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close this bookLa production laitière, Maisonneuve et Larose, 1996
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VI. L'alimentation des vaches laitières

L'ouvrage de John Chesworth, Ruminant Nutrition, paru dans la collection The Tropical Agriculturalist, donne sur cette question un exposé plus détaillé.

Les systèmes de nourrissage

Le pâturage extensif sur des terres appartenant à la communauté

L'élevage autour des villages par des gardiens de bestiaux sédentaires et l'élevage sur de plus vastes superficies par les pasteurs nomades sont les deux principaux systèmes de pâturages extensifs sur des terres exploitées en commun. Les bêtes y paissent librement. Au début de la saison des pluies, ces pâtures naturelles ont une valeur nutritive intéressante, mais leur qualité se dégrade progressivement. Les mouvements des troupeaux sont en partie dictés par la disponibilité en eau et la distance des pâtures ou du village par rapport au point d'abreuvement.

Dans ces systèmes où les terres appartiennent à tout le monde, les éleveurs ne peuvent intervenir sur la qualité des pâtures ou sur l'approvisionnement en eau, pas plus qu'ils ne peuvent installer de meilleures infrastructures ou, par exemple, clôturer. Il n'est pas possible de conserver du fourrage à moins que les propriétaires de bétail ne se mettent d'accord pour protéger certaines pâtures qui serviront de réserve de foin sur pied pour la saison sèche. Dans les régions où les cultures et le bétail entrent en compétition pour l'exploitation des terres, ce sont souvent les cultivateurs qui finissent par s'approprier les terres de pâture et des conflits éclatent parfois avec les propriétaires de bétail. Les pasteurs nomades, comme les Peuls en Afrique occidentale, ont à souffrir de ce genre de concurrence, et leurs terres de pâture, même dans les zones marginales, sont en réduction constante au profit des cultures. Toutes ces raisons font qu'il est difficile de planifier une meilleure alimentation pour les vaches laitières élevées en pâture. Au Nigéria, des banques de fourrage (légumineuses) gérées en commun on été développées et offrent une solution possible au problème.

A la saison sèche, le pâturage peut être complété par des résidus de culture, du brout et des repousses sur des brûlis et des plaines inondées. Dans les zones agricoles, il est plus difficile de trouver de quoi nourrir le bétail, car le brout y est généralement assez rare, les résidus de culture ne durent généralement que jusqu'à la mi-saison et il ne reste guère de terrains en bordure de rivière qui soient accessibles au bétail. Dans ces conditions, les vaches perdent généralement du poids à la saison sèche, avec les problèmes que cela suppose pour leur fertilité et leur rendement laitier. Souvent les éleveurs obtiennent l'accord des cultivateurs pour laisser les bêtes brouter la paille sur les champs en échange du fumier qu'elles produisent. Il est parfois possible de se procurer d'autres compléments et du fourrage coupé. Certains éleveurs ont les moyens d'acheter des compléments alimentaires ou du fourrage conservé sur place ou ailleurs. Les gardiens de bestiaux sédentaires peuvent eux-mêmes cultiver la terre et se servir de leurs propres résidus et sous-produits de culture. Des arbres fourragers et d'autres plantes fourragères peuvent être cultivés sur de petits lopins autour de l'exploitation, quand la terre ne se prête pas aux cultures vivrières.

Le fourrage coupé

Dans les élevages sédentaires, lorsque la pression sur les terres se fait plus forte, les systèmes extensifs peuvent être modifiés pour inclure l'apport de fourrage coupé. On en trouve un bon exemple avec les vaches laitières (généralement de race Jersey) élevées en étables sur les versants du Kilimanjaro, en Tanzanie: une méthode comparable aux grands systèmes de «zéro pâturage» existants. Le fourrage provient, par exemple, des berges des cours d'eau ou d'autres endroits où la végétation est plus abondante. Le brout (les feuilles d'arbre) peut également être coupé pour nourrir le bétail. Ce système nécessite cependant plus de main-d'oeuvre.


Figure VI.I. - Vache laitière (Zébu est-africain) nourrie avec du fourrage coupé, au Kenya.

Dans les régions où les fermiers ne peuvent pas clôturer, il peut être préférable, pour un élevage laitier, de nourrir les bêtes en étable avec un herbage amélioré herbe/légumineuses, cultivé sur des terres en jachère. De cette façon, les vaches perdront moins d'énergie en déplacements et n'auront pas à paître en pleine chaleur. C'est donc un moyen d'améliorer le rendement laitier tout en évitant les conflits avec les cultivateurs. Au Kenya, les paysans cultivent des herbes - par exemple Panicum coloratum var. makarikariensis et l'herbe Bana (Napier spp.) - pour éviter l'érosion du sol le long des dérayures (fanya juu). Ils peuvent ainsi s'en servir pour leurs bêtes. De même. en Ethiopie. on a DU cultiver avec succès du Napier (Pennisetum purpureum) sur des petits lopins près des habitations. Le fourrage coupé peut aussi servir de complément pour les bêtes qui broutent en pâture naturelle. Les paysans peuvent cultiver des parcelles d'herbe fourragère améliorée, par exemple du Napier, ou d'arbres à fourrage, comme le leucaena. En Amérique centrale, on se sert notamment de canne à sucre comme plante fourragère.


Figure VI.2. - Napier (Pennisetum purpureum) poussant le long d'une piste dans un village éthiopien.

Dans les systèmes plus intensifs, les vaches peuvent être élevées hors sol tout au long de l'année ou en partie et nourries en étable ou en enclos. Ce système, qui permet de contourner la nécessité d'avoir des terres de pâture à proximité de l'exploitation, est le plus répandu dans les grandes unités intensives de Libye, du Moyen-Orient, d'Arabie Saoudite et des Etats du Golfe. Les rations comprennent parfois une plus grande portion d'aliments concentrés qui complètent le fourrage et les sous-produits que l'on peut obtenir dans la région et transporter en vrac jusqu'à la ferme.

Les systèmes semi-intensifs à petite échelle

Dans les régions tempérées, les systèmes de nourrissage intensifs utilisent une grande proportion de concentrés à base de céréales, mais dans de nombreux pays tropicaux, il n'est pas possible de s'en procurer pour l'alimentation du bétail. Pourtant, si l'on veut accroître les rendements laitiers, la production semi-intensive réclame un apport additionnel d'intrants. Les programmes de développement laitier recommandent souvent l'utilisation de pâtures améliorées avec, en complément, des concentrés disponibles localement. Les concentrés coûtent cher, sont d'une qualité assez imprévisible et, souvent, difficiles à trouver en raison de problèmes de transport ou d'approvisionnement. Il serait donc nécessaire que les petits exploitants puissent compter sur des systèmes plus fiables avec des aliments cultivés sur place, comme le Napier et le leucaena, les résidus de moutures de céréales, l'urée et des concentrés disponibles localement. Certaines cultures tropicales à haut rendement pourraient être mieux utilisées. C'est le cas, par exemple, de la canne à sucre que l'on recommande en Amérique du Sud pour produire du lait en quantité moyenne, mais à moindre coût. Il devrait être possible d'employer ce genre de cultures pour nourrir les bêtes à condition que le prix du lait soit suffisant pour couvrir l'investissement que cela représente.


Figure VI.3. - Vaches Frisonnes paissant sur une pâture artificielle, en Malaisie.

Les systèmes de pâturages intensifs en prairies artificielles

Dans les grandes exploitations, on peut faire pousser des prairies artificielles, mais celles-ci représentent moins de 5% des pâtures tropicales. La culture de pâtures améliorées n'est envisageable que si les terres appartiennent aux éleveurs et si la production laitière s'avère une forme d'exploitation des sols compétitive par rapport à la culture.

Aliments pour vaches
Les aliments grossiers

En région tropicale, une grande partie du bétail se nourrit essentiellement de pâture naturelle, de résidus et de sous-produits de culture. En dehors de leur première phase de croissance, les herbes tropicales sont d'une piètre qualité nutritive pendant la plus grande partie de l'année. Malgré cela, dans la plupart des systèmes d'élevage, les vaches sont censées satisfaire leurs besoins d'entretien et produire quelques kilos de lait avec les aliments grossiers. C'est assez compréhensible dans la mesure où ces aliments son bon marché et où les vaches ont besoin d'une certaine quantité de fibres et de matières inassimilables pour le bon fonctionnement de leur panse (rumen). Dans les systèmes plus intensifs, les rations comportent une proportion plus importante de compléments concentrés. Mais, même dans les systèmes intensifs, 30% environ des matières sèches ingérées proviennent d'aliments grossiers. Il peut s'agir de pâture naturelle ou artificielle, de fourrage conservé, comme le foin ou l'ensilage, de fourrage provenant de banques de fourrage, de résidus de culture ou de brout.


Figure VI.4. - Pâture naturelle dans la savane du Nigéria.

La gestion des pâtures naturelles est difficile car, dans les régions où la terre appartient à la communauté, l'objectif de la plupart des gardiens de bestiaux est de maximiser la production de chaque animal et non d'optimiser la production de chaque unité de terrain.

Or, la production animale s'opère souvent aux dépens de la pâture et aboutit au surpâturage.

Les espèces d'herbage que l'on rencontre dans une région sont généralement bien connues. En Afrique, par exemple, les pâtures de 47 pays ont été répertoriées en 16 types de prairies et 100 sous-types. Même si les pâtures naturelles ont parfois un rythme de croissance satisfaisant, il est rare que les vaches puissent brouter suffisamment pour satisfaire les besoins correspondant à leur croissance et à un rendement laitier élevé. C'est la faible qualité nutritive de l'herbe qui est en cause. Les herbes naturelles croissent rapidement et perdent beaucoup de leur appétibilité et de leur valeur nutritive. Les jeunes herbages sont plus nourrissants, mais les éleveurs, qui ne sont pas propriétaires des terres, ne peuvent s'occuper de la gestion des pâtures pour y maintenir une production optimale de jeunes herbes.

