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close this bookLa production laitière, Maisonneuve et Larose, 1996
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V. La conduite et l'élevage des vaches laitières

Les vaches ont besoin d'un environnement protégé où le régime alimentaire et les conditions extérieures varient le moins possible. C'est la meilleure garantie pour qu'elles se maintiennent en bonne santé, avec un espacement régulier des mises bas et un rendement laitier optimum. La conduite d'un élevage laitier englobe:

" les aspects généraux des techniques d'élevage;

" le contrôle de l'environnement et les conditions de logement;

" les soins vétérinaires;

" l'état général;

" la conduite de la lactation;

" la conduite de la fertilité.

La gestion pratique de l'élevage laitier

Une bonne productivité passe par des conditions d'élevage et des soins satisfaisants.

Le fermier peut prendre un grand nombre de précautions pour assurer le bien-être des vaches laitières. La première est de leur prodiguer un environnement sûr et hygiénique. Il faut veiller à la propreté de l'exploitation, se débarrasser des agents polluants et des objets dangereux, garantir un bon drainage et une bonne évacuation des déchets, changer régulièrement la litière des animaux, prévoir des bâtiments bien conçus, désinfecter les locaux avant d'y introduire de nouveaux animaux et entretenir la propreté des ustensiles, notamment des trayeuses mécaniques (si l'on en utilise).

Il faut ensuite une organisation du travail bien rodée pour que les bêtes ne soient pas perturbées par des changements imprévisibles.

Le stress

Les conditions d'élevage difficiles et la précarité sont des facteurs de stress et de mauvaise santé. Un climat inhospitalier, une alimentation médiocre, un traitement brutal, des bâtiments inconfortables, l'irritation constante provoquée par les parasites, une hygiène douteuse et toutes sorte d'inconvénients mineurs sont autant de causes de stress. Et le stress est lui-même responsable d'autres problèmes de santé, car il diminue la résistance aux agents pathogènes et aux organismes normalement peu virulents présents dans le milieu. Les mammites, par exemple, peuvent être dues à des organismes dont la présence dans l'environnement est normale, mais qui infectent le pis des vaches quand leur résistance est amoindrie.

Le stress peut avoir aussi pour origine des soins vétérinaires, comme les traitements par immersion contre les tiques et les maladies qu'elles transmettent ou encore les vaccinations. Ces mesures peuvent être des facteurs directs de stress ou indirects quand ils empiètent par exemple sur le temps de pâturage. Tout ce qui peut réduire le stress est bon pour la santé des bêtes: le maintien de bonnes conditions environnementales, l'atténuation des nuisances dues au climat, la qualité de l'alimentation et la prévention des maladies.

L'élevage au quotidien

Les activités d'une exploitation laitière doivent se succéder selon un ordre immuable. On aura soin de nourrir les bêtes, de les abreuver et de les traire toujours à la même heure et de ne pas changer du jour au lendemain la période de pâturage. Dans les systèmes intensifs, il faut prévoir de l'eau fraîche que les vaches pourront boire à tout moment, que ce soit à l'étable ou à la pâture. Si l'on change leur alimentation, il faut le faire progressivement, sur une période de 4 à 5 jours pour que l'appareil digestif de l'animal puisse s'y habituer. Si les vaches allaitent leur veau, le moment réservé à la tétée doit être le même chaque jour.

Hygiène générale et précautions élémentaires

Que les animaux soient gardés en étable ou au piquet, il faudra veiller à débarrasser le sol à l'endroit où ils se trouvent de tout ce qui représente un danger potentiel: clous, câbles, verre brisé, sacs de plastique, pierres et trous dans la terre. Le coin des auges et des nourrisseurs devra être nettoyé chaque jour. Faute de drainer les zones humides ou marécageuses, il faudra les clôturer pour en interdire l'accès et réparer sans tarder les fuites dans les auges ou les conduites d'eau. La paille et le fourrage souillés par des excréments doivent être évacués. La litière sera changée régulièrement. Il faut aussi se méfier de la paille, du fourrage (foin ou ensilage) et des aliments concentrés conservés dans de mauvaises conditions où risquent de se développer des toxines et des moisissures. Les aliments mal conservés et moisis sont parfois à l'origine de troubles digestifs. L'évacuation régulière du fumier et de la litière sales contribue à réduire la prolifération des mouches autour de la ferme. Certaines mouches et d'autres ectoparasites qui tourmentent le bétail pour lui sucer le sang représentent à la fois un facteur de stress et un risque de surinfection des blessures. Il est possible de désinfecter les bâtiments en vaporisant un insecticide ou un acaricide pour lutter contre les mouches, les tiques, les acariens, les puces, les poux et les termites. Certains parasites prolifèrent surtout à la saison des pluies, tandis que d'autres sont présents tout au long de l'année. Les infestations graves ont généralement pour origine le manque de soins, la promiscuité et l'accumulation du fumier.

Guetter les signes de stress

Au nombre des signes de stress et de mauvaise santé, il faut citer la perte d'appétit, la position couchée, les difficultés respiratoires, la nervosité, la toux, la salivation, l'augmentation de la température, l'agitation, la diminution du rendement laitier, l'écoulement vulvaire et l'altération de la consistance des matières fécales. A certaines périodes de l'année, les bêtes risquent de souffrir de stress thermique. Les signes de stress thermique sont la répugnance des bêtes à se coucher, le fait qu'elles se blottissent les unes contre les autres (assez paradoxalement), les corps souillés par des éclaboussures, le rythme respiratoire accéléré, la température rectale élevée, les halètement bouche ouverte et la tête tendue, les articulations du coude tournées en dehors, la langue pendante et la salivation. Les personnes qui s'occupent du bétail doivent apprendre à reconnaître les signes de mauvaise santé ou de situation anormale et intervenir avant que l'état des bêtes ne se détériore. Ces signes peuvent permettre de prévoir et donc de prévenir les problèmes. Le bon gardien sait toujours ce qui se passe dans son troupeau, mais l'excellent gardien, lui, sait ce qui va se passer.

Les bêtes en bonne santé sont alertes, actives, attentives à ce qui les entoure; elles ont les yeux brillants, sans aucune trace d'écoulement, la queue est toujours en mouvement pour chasser les mouches, elles marchent facilement et d'un pas assuré, elles ont le poil lisse et luisant, elles respirent et ruminent de manière régulière.

L'inspection des animaux

Les examens de routine facilitent une bonne conduite du troupeau et la prévention des maladies. On peut ainsi signaler au vétérinaire le moindre signe de mauvaise santé.

L'examen des dents permet de déterminer l'âge d'un animal. Les premières dents (dents de lait) restent deux ans en place (figure V.1). Les incisives des animaux adultes apparaissent par paires et le nombre de dents dans la bouche des bêtes permet de les classer par catégories d'âge. Quand toutes les dents sont sorties, leur usure reste un élément d'appréciation pour évaluer l'âge d'une vache.


