Le rythme et le travail
L'autonomie qui caractérise le procès de fabrication correspond à
la mise en oeuvre par chaque individu d'éléments complexes incluant
connaissances et sensations dont la combinaison ne peut être qu'individualisée.
En cas de partialisation extrême des tâches, dans le travail à la chaîne, c'est
l'uniformisation du rythme beaucoup plus que l'uniformisation du geste qui est
insupportable. En elle-même, la répétitivité des gestes du tapissier, du
tisserand ou du tailleur de pierre n'a jamais suscité une répulsion particulière
pour ces métiers aussi longtemps qu'ils sont restés autonomes. Le pouvoir de
fixer son propre rythme d'activité conditionne un juste équilibre entre
attention, fatigue et action au sein de chaque individu. Même lorsqu'ils se
regroupent en ateliers collectifs importants, la seule dimension qui ne soit
jamais mise en commun par les artisans est celle de leur cadence de travail:
ultime refuge de l'expression individuelle du
savoir-faire.