Les pâtures naturelles peuvent être améliorées en réduisant la couverture arborée et en sursemant avec des légumineuses, par exemple Stylosanthes guianensis, S. humilis, S. hamata ou Macroptilium atropurpureum. En contrôlant le pâturage et l'intensité de chargement, il est possible de mieux préserver les pâtures naturelles, mais cela exige généralement une action commune. Le rendement laitier n'est guère élevé chez les bêtes nourries en pâture naturelle, à moins de leur donner des compléments alimentaires. La production laitière est saisonnière et dépend du rythme de croissance de la pâture.

Les herbes et les légumineuses des pâtures

Les espèces d'herbes et de légumineuses se distinguent d'abord selon qu'elles sont ou non adaptées à une région compte tenu des précipitations et des températures saisonnières moyennes.

Les herbes et légumineuses pérennes autorisent une croissance et une production d'herbage tout au long de l'année. Les principaux facteurs qui influencent leur développement sont l'apport d'énergie (lumière solaire), la concentration en dioxyde de carbone, les éléments nutritifs (sels minéraux), l'eau et la température. La lumière est le facteur le plus important, mais la température, le manque d'eau et d'éléments nutritifs dans le sol peuvent réduire la photosynthèse. Les ressources en eau et en éléments nutritifs peuvent éventuellement être modifiées en fonction des capitaux disponibles et de l'intérêt économique d'une production d'herbages comparée à d'autres cultures.

Les herbes et les légumineuses tropicales font montre d'une grande adaptabilité, les espèces d'herbes plus encore que les légumineuses. Il n'est pas rare d'observer des espèces qui sont répandues sur plusieurs degrés de latitude depuis les plaines équatoriales, et parfois même jusqu'au-delà des tropiques. Cynodon dactylon (le gros chiendent), Hyparrhenia rufa et Andropogon gayanus (le Gamba) prospèrent dans la zone forestière d'Afrique occidentale, mais s'étendent également aux savanes de Guinée et du Soudan. Parmi les légumineuses, Glycine wightii, Stylosanthes guianensis, Macroptilium atropurpureum et Leuacaena leucocephala témoignent de grandes facultés d'adaptation.

Les herbes tropicales se distinguent des herbes des régions tempérées par leur teneur plus faible en protéines brutes et plus élevée en fibres à un stade de croissance équivalent. Les herbes tropicales contiennent généralement davantage de matières sèches. Leur valeur nutritive varie selon le rapport feuilles-tiges, le stade de croissance au moment où elles sont coupées ou broutées, l'application d'engrais ou de fumier et le climat.

Les herbes font partie de la famille des graminacées qui comprennent également des espèces cultivées pour leur grain, comme le maïs, le millet, le sorgho et le blé. Le nombre d'espèces d'herbes est estimé à 10 000 mais une quarantaine d'entre elles seulement sont utilisées pour semer des prairies artificielles. Les herbes peuvent être annuelles (c'est-à-dire qu'elles achèvent leur cycle de vie en un an) ou vivaces (c'est-à-dire qu'elles durent deux ans ou plus).

Au cours des dernières décennies, un grand nombre d'espèces améliorées d'herbes et de légumineuses ont été développées. Citons, parmi les herbes, Cenchrus ciliaris (herbe Buffel), Sorghum almum, Panicum spp. (herbe de Guinée), Andropogon guyanus (Gamba), Pennisetum clandestinum (herbe Kikuyu), Eragrostis curvula, Melinis minutiflora (herbe de mélasse), Pennisetum purpureum (Napier), Digitaria decumbens (herbe Pangola), Brachiaria mutica (herbe de Para), Paspalum dilatatum, Chloris guyana (herbe de Rhodes), Brachiaria decumbens et Cynodon spp. (herbe d'étoile, gros chiendent).

Les légumineuses comptent plus de 10 000 espèces. Celles qui nous intéressent ici font partie de la famille des papilionacées. Elles sont capables de convertir l'azote atmosphérique en protéines végétales grâce à une bactérie du genre Rhizobium qui croît dans des nodules sur les racines de la plantes. Ces espèces, qui comprennent notamment les variétés de haricots et de pois utilisés pour l'alimentation humaine, portent toutes des gousses.

Citons, parmi les légumineuses améliorées, Centrosema pubescens, Desmodium intortum et D. uncinatum, Trifolium semipilosum (trèfle blanc du Kenya), Lablab purpureus (dolique d'Egypte), Leucaena leucocephala, Lotononis bainesii, Medicago sativa (luzerne), Pueraria phaseoloides, Macroptilium atropurpureum, Stylosanthes guianensis et Stylosanthes humilis.

Les prairies artificielles intensives

L'entretien de pâtures intensives est souvent le seul moyen de procurer aux vaches à haut rendement de grandes quantités d'herbage de qualité En zone tropicale, il n'y a guère de systèmes agricoles où cela soit possible, car il est généralement plus intéressant d'utiliser ces terres pour les cultures vivrières.

Les prairies peuvent être cultivées en terres sèches, en terres irriguées ou en terres fertilisées, et plantées d'herbes ou de légumineuses, ou encore d'un mélange des deux. Dans ce cas, il convient de choisir des espèces d'herbes et de légumineuses susceptibles de prospérer sans se gêner. Certaines espèces répondent mieux à un supplément d'eau, d'autres à un apport d'engrais et certaines conviennent mieux aux combinaisons herbes/légumineuses. Au Zimbabwe, les herbages les mieux appropriés sont ceux qui poussent dans les pâtures sèches fertilisées (par exemple, Cy nodon spp., Chloris gayana/Macroptilium atropurpurenm et Cy nodon spp./Desmodium uncinatum), sur les pâtures irriguées bien fertilisées (par exemple, Pennisetum clandestinum, Cynadon spp. paspalum) ou sur les pâtures mixtes irriguées (Pennisetum clandestinum/Trifolium semipilosum). Les pâtures améliorées comme celles-là sont recommandées pour les éleveurs qui ont les moyens de les entretenir. Au Kenya, on fait poussé des prairies de Chloris gayana, Setaria anceps et Panicum spp.

La gestion des pâtures

L'objectif de la gestion des pâtures est de parvenir à une densité de bétail qui permette d'exploiter la prairie sans entraîner de surpâturage et sans laisser s'accumuler l'herbe à maturité.

Des recherches ont établi que la production globale des vaches laitières peut varier selon qu'on utilise constamment la même zone de pâture ou qu'on la divise en parcelles. Les systèmes de rotation des pâtures, qui sont généralement employés pour parvenir à une exploitation optimum, se composent de six ou huit enclos où les vaches paissent chaque fois pendant une période de huit à dix jours. Chaque enclos est ensuite laissé au repos pendant 40 à 50 jours, ce qui permet de maintenir un herbage jeune et feuillu. Si la pâture reste inexploitée, on pourra la faucher au bout de 6 à 7 semaines et conserver l'herbe en ensilage ou sous la forme de foin pour servir de fourrage plus tard dans la saison.

Intensité de chargement et productivité

L'intensité de chargement est le nombre d'hectares correspondant à une unité de bétail. Il est difficile de définir une intensité optimum: cela varie parfois d'une saison ou d'une année à l'autre. La capacité de charge est le nombre d'hectares d'un type de végétation donné nécessaire pour nourrir une unité de bétail pendant une année entière. Il ne faut pas la confondre avec la densité de bétail.

Lorsque l'intensité de chargement augmente, on observe dans un premier temps un accroissement des performances des bêtes associé à la diminution des herbages morts qui sont de faible valeur nutritive. La productivité par animal se met ensuite à décliner à mesure que les vaches consomment de manière plus sélective et que les espèces d'herbe les plus agréables au goût se font plus rares. La productivité par hectare elle aussi commence par augmenter avec l'intensité de chargement, et décline ensuite, mais à un niveau d'intensité plus élevé que celui qui entraîne la diminution des performances animales (figure VI.5).

La période de pâturage

La période de pâturage dans un enclos ou un pré ouvert devrait, dans l'idéal, permettre une utilisation optimum de la végétation.


Figure VI.5. - La relation entre l'intensité de chargement et la productivité par hectare et par animal.

Elle doit être déterminée en fonction de la densité de bétail de façon à éviter un surpâturage des meilleures espèces d'herbage (période de pâturage trop longue) ou la prédominance des espèces moins intéressantes (période de pâturage trop courte). Dans un système d'enclos, la période de pâturage dépend bien sûr du nombre d'enclos disponibles. Il faudrait que les bêtes retournent paître dans un même enclos tous les 60 jours (dans les zones où les précipitations annuelles dépassent 700 mm). Ainsi, s'il y a quatre enclos, chacun devrait accueillir les vaches en rotation pendant quinze jours, lorsque l'herbage est en bonne condition, vers la moitié de la saison des pluies. Plus tôt dans la saison, au moment de la repousse, la période de pâturage devrait être plus courte pour éviter tout risque de surpâturage. Le nombre d'enclos pour un troupeau se situe généralement entre quatre et huit pour permettre une rotation optimum.

La période de repos

La période pendant laquelle les pâtures sont laissées en repos n'est pas moins importante que la période de pâturage. Pendant la saison des pluies, cela permet aux herbages de former des feuilles et de produire des plantes. Dans les régions à forte pluviométrie (plus de 700 mm/an), une période de repos de 45 jours est suffisante. Mais dans les zones plus sèches, il faut envisager des périodes plus longues.