Figure V.1. - L'éruption des dents chez le Zébu.

La température rectale, qui se situe normalement entre 38,5 et 39,5°C, est un bon indicateur de l'état de santé de l'animal. Au cours de la journée, celle-ci peut cependant varier si la température ambiante est élevée. Un animal souffrant aura généralement de la fièvre, tandis qu'au stade terminal d'une maladie, la température retombe au-dessous de la normale. L'accélération du pouls (qui est normalement de 60 à 80 pulsations par minute chez un animal adulte et de 100 à 120 pulsations par minute chez un veau) et du rythme respiratoire (normalement de 10 à 30 respirations par minute chez l'adulte et de 20 à 45 respirations par minute chez le veau) est un signe de stress et d'infection active.

Il est bon aussi d'examiner les muqueuses, et notamment la conjonctive (la face intérieure de la paupière), les gencives et les lèvres du vagin. Les muqueuses sont d'ordinaire roses et humides.

Leur pâleur est un signe d'anémie, c'est-à-dire la perte ou la destruction de globules rouges, souvent imputable à une infestation parasitaire. Les muqueuses jaunes laissent soupçonner une infection du foie. Souvent, la jaunisse se signale également par la coloration brune des urines. Des muqueuses gris-bleu trahissent une mauvaise oxygénation du sang, qui peut être causée par l'épuisement, une grave pneumonie, un empoisonnement cyanhydrique dû aux jeunes herbes d'étoile (Cynodon spp.). La sécheresse des muqueuses est un signe de déshydratation, fréquemment associée à une peau raide et sans élasticité. La peau saine doit être souple.

Les urines doivent aussi être inspectées régulièrement. Les traces de sang dans l'urine indiquent des maladies comme la babésiose et la leptospirose.

On aura soin de noter toute autre anomalie et de débarrasser les animaux de leurs tiques, s'ils en ont. Il faut aussi rogner régulièrement les sabots. Par ailleurs, la traite finit souvent par rendre les trayons douloureux, et il peut être recommandé d'appliquer une pommade pour prévenir toute irritation. Les médicaments sont administrés soit sous forme de comprimés, soit sous forme liquide, en potion ou en injection.

Immobilisation

Il est parfois nécessaire d'immobiliser l'animal pour pouvoir l'examiner. Il existe plusieurs façon de procéder dont la plus simple est encore de le tenir à plusieurs. On peut aussi plaquer l'animal au sol en se servant de cordes.

Premiers soins

Traiter rapidement les petits problèmes est la meilleure manière d'éviter qu'ils ne deviennent de gros problèmes. Les coupures et les blessures réclament des soins immédiats pour favoriser la guérison, atténuer le stress et enrayer tout risque de surinfection, notamment à cause des mouches qui sont attirées par les plaies. On aura soin d'abord de nettoyer les blessures avec une eau bouillie légèrement savonneuse, puis d'appliquer un quelconque antiseptique.

Quarantaine et acclimatation

Les précautions et les soins prennent une importance cruciale quand il s'agit de bêtes que l'on introduit dans une exploitation. Ces animaux doivent être isolés pendant quelque temps. On appelle cette période la quarantaine: elle permet de s'assurer que les nouveaux animaux ne sont pas porteurs d'une maladie qu'ils risqueraient de transmettre au reste du bétail. La durée de la quarantaine dépend de la période d'incubation des principales maladies suspectées.

C'est aussi l'occasion pour les bêtes de s'acclimater aux nouvelles conditions d'élevage et d'alimentation. L'acclimatation est l'ajustement des processus physiologiques et métaboliques à un nouveau milieu, notamment en ce qui concerne la température, l'humidité, l'alimentation, les habitudes et les organismes pathogènes. Le changement de gardien et de trayeur, autant que le nouvel environnement, est une source de nervosité pour les vaches. Il convient donc de s'occuper régulièrement d'elles avec des gestes calmes pour leur permettre de s'y habituer.

Calendrier d'élevage

L'élevage des vaches laitières peut être facilité par la tenue d'un calendrier pour organiser les diverses activités qui rythment l'année. Il convient par exemple de procéder aux vaccinations au bon moment afin d'éviter de provoquer un stress inopportun ou d'interférer avec les périodes de lactation maximum et de mise bas.

Pour les grands troupeaux laitiers, il existe de nombreux systèmes d'aide à la gestion qui permettent de tenir, au jour le jour, des tableaux où l'on peut facilement et rapidement visualiser l'état du cheptel et changer certaines bêtes de catégorie, notamment en ce qui concerne les mises bas et les vaches gravides.

L'enregistrement des données

Un autre outil de gestion important pour l'élevage est la tenue d'un fichier où sont répertoriés tous les animaux et les différents événements qui ont marqué leur existence. Les données concernant les inséminations, les dates de mise bas, les problèmes de santé, les traitements, le rendement laitier et l'alimentation peuvent aider l'éleveur à prévenir certains problèmes ou attirer son attention sur les animaux qui réclament des soins particuliers. Le mieux est de disposer de fiches individuelles pour chaque animal.

Pour qu'une telle organisation soit possible, il faut bien sûr pouvoir identifier les bêtes. Les étiquettes aux oreilles, les tatouages et les marquages au fer rouge sont des moyens efficaces.

Le contrôle de l'environnement et le logement

Pour garantir de bonnes conditions d'élevage et limiter les facteurs de stress, il est important de pouvoir atténuer les effets adverses du climat. Les bêtes sont confrontées à des variations diurnes et saisonnières de leur environnement. Les différences entre la saison sèche et la saison des pluies sont très marquées comme peuvent l'être les différences de température entre le jour et la nuit.

Tous les éleveurs pratiquent une forme de contrôle de l'environnement. Les pasteurs nomades conduisent leur troupeau vers de meilleures pâtures, coupent du fourrage pour leurs bêtes, les rassemblent la nuit dans un corral pour les protéger et allument des feux pour éloigner les mouches. Les paysans construisent également des abris pour leurs vaches: qu'il s'agisse de bomas au Kenya ou de kholas au Malawi. Plus le système est intensif, plus les éleveurs exercent un contrôle sur l'environnement.

Les abris

Les abris et les constructions, en réduisant le stress dû au mileu, contribuent parfois à améliorer la production laitière. Leur rôle est de protéger les vaches contre les chaleurs excessives (et éventuellement contre le froid). Pour peu qu'ils soient bien entretenus, ces abris peuvent aussi réduire les risques de maladies et faciliter le travail des éleveurs.


Figure V.2. - Abri avec un toit de chaume pour les veaux.

Les toits

Sous les climats chauds, le toit est sans conteste la partie la plus importante d'un abri. Il n'est pas nécessaire qu'il soit de construction coûteuse pour garantir une bonne protection; il suffit qu'il soit bien conçu (figure V.2). La figure V.3 décrit les échanges de température entre une vache et son milieu. La protection contre la pluie et la limitation des pertes de chaleur (grandes ondes) pendant la nuit évitent aux animaux de souffrir du froid.

