un appui financier.

Valoriser les différentes sources de financement

Les agences extérieures de financement dont plusieurs sont actives en matière d'eau et d'assainissement, ne sont pas seules mises à contribution dans la mise en place de services d'eau et d'assainissement: «il faut concevoir le financement par de multiples sources.» 6

Ainsi, les sociétés distributrices peuvent contribuer aux investissements par des mécanismes de péréquation ou de solidarité. La Sodeci en Côte d'Ivoire dispose d'une structure de tarifs (prix moyen de vente de l'eau: 247 F/m 3 en 1993) permettant de dégager un fonds de développement (69 F/m 3 en 1993) destiné à la réalisation des extensions et des bornes-fontaines à monnayeur dans les quartiers péri - urbains non densifiés, au renouvellement et à la création de branchements sociaux (diamètre 15 mm). 18 La Sonees au Sénégal, dispose d'un système analogue.

Ce mode de financement présente cependant des limites: «l'exploitation des réseaux urbains est le plus souvent est le plus souvent confiée à des sociétés distributrices, publiques ou privées, dont l'autonomie effective constitue la meilleure garantie d'efficacité et d'équilibre financier, équilibre qui prend en compte l'intégralité des coûts, y compris le remboursement des emprunts.

Etant donné le caractère stratégique de cette activité et la tarification imposée pour des raisons sociales ou politiques, toute extension du réseau d'eau qui peut rompre cet équilibre est difficilement envisageable. Or les coûts d'investissement et de fonctionnement des réseaux urbains augmentent vite quand l'habitat est mal urbanisé ou de densité réduite, quand le volume d'eau distribué ou le nombre d'abonnés sont faibles, quand on s'éloigne du point central de distribution, quand le recouvrement des coûts par facturation périodique est aléatoire.» 11

La population, y compris celle des quartiers urbains défavorisés, peut contribuer au financement des investissements en matière d'eau et d'assainissement:

- Par son travail

En Amérique latine, il est fréquent que les habitants de quartiers «marginaux» apportent leur main d'oeuvre à l'exécution d'ouvrages d'eau et d'assainissement.(...) Ces investissements humains font «économiser» 40 à 50% des coûts financiers des ouvrages. Ceci dans la mesure où la main-d'oeuvre n'est pas rémunérée et qu'elle remplace des machines et équipements. Il arrive également que la communauté achète progressivement les matériaux nécessaires sur autofinancement et réalise les travaux au rythme de ces acquisitions. Mais «cette modalité requiert beaucoup d'organisation de la part des habitants» et un appui technique. 19

«En réalité, le travail fourni par les représentants de la communauté représente un coût réel et significatif pour la communauté et ses membres. Dans les zones périurbaines les familles sont dans l'économie monétaire et doivent généralement travailler de très longues heures pour obtenir l'argent nécessaire pour satisfaire leurs besoins vitaux. la formule «le temps c'est de l'argent» est très réelle pour ces familles.» 7

- A l'aide de crédits

Si les familles des quartiers urbains défavorisés sont généralement à l'écart des circuits de crédit, certaines initiatives existent, notamment de fonds de roulement, et semblent fructueuses. 20

- Par changement d'affectation de l'argent jusqu'alors consacré à l'achat d'eau ou à l'assainissement en l'absence de service adéquat. Une partie de ces sommes peut parfois être affectée au paiement d'un aménagement.

Les financements publics et extérieurs, la fiscalité locale restent cependant nécessaires pour les investissements d'intérêt collectif, tels que le traitement des déchets, qui sont peu compatibles avec une tarification individuelle. Les fonds publics ont également un rôle essentiel d'incitation, de coordination et de contrôle vis-à-vis de l'ensemble des acteurs de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement.

La fiscalité locale apparaît en particulier nécessaire au financement de la maîtrise des eaux pluviales qui demande des actions coordonnées de l'amont vers l'aval ou de projets sociaux de rentabilité plus difficilement démontrée (santé, environnement); les choix politiques qui sous-tendent ces financements étant d'autant plus faciles à suivre que les affectations budgétaires sont claires. 11

La mobilisation des financements issus de l'ensemble de ces sources, notamment des agences extérieures, et leur adaptation aux besoins sont nécessaires pour fournir les moyens requis pour l'accès à l'eau et à l'assainissement des quartiers urbains défavorisés.