L'enlèvement des herbages morts

Les vieilles touffes d'herbe freinent la croissance des plus jeunes en leur faisant de l'ombre. Si la densité de bétail, la période de pâturage et la période de repos sont correctes, il ne devrait pas y avoir trop d'accumulation en dehors des années où les précipitations sont supérieures à la moyenne. Pour éviter l'accumulation des vieilles herbes, il est bon de séparer les différents types de pâtures en enclos distincts. A la fin de la saison sèche, on peut, par ailleurs, concentrer un grand nombre de vaches sur une petite superficie pendant un temps assez court, pour qu'elles piétinent les herbages morts. Il est possible aussi de recourir au brûlage.

Ces quelques principes peuvent être incorporés dans l'un des trois systèmes de gestion des pâtures qui permettent la plus grande flexibilité (en termes de densité de bétail, de période de pâturage et de période de repos) compte tenu à la fois des besoins des pâtures et de ceux des animaux.

1. Le pâturage continu est la méthode la plus simple. Elle consiste à garder un nombre de vaches déterminé sur la même pâture tout au long de la saison. Il convient que la densité de bétail soit inférieure à la capacité de charge.

2. Le système de rotation des périodes de repos recourt à des prés qui sont laissés en repos pendant de longues périodes au cours de la saison de pâturage. La saison est, par exemple, divisée en deux ou trois périodes et chaque pré est laissé en repos tout au long d'une de ces périodes.

3. Le système de rotation des pâtures comporte quatre à huit enclos dans lesquels les vaches sont successivement mises en pâture.

Les espèces améliorées d'herbes et de légumineuses ne servent pas uniquement pour les grandes prairies artificielles: elles peuvent être également cultivées sur de petits lopins de terre à proximité des fermes et des habitations. On peut aussi les utiliser pour la culture en lignes alternées, en sous-semis, ou pour séparer les cultures dans les champs. Des herbes, par exemple le Napier, et des légumineuses fourragères sont parfois semées le long des limites d'une exploitation ou en bordure des sentiers. Des arbres fourragers sont plantés sur des terres non arables, autour des habitations ou entre des cultures vivrières.

Grâce à ces méthodes combinées, la production totale de matières sèches, même dans une petite exploitation, devrait permettre d'assurer un complément suffisant de fourrage de qualité pour soutenir la production d'une vache laitière tout au long de l'année.


Figure Vl.6. - En haut à gauche: Desmodium uncinatum et D. intortum dans une petite ferme éthiopienne.


Figure VI.7. - En haut à droite: culture fourragère en bandes dans un champ d'orge, en Ethiopie.

Les fourrages conservés

Le foin

Le foin est une herbe de bonne qualité que l'on décide de conserver en la fauchant (au début de la floraison) et en réduisant sa teneur en humidité à moins de 25%. En raisons du temps nécessaire pour laisser sécher l'herbe sur le sol, la fenaison est un travail plus compliqué dans les zones tropicales humides et semi-humides qu'en région tempérée. La meilleure méthode est de laisser l'herbe pousser pendant les 6 à 8 dernières semaines de la saison des pluies et puis de faucher lorsque les pluies cessent. On peut ainsi résoudre le problème du séchage. On laissera normalement le foin sécher au soleil, mais si ce n'est pas possible, on peut toujours l'engranger pour le faire sécher artificiellement. L'herbe non coupée laissée à sécher dans le pré (foin sur pied) a une moindre valeur nutritive que le foin fauché, car elle est généralement à un stade de maturité plus avancé.


Figure Vl.8. - Une légumineuse (Sesbania seban), cultivée avec du sorgho, en Ethiopie.

L'ensilage

L'ensilage est une herbe de bonne qualité conservée grâce à une fermentation anaérobie, avec un pH inférieur à 4, au cours de laquelle les hydrates de carbone solubles de l'herbe sont transformés en acide lactique par une bactérie. Grâce aux micro-organismes qui se trouvent dans la panse des vaches, l'acide lactique peut être utilisé comme une source d'énergie, et un ensilage de bonne qualité possède une valeur nutritive élevée pour les ruminants. Les herbes trop fibreuses ne donnent pas un bon ensilage à cause de leur faible teneur en sucres solubles et des difficultés à obtenir une fermentation anaérobie dans le silo. L'herbe doit être hachée et, pour accélérer la fermentation, on y ajoute des hydrates de carbone solubles, sous la forme de mélasse par exemple.

Les banques de fourrage

C'est l'International Livestock Centre for Africa qui a lancé, au Nigéria, la notion de banque de fourrage. Les vaches Peules du Nigéria produisent un peu plus de 1 kg de lait par jour au plus fort de la saison des pluies, en juin. Les herbages, même dans les zones sub-humides, ne permettent pas de soutenir la production laitière pendant six mois ou davantage en raison de leur médiocre digestibilité, de leur faible teneur en protéines et de la consommation réduite des vaches. Il faut donc compléter le pâturage par d'autres aliments si l'on veut maintenir la production au-dessus de 1 à 2 kg par jour.

Pour créer une banque de fourrage, il faut compter 4 ha de terres pour 50 bêtes à la saison sèche. Les terres doivent être débroussaillées et clôturées. On prépare le sol en gardant les vaches dans l'enclos pendant la nuit à la fin de la saison sèche de façon à profiter de leur fumier. On sème ensuite à la volée un mélange de graines de Stylosanthes guianensis var. «Cook» (6 kg/ha) et de superphosphate (150 kg/ha). L'ensemencement doit se faire au début de la saison des pluies et être répété chaque année. Six semaines après la germination, on y mettra les vaches en pâture pour leur faire brouter les espèces d'herbe plus vigoureuses. Dès que les légumineuses prédominent, on interrompt le pâturage jusqu'à la saison sèche. Quand la saison sèche arrive, on laisse les vaches paître trois heures par jour, ce qui correspond à une ingestion de matières sèches d'environ 4 kg. On veillera à maintenir la taille des légumineuses à une hauteur de 18 cm. Au moment de la formation des graines, il convient de cesser le pâturage pour pouvoir récolter les semences en prévision de l'année suivante.

Si l'on s'y prend convenablement, les coûts de production et d'entretien d'une banque de fourrage devraient diminuer d'année en année. Il vaudrait mieux laisser paître en priorité les jeunes bêtes et les vaches qui produisent du lait, mais c'est rarement le cas dans la pratique, car les bêtes d'un même troupeau appartiennent généralement à plusieurs propriétaires, ce qui complique singulièrement la situation.

Les sous-produits de culture et aliments grossiers traités

Les pailles de céréales (par exemple, le sorgho, le riz et dans une certaine mesure le maïs) représentent une source alimentaire importante dans les régions tropicales où celles-ci sont cultivées. Leur teneur en fibres est élevée, au contraire de leur contenu en protéines brutes, et leur digestibilité est assez faible (40% ou moins). Ces aliments peuvent convenir aux vaches pour peu qu'ils soient associés à un complément alimentaire. Les aliments grossiers de piètre valeur nutritive comme ceux-là gagnent à être traités avec un alcali (par exemple, de l'hydroxyde d'ammonium produit à partir d'ammoniac ou d'urée - ou de l'hydrate de soude). Ce traitement augmente jusqu'à 50% la digestibilité des aliments et, si l'on se sert d'hydroxyde d'ammonium, la teneur en protéines brutes est aussi améliorée.

Les feuilles d'arbres et le brout

Dans les petites exploitations et les régions pastorales les plus sèches, les feuilles d'arbres constituent une source importante de fourrage vert qui s'ajoute à d'autres aliments grossiers et aux pailles de céréales. On peut planter des arbres tout autour des fermes ou sur les terres non arables.

L'intégration des arbres dans les entreprises agricoles suscite beaucoup d'intérêts: ils contribuent à la conservation et à la fertilité du sol; ils fournissent du bois à brûler, du bois de construction et des piquets; ils peuvent procurer aux animaux de l'ombre, un abri et de la nourriture. Les paysans connaissent généralement les arbres qui sont intéressants à plus d'un titre et se gardent d'abattre ceux qui se trouvent sur leurs terres. Parmi les arbres qui servent à l'alimentation du bétail, on peut citer Acacia albida (figure VI.9). Son feuillage croît à la saison sèche et il produit des gousses que l'on donne à manger aux bêtes.

Leucaena lencocephala (figure VI.10) et Gliricidia sepium sont d'autres exemples d'espèces cultivées d'arbres fourragers. Le second peut être planté en haies. Le leucaena peut être brouté directement ou coupé et donné aux bêtes en complément d'un herbage naturel ou d'aliments grossiers de faible valeur nutritive. Dans la région de Kano au Nigéria, on conseille pour le brout des espèces comme Albizia lebbek, Leucaena leucocephala, Dalbergia sissoo, plusieurs sortes de Ficus et le baobab (Adansonia digitata). On pourrait trouver des exemples similaires dans d'autres pays.


Figure VI.9. - Acacia albida, l'arbre (à gauche) et les gousses (à droite).

Concentrés, compléments et autres aliments

Les autres aliments qui peuvent servir à nourrir les ruminants sont notamment les concentrés, les farines de grains, les sous-produits industriels (par exemple, les moûts de brassage, les mélasses, l'urée et les farines de sang, d'os et de poisson) et les produits de culture (par exemple, les bananes et les fanes de patates douces).

