Cover Image
close this bookLa dévaluation du franc CFA en Afrique de l'Ouest. Quel bilan trois ans après? Institut du Sahel / CILSS, 1997
View the document(introduction)
View the documentInstitut du Sahel (INSAH)
View the documentEditorial
View the documentLe PRISAS examine l'impact de la dévaluation du franc cfa sur les revenus et la sécurité alimentaire
Open this folder and view contentsHow does a devaluation affect an economy? Lessons from Africa, Asia, and Latin America
Open this folder and view contentsDévaluation du franc CFA: analyse typologique des mesures d'accompagnement
Open this folder and view contentsImpact de la dévaluation du franc cfa sur le secteur de la santé au Mali
Open this folder and view contentsComment profiter de l'aubaine cotonnière
Open this folder and view contentsAjustement structurel, politiques économiques et sécurité alimentaire au Sahel*
Open this folder and view contentsÉvolution des prix relatifs et effets sur les revenus et la sécurité alimentaire suite à la dévaluation du franc CFA
Open this folder and view contentsProduction documentaire - Bibliographie sur l'impact de la dévaluation
Open this folder and view contentsNote aux auteurs
Open this folder and view contentsInstructions for authors

Le PRISAS examine l'impact de la dévaluation du franc cfa sur les revenus et la sécurité alimentaire

La dévaluation du franc cfa est intervenue en Afrique de l'Ouest dans un contexte plus global d'ajustement structurel et de réformes de politiques pour rétablir les équilibres macro-économiques et corriger les pertes de compétitivité des principales activités économiques des pays de la Zone Franc. Si la dévaluation a certes contribué à modifier les incitations de prix dans le sens souhaité, il reste cependant que le changement de parité ne saurait en soi changer l'essentiel des conditions et contraintes structurelles dont dépendent les réponses des acteurs économiques, la croissance de leur revenu réel et, partant, leur sécurité alimentaire.

Afin de mieux éclairer les décisions de politiques visant à réduire la pauvreté par une croissance sensible et durable des revenus, le PRISAS s'investit depuis 1995 dans une série d'études concertées de l'impact des réformes économiques, notamment de la dévaluation du franc cfa, sur les revenus et la sécurité alimentaire. Cet effort s'inscrit dans la logique d'une coopération économique sous-régionale plus large en mobilisant un réseau d'experts des systèmes nationaux de recherche aussi bien de pays membres du CILSS (Burkina Faso, Mali, Niger, Sénégal et Tchad) que de pays côtiers non sahéliens de l'Afrique de l'ouest (Bénin, Côte d'Ivoire et Ghana). Les résultats d'étapes de ces travaux en cours mettent en exergue certains constats importants.

Très brutale en 1994, l'inflation à hauteur de 29% (au Burkina Faso) à 59% (au Tchad) a fortement érodé le pouvoir d'achat des populations, notamment celui des couches socio-professionnelles aux revenus relativement fixes telles que les salariés des secteurs formels. Les mesures de politiques monétaires restrictives et de résistance aux augmentations compensatoires de salaire ont permis de ramener progressivement les taux d'inflation à des niveaux raisonnables de 3 à 4% en 1996 et 1997 dans les pays-membres de l'UEMOA, tandis que les consommateurs tchadiens continuent à subir une augmentation annuelle des prix de plus de 10%. En cumul, c'est de l'ordre de 46 à 99% que le coût de la vie des populations augmente au cours de la période 1994-1997. D'une manière plus alarmante, l'alimentation qui compte pour une part écrasante du budget des consommateurs voit son coût s'accroître de 54 à 118% pendant ces quatre années. Il en résulte, en l'absence d'une augmentation équivalente de revenu nominal, une forte diminution du pouvoir d'achat des populations qui se chiffre dans une fourchette de 20 à 36% pour les salariés aux revenus relativement fixes comme les fonctionnaires.

Sur le plan alimentaire, les diminutions de pouvoir d'achat se traduisent en milieu urbain par une détérioration du niveau et de la qualité de la consommation. Malgré des compressions du budget alloué aux dépenses non-alimentaires, l'augmentation des dépenses alimentaires des ménages n'arrive pas à compenser l'effet de l'inflation. Aussi assiste-t-on à des ajustements qui consistent largement à préserver le niveau de consommation de céréales aussi bien par voie de substitution entre produits (céréales sèches aux dépens du riz) que par le sacrifice d'une diminution de la diversité (donc de la richesse) des régimes alimentaires. La consommation de produits non-céréaliers (lait, viande, poisson, oeufs etc.) et, partant, celle des protéines d'origine animale se contracte, tandis qu'émerge et se développe une certaine propension à la consommation individualisée à l'extérieur du ménage.