Associer les différents acteurs et agir pour une coordination des financements

«Les vrais acteurs de la mise en oeuvre financière des actions et des projets ne sont pas que l'Etat et les bailleurs de fonds, mais l'ensemble des opérateurs, bénéficiaires finaux, municipalités, ONG, sociétés de service public et exploitants privés. Associés dans les différents stades du montage des projets, ces acteurs s'orienteront vers la fourniture et le financement de prestations diversifiées, pourvu que cette diversité permette de couvrir toute la population urbaine, d'inciter au recouvrement progressif des coûts réels, de s'adapter à la demande sociale, de créer des emplois de proximité.» 11

Parmi les acteurs, les habitants occupent une place particulière. Nous avons vu l'importance et l'intérêt que revêt leur implication dans les projets d'eau et d'assainissement en quartier défavorisé, dès la conception. Cette implication réelle suppose notamment une «révision des règles, conditions et programmation (des bailleurs de fonds) pour faciliter la participation de la population dans la planification et l'exécution du projet, car les approches participatives requièrent une flexibilité d'application et de plus grands espaces de temps.» 10

Un système évolutif dans le temps, ou d'implantation graduelle, peut permettre de mieux associer ces habitants et mobiliser les capacités contributives des bénéficiaires.

Le rôle des fonds publics apparaît particulièrement important dans les fonctions d'initiation, impulsion, de coordination... nécessaires pour associer les différents acteurs. 11

Par ailleurs, différentes propositions ont été faites visant à mieux coordonner l'activité des bailleurs de fonds. Les représentants italiens jugent notamment utile d'impulser «une coordination (des fonds du Pnud avec les activités bilatérales des contributeurs, les activités des autres organisations des Nations unies et des banques internationales de développement.» 22

ETABLIR UNE TARIFICATION JUSTE DES SERVICES FOURNIS

«La pérennité des investissements du secteur eau (...) requiert la prise en charge par les bénéficiaires de l'ensemble (ou de la plus grande partie) des coûts correspondants: exploitation, entretien, renouvellement et, simultanément, une implication des bénéficiaires dans la conception et la mise en oeuvre des projets. Pour les quartiers défavorisés, une part de subvention peut s'avérer nécessaire, à condition toutefois que cela ne remette pas en cause les grands équilibres budgétaires.» 1

Connaître la situation présente

Avant d'établir ou de modifier une tarification, il convient de réaliser une analyse des dépenses consacrées par les familles à l'eau et à l'assainissement et de l'efficacité des services.

«Les plus démunis paient leur eau plus chère pour un niveau de service plus faible.» 23

Cette situation est fréquente dans les quartiers défavorisés. Divers intervenants ont dans ce cadre analysé le rôle des livreurs d'eau. Ceux-ci remplissent une fonction, coûteuse, qui ne disparaît que lorsque l'approvisionnement est effectivement et sensiblement amélioré. 24

Mais il existe aussi des cas où l'eau, qui peut être de très mauvaise qualité, est gratuite. il en est de même pour l'assainissement. les coûts pour la population ne sont alors pas directement financiers mais la situation, plus difficile à caractériser, doit être prise en compte.

La connaissance de «la situation sociale et économique, des mécanismes spécifiques du secteur informel (structures de revenu, niveaux d'emploi, alternatives en matière d'épargne et de crédit)» sont nécessaires pour mesurer les capacités constitutives de la population. 10

La situation concernant l'efficacité des services existants doit également être connue avant l'établissement d'une tarification de l'eau. Cette connaissance peut, le cas échéant, permettre de corriger la gestion et de limiter les pertes, diminuant les coûts tout en améliorant le service.