Les concentrés

Les farines de maïs et de sorgho sont des concentrés à haute teneur énergétique, tandis que d'autres comme les farines de graines de coton, les farines de soja, les tourteaux d'amandes de palmier, les tourteaux d'arachides et les tourteaux de tournesol sont de bonnes sources de protéines. D'autres aliments comme les farines de viande et d'os, les farines de poisson et les farines de sang peuvent encore être donnés en plus petites quantités pour compléter l'apport d'azote et de protéines. Ces éléments nutritifs peuvent être administrés sous la forme de pellets concentrés fabriqués à partir de divers ingrédients. Au Nigéria, on recommande de compléter les banques de fourrage par deux tiers de suppléments élaborés à partir de sous-produits agro-industriels, par exemple des tourteaux de graines de coton et des mélasses, ainsi que de l'urée et des pains de sel à lécher.


Figure Vl.10. - Leucaena (Lencaena leucocephala).

Les mélasses

Les mélasses sont une source d'énergie immédiatement fermentable que l'on utilise notamment comme support pour administrer de l'urée. Le mélange se compose de mélasses (42 litres) additionnées d'urée (2 kg) et d'eau (8 litres). Il est possible de restreindre la consommation des vaches en leur administrant cette mixture avec un tambour à cylindre qui peut convenir pour un groupe de 20 bêtes ou même davantage (figure VI.11). On peut aussi faire boire aux vaches un mélange dilué: 4 litres de mélasses et 200 g d'urée dans 90 litres d'eau pour deux animaux en une journée (figure VI.12). Les mélasses peuvent encore être mélangées avec de la paille hachée pour être consommées dans une auge.


Figure VI.11. - Tambour à cylindre fabriqué avec un bidon de 200 litres pour le mélange d'urée et de mélasse.

L'urée

L'urée, qui n'est pas une protéine mais un composé (sa formule est CO (NH 2)2), constitue une précieuses source d'azote. L'urée pure en contient 46,7%. La valeur en protéines brutes de l'urée correspond à sa teneur en azote x 6,25 et 1 kg d'urée équivaut à peu près à 2,92 kg de protéines brutes. L'urée utilisée dans l'alimentation des bêtes a parfois une teneur en azote légèrement inférieure. Il faut le prendre en compte en calculant la valeur nutritive. Pour que l'urée soit exploitée au mieux comme source d'azote par les micro-organismes de la panse, il faut qu'une source d'énergie immédiatement fermentable, comme les mélasses, soit également disponible.


Figure Vl.12. - Vaches Kenana consommant de la mélasse,à Gezira, au Soudan.

Les éléments minéraux et les vitamines

On peut prévoir des pains à lécher pour garantir au bétail un apport équilibré d'éléments minéraux. Les sources naturelles de sel et d'éléments minéraux sont généralement bien connues des éleveurs, mais si elles permettent de satisfaire certains besoins des bêtes, elles ne leur apportent pas pour autant un dosage équilibré des éléments minéraux essentiels. Elles contiennent d'ordinaire du sodium et du fer et sont souvent pauvres en autres éléments. Les pains salés, les terrains salifères et l'eau de pluie sont des sources d'éléments minéraux.

Les pains à lécher (figure VI.13) peuvent être composés de 60% de sel (chlorure de sodium), 39% de farine d'os et des traces de cobalt, de cuivre, de fer, d'iodure de potassium, de magnésium et de manganèse. Les vaches doivent aussi recevoir du calcium et du phosphore dans un rapport de 2:1. C'est approximativement ce à quoi correspond la farine d'os, mais si l'on ne peut s'en procurer, du phosphate bicalcique convient également. Le calcium devrait être inclus dans le pain à lécher à proportion de 8% environ et le phosphore de 4%. Lorsque l'urée a été administrée aux bêtes, il est bon de prévoir une source additionnelle de soufre pour garantir le bon fonctionnement des micro-organismes de la panse. Le soufre est présent dans certaines protéines, mais lorsque l'alimentation n'a qu'une faible valeur protéique, une carence risque d'apparaître et de limiter l'action microbienne.

La valeur nutritive des aliments

Les tableaux VI. 1 et VI.2 donnent la teneur en éléments nutritifs de certains aliments très répandus en zone tropicale. Il existe bien sûr beaucoup d'autres aliments qui n'ont pas été repris dans la liste, mais ceux qui y figurent donnent une idée de la valeur nutritive des aliments disponibles.

L'alimentation aux différents stades du cycle de la lactation

Le nourrissage de la vache avant la parturition

Le nourrisage de la vache durant la période qui précède la parturition (période de suralimentation) est un élément essentiel de la conduite de l'élevage. Au moment de la mise bas, la vache doit en principe avoir une condition physique de 3.0-3.5 (cf. p. 00) et, pour l'y amener, l'éleveur doit lui apporter une alimentation adéquate comprenant généralement un herbage de bonne qualité ou un apport additionnel d'aliments concentrés jusqu'à un niveau d'environ I% du poids corporel par jour. Les pasteurs nomades et les éleveurs en système extensif peuvent eux aussi se procurer un peu de ces aliments concentrés pour celles de leurs bêtes qui en ont le plus besoin, bien qu'ils le fassent assez rarement, pour ne pas dire jamais. Six semaines avant le vêlage, on commencera à donner aux vaches 2 kg de concentré par jour, en augmentant progressivement les rations jusqu'à atteindre 3 à 4 kg par jour, selon le poids corporel, au moment de la mise bas.


Figure VI. 13. - Livraison de pains à lécher contenant des éléments minéraux pour un élevage pastoral peul, au Nigéria.

Tableau VI.1
Valeur nutritive des aliments pour ruminants: céréales, compléments, concentrés et fourrages conservés

Aliment

MS*
(g/kg)

EM*
(MJ/kg MS)

PB*
(g/kg MS)

Dégradabilité
(dg)

Céréales





Grains de mais

860

14,2

98

0,65

Grains de Sorgho

860

13,4

108

0,65

Suppléments





Mélasses

750

12,7

41

0,80

Farine de sang

900

13,2

942

0,50

Farine de viande et d'os

900

9,7

942

0,48

Farine de poisson

900

11,1

701

0,29

Concentrés





Tourteau d'arachides (décortiqués)

900

12,9

504

0,74

Farine de soya (extrait)

900

12,3

503

0,83

Fourrages conservés





Maïs ensilé

210

10,8

110

0,60

Foin de luzerne (avant la floraison)

850

8,3

193

0,78

* MS = matières sèches.
EM= énergie métabolisable.
PB = protéine brute.

Tableau Vl.2
Valeur nutritive des aliments pour ruminants: légumineuses et herbes

Aliment

MS*
(g/kg)

EM*
(MJ/kg MS)

PB*
(g/kg MS)

Dégradabilité
(dg)

Légumineuses fourragères





Medicago sativa (luzerne)





Début de la floraison

240

8,2

171

0,80

En bouton

220

9,4

205

0,80

Avant le bourgeonnement

150

10,2

253

0,80

Herbes fourragères





Chloris gayana (herbe de Rhodes)





Jeunes feuilles

270

9,3

190

0,80

Début de floraison

300

8,7

80

0,80

Pleine floraison

350

8,9

74

0,80

Panicum maximum (herne de Guinée)





Jeunes feuilles

250

8,0

208

0,80

En fleur

280

5,7

200

0,80

Pennisetum purpureum (Napier)





Jeunes feuilles

150

11,3

107

0,80

Mi-floraison

230

11,3

91

0,80

A maturité

270

9,3

52

0,80

Cynodon aethiopicus (gros chiendent)





Jeunes feuilles

250

10,0

140

0,80

Début de la floraison

300

9,0

167

0,80

A maturité

400

8,3

0,80


Seratia anceps





Jeunes feuilles

200

9,0

140

0,80

Mi-floraison

220

8,6

68

0,80

A maturité

270

7,8

52

0,80

Dans de nombreux systèmes extensifs où les vaches sont nourries en pâture naturelle, la mise bas intervient au début de la saison des pluies. Il est difficile dans ces conditions de leur assurer une bonne alimentation avant la parturition.

Dans les zones de précipitations saisonnières, il arrive que les vaches perdent du poids à la saison sèche et accusent un gain de poids compensatoire quand elles ont accès aux nouvelles pâtures au début de la saison des pluies. Ces problèmes de malnutrition se traduisent souvent chez les vaches par une faible fertilité, un rendement laitier assez bas et une productivité médiocre sur l'ensemble de leur vie.

Le nourrissage de la vache en lactation

Le début de la lactation

Le rendement laitier atteint son maximum quelques semaines après la mise bas. Il importe que la méthode de nourrissage en tienne compte. Dans les régions humides, pour les vaches à faible rendement, un herbage naturel au premier stade de la croissance peut suffire à la lactation tout en maintenant les vaches en bonne condition physique. Plus tard dans la saison, il faudra apporter un complément si l'on veut éviter une dégradation du rendement laitier, de l'état général ou de la fertilité. Il est peu probable que les vaches à haut rendement soient capables de manger assez d'herbage ou d'aliments grossiers pour soutenir leur production à ce stade de la lactation. Parfois les vaches doivent puiser dans leurs réserves au début de la lactation. C'est assez dire toute l'importance de la condition physique des vaches à la mise bas.

Au début de la lactation, même les vaches à faible rendement ont besoin d'une alimentation riche et abondante pour atteindre une production maximum.

Dans la mesure du possible, au début de la lactation, les vaches devraient recevoir de quoi satisfaire largement leurs besoins alimentaires estimés. On peut déterminer leur rendement laitier en prenant note de leur production quotidienne, mais il faut toujours considérer qu'une vache produira plus de lait si elle est mieux nourrie. Les rations des vaches doivent donc anticiper ce qu'elles pourraient produire. Dans les systèmes plus intensifs où sont élevées des races laitières spécialisées, les vaches pourraient ainsi recevoir jusqu'à 2 kg de nourriture en plus par rapport à leurs besoins estimés. Il faut veiller cependant à ne pas aboutir ainsi à des vaches plus grasses sans accroissement du rendement. C'est l'expérience qui aide ici à orienter le régime vers les ingrédients les mieux appropriés. Dans les systèmes extensifs, tout apport supplémentaire de nourriture se traduira généralement par une amélioration du rendement laitier, de la fertilité et de la condition physique.