Il importe que l'ombre du toit couvre en permanence l'aire sur laquelle les animaux sont confinés. La température de la face supérieure du toit peut parfois monter très haut, jusqu'à 55°C de plus que la température de l'air. Il faut donc maintenir le plus bas possible la température de la face inférieure en utilisant un matériaux isolant de façon à réduire la conduction de chaleur, en augmentant la réflectivité de la face supérieure, en arrosant le toit, en permettant à l'air de filtrer à travers le toit dans un mouvement ascendant ou en construisant le toit assez haut pour favoriser la ventilation.


Figure V.3. - Les échanges de température entre une vache et son milieu.

M = production de chaleur métabolique;
Sb= rayonnement incident direct en ondes courtes;
Sd = rayonnement incident diffus en ondes courtes émanant du ciel;
Se = rayonnement en ondes courtes réfléchi par l'environnement;
qc = (Sb + Sd + Se) = rayonnement en ondes courte réfléchi par l'animal;
Ld = rayonnement en ondes longues émanant du ciel;
Le = rayonnement en ondes longues émanant de l'environnement;
La = rayonnement en ondes longues émis par l'animal;
C = perte de chaleur par convention;
kE = perte de chaleur par évaporation.

Les bons programmes de vulgarisation agricole devraient fournir aux paysans des indications sur la manière de construire convenablement les toits pour les étables et les abris à bestiaux. Le chaume et les feuilles de palme sont des matériaux peu coûteux qui se prêtent parfaitement à la construction de toits.

Les murs

Les abris peuvent être fermés, partiellement fermés ou ouverts pour autoriser une ventilation maximum. L'air, en circulant, évacue la chaleur, l'humidité et les gaz polluants qui s'accumulent sous l'abri et se maintient à la même température qu'à l'extérieur. La plupart des constructions dépendent de la convention naturelle pour assurer une ventilation adéquate par tous les temps. Il faut donc que la conception du bâtiment en tienne compte: les murs à claires-voies, la pente du toit, les ouvertures faîtières ou le choix d'un matériau perméable à l'air pour le toit sont autant d'éléments qui favorisent une convention libre.

Certaines constructions ont au contraire des murs épais qui ont une grande capacité thermique. Ils sont conçus en fait pour absorber le rayonnement des ondes courtes pendant la journée et le libérer au cours de la nuit. On rencontre ces bâtiments dans les régions arides et semi-désertiques où les écarts de température entre le jour et la nuit sont importants. Ils ne peuvent cependant abriter qu'un petit nombre d'animaux, car ils sont moins bien ventilés et il faut éviter l'accumulation d'humidité et de gaz polluants.

Le sol

Le sol n'a qu'une influence limitée sur la température et les critères qui doivent prédominer dans son aménagement sont l'hygiène et la santé. Si les bouses et les urines ne sont pas correctement éliminées, l'endroit devient rapidement humide et propice à la prolifération de micro-organismes pathogènes. Un bon drainage est donc essentiel. On aura soin d'évacuer fréquemment les excréments, ou de les recouvrir de litière propre, ou encore de prévoir des caillebotis. Dans la mesure du possible, le sol devrait être en pente et creusé de rigoles pour permettre l'écoulement des urines. Les bâtiments devront être régulièrement désinfectés pour combattre les mouches et les parasites. Il faut veiller à ce que l'endroit ne devienne pas un foyer d'infections et d'infestations, par exemple pendant la saison des mises bas. Au début des premiers vêlages, la mortalité des veaux peut très bien ne pas dépasser 2% et atteindre par la suite 10% à la fin de la saison.

L'emplacement

L'emplacement et l'orientation d'une construction a une influence sur les conditions extérieures. Les étables bâties aux endroits exposés, comme une élévation de terrain ou une clairière, bénéficient d'une meilleure ventilation. En revanche, les abris construits à l'ombre de grands arbres sont plus frais.

Les vaches devraient être gardées à proximité de la ferme ou de l'endroit où on les trait afin de réduire les dépenses d'énergie occasionnées par la marche. Dans les systèmes de pâturage extensifs, ce n'est souvent pas possible, mais on doit s'efforcer de limiter autant que faire se peut les déplacements quotidiens. Le nourrissage en étable avec du fourrage coupé permet parfois de se passer des pâtures les plus éloignées. Les vaches doivent avoir de l'eau à proximité à tout moment, car leur tempérament nonchalant les incite à se passer de boire plutôt que d'aller s'abreuver à une certaine distance, et cela peut avoir des conséquences désastreuses sur le rendement laitier.

Il est possible de soulager les problèmes de stress thermique en donnant aux bêtes une alimentation dont la densité nutritive est plus élevée. Les aliments concentrés où la proportion de matières inassimilables est réduite augmentent moins la production de chaleur par le métabolisme de l'animal. Le nourrissage en étable restreint par ailleurs la production de chaleur par l'activité physique. Pour autant que les prairies autour de la ferme soient sûres et bien clôturées, les bêtes devraient être mises en pâture la nuit: ce procédé leur permet d'évacuer la chaleur qu'elles ont accumulée pendant la journée et de paître dans des conditions plus fraîches qui stimulent l'appétit. Il faut noter également que les sols de sable se rafraîchissent plus rapidement pendant la nuit et contribuent donc à la perte de chaleur.

Les soins vétérinaires

Les soins prodigués aux vaches laitières englobent un grand nombre de précautions et de mesures de routine. Nous avons déjà parlé de certains aspects importants de l'élevage comme l'hygiène, le logement et le contrôle des conditions climatiques qui sont à la base d'une bonne santé. L'éleveur doit aussi être attentif à la nutrition, à l'hygiène des aliments et de l'équipement qui sert au nourrissage pour prévenir l'infection par des organismes pathogènes.

Certaines maladies du bétail peuvent être transmises à l'homme. C'est ce que l'on appelle les zoonoses. Citons notamment le charbon, la brucellose, la tuberculose bovine et la teigne.

Maladies et problèmes généraux

Les problèmes généraux qui peuvent affecter les vaches laitières englobent les affections des yeux, les troubles digestifs, les carences nutritionnelles, les difficultés à la parturition, les trayons douloureux, l'infestation de l'appareil digestif par des corps étrangers, les intoxications et morsures de serpents, la stérilité, les mammites, les blessures, les entorses, les problèmes aux pieds, la boiterie, les problèmes de peau et les infestations par les tiques.

L'indigestion

L'indigestion peut avoir pour origine des matières inassimilables, des aliments moisis, une consommation excessive de concentrés ou de céréales, ou encore un changement de régime trop brutal. Avec un peu d'expérience, l'éleveur devrait être en mesure d'anticiper ce genre de problèmes et d'y remédier.