Différencier les services fournis

«L'eau pour tous ne signifie pas nécessairement un branchement particulier pour tous (standard difficilement accessible dans les conditions actuelles) mais la généralisation d'un service de qualité «acceptable». 1

«Faire face aux enjeux sociaux et économiques de l'accès à l'eau et à l'assainissement suppose la mise en place de systèmes techniques et de gestion diversifiés. Ils proposeront d'abord, à chacun, des niveaux de service financièrement abordables (même s'ils sont partiellement subventionnés par un mécanisme de péréquation et de solidarité) plutôt que des services correspondant à des normes d'hygiène, d'habitat ou d'urbanisme certes généreuses mais souvent trop élevées pour être immédiatement généralisées à tous. Ces niveaux de service seront progressivement améliorés en fonction de la demande sociale et des exigences environnementales; (...) Les services rendus seront adaptés aux capacités financières des usagers mais les tarifs établis de manière à pérenniser financièrement l'ensemble du système technique, de gestion et environnemental.» 11

Fonder les services sur la demande solvable de la population ne doit cependant pas signifier que «les considérations sociales pour la protection des groupes vulnérables soient abandonnées.» 10 Des systèmes de subvention pour les usagers à faible revenu, d'accès au crédit, etc...peuvent se révéler nécessaires.

Prendre en compte l'ensemble des coûts

«Le coût de l'eau doit inclure les coûts de maintien de la ressource et les charges d'entretien (courant et périodique), l'amortissement des équipements en vue de leur remplacement, les frais d'exploitation, ainsi que les coûts d'assainissement (restitution d'effluents propres au milieu naturel).» 11 Selon les pays, ce coût se traduit, pour les populations, soit directement dans les factures d'eau, soit indirectement dans les impôts:

«Les consommateurs de la plupart des pays industrialisés paient l'ensemble des coûts récurrents (fonctionnement, maintenance et service de la dette) des services d'eau et d'assainissement. Ils paient aussi In majeure partie des coûts d'investissement de l'approvisionnement en eau et une part importante (généralement plus de la moitié) et croissante des coûts d'investissement de l'assainissement. Dans les pays en développement, par comparaison, les consommateurs paient beaucoup moins. Une récente étude de la Banque mondiale sur les financements de projets en matière de services montre que leurs apports couvrent seulement 8% des coûts des projets en Asie, 9% en Afrique sub-saharienne, 21% en Amérique latine et aux Caraïbes et 35% au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.» 3

Différents éléments peuvent avoir une incidence sur ce coût, notamment:

- les choix technologiques;

- les options en matière de gestion;

- l'efficacité de la gestion: «l'eau perdue» peut ainsi représenter jusqu'à 60% du total, comme à Manille, le nombre de salariés pour 1000 branchements varie considérablement, le recouvrement des sommes dues est également très inégal; 3

- l'implication de la population dans l'entretien et la maintenance, importante par exemple dans le système d'assainissement condominial.

La justification de ces coûts et l'appel à des circuits financiers courts (proximité entre le paiement du service et sa réalisation) apparaît nécessaire à l'acceptation de ce coût global par les usagers, notamment en ce qui concerne l'assainissement. 11

Mettre en oeuvre des mécanismes de péréquation et de solidarité

«Afin d'éviter que les principes (de recouvrement des coûts) ne restreignent considérablement l'accessibilité à l'eau des pauvres, la Banque africaine de développement reconnaît le besoin de structures tarifaires prenant en compte les disponibilités financières de la population». 4

«Le financement d'un service d'approvisionnement en eau de qualité pour les quartiers défavorisés suppose des solidarités:

- technique: par une meilleure efficience des réseaux des centres villes, libérant ainsi des volumes qui deviennent disponibles pour les extrémités des réseaux,

- financière:

(par une péréquation sur les tarifs, permettant d'alléger le coût des services "de survie" pour les plus pauvres (cela suppose cependant que la tarification permette d'assurer l'équilibre financier du secteur dans son ensemble et qu'elle soit adaptée aux modes de vie),

" par une affectation des ressources fiscales aux investissements collectifs prioritaires.» 10

Des exemples de mécanismes de solidarité existent, comme ceux mis en oeuvre par la Sodeci en Côte - d'Ivoire (tarifs "sociaux et fonds de développement). 18

«Le transfert de ressources du gouvernement central devrait n'être nécessaire que dans des circonstances particulières; dans ces cas, il devrait servir à subventionner la demande plutôt que l'offre afin d'atteindre effectivement les pauvres et assurer une gestion financière saine du service. Les subventions gouvernementales doivent être spécifiques, transparentes et temporaires.» 10

Adapter les modalités de paiement

L'établissement d'une tarification suppose la définition des modalités de paiement et de recouvrement qui lui sont liées. Différentes formules sont imaginables pour adapter ces modalités aux conditions spécifiques des quartiers urbains défavorisés.