La mi-lactation

Passé la période de production maximum, le rendement décline au rythme de 2,5% par semaine environ pour les races laitières. Chez les vaches qui produisent beaucoup, le rendement décroît parfois plus vite et, chez les génisses, plus lentement. Il convient d'adapter les rations selon le rendement laitier tout en surveillant la condition physique. Il faut bien planifier la nutrition à ce stade si l'on veut que les vaches soient à nouveau fécondées au meilleur moment.

La fin de la lactation

Les vaches qui produisent du lait utilisent plus efficacement l'énergie des aliments que les vaches sèches. Cette particularité peut être exploitée dans la dernière période de la lactation pour lui faire regagner le poids perdu précédemment afin qu'elle soit en bonne condition pour la mise bas. Car, si la vache peut perdre du poids au début de la lactation (avec un maximum de 30 kg ou 5% du poids corporel), elle devrait regagner entre 0,5 et 0,75 kg par jour à partir de la mi-lactation. Si son alimentation est correcte, ses besoins en aliments à haute valeur nutritive pendant la saison sèche seront réduits. Au cours des trois derniers mois de la lactation, la vache doit recevoir assez d'éléments nutritifs pour soutenir sa production de lait et gagner du poids à la mi-gestation. En région tropicale, le dernier stade de la lactation est souvent le plus vulnérable pour les vaches, car il coïncide généralement avec la saison sèche où les ressources alimentaires sont maigres.

Les besoins nutritifs des vaches

Dans la première partie de ce chapitre 6, nous avons considéré les aspects généraux de l'alimentation des vaches laitières, les aliments disponibles et quelques-uns des objectifs et des problèmes que les éleveurs doivent envisager s'ils veulent nourrir correctement leurs vaches tant en quantité qu'en qualité. La suite traitera des besoins spécifiques du bétail en éléments nutritifs et particulièrement en ce qui concerne l'apport énergétique et l'apport protéique. Nous expliquons comment calculer ces besoins et formuler les rations. Les équations et les méthodes utilisées s'inspirent des systèmes décrits par l'Agricultural Research Council (ARC Grande-Bretagne, 1980 et 1984) en matière de protéines et d'énergie métabolisable.

La répartition de l'énergie chez les ruminants

Une fois absorbés par les ruminants, les aliments sont décomposés (ou digérés). Une partie de l'énergie qu'ils contiennent (énergie brute) est perdue dans les fèces, l'urine, les émissions de méthane et la production de chaleur. Le reste se répartit en énergie digestible, énergie métabolisable, et énergie nette (figure VI.14).

L'énergie digestible représente jusqu'à 70% de l'énergie brute, mais avec les aliments grossiers de piètre qualité, ce chiffre peut descendre à 40%. L'énergie métabolisable correspond approximativement à 82% de l'énergie digestible. L'énergie nette représente 60 à 90% de l'énergie métabolisable selon l'alimentation. L'augmentation de la production de chaleur est due à l'activité métabolique qui accompagne l'utilisation des aliments lorsque ceux-ci sont absorbés et transportés vers les tissus. Pour certains éléments nutritifs, les processus de digestion et de transformation métabolique sont plus importants et produisent donc davantage de chaleur. C'est le cas des aliments grossiers, à la différence des aliments concentrés qui sont utilisés par l'organisme avec des pertes de chaleur moindres. C'est ainsi que l'énergie nette peut osciller entre 20 et 50% de l'énergie brute.


Figure VI.14. - Répartition de l'énergie alimentaire chez les ruminants.

L'unité d'énergie utilisée est le mégajoule (MJ), c'est-à-dire un million de joules (J). Une autre unité d'énergie plus familière, mais aujourd'hui obsolète, est la calorie (1 cal = 4,2 J). Les besoins et lesapports énergétiques pour les ruminants sont généralement évalués en termes de mégajoules d'énergie métabolisable par jour (MJEM/jour). C'est donc l'énergie métabolisable qui entre en considération dans ces calculs.

La fermentation dans la panse

Les micro-organismes de la panse (champignons, bactéries et protozoaires) sont à l'origine de la décomposition des aliments ingérés par la vache. Les premiers micro-organismes à attaquer les aliments sont les champignons, suivis des bactéries et des protozoaires. Leur action réclame un apport d'énergie et d'azote. Ils n'ont pas besoin de protéines alimentaires et, en cas de nécessité, un ruminant pourrait survivre avec un régime sans protéines pour peu qu'il dispose d'une source d'azote. Toutefois, dans des circonstances normales, ce n'est évidemment ni souhaitable ni nécessaire. Les micro-organismes sont en eux-mêmes une source de protéines pour les ruminants et ils se décomposent pour être absorbés dans l'intestin grêle. Les sucres simples et complexes qui font partie de l'alimentation de la vache sont décomposés par les micro-organismes. Il en résulte une production d'acides gras volatiles qui sont absorbés à travers la parois de la panse. Chez le ruminant, ces acides sont la principale source d'énergie. Les acides gras volatiles les plus importants sont l'acide acétique, l'acide butyrique et l'acide propionique. L'acide acétique se trouve en concentration plus élevée dans les aliments grossiers, tandis que l'acide propionique a sa concentration la plus forte dans les aliments concentrés. L'acide propionique est le principal précurseur du glucose pour les ruminants et il est donc très important pour les bêtes qui produisent du lait.

Le rythme de la fermentation dans la panse dépend principalement de la qualité des aliments ingérés. Le rythme de la décomposition de la nourriture détermine le rythme de passage des aliments dans l'appareil digestif, qui influence à son tour la ration alimentaire.

La ration de matières sèches

Lorsque la nourriture est attrayante pour la vache, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit d'aliments non grossiers de bonne qualité, la quan tité ingérée - la ration de matières sèches (RMS) - dépend essentiellement de la valeur nutritive de l'aliment et de l'état physiologique de l'animal. Une vache mangera d'ordinaire une plus grande quantité d'aliments non grossiers. S'il s'agit d'aliments grossiers, l'ingestion volontaire dépend de la rapidité avec laquelle la nourriture traverse l'appareil digestif (c'est-à-dire le rythme de passage des aliments) qui dépend bien sûr de sa digestibilité. Pour que la ration alimentaire soit la mieux appropriée, il faut aussi que l'animal reçoive de l'eau en quantité suffisante, car la déshydratation risque de réduire l'ingestion volontaire. Les températures ambiantes élevées produisent un effet comparable car elles réduisent la sécrétion de thyroxine, une hormone qui intervient dans le mécanisme de l'appétit.

La valeur des aliments est décrite en termes de concentration ou densité d'énergie, c'est-à-dire la quantité d'énergie contenue dans une unité de poids de matières sèches. L'unité de concentration d'énergie est le mégajoule d'énergie métabolisable par kilo de matières sèches (MJ EM/kg MS) que l'on peut résumer par le rapport M/S (M sur S), soit la quantité d'énergie métabolisable dans la matière sèche (MJEM/kg MS). La valeur d'un aliment s'exprime aussi en termes de métabolisabilité (q) qui correspond à l'énergie métabolisable divisée par l'énergie brute (q = EM/EB MJ/kg MS).

La proportion de matières sèches (MS) ingérée en une journée par une vache se situe entre 2,5 et 3% de son poids corporel. Pour un animal de 400 kg, cela reviendrait à 10-12 kg MS/jour, soit 3 650-4 380 kg MS/an. Pour une herbe fourragère qui contient 30% de matières sèches, cela aboutit à un total de 14,5 tonnes d'herbage vert par an. La ration de matières sèches sera plus importante si la densité d'éléments nutritifs augmente. L'ingestion volontaire est également lice au niveau de production laitière et à la gestation. Les vaches à haut rendement mangent plus que les vaches à faible rendement; les vaches gravides mangent plus que les autres vaches. Au besoin, on peut estimer la ration de matières sèches des vaches en lactation grâce à l'équation suivante: RMS = 0,025 PC + 0,1 L (kg MS/jour), où PC= poids corporel (en ki los) et L = rendement laitier (en kilos). On peut donc calculer la ration de matières sèches probable d'une vache à partir des données reprises dans le tableau VI.3.

Tableau Vl.3
Ration de matières sèches probable au milieu et en fin de lactation.

Poids corporel (kg)

Ration de matières sèches (kg MS/jour)


Rendement laitier (kg)


5

10

15

20

25

350

9,3

9,8

10,3

10,8 1 1,3


450

11,8

12,3

12,8

13,3 13,8


550

14,3

14,8

15,3

15,8 16,3


Les besoins en énergie

Il est facile d'évaluer les besoins en énergie métabolisable (EM) des vaches laitières, mais il n'y a pas de raison de refaire les calculs à tout moment. Les tableaux VI.4, VI.5, VI.6 et VI.7 et les équations présentées ci-dessous résument les apports en énergie métabolisable nécessaires pour l'entretien, la croissance, la lactation et la gestation, calculés d'après les méthodes de l'ARC (1980 et 1984).

