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close this bookAménagements villageois et du terroir, Maisonneuve et Larose, 1990
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View the documentLe technicien d'agriculture tropicale
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IV. Qui peut prendre les choses en main?

Le Technicien agricole aura souvent l'impression que la réponse à ses campagnes de sensibilisation se fait attendre bien longtemps. Il sera alors tenté de prendre lui- même les choses en main pour que, dans son secteur au moins, la promotion du développement s'engage tout de suite, ce qui pense-t-il parfois - lui vaudra certaines satisfactions.

Ce processus s'est souvent renouvelé, dans des pays divers avec, dans tous les cas, un résultat négatif.

Pourquoi?

Il faut, pour le comprendre, approcher le type de raisonnement du groupe paysan. D'abord c'est un groupe. Il est nécessaire d'admettre que, lorsqu'on s'adresse aux habitants d'un village, on a en face de soi, non seulement une collection d'individus , mais aussi - et peut-être plus, une communauté .

Les réactions de cette communauté, pour se manifester, nécessitent une prise de conscience et une acceptation de la remise en cause des positions individuelles à l'intérieur du groupe que tout changement sera susceptible de provoquer.

Prenons un exemple simple:

L'organisation d'une Banque de semences dans un village.

On y conservera, dans de bonnes conditions, les semences que chaque chef d'exploitation désirera réserver pour la prochaine campagne.

Les « chefs de famille-chefs d'exploitation » sont, dans la plupart des cas, des personnes assez âgées, souvent illettrées, incapables de pouvoir assurer une bonne gestion.

Il faudra donc choisir, parmi les membres scolarisés du groupe, celui à qui l'on confiera cette gestion - et donc de prendre des décisions - qui, auparavant, étaient du seul ressort des chefs d'exploitation. Remettre, entre les mains d'un jeune, le pouvoir de décider - à leur place - de dispositions qui auront une incidence sur l'avenir du groupe... cela demande réflexion et sera, inévitablement générateur de discussions et palabres.

Cela demandera donc du temps!

On aborde, là encore, une notion qui - dans bien des cas - n'a pas exactement la même valeur dans l'esprit des interlocuteurs en présence.

Le temps n'est pas identique pour le technicien et pour la communauté agricole à laquelle il est confronté.

- l'un pense en heures, journées, semaines... en fonction d'un programme préétabli, à mettre en œuvre dans des délais déterminés et, forcément, limités;
- l'autre raisonne en termes de saisons, de périodes longues, dont la durée n'est pas régie par une montre mais seulement par la nature et un calendrier traditionnel qui n'est pas forcément celui de l'interlocuteur.

De là, parfois, des frictions...

Pourtant c'est la communauté qui doit prendre - et qui prendra la décision, car c'est de son ressort!

Elle représente la continuité, la permanence, et ses réactions qui, au début au moins, sembleront particulièrement lentes au technicien, sont les seules valables, car elles sont dictées par son rythme.

Il faut l'admettre et savoir que les temps de réaction des uns et des autres mettront des années - une ou deux générations, parfois - avant de s'accorder sur une même cadence.

Le technicien, l'opération ou le projet de développement ne sont que des éléments fugaces... Une fois les crédits épuisés, ils disparaîtront, laissant les villageois à leurs problèmes.

Si le courant est passé, les réalisations qui ont eu l'aval des populations continueront à se développer car elles auront été prises en compte par les groupes villageois et feront désormais partie de leurs acquis.

Elles seront génératrices de nouveaux progrès.

Dans la mesure où elles auront su créer une dynamique répondant aux désirs de progrès de la population un processus auto-développant sera enclanché...

Ce sont les groupes villageois - et eux seuls - qui prennent les décisions les concernant - même si les techniciens sont parfois animés du désir de faire progresser plus rapidement les actions.

Les opérations de développement «musclées», ne prenant en compte que les résultats immédiats (souvent le développement, d'une monoculture, type coton ou cacao) n'ont pratiquement pas d'avenir, car les actions qu'elles engagent seront généralement abandonnées par les agriculteurs dès que la pression exercée sur eux, sans qu'ils en comprennent toujours le sens, se relâchera.

Seules les activités prises totalement en compte par le groupe ou la communauté, sont susceptibles de survivre, car elles auront appris aux agriculteurs le maniement des mécanismes de base du développement et ils seront capables de les appliquer à d'autres objets. Ceux-ci deviendront alors, à leur tour, les moteurs de leur propre développement, ce qui doit être le but de toute action de modernisation.