La météorisation

La météorisation est généralement due à une trop grande consommation d'herbage riche (particulièrement les légumineuses) qui provoque une accumulation d'écume et de gaz dans la panse (rumen) et peut aller jusqu'à entraîner la mort en quelques minutes si l'on n'intervient pas. L'écume et les gaz peuvent être évacués grâce à une canule introduite dans la panse à travers la parois abdominale au moyen d'un trocart. Dans la mesure du possible, il convient d'introduire une sonde stomacale pour administrer un agent anti-moussant. (A la rigueur, l'administration d'une quelconque huile végétale ou de térébenthine médicinale vaut mieux que rien.) A titre préventif, on peut donner aux bêtes du fourrage sec le matin avant de les mener à la pâture ou restreindre dès le départ le temps de pâturage sur les herbages riches.

Troubles métaboliques

L'acétonémie

L'acétonémie, qui frappe les bonnes laitières quelques jours ou quelques semaines avant le vêlage, est provoquée par un taux de glucose insuffisant dans le sang. Le meilleur traitement consiste en une administration de glucose par intraveineuse.

La fièvre de lait (hypocalcémie)

La fièvre de lait survient généralement dans les quarante-huit heures qui suivent la mise bas et est la conséquence d'un taux de calcium insuffisant dans le sang. Elle se signale par un plissement en S dans le cou, une faiblesse musculaire, une démarche chancelante, de l'assoupissement et, si l'on n'intervient pas, le coma et la mort. La fièvre de lait se traite par injection de 400 à 800 milimetres d'une solution (à 25%) de borogluconate de calcium.

Les principales maladies des bovins sont le charbon, le charbon symptomatique, la brucellose, la campylobactériose, la coccidiose, la pleuropneumonie des bovidés, la diarrhée, la fièvre aphteuse, le fourchet, la septicémie hémorragique, la rhinotrachéite bovine infectieuse, la leptospirose, la gale, la mammite, la peste bovine, la teigne, la salmonellose, la streptothricose, la trypanosomiase et la tuberculose bovine.

Les tiques et les maladies qu'elles transmettent

Il existe plusieurs espèces importantes de tiques qui s'attaquent aux bovins en zone tropicale (cf. tableau V.1). Leur cycle de vie varie selon l'espèce et comprend parfois un, deux ou trois hôtes. C'est surtout pendant la saison des pluies que les tiques pullulent dans les hautes herbes et se fixent aux vaches qui paissent. Il y a quatre étapes dans un cycle de vie: l'oeuf, la larve, la nymphe et l'adulte. La femelle de la tique pond dans le sol entre 2 000 et 20 000 oeufs qui éclosent en l'espace de 2 à 10 semaines selon l'espèce et les conditions climatiques. Les larves grimpent sur les tiges et les feuilles d'herbes, s'accrochent à un animal qui passe et se nourrissent ensuite du sang de leur hôte. S'il s'agit d'espèces à un seul hôte, les larves de tiques restent sur le même animal (son hôte) et se transforment en nymphes qui continuent à se développer pour devenir des tiques adultes. La femelle adulte, qui se nourrit toujours du sang de son hôte, s'accouple et se laisse ensuite tomber au sol pour y pondre ses oeufs. Dans le cycle de vie des tiques à deux hôtes, les larves et les nymphes restent sur le même animal, mais la tique adulte se retrouve sur un hôte différent. Chez les tiques à trois hôtes, chaque stade (larve, nymphe et adulte) du cycle de vie correspond à un hôte particulier.

Les différents cycles de vie de ces parasites compliquent les mesures prophylactiques. L'intervalle entre les traitements par absorption ou vaporisation est déterminé par le cycle de vie de la tique et par la saison.

L'élimination des tiques

Les larves des tiques à un hôte (Boophilus spp.) sont vulnérables et, si elles ne trouvent pas d'hôte approprié, elles mourront sous l'effet de la dessiccation ou du manque de nourriture en l'espace de 1 à 3 mois, selon le climat. Donc, si l'on peut garder le bétail à l'écart d'une pâture pendant 6 semaines environ à la saison sèche et si les bêtes, avant d'être ramenées dans ces pâtures, sont traitées par immersion ou vaporisation, elles ne risquent plus ensuite d'être infestées. Si les tiques présentes appartiennent toutes à l'espèce Boophilus, il est possible de combiner la rotation des pâtures avec l'application d'un acaricide (2 à 6 immersions ou vaporisations à 3 semaines d'intervalle) pendant la saison des pluies. A la saison sèche, l'utilisation des pâtures en alternance (c'est-à-dire la rotation) devrait permettre de maintenir la population de tiques au minimum.

Tableau V.1
Principales espèces de tiques affectant les bovins

Espèces de tiques

Maladie transmise

Tique à un hôte


Boophilus decoloratus

Babésiose, anaplasmose

B. annulatus

Babésiose

B. microplus

Babésiose, anaplasmose, theilériose

Tique à deux hôtes


Rhipicephalus evertsi

Theilériose, babésiose

R. bursa

Babésiose, anaplasmose, theilériose, rickettsiose

Hyaloma truncatum

Paralysie des tiques (fièvre sudorale des veaux)

H. rufipes

Abcès

H. dromedariae

Infection par Theileria annulata

Tique à trois hôtes


Rhipicephalus appendiculatus

Theilériose (principal vecteur de T. Parva), babésiose

R. sinus, R. parvus et R. capensis

Theilériose (R. sinus transmet aussi l'anaplasmose)

Amblyoma hebraeum

Rickettsiose (Heartwater), fièvre à tiques (Rickettsia canorii)

Pour les tiques à deux et à trois hôtes, il faut prévoir un traitement plus rigoureux avec des immersions ou des vaporisations hebdomadaires.

Si l'on recourt à des bains de solutions acaricides, il faut s'assurer que leur concentration est correcte et vérifier s'ils ne finissent pas par être trop dilués ou pollués. Il est important également de veiller à ce que les bêtes soient entièrement immergées et à ce qu'elles entrent dans le bain et en sortent sans se blesser.

Dans les systèmes intensifs, où l'on dispose de prés bien clôturés et où l'on peut donc contrôler les mouvements du bétail, il devrait être possible de réduire les traitements par immersion, puisque le seul moyen de propagation des tiques est le déplacement des animaux hôtes. Si les pâtures sont saines, par exemple si elles viennent d'être semées sur des terres précédemment mises en culture ou défrichées par brûlage, et si les bêtes sont traitées par immersion pour éliminer toutes les tiques qu'elles portent avant de les mettre en pâture, il est possible ensuite de réduire la fréquence des bains. Toutefois, les animaux sauvages, et notamment le gibier, risquent également d'introduire des tiques dans une pâture saine.