A cet impact négatif de la dévaluation sur la consommation alimentaire s'opposent des effets bénéfiques, en principe incitatifs, au niveau des agriculteurs et autres acteurs impliqués dans les filières des produits échangeables tels que le riz, le coton, les fruits et légumes, le bétail et la viande. En effet, pour l'ensemble de ces filières dont les marchés et les prix des produits sont libéralisés, l'effet de la dévaluation en termes de prix mondiaux convertis selon la nouvelle parité du franc cfa est largement transmis via les différents acteurs jusqu'au producteur agricole. Nonobstant une transmission beaucoup plus limitée dans le cas du coton dont la fixation du prix fait encore l'objet d'interventions significatives des états, les agriculteurs concernés ont, d'une manière générale, vu les prix de leurs produits augmenter plus fortement que ceux des intrants constitutifs des coûts de production. Il en résulte en dépit de l'inflation cumulée de 1994 à 1996, des augmentations sensibles de revenu réel des producteurs pour les filières riz au Mali (77 à 935%), mil/arachide (23%) et poisson (160 à 563%) au Sénégal, manioc au Bénin (2%), coton au Mali (12 %) et viande au Sénégal (21% pour les bouchers).

Tout espoir prospectif d'une croissance réelle et durable fondée sur ces résultats encourageants doit cependant être nuancé à la lumière de nombreuses insuffisances et contraintes d'ordre économique et institutionnel. En effet, la transmission des incitations de prix et la répartition des gains entre acteurs restent encore imparfaites pour certaines filières, notamment celles où des structures étatiques interviennent significativement dans la fixation des prix des produits. Au-delà de tels aspects relatifs au fonctionnement optimal des marchés se pose la question cruciale de traduction des gains des différents acteurs en investissements judicieux, seuls capables de générer et d'entretenir une croissance et une compétitivité fondées sur des gains de productivité réelle au niveau des filières agricoles et alimentaires de la sous-région.

Cette préoccupation fondamentale invite à l'examen de cinq domaines de préoccupations majeures pour l'incitation et la capacité à investir.

(1). Face aux contraintes budgétaires des pays sous ajustement structurel, il importe de s'assurer qu'une part conséquente des recettes du secteur public (notamment des sociétés cotonnières) tirées des filières bénéficiant des effets de la dévaluation soit investie dans le développement de technologies et d'infrastructures capables d'accroître et de sécuriser la compétitivité de ces filières et des autres activités connexes.

(2). La traduction des gains des acteurs privés en investissement pour fins de gains de productivité des filières dépend non seulement de la rentabilité relative des activités productives concernées, mais aussi de l'environnement institutionnel qui façonne leur propension à investir ou à consommer. Aussi convient-il de s'inquiéter face aux signes de prospérité spontanée qui se manifestent sous forme d'acquisition de biens de prestige social immédiat tels que des véhicules motorisés au lieu d'équipement et de matériel de production.

(3) L'accès aux intrants et au matériel agricole constitue un des principaux piliers de l'investissement agricole. Or, le désengagement du secteur public ne semble pas avoir encore permis un engagement conséquent du secteur privé pour assurer de manière adéquate l'approvisionnement et la distribution de ces facteurs de production. Aussi faut-il craindre, en l'absence de mesures d'accompagnement correctives, les effets indésirables d'une stagnation voire d'une baisse à moyen terme du capital productif au niveau des systèmes de production.

(4) Complément de base pour le bon fonctionnement des marchés des intrants et de l'équipement, les systèmes de crédit à l'investissement des acteurs privés souffrent également d'un sous-développement notoire consécutif au désengagement progressif des structures publiques. Une informalité accrue des institutions de financement contribue à accroître le coût du crédit à l'investissement.

(5) L'incidence des coûts exorbitants du transport se conjugue à l'insuffisance et l'inadéquation des infrastructures de transformation et de stockage pour compromettre largement la compétitivité des produits des filières agricoles et alimentaires de la sous-région. Si l'investissement dans la transformation et le stockage relève de la compétence du secteur privé, il reste que d'importants investissements publics sont à consentir pour étendre et améliorer l'infrastructure et l'environnement institutionnel du transport.

C'est à l'examen plus approfondi de cette série de préoccupations majeures que s'adresse la phase de bouclage en cours des études concertées du PRISAS sur l'impact de la dévaluation du franc cfa sur les revenus et la sécurité alimentaire. Ces résultats feront l'objet de publication ultérieure dans cette revue.

Josué DIONE
Coordonnateur du PRISAS