Différents systèmes, dont les bornes - fontaines (voir un certain nombre d'études de cas dans le chapitre De nombreuses initiatives à travers le monde ), permettent en particulier de vendre l'eau (et d'autres services) à la quantité immédiatement consommée (pas d'abonnement). 11

NOTES

1 Conclusions et recommandations de l'atelier a Financement et gestion des opérations», table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

2 Allocution de M. Michel Barnier, ministre de l'Environnement, table ronde de Sophia Antipolis, 23 février 1994

3 M. Carlo Rietveld, The World Bank, contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

4 Banque africaine de développement, contribution à a table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

5 Mme Kalpana Sharma, Asian coalition for housing rights, Bombay, India, «Waiting for water: the experience of poor communities in Bombay», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

6 M. Raymond Jost, Secrétariat International de l'Eau, «Développement durable dans les quartiers urbains défavorisés: quelques pistes de réflexion», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

7 Water and sanitation for health project, «The unique challenges of improving peri-urban sanitation», WASH technical report July 1993

8 Mme. Marie Dominique de Suremain, ENDA, «Hacia unas tecnologías socialmente controlables», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis 21-23 février 1994

9 M. Patrick Marchandise, Organisation mondiale de la santé, «L'eau, ressource de santé», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis 21-23 février 1994

10 Water supply and sanitation collaborative council, «Working group on urbanization report», September 1993

11 M. Jean Jaujay, Caisse Française de Développement, rapport introductif à l'atelier «Financement et gestion des opérations», table ronde Sophia Antipolis 21-23 février 1994

12 M. Alexander Rotival, «Résumé des thèmes de la conférence ministérielle sur l'alimentation en eau potable et l'assainissement», Pays Bas 22-23 mars 1994

13 M. G.l.R. Wolters; Ministry of Housing, Physical Planing and Environment, The Netherlands; «Preparing the ministerial conference on drinking water and environmental sanitation, 22-23 March 1994, Noordwijk, The Netherlands»; contribution à la table ronde de Sophia Antipolis 21-23 février 1994

14 Recommandations de Sophia Antipolis, 23 février 1994

15 M. Klaus Erbel, GTZ Germany, «BMZ/GTZ policy on combining project-components of water supply and sanitation», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

16 Allocution de Mme Simone Veil, ministre d'Etat, ministre des Affaires Sociales, de la santé et de la ville, table ronde de Sophia Antipolis, 21 février 1994

18 M. Essay Kouadio, SODECI, Côte-d'Ivoire, «Le rôle des institutions»; contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

19 M. Nestor Espinoza, CIDAP, Peru, «La participación de la comunidad en las obras de agua y saneamiento», contribution à a table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

20 Mme Margaret Mwangola, KWAHO, Kenya, «Financing water resources, sanitation and management, the communities perspective and response, the KWAHO experience», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

21 M. Jacques Emmanuel Rémy, PNUD, M. Alain MATHYS, GREA Abidjan, «Développement de capacités dans le domaine de la gestion de l'eau en milieu urbain, l'expérience du PNUD», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

22 CE.R.FE Italy, «UNDP/UNICEF/UNFPA informal OEDC/DAC donor consultation meeting, statement by the italian delegation, Brussels january 1993»

23 Mme J. Etienne, M. Y. Vailleux, BURGEAP, Rapport introductif à l'atelier «Technologies et savoir-faire appropriés», table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994

24 M. Peter Kolsky, London school of hygiène and tropical medicine, «Boundary issues in water and sanitation», contribution à la table ronde de Sophia Antipolis, 21-23 février 1994