Si l'on recourt à la vaporisation à la main, il faut être attentif à asperger correctement les animaux, en commençant par l'arrière-train, puis en traitant sous le ventre et la poitrine, sans oublier les organes génitaux, les testicules, la base de la queue et l'intérieur des oreilles.

Les maladies véhiculées par les tiques

Les tiques transmettent de nombreuses maladies (cf. tableau V.1), affaiblissent l'animal en lui suçant le sang et provoquent des sur infections et des réactions d'hypersensibilité à l'endroit de la morsure. Elles sont aussi responsables d'un état que l'on appelle empoisonnement (paralysie) par morsure de tique qui résulte de l'introduction de toxines dans l'organisme de l'animal par le parasite. La fièvre sudorale des veaux est une forme d'empoisonnement par morsures de tiques.

Grâce au colostrum de la mère, les veaux acquièrent une certaine immunité contre les maladies transmises par les tiques. Dans les régions où l'on rencontre ces maladies et leurs vecteurs, les bêtes sont rapidement mordues par des tiques infectées et, après une infection relativement mineure, elles guérissent généralement en développant une résistance accrue à ces maladies. Si donc on ne peut espérer une éradication complète des tiques dans une région, il convient d'exposer d'abord les veaux à un nombre restreint de parasites pour développer leur résistance. Les veaux qui grandissent dans des régions saines seront plus vulnérables aux maladies véhiculées par les tiques et l'on peut craindre des pertes si les tiques viennent à se propager ou si le bétail est conduit dans d'autres régions. C'est un danger qui menace plus particulièrement les troupeaux nomades.

Citons, parmi les maladies véhiculées par les tiques, l'anaplasmose, la babésiose et la theilériose. L'éradication de ces maladies passe principalement par l'élimination du vecteur, c'est-à-dire la tique. Il existe des vaccins qui peuvent être utilisés pour protéger certains élevages. Pour ce qui est des cas déclarés, si l'on intervient assez rapidement, on peut obtenir de bons résultats avec un traitement médicamenteux approprié.

La condition physique

La condition physique d'une vache est un bon indicateur de son état nutritionnel et de sa santé. Le poids corporel ou les mensurations ne suffisent pas à nous renseigner sur l'état de l'animal. On considère souvent que les vaches peuvent perdre des forces durant la première partie de la lactation, mais cet affaiblissement ne doit pas se poursuivre sous peine de graves répercutions sur la prochaine conception, le poids du veau à la naissance et la lactation suivante. Dans les systèmes pastoraux, les vaches sont souvent en moins bonne condition que les taureaux de même taille ou de même âge: leurs besoins nutritionnels sont plus importants que ceux du mâle et leur bilan énergétique devient vite négatif.

Evaluation de l'état général

Il existe deux systèmes pour contrôler la condition physique des vaches: l'un est recommandé pour les Zébus (tableau V.2) et l'autre pour les races laitières taurines (tableau V.3). Les deux systèmes décrivent la condition physique au moyen de cotes qui vont de O à 5. L'état général est plus ou moins bon selon que la cote est plus ou moins élevée.

Le Zébus

Les vaches Zébus sont cotées tout d'abord en fonction de la couche de graisse qui recouvre le second muscle de la cuisse (figure V.4). Sur cette base, on peut diviser les vaches en trois groupes:

- cotes 0 et 1: les muscles sont décharnés et présentent une apparence concave;
- cotes 2 et 3: les muscles apparaissent plats;
- cotes 4 et 5: les muscles sont saillants et convexes.


Figure V.4. - Second muscle de la cuisse chez une vache Bas indicus de cote 3.

Selon l'épaisseur de la couche graisseuse, on procède ensuite à une évaluation individuelle. Chez les vaches Zébus, on s'intéresse à la couche de graisse en quatre endroits du corps: les apophyses des vertèbres lombaires, le bas de la cage thoracique, les os de la hanche (tuber coxae) et le second muscle de la cuisse.

Tableau V.2
Evaluation de l'état général des Zébus

Cote

Description

0

Animaux émaciés sans graisse sous-cutanée apparente.
Apophyses vertébrales pointues au toucher.

1

Apophyses vertébrales pointues, mais moins saillantes.
Elles sont recouvertes d'un peu de graisse sous-cutanée, de même que les crêtes de l'os iliaque.

2

Les apophyses restent encore assez pointues au toucher et les côtes sont apparentes individuellement.

3

On peut toujours palper les apophyses, mais elles semblent plus arrondies au toucher. Les côtes ne sont plus apparentes.

4

Il faut une pression ferme de la paume pour sentir les apophyses vertébrales. Les crêtes de l'os iliaque sont recouverte de graisse et apparaissent arrondies.

5

Même en appuyant fermement, on ne sent plus les apophyses. L'animal a un aspect massif

Les vaches de races taurines

On regarde également l'épaisseur de la graisse à l'attache de la queue.

La lactation

Puisque les coûts des bâtiments, des soins vétérinaires et de la nourriture sont en grande partie fixes, plus la quantité de lait pro duite est importante et plus le coût de production total sera bas. Il est moins cher d'élever une vache qui produit 20 kg de lait que d'en élever deux qui produisent chacune 10 kg. Les systèmes intensifs cherchent à atteindre le niveau de production de lait le plus élevé, tandis que les systèmes mixtes à deux fins (lait et viande) se contentent de niveaux de production plus bas mais néanmoins rentables.

Tableau V.3
Evaluation de l'état général des vaches de races taurines

Cote

Description

0

Animaux émaciés dont les apophyses vertébrales, les hanches, la base de la queue et les côtes sont saillantes. Aucune trace de tissu graisseux. Les épines neurales et les apophyses transverses sont pointues au toucher.

I

Les apophyses restent assez pointues au toucher et il n'y pas de graisse autour de l'attache de la queue. Les hanches, la base de la queue et les côtes sont encore saillantes, mais moins apparentes.

2

Les apophyses peuvent être palpées individuellement, mais elles semblent plus arrondies que pointues. Il y a un peu de graisse autour de l'attache de la queue, sur l'os iliaque et sur les flancs. Les côtes ne sont plus apparentes individuellement.

3

Il faut une pression ferme de la paume pour sentir les apophyses vertébrales. On peut désormais facilement palper la couche de graisse des deux côtés de la base de la queue.

4

La graisse forme des sortes d'«anneaux», mous au toucher, autour de la base de la queue. Même en appuyant fermement, on ne sent plus les apophyses. Des bourrelets de graisse commencent à se former sur les côtes et les cuisses de l'animal.

5

La charpente osseuse n'est plus apparente et l'animal a un aspect massif. L'attache de la queue et l'os iliaque semblent presque noyés dans les tissus graisseux. Les bourrelets sur les côtes et les cuisses sont bien apparents. Les apophyses sont entièrement recouvertes. La mobilité de l'animal est entravée par la masse de graisse.

Quel que soit le système de production, la gestion vise à obtenir la meilleure productivité sur l'ensemble de la vie d'une vache en optimisant la production à chaque lactation.