Le moyen le plus simple pour calculer la ration d'entretien en énergie métabolisable est d'utiliser l'équation Me = 8,3 + 0,091 x PC (où Me = ration d'entretien en énergie métabolisable). A partir de cette équation, les rations d'entretien (MJ/jour) (tableau VI.4) peuvent être évaluées pour des vaches de poids différents. Ces rations:

l. comportent une marge de sécurité de 5% pour prendre en considération toute variation dans la qualité des aliments;

2. englobent une ration d'activité de 10% pour tenir compte d'une activité quotidienne normale (mais non des dépenses d'énergie si les vaches sont utilisées comme bêtes de trait);

3. supposent que l'énergie métabolisable est utilisée pour les besoins d'entretien avec un rendement (Ke) de 0,72 (l'énergie apportée par l'alimentation est convertie avec un rendement qui varie selon son utilisation par l'organisme).

Tableau Vl.4
Ration d'entretien en énergie métabolisable (EMe).

Poids corporel (kg)

EMe (MJ/jour)

100

17

150

22

200

27

250

31

300

36

350

40

400

45

450

49

500

54

550

59

Le rendement de la conversion d'énergie métabolisable pour le gain de poids vif et l'engraissement (Kc) varie considérablement selon les types d'aliments. Ces variations peuvent être rattachées à la concentration en énergie de la ration et le Kc peut être calculé au moyen de l'équation: Kc = 0,0435 M/S. Ainsi le Kc varie (de 0,30 à 0,60) avec les variations du rapport M/S (de 7 à14 MJ/kg MS). Donc, si l'alimentation est de bonne qualité, la ration supplémentaire de croissance peut-être plus petite puisque la vache convertira plus efficacement l'énergie. Cet élément est pris en considération dans le calcul des rations supplémentaires de croissance (tableau VI.5).

Tableau Vl.5
Ration de croissance en énergie métabolisable chez la vache qui ne produit pas de lait

Poids corporel
(kg)

M/S
(MJ/kg MS)

Ration de croissance en EM (MJ/jour)



taux de croissance (kg/jour)



0,25

0,50

0,75

1,00

300

8

10

21

-

-


10

8

17

28

-


12

7

14

23

34

400

8

1 1

25

-

-


10

9

20

32

-


12

8

16

29

40

500

8

12

28

-

-


10

10

22

37

-


12

8

19

31

45

Chez les vaches en lactation, la formation de tissu organique s'opère avec un rendement supérieur à celui observé chez les bêtes qui ne produisent pas de lait, indépendamment de la qualité de la nourriture. Il faut 34 MJ d'énergie métabolisable alimentaire pour chaque kilo de gain de poids vif (GPV) chez une vache en lactation, et il convient d'ajouter cela à la ration en énergie métabolisable.

Si une vache perd du poids pendant la lactation, l'énergie produite par la transformation des tissus sert à réduire les besoins en énergie métabolisable. Le tissu organique à une valeur énergétique de 20 MJ/kg qui est convertie avec un rendement de 0,82 pour produire du lait d'une teneur énergétique de 16,4 MJ. Cela équivaut à un apport d'énergie métabolisable alimentaire de 16,4 x 1,05/0,62 MJ (en ce compris la marge de sécurité de 5% et en supposant que l'énergie métabolisable est convertie avec un rendement de 0,62 pour la synthèse du lait). Donc, si une vache perd 1 kg par jour, sa ration énergétique peut être réduite de 28 MJ/ jour.

La gestation ne consomme pas beaucoup d'énergie pendant les six premiers mois, mais au cours des trois derniers mois, des apports énergétiques appréciables sont nécessaires pour soutenir la croissance du foetus (tableau VI.6).

Tableau Vl.6
Ration de gestation en énergie métabolisable

Mois de la gestation

Ration de gestation en EM (MJ/jour)

<6

< 5

6

8

7

11

8

15

9

20

La ration de production laitière en énergie métabolisable (M1) dépend du rendement de la conversion de l'énergie métabolisable pour la lactation (K1 = 0,62), de la valeur énergétique du lait (VE1) exprimée en MJ/kg et du rendement laitier. Si l'on inclut une marge de sécurité de 5%, M1 = 1,05 x VE1/0,62 MJ/kg de lait. A partir de cette équation et de l'équation VE1 = 0,0386 MG + 0,0205 SNG - 0,236 (où MG = matières grasses et SNG = solides non gras, exprimés en G/kg), on peut déterminer les rations en énergie métabolisable pour la production laitière telles qu'elles sont exprimées dans le tableau VI.7.

Le rendement de la conversion de l'énergie métabolisable varie selon les fonctions et s'accroît avec la qualité des aliments. C'est pour les besoins d'entretien que l'énergie est utilisée le plus efficacement; viennent ensuite la lactation et la croissance (tableau VI.8).

Les besoins en protéines

Les besoins en protéines sont calculés selon les besoins en azote des micro-organismes de la panse (rumen) et les besoins en protéines du ruminant lui-même. Le système décrit ci-après porte le nom de système de protéines métabolisables et a remplacé le système de protéines brutes digestibles. Toutefois, la méthode de calculs des besoins en protéines (c'est-à-dire le système de protéines métabolisables), proposé par l'ARC (1980 et 1984), fait actuellement l'objet d'une révision et les aspects quantitatifs doivent encore être finalités.

Tableau Vl.7
Ration de lactation en énergie métabolisable (M')


M, (MJ EM/kg de lait par jour)


MG (%)

SNG (%)

3,4

3,8

4,2

4,6

5,0

5,4

5,8

8,4

4,74

5,00

5,26

5,52

5,79

6,05

6,3 1

8,8

4,88

5, 1 4

5,40

5,66

5,92

6, 1 9

6,45

9,2

5,02

5,28

5,54

5,80

6,06

6,73

6,59

Tableau Vl.8
Rendement de la conversion de l'énergie métabolisable

Fonctions organiques

M/S


7,4

9,2

11,0

12,9

Entretien (K e)

0,64

0,68

0,71

0,75

Croissance (k e)

0,32

0,40

0,48

0,55

Lactation (k 1)

0,56

0,60

0,63

0,67

Les protéines qui se trouvent dans l'alimentation des ruminants peuvent être divisées en deux catégories:

1. Les protéines dégradables dans le rumen (PDR), qui sont décomposées (dégradées) dans la panse et utilisées par les micro-organismes.

2. Les protéines non dégradables (PND), qui ne peuvent être décomposées par les micro-organismes et passent de la panse à l'intestin grêle où elles sont digérées.

Le calcul des besoins en PDR et PND commence par celui des besoins en énergie métabolisable et part du principe que l'alimentation pourvoit aux besoins énergétiques. Les besoins en protéines dégradables dans le rumen se calculent ensuite en appliquant la formule: besoins en PDR = 8,4 x besoin en EM (g/jour).

Cela équivaut également à la quantité de protéines fournie aux ruminants par les micro-organismes, c'est-à-dire les protéines microbiennes (PM). La valeur protéique de la protéine microbienne dépend de sa teneur en acides aminés (80%), de la proportion digérée dans l'intestin grêle (80%) et de la quantité d'acides aminés véritablement absorbés dans l'intestin grêle (85%). Ces valeurs sont des moyennes approximatives. L'apport en protéines microbiennes peut donc être exprimé ainsi:

1. PM = 8,4 x EM x 0,8 x 0,8 x 0,85;
2. PM = 4,57 x EM (g/jour).

L'apport de protéines microbiennes sera plus important si l'alimentation est de qualité. Il faut aussi s'intéresser aux acides aminés essentiels (AAE) dans la protéine. La proportion d'acides aminés essentiels dans les protéines microbiennes de l'appareil digestif est de 0,48. En conséquence, l'apport en acides aminés essentiels provenant des micro-organismes s'exprime de la façon suivante: AAE= 4,57 x EM x 0,48 g/jour.

Les besoins en protéines des ruminants se calculent en additionnant les besoins d'entretien, de croissance, de lactation et de gestation. Il faut encore y ajouter une certaine quantité pour l'activité et la pousse des poils. L'ensemble porte le nom de besoins en protéines tissulaires (PT). Ici encore, il vaut mieux considérer les acides aminés essentiels. La teneur en acides aminés essentiels du lait est de 0,53, par conséquent les besoins en AAE = PT x 0,53.

Si les protéines microbiennes (PM) ne suffisent pas à satisfaire les besoins en protéines tissulaires (PT), il faut que l'alimentation apporte des protéines non dégradables (PND). La quantité nécessaire est calculée par l'équation PND = (PT - PM)/(0,8 x 0,85), en supposant toujours une digestion à 80% et une absorption à 85%. Pour calculer la dogradabilité requise dans les protéines alimentaires (c'est-à-dire la proportion qui est effectivement dégradée), on recourt à l'équation suivante: dégradabilité (%) = [PDR/(PDR + PND)] x 100.

Les besoins en eau

La ration d'eau dépend de la ration alimentaire, de la nature des aliments, de l'état physiologique de l'animal et de la température ambiante (tableau VI.9). Les vaches de race indigène sont mieux adaptées aux environnements chauds et peuvent donc boire moins que les bêtes de race exotique. Dans l'idéal, le bétail devrait avoir en permanence accès à un point d'approvisionnement en eau, mais si cela suppose des déplacements quotidiens (pour mener les bêtes à la rivière ou à une retenue d'eau), les animaux de race exotique ou croisée en souffriront davantage que le bétail local. Dans les élevages extensifs, les bêtes indigènes sont souvent abreuvées une seule fois par jour, mais cela n'est pas recommandé pour les vaches laitières.

Les besoins en éléments minéraux

La quantité d'éléments minéraux nécessaires aux besoins d'entretien dépend de la taille de l'animal. D'un point de vue quantitatif, les éléments les plus importants sont le calcium, le phosphore et le magnésium. Pendant la croissance, la gestation et la lactation, les vaches ont besoin d'apports supplémentaires en éléments minéraux.

Comparées à d'autres aliments, les légumineuses et les céréales contiennent respectivement de grandes quantités de calcium et de phosphore. Aussi bien pendant sa croissance qu'à l'âge adulte, l'animal a besoin d'un apport constant de calcium. La fièvre de lait est provoquée par un taux de calcium insuffisant chez les vaches à haut rendement. Une bête de 500 kg qui produit 18 kg de lait a besoin de trois fois plus de calcium et de phosphore qu'une vache qui ne donne pas de lait et dont la croissance est terminée. Les besoins en calcium et en phosphore pour produire18 kg de lait par jour sont les mêmes que ceux correspondant à un rythme de croissance de 1 kg par jour (tableau VI.10).

Tableau Vl.9
Ration d'eau optimum pour des vaches laitières selon la température ambiante sous un climat chaud

Rendement laitier (kg)

Température ambiante


11-20°C

> 20°C


Poids corporel (kg)


350

600

350

600

0

46

63

56

77

10

58

86

70

105

20

69

98

84

119

30

81

109

98

133

40

98

120

119

147

Ration d'eau = liquide + aliments humides (en kg/jour). Source: Oliver (1987).

La quantité de phosphore dans les herbages est proportionnelle à leur teneur en protéines. Pendant la saison sèche, cela ne représente sans doute pas grand-chose. Le rapport calcium-phosphore optimum dans l'alimentation se situe entre 1:1 et 2:1. Le métabolisme du calcium est lié à celui du phosphore et même si aucun des deux éléments ne manque, un excès de l'un affectera le métabolisme de l'autre.

Parmi les autres éléments minéraux dont les vaches laitières ont besoin, il faut citer le sodium, le chlore, le potassium et le soufre, ainsi que des traces d'éléments comme le fer, l'iode, le cobalt, le cuivre, le molybdène, le sélénium, le fluor, le zinc et le manganèse. Des carences peuvent parfois se déclarer à cause de l'alimentation ou de la nature du sol lorsque les vaches sont nourries principalement en pâture. Une carence en sel (chlorure de sodium) ralentit la croissance et réduit l'appétit. C'est pourquoi il est recommandé de prévoir des pains de sel à lécher pour stimuler l'ingestion volontaire.

Tableau Vl.10
Besoins en calcium, phosphore et magnésium pour l'entretien et la croissance


Taux de croissance (kg/jour)


0,0

0,5

1,0


Besoins en minéraux (g/jour)

(kg)

Ca

P

Mg

Ca

P

Mg

Ca

P

Mg

100

2

2

2

12

6

3

21

11

4

200

5

3

4

14

8

5

24

13

6

300

7

5

5

17

9

7

26

14

8

400

9

8

7

19

15

8

28

21

9

500

12

10

9

21

17

10

30

23

11

600

15

12

11

23

19

12

32

25

13

Ca = calcium, P = phosphore et Mg = Magnésium.

Les quantités d'éléments minéraux dans le sol, l'herbe et les tissus animaux sont des variables qui doivent être prises en compte au même titre que l'année ou la saison pour établir le bilan minéral d'une région.

L'illustration VI.15 donne une idée de la distribution géographique de certaines carences en éléments minéraux.

Les besoins en vitamines

Les vitamines sont:

1. liposolubles: vitamines A, D, E et K;
2. hydrosolubles: vitamines du groupe B et vitamine C.

Dans des conditions de pâturage normales, le bétail tropical ne devrait pas souffrir de carences vitaminiques. A la saison sèche,


Figure Vl. 15. - Distribution géographique des carences minérales en Afrique.

On peut parfois craindre une carence en vitamine A, puisque ses précurseurs, le carotène et les caroténoïdes, sont rares dans la végétation sèche, mais les bêtes ont généralement stocké suffisamment de vitamine A dans le foie pour traverser sans encombre la saison. Les jeunes veaux qui naissent assez tard dans la saison sèche risquent de souffrir d'une carence en vitamine A, puisqu'à cette époque le colostrum n'en contient guère. Il faut environ un mois pour renouveler la quantité de vitamine A dans le foie. La vitamine D est synthétisée par la peau sous l'effet de la lumière solaire et, à moins d'être en permanence sous abri, les bêtes ne risquent pas de carence. La vitamine E (tocophérol) est largement présente dans l'alimentation des animaux. Les vaches emmagasinent assez bien la vitamine E et une bonne alimentation avant la parturition se traduit par une teneur élevée dans le colostrum et le lait. La vitamine K. qui intervient dans le processus de coagulation, est synthétisée par les micro-organismes de la panse. Les vitamines du groupe B sont également synthétisées par ces micro-organismes et ne présentent guère de risque de carence si ce n'est, peut-être, dans les deux premiers mois de la vie du veau ou chez les vaches laitières à très haut rendement. La synthèse de la vitamine B12 nécessite du cobalt. C'est pourquoi on observe parfois une carence dans les régions où le sol ne contient pas de cobalt.

Tableau Vl.11
Besoins d'une vaches de 400 kg produisant 10 kg de lait/jour

Besoins

Quantité (par jour)

EM


entretien

45 MJ

lait

63 MJ

TOTAL des besoins en EM

108 MJ

Protéines en PDR


mais protéines microbiennes produites (AAE)

237 g AAE

lait (30 x 10)

300 g

entretien (2 188 mg/kg 0,75)

196 g

poils (112,5 mg/kg 0,75)

10 g

TOTAL des besoins en AAE

268 g AAE

mais déficit en AEE non comblé par les micro-organismes de la panse en PND

31 g AEE

TOTAL des besoins en PB

953 g PB

dégradabilité requise

95%

Teneur minimum en PB dans l'alimentation

87 g PB/kg MS

* La vache est supposée peser 400kg, soit le poids d'une vache Blanche Peule ou Sahiwal, et produire 10 kg de lait/jour de 5,8% MG et 8,4% SNG, au début de la lactation et à un poids constant.
** kg 0,75 = poids métabolique (cf. Glossaire).

Remarque: EM = énergie métabolisable, PDR = protéines dégradables dans le rumen, AAE = acides aminés essentiels, PND = protéines non dégradables et PB = protéines brutes. Les besoins énergétiques et protéiques sont calculés sur la base des méthodes précédées précédemment (pp. 000-000).

La composition des rations et le nourrissage dans la pratique

La méthode décrite pour déterminer les besoins nutritifs des ruminants est assez complexe, mais il est important de connaître les facteurs concernés pour bien comprendre les fonctions digestives chez le ruminant et la manière dont les aliments sont utilisés pour satisfaire ses besoins. L'élaboration des rations pour les vaches laitières recourt à cette méthode pour déterminer les besoins des animaux. Ensuite, l'éleveur doit prendre en considération les aliments disponibles et les doser de façon à satisfaire les besoins autant que possible. Cela réclame parfois certains essais et des ajustements.

Les besoins en matières sèches sont calculés au moyen de l'équation RMS = 0,025 PC + 0,1 L, qui ne prend pas en compte la qualité des aliments. Une ration de matière sèche de 11 kg MS/ jour est considérée comme un maximum. La ration peut aussi être estimée grâce à l'équation RMS = 106 q + 37 P + 24,1 (où q = métabolisabilité et P = proportion de concentrés dans l'alimentation), qui prévoit une consommation moins importante.

Formulation des rations

En s'appuyant sur les besoins des vaches (expliqués précédemment) et sur la teneur des aliments disponibles en différents éléments nutritifs, il est possible de formuler les rations. Il peut arriver que la nourriture disponible ne suffise pas à soutenir le niveau de production laitière souhaité (par exemple 10 kg). Dans ce cas, on formule une ration, puis on estime quel est le rendement laitier qu'elle peut soutenir. Ces calculs supposent bien sûr que les aliments ne contiennent aucun agent toxique qui inhiberait l'ingestion.

La teneur en MS, EM, PDR et PND de chaque ingrédient qui compose la ration proposée est déterminée grâce à des tableaux d'aliments (comme le tableau VI.12). Dans notre exemple, les ingrédients sont des herbes de pâture naturelle, des herbages améliorés, par exemple Pennisetum papureum, Stylosanthes, Chloris gayana (au premier stade de feuillaison et de floraison), du leucaena, du foin de luzerne, du mais ensilé, des tourteaux d'arachides et de graines de coton, des grains de maïs et de sorgho, des mélasses et de l'urée.

Régimes

Nous présentons ici neuf régimes qui font intervenir des combinaisons différents de ces aliments. Les teneurs en éléments nutritifs mentionnées sont des valeurs moyennes. Dans la pratique, on observe des variations selon le lieux et la saison. Ces exemples sont conçus pour illustrer les principes de formulation d'une ration et ne doivent pas être pris pour des recommandations diététiques pour l'utilisation des ingrédients en question. Dans la pratique, un régime formulé doit toujours être mis à l'épreuve et ajusté en fonction des performances des bêtes.

Pour toutes les rations présentées, il convient finalement de convertir en poids frais les valeurs en matières sèches de façon à déterminer quelles quantités d'aliments doivent être données aux bêtes.

Pour chaque régime, les teneurs totales en MS, EM et PDR/PND sont comparées avec les besoins estimés. L'apport en énergie métabolisable est chaque fois calculé pour être aussi proche que possible des besoins de la vache, compte tenu de l'ingestion de matières sèches prévue. Si la teneur en protéines dégradables dans le rumen est insuffisante, il est possible d'y remédier en augmentant la proportion d'un des ingrédients ou en renforçant avec de l'urée le contenu de la ration en azote non protéique. On a estimé à0,80 le rendement de conversion de l'azote de l'urée en azote microbien. La quantité d'urée (g/jour) nécessaire équivaut donc au déficit en PDR/(6,25 x 0,80 x 0,46) (cf. p. 000). S'il y a à la fois une carence en PDR et en PND, c'est le déficit en PDR qu'il convient de corriger d'abord. S'il y a un excès de PDR ou de PND, il est possible de formuler une nouvelle ration pour le réduire, à condition cependant que les besoins énergétiques soient satisfaits.

Tableau Vl.12
Contenu en éléments nutritifs des aliments

Aliment

MS
(g/kg)

EM
MJ/kg MS

q*

PB
(g/kg MS)

dg**

PDR
(g/kg MS)

PND
(g/kg MS)

Pâture naturelle








Saison des pluie

300

8,0

0,43

90

0,80

72

18

Saison sèche

550

5,5

0,30

28

0,80

22

6

Pennisetum purpureum








Début de la floraison

230

10,0

0,54

90

0,80

72

18

Fin de la floraison

270

9,3

0,54

52

0,80

42

10

Chloris gayana








Jeunes feuilles

270

9,3

0,54

190

0,80

152

38

Début de la floraison

300

8,7

0,47

80

0,80

152

38

Stylosanthes

300

9,0

0,49

150

0,80

120

30

Leucaena

300

10,7

0,58

230

0,65

160

70

Foin de luzerne

850

8,3

0,45

193

0,78

151

43

Mais ensilé

210

10,8

0,58

110

0,60

66

44

Tourteau d'arachide

900

12,9

0,70

504

0,74

373

131

Tourteau de graines de coton

925

10,9

0,59

360

0,50

180

180

Grains de mais

860

14,2

0,77

98

0,65

64

34

Sorgho

900

12,0

0,65

100

0,65

65

35

Mélasses

750

12,7

0,69

42

0,50

21

21

* q = métabolisabilité.
** dg = dégradabilité des protéines brutes.

Régimes à base d'herbage naturel

Au début de la saison des pluies, l'herbage naturel est de bonne qualité, mais cela se dégrade rapidement à mesure que les herbes croissent. Le régime 1 se compose uniquement d'herbes qui poussent dans les prairies naturelles ou sur les talus. Les régimes 2 et 3 prévoient des compléments.

On voit, avec l'exemple du régime 1, que l'herbage naturel ne suffit pas à soutenir une production de 10 kg de lait par jour par une vache de 400 kg. La valeur énergétique de cette ration autorise une production quotidienne de 4 kg de lait.

Régime 1

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Herbage naturel à la saison des pluies

8,4

67

756

605

151

Pour les vaches que le fait paître en bordure des chemins et auxquelles on donne du fourrage coupé, il est possible de prévoir un complément en fourrage cultivé, par exemple Pennisetum purpureum et Leucuena, comme on le voit dans le régime 2. Cette fois la valeur énergétique convient pour une vache de 400 kg qui produit approximativement 6 kg de lait par jour. Les protéines en excès seront converties en une source énergétique.

Régime 2

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimes

11,0

108,0

953

907

46

Herbes des talus

4,3

34,0

387

310

78

à la saison des pluies






Pennisetum purpurerum

2,0

18,6

104

84

20

Leucaena

3,0

32,1

690

480

240

TOTAL

9,3

84,7

1 181

874

307

Par ailleurs, pendant la saison sèche, il est possible de compléter l'herbage naturel par une légumineuse fourragère, par exemple Stylosanthes, provenant d'une banque de fourrage, et par des mélasses et de l'urée, comme on le voit dans le régime 3. Cette alimentation conviendrait pour une vache de 400 kg produisant 5 kg de lait par jour.

Régime 3

Aliment RMS EM PB PDR PND
(kg/jour) (MJ/jour) (g/jour) (g/jour) (g/jour)

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimes

11,0

108,0

953

907

46

Herbage naturel à la saison sèche

2,9

16,0

81

64

17

Stylosanthes

4,0

36,0

600

480

120

Mélasses

2,0

25,4

84

42

42

Urée

0,1

0

266

266

0

TOTAL

9,0

77,4

1 029

852

179

Les régimes à base de fourrage conservé

Le régime 4 à base d'ensilage vert de maïs (10 kg de matières sèches d'ensilage à raison de 210 g MS/kg d'ensilage frais = 48,6 kg/jour d'ensilage frais), apporterait assez d'énergie pour soutenir une production de 10 kg de lait, mais pas assez de PDR et trop de PND. Néanmoins, la concentration de protéines brutes dans les matières sèches est plus que suffisante.

Régime 4

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Mais ensilé

10

108

1 100

660

440

En remplaçant une partie de l'ensilage par du foin de luzerne, il est possible de satisfaire à la fois les besoins en énergie et en PDR, mais la concentration en protéines brutes demeure trop importante ainsi que l'apport en PND, comme on le voit dans le régime 5. Dans ce cas, les protéines en excès seraient décomposées et utilisées comme une source supplémentaire d'énergie.

Régime 5

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Mais ensilé

8,0

86

880

528

352

Foin de luzerne

2,6

22

502

393

112

TOTAL

10,6

108

1 382

921

464

Une autre possibilité serait de compléter l'ensilage de maïs avec de l'urée au lieu de foin de luzerne. Dans le régime 4, le déficit en PDR est de 247 g. La quantité d'urée nécessaire est donc: 247/2,3 = 107,4 g/jour. C'est une dose qui pourrait facilement être administrée avec 47,6 kg de maïs ensilé. La décision d'opter pour l'une ou l'autre formule relève d'une comparaison des coûts et de la disponibilité des aliments (c'est-à-dire non seulement le prix de l'urée et du foin de luzerne, mais aussi les quantités d'ensilage disponibles). Le régime 5 ne réclame que 38 kg d'ensilage frais contre 48 pour le régime 4. Le foin de luzerne paraît être une solution préférable pour autant que l'on puisse s'en procurer à un prix plus avantageux que l'urée.

Les régimes à base d'herbage artificiel

Si les vaches étaient mises en pâture dans des prairies de Chloris gayana au stade des jeunes feuilles ou au début de la floraison, la composition de leurs rations correspondrait aux régimes 6 et 7.

Régimes 6 et 7

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Chloris gayana






Régime 6:






jeunes feuilles

9,9

92

1 880

1504

376

Régime 7:






début de la floraison

8,9

77

712

570

142

Une ingestion ad libitum d'herbage tendre suffit aux besoins d'entretien des bêtes et à une production de 7 kg de lait par jour, mais à un stade de croissance un peu plus avancé, l'herbage permet tout au plus de soutenir une production de 5 kg de lait. Au stade de la floraison, la teneur en protéines a fort diminué et risque aussi de restreindre la production laitière.

En se fondant sur les régimes 1, 2, 3, 6 et 7, on peut conclure que l'herbage ne suffit pas aux besoins nutritifs d'une vache de 400 kg qui produit 10 kg de lait par jour. Il convient donc de compléter par d'autres aliments. Lorsque la valeur nutritive de l'herbage est plus faible (c'est-à-dire à un stade de maturité plus avancé ou pendant la saison sèche), la production laitière qu'il permet de soutenir est encore moindre et les compléments alimentaires nécessaires n'en sont que plus importants. D'une manière générale, on peut affirmer qu'une production laitière soutenue pendant toute une lactation de 305 jours, à des niveaux supérieurs à 3 kg par jour, nécessite des compléments alimentaires à côté de l'herbage. Les programmes de développement laitier qui ne prévoient pas d'approvisionnement en intrants alimentaires en plus du pâturage n'ont guère de chances d'aboutir à des résultats satisfaisants. Si les paysans ne peuvent pas ou ne veulent pas donner d'autres aliments à leurs vaches laitières, ils ne réussiront pas à faire monter le rendement au-dessus des niveaux minimum atteints normalement par ces vaches.

Avec le régime 6, même si la vache était capable de manger assez de jeunes herbes de Chloris gayana, cela ne suffirait quand même pas à satisfaire ses besoins énergétiques, mais elle recevrait néanmoins un surplus de PDR et de PND. Ces protéines seraient utilisées comme une source d'énergie additionnelle et contribueraient à soutenir la lactation. Plus tard dans la saison, quand l'herbage serait au début de la floraison, des suppléments seraient nécessaires, comme on le voit dans les régimes 8 et 9.

Quand la floraison commence, l'herbe ne suffit plus à satisfaire les besoins de la vaches (régime sec). Si on lui donne un complément de maïs en grain, l'apport énergétique sera amélioré, mais la teneur en PDR est encore assez basse (régime 8). Avec un complément composé de 2 kg de tourteau d'arachides, l'apport énergétique sera équivalent et les protéines en excès serviront également à fournir de l'énergie. La meilleure solution pourrait être encore d'ajouter aux grains de maïs des mélasses et de l'urée. Le déficit en PDR pour une production de 10 kg de lait avec le régime 8 à base de maïs est de 286 g/jour. La quantité d'urée requise serait donc de: 286/2,3 = 124 g/jour. Avec 1 kg de mélasse, le régime serait suffisant pour une production de 10 kg de lait.

Régimes 8

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Chloris gayana






début de la floraison

7,7

67

616

493

123

Grains de mais

2,0

28

196

128

68

TOTAL

9,7

95

812

621

191

Régimes 9 Chloris gayana

Aliment

RMS

EM

PB

PDR

PND


(kg/jour)

(MJ/jour)

(g/jour)

(g/jour)

(g/jour)

Besoins estimés

11,0

108

953

907

46

Chloris gayana






début de la floraison

7,7

67

616

493

123

Tourteaux d'arachides

2,0

26

1 008

746

262

TOTAL

9,7

93

1 624

1 239

385