La saison de la mise bas

Dans des conditions naturelles, la production laitière est saisonnière et dépend des ressources en nourriture qui affectent le régime des lactations et des mises bas. Si l'accouplement n'est pas contrôlé et si le bétail dépend des seules ressources naturelles, on peut s'attendre à une concentration des vêlages vers la fin de la saison sèche et le début de la saison humide. Dans les systèmes intensifs, ce schéma saisonnier est sans doute également le plus facile à suivre, mais s'il y a un intérêt financier à produire du lait tout au long de l'année (et particulièrement pendant la saison sèche où l'on peut le vendre à un prix plus élevé), on préfère parfois que les vaches mettent bas au début de la saison sèche alors que les ressources naturelles de nourriture sont au plus bas. Pour autant que l'on dispose de fourrage conservé, comme le foin et l'ensilage, le vêlage à la saison sèche peut être recommandé.

La suralimentation précédant la mise bas

Nombre de facteurs influencent le rendement laitier et, tout d'abord, la condition physique et l'état de santé de la vache en fin de gestation. Si la vache n'est pas malade et si elle n'est pas accablée par la chaleur, c'est ensuite l'alimentation qui détermine si elle commencera sa lactation en bonne condition ou non.

Vers la fin de la gestation, la nourriture donnée à la vache doit suffire aux besoins de croissance du foetus et au développement des glandes mammaires. Le rendement laitier dépend en partie de la quantité de tissus sécréteurs qui s'est formée dans les glandes mammaires au cours du dernier mois de la gestation. Les meilleures lactations sont celles qui viennent après une période sèche de 60 jours pendant laquelle la vache a été suffisamment nourrie (suralimentation). Au début de la lactation, les vaches puisent sur leurs réserves corporelles pour soutenir la sécrétion lactée. Les vaches en bonne condition physique sont évidemment mieux aptes à le faire que les autres. On peut considérer approximativement que 45 kg de graisse corporelle fournissent assez d'énergie pour 400 kg de lait. L'état général de la vache au tout début de la lactation est aussi une garantie qu'elle pourra à nouveau concevoir au bon moment.

Si la mise bas se situe au début de la saison des pluies, les ressources alimentaires pour la ration de démarrage risquent d'être peu abondantes. Il faut pouvoir disposer de réserves de fourrage conservé à cet effet, comme c'est souvent le cas dans les élevages intensifs, ou éventuellement s'en procurer pour ce qui concerne les petits producteurs.

La conduite de l'élevage pour un rendement laitier optimum

En plus des soins et des travaux habituels, dans un élevage, le fermier va devoir prêter une attention particulière à la traite, à l'alimentation et à l'état de santé des vaches qui ont mis bas.

La traite

Pour que les glandes mammaires continuent à sécréter quotidiennement un maximum de lait, il faut le tirer régulièrement et le plus complètement possible à chaque traite. Si l'on n'enlève pas le lait du pis, la sécrétion ralentira car l'accumulation de lait dans les alvéoles s'accompagne d'une pression croissante des cellules épithéliales qui freine progressivement, puis arrête la sécrétion 35 heures environ après la dernière traite.

La cadence idéale est de 9 à 10 heures, mais cela exigerait plus de deux traites par jour. Avec un rythme de trois traites par jour, on obtient 15 à25% de lait en plus, mais les coûts en main-d'oeuvre et en organisation que cela suppose sont généralement trop élevés. Dans les systèmes intensifs, on opte pour un intervalle de l l à 13 heures entre les traites. Dans les élevages pastoraux, il n'est pas rare que les bêtes ne soient traites qu'une seule fois le matin, mais les veaux tètent pendant une bonne partie des 24 heures qui suivent et maintiennent ainsi la sécrétion lactée.

L'excrétion du lait est commandée par l'ocytocine, une hormone libérée en réponse à un stimulus naturel (figure V.6). Le stimulus normal est celui du veau qui commence à téter, mais certaines activités de routine comme, par exemple, la venue du trayeur dans l'étable peuvent faire fonction de stimulus. Si la traite est trop lente et inefficace, tout le lait ne sera pas tiré. D'ordinaire, après l'excrétion, il reste 15% du volume total du lait dans le pis. Une traite incomplète réduit le rendement laitier à long terme.


Figure V.5. - Relation entre la pression du pis et le taux de sécrétion.

La méthode utilisée (à la main ou avec une trayeuse mécanique) a aussi son importance. Par ailleurs, on a constaté que les vaches qui allaitent leur veau produisent plus de lait que celles dont les veaux sont élevés artificiellement.

Les facteurs de stress immédiat, comme le bruit, l'agitation et d'autres perturbations, peuvent avoir une influence sur l'excrétion du lait qui est inhibée par la production d'adrénaline. Une température ambiante élevée est une source de stress. Au-delà de 24°C, le rendement laitier risque d'être affecté par une moindre consommation d'aliments, par l'activité de contrôle de la température et par des réponses comportementales comme la recherche d'endroits ombragés. Pour compenser l'effets de la chaleur, on peut opter pour une alimentation concentrée contenant moins de matières sèches, donner à manger aux bêtes la nuit, leur procurer de l'ombre et étudier l'orientation des bâtiments.


Figure V.6. - Stimulation de l'excrétion du lait.

Maintenir les bêtes en bonne santé

Une infection se signale de façon certaine par une chute du rendement laitier.

Toute forme d'infection aiguë aura des répercutions sur le rendement laitier, mais certains troubles infracliniques, comme les mammites, peuvent aussi réduire la production. Les troubles du métabolisme, par exemple la fièvre de lait et l'acétonémie, affectent parfois la production au début de la lactation.

Le nourrissage

Il est important de respecter une certaine stabilité dans les repas. Les vaches ne doivent pas être nourries de manière irrégulière et le moment de la traite sera fixé en fonction des repas. Toute perturbation des habitudes dans le nourrissage et la traite risque d'entraîner une chute du rendement laitier.

La lactation de 305 jours

Dès que la mise bas a eu lieu, l'éleveur doit:

" réunir les conditions propices à la production de lait pour la lactation présente;
" préparer la production de la prochaine lactation.

Cela réclame des soins quotidiens: il faut surveiller le nourrissage, la traite et l'état de santé des vaches et faire en sorte qu'elles soient fécondées à nouveau au bon moment. Le «bon moment» dépend de l'intervalle souhaité entre deux vêlages. Pour obtenir une production maximum sur l'ensemble de la vie d'une vache, il faut que l'intervalle entre les mises bas se rapproche le plus possible de 365 jours. Ce schéma idéal se fonde sur une lactation de 305 jours et une période sèche de 60 jours avant la mise bas (Figure V.7).

Pour y parvenir, il faut que la vache soit fécondée avant que 85 jours se soient écoulés depuis la mise bas. Dans une large mesure, c'est cet objectif que l'organisation d'un élevage laitier vise à atteindre. Le contrôle de la fertilité est un élément important. Dans la pratique, toutefois, les intervalles entre les mises bas sont souvent plus long que 365 jours. Au Malawi, par exemple, pour les vaches de race croisée (Locales/Frisonnes), on observe un intervalle moyen de 485 jours, avec des périodes de lactation qui vont jusqu'à 392 jours. Si l'on ne recourt pas à l'accouplement naturel, il est essentiel, pour être sûr que la vache soit fécondée, de pouvoir compter sur une bonne détection des chaleurs et sur des méthodes d'insémination artificielle efficaces.


Figure V.7. - La lactation de 305 jours et l'année idéale.

Si l'on observe la courbe de lactation des races laitières à haut rendement, on constate que le gain de production obtenu au lancement d'une nouvelle période de lactation compense largement la quantité de lait qui aurait pu être obtenue en prolongeant la lactation précédente. L'illustration V.8. reproduit les courbes de lactation typiques des vaches Holstein/Frisonnes, Frisonnes x Bunaji et Bunaji pure race telles qu'elles ont été observées à la Station de recherche agronomique de Zaria (1950-1978).

On voit, sur l'illustration V.7., que la perte de lait à la fin de la première lactation (zone ombrée) est plus que compensée par le gain de production au début de la lactation suivante (zone hachurce). Le tableau V.4 illustre en termes quantitatifs l'effet de la longueur de l'intervalle entre mise bas et fécondation sur le rendement laitier global des vaches de race Frisonne dans un pays comme la Grande-Bretagne.

Les différences observées correspondent à la moyenne pour une vache. Si on les multiplie pour se faire une idée des répercussions sur un troupeau de 50 vaches, par exemple, on aboutit à une perte substantielle de lait et donc de revenus. L'intervalle entre la mise bas et la conception peut donc jouer un rôle décisif dans la viabilité économique d'une entreprise laitière.

Tableau V.4
Effets de l'intervalle vêlage-fécondation

Intervalle vêlage- fécôndation
(jours)

Rendement laitier moyen (kg)

Différence


Lactation




1

2

3

4

Total


< 96

3 885

4 120

4 981

4 969

17 955

-

96-125

3 679

4 095

4 969

4 725

17 468

487

> 125

3 671

3 877

4 717

4 406

16 670

798

Source: Russel (1980).


Figure V.8. - Courbes de lactation des vaches Holstein/Frisonnes et Frisonnes x Bunaji.

La reproduction et la fertilité

Dans les élevages extensifs comme dans les systèmes intensifs, l'infertilité représente un manque à gagner. Les causes sont nombreuses et, souvent, elles n'apparaissent pas immédiatement. Pour peu que l'on comprenne suffisamment le cycle reproducteur, il est possible d'anticiper dans une certaine mesure les problèmes qui risquent de survenir et d'y apporter une solution. Les soins et les précautions élémentaires mentionnés précédemment sont un premier pas vers une bonne fertilité et un rythme de reproduction optimum. Ce sont des éléments essentiels pour assurer un taux de production élevé sans lequel un élevage laitier intensif n'est pas viable.


Figure V.9. - Appareil reproducteur de la vache.

L'appareil reproducteur

Les ovules sont formés dans les ovaires situés dans la partie supérieure de l'abdomen. Ils passent ensuite dans les oviductes (trompes de Fallope) avant d'arriver dans l'utérus. Chez la vache, l'utérus est prolongé par deux cornes utérines. Le col de l'utérus fait la jonction avec le vagin qui aboutit à la vulve, l'ouverture externe de l'appareil reproducteur (figure V.9).

Les spermatozoïdes, les cellules reproductrices mâles, sont produits dans les tubules séminifères des testicules qu'entoure le scrotum (figure V.10). La spermatogenèse réclame une température un peu inférieure à celle du corps. C'est pourquoi les testicules sont des organes externes.

Indices de fécondité et fécondité optimum

Il existe plusieurs systèmes d'indices de fécondité qui se fondent sur différents critères et définitions. La meilleure mesure de la fertilité d'un animal est son aptitude à produire une seconde génération. Les indices actuellement utilisés acceptent des définitions de la fécondité plus limitées et comprennent notamment le pourcentage de sevrage (le nombre de veaux sevrés par rapport au nombre de vaches servies par le taureau ou inséminées), le taux de vêlage ou pourcentage de vêlage (le nombre de veaux nés par rapport au nombre de vaches servies par le taureau ou inséminées), l'intervalle entre vêlages (le nombre de jours entre deux mises bas), le taux de fécondation (le nombre de vaches fécondées par rapport au total des vaches servies par le taureau ou inséminées), le nombre d'inséminations par fécondation et l'intervalle vêlage-fécondation (le nombre de jours écoulés entre la mise bas et la conception suivante). Ce sont autant de mesures du «succès» de la reproduction. Si l'on prend la parturition comme point de départ du cycle reproducteur chez une vache, les conditions d'une fécondité optimum sont les suivantes:


Figure V.10. - Appareil reproducteur du taureau.

1. le cycle oestral recommence rapidement après la mise bas (dans les 42 jours);

2. la vache est fécondée dans les 85 jours;

3. elle produit un zygote viable qui s'implante dans l'utérus; et

4. elle survit jusqu'à terme et met bas un veau en bonne santé qui parvient à l'âge adulte pour continuer le cycle reproducteur.

Le cycle reproducteur comprend plusieurs étapes où peuvent surgir des problèmes spécifiques. Ce sont la parturition, le début du cycle oestral, la conception (la fécondation), le zygote (au sixième jour), l'embryon (du sixième jour à l'implantation entre le quarante-deuxième et le quarante-cinquième jour), le foetus et à nouveau la parturition.

La gestation dure entre 274 et 291 jours, avec une moyenne de 280 jours. Après la parturition, un certain nombre de facteurs doivent être surveillés pour assurer la prochaine fécondation en temps voulu. La vache doit être en bonne condition physique. L'utérus doit revenir à l'état et aux dimensions qu'il avait avant la gestation (c'est ce qu'on appelle l'involution utérine). La vache doit aussi avoir expulsé entièrement les membranes et le placenta. Ce n'est pas toujours le cas, même lorsque la mise bas s'est déroulée sans incident, et il y a alors un risque d'infection. En cas d'avortement, d'infection de l'utérus ou de l'appareil génital, il faut être très attentif, car on peut craindre des complications. Chez une vache en bonne santé, l'involution utérine devrait normalement avoir eu lieu dans les 28 jours.

Le cycle oestral

L'étape importante qui suit la mise bas est le redémarrage du cycle oestral et l'apparition de l'oestrus, ou chaleur. Le cycle reproducteur dépend en grande partie des hormones de reproduction, mais il peut néanmoins être influencé par des facteurs nutritifs et environnementaux ainsi que par l'état de santé.

Les principales glandes endocrines associées à la reproduction sont l'hypothalamus et l'hypophyse. Quant aux hormones reproductrices, les plus importantes sont l'hormone folliculostimulante (FSH) et l'hormone lutéostimulante (LH). Lorsque l'ovule quitte l'ovaire, il se forme un corps jaune (corpus luteum) qui produit la progestérone. Cette hormone stimule l'utérus pour le préparer à accueillir l'ovule. C'est elle également qui assure le maintien de la gestation et inhibe l'ovulation pendant toute sa durée. Si l'ovule n'est pas fécondé, le corps jaune régresse et l'ovulation se produit à nouveau.

Dans l'idéal, le cycle oestral devrait redémarrer chez la vache dans les 42 jours qui suivent la mise bas. Certains facteurs comme la malnutrition, la rétention placentaire, la métrite et l'involution utérine tardive peuvent retarder l'apparition du cycle. Sa durée totale se situe entre 18 et 24 jours.

Si l'élevage ne pratique pas la monte naturelle, une bonne détection des chaleurs est essentielle pour garantir un intervalle aussi court que possible entre mise bas et conception.

Principaux signes de chaleur (a) en présence du taureau:

- mugissements;
- le taureau monte la vache;
- la vache hume les autres vaches;
- agitation;
- gonflement de la vulve;
- écoulement des muqueuses.

Principales méthodes de détection des chaleurs (b) quand on ne recourt pas au taureau:

- surveiller les vaches qui s'immobilisent pour être montées;
- guetter les suintements vaginaux;
- guetter les signes de comportement anormal;
- utiliser une peinture caudale;
- consulter les fiches individuelles des vaches;

La fécondation

Lorsqu'un ovule est libéré par l'ovaire, la fécondation dépend au premier chef de l'insémination de spermatozoïdes viables par un taureau fertile mû par une libido adéquate. Si l'on recourt à l'insémination artificielle, il faut bien sûr choisir le bon moment, c'est-à-dire que l'éleveur doit surveiller ses vaches pour détecter les chaleurs.


Figue V.11. - Vache qui s'immobilise pour être montée.

La fécondation se produit généralement dans le tiers supérieur de l'oviducte (trompe de Fallope) et dans les six heures qui suivent l'ovulation. Si tout se passe correctement, le zygote (ovule fécondé) descend ensuite le long de l'oviducte. Pendant cette progression, il commence à se segmenter, de sorte qu'au moment où il parvient dans l'utérus, il comporte environ 32 cellules. Le rythme de progression de l'ovule dans l'oviducte doit lui permettre de trouver à l'arrivée un environnement utérin propice à son développement. Au stade de segmentation de 16 à 32 cellules, quand l'embryon parvient dans l'utérus, on le désigne sous le nom de morula. Celle-ci se transforme ensuite en blastocyste, qui continue à se développer pour remplir presque toute la cavité utérine.

La survie de l'embryon

La majeure partie des pertes d'embryons surviennent dans les quinze jours qui suivent la saillie. Chez les vaches, l'implantation dans l'utérus se produit vers le quarante-deuxième jour. Lorsque l'embryon s'est implanté, des pertes sont encore possibles en cas de stress suscité par des causes environnementales, nutritionnelles ou infectieuses. Néanmoins le rôle joué par les conditions extérieures est ici moins important et les pertes au stade embryonnaire sont plus probablement la conséquence de problèmes nutritionnels et congénitaux. Lorsque l'état nutritionnel de l'animal décline, les risques de mort et de résorption de l'embryon se font plus importants.

La survie du foetus

Les pertes au stade foetal sont pour leur part associées à des problèmes d'infection plutôt que de carence nutritionnelle. Un grand nombre d'organismes pathogènes peuvent être à l'origine d'un avortement. Citons la campylobactériose, la leptospirose, la brucellose, la fièvre de la vallée du Rift, la rhinotrachéite bovine infectieuse, la maladie des muqueuses et la trichomonase. Pour les cinq premières maladies citées, il existe des vaccins. La campylobactériose, la trichomonase et la rhinotrachéite infectieuse peuvent être évitées en recourant à l'insémination artificielle si les taureaux sont infectés. Souvent ces maladies sont introduites lorsque de nouvelles bêtes sont ajoutées au troupeau. Il est donc possible de s'en prémunir dans une certains mesure en évitant autant que possible l'arrivée de nouveau bétail. Dans les élevages extensifs, il peut aussi arriver que les vaches soient infectées au contact de foetus avortés et de membranes foetales. Plusieurs infections bactériennes et fongiques sont parfois également à l'origine de la perte du foetus.

Les causes d'infertilité
Les causes hormonales

Les kystes aux ovaires sont la conséquence d'un déséquilibre hormonal et sont plus répandus chez les vaches à haut rendement. Selon le type de kyste, il peut en résulter un oestrus irrégulier, un oestrus permanent ou encore un anoestrus.

La rétention du corps jaune dans l'ovaire est due à une infection de l'utérus consécutive à un avortement ou à la mort du foetus, et la vache ne retourne pas en chaleur.

La chaleur muette correspond à une ovulation qui ne s'accompagne pas ou presque pas de manifestations de l'oestrus. Ce phénomène est surtout provoqué par la malnutrition.

L'anoestrus (ou inactivité des ovaires) est la conséquence d'une malnutrition, d'une mauvaise condition physique ou d'une maladie quelconque. Dans ce cas, les vaches n'entrent pas en chaleur.

Les causes nutritionnelles

Les causes nutritionnelles englobent la sous-alimentation (qui provoque l'anoestrus), la suralimentation, la carence en vitamine A (qui peut aussi se traduire par une mise bas difficile, un avortement, une rétention placentaire et la stérilité) et en vitamine E/ sélénium (qui provoque la rétention placentaire et la stérilité.

En zone tropicale, la cause prédominante de longs intervalles entre les vêlages est une mauvaise condition physique due à la malnutrition et à la maladie et qui se traduit par l'anoestrus, particulièrement dans les climats caractérisés par des précipitations saisonnières.

D'un point de vue pratique, un des points les plus importants de la conduite des troupeaux en zones tropicales est qu'il faut que les vaches qui viennent de mettre bas soient à nouveau fécondées avant la saison sèche et l'épuisement des pâtures, en quantité et en qualité. Si cette fécondation ne se produit pas, il est à craindre que le cycle oestral ne redémarre pas avant la repousse des pâtures avec la prochaine saison des pluies. Cela se traduit par des intervalles de deux ans entre les mises bas.

Le taureau

Les taureaux reproducteurs doivent être en bonne santé. Il faut éviter de les surmener. Et, s'ils ont été malades, ils doivent pouvoir se reposer jusqu'à la guérison complète. L'arthrite au niveau de l'épine dorsale ou des hanches est parfois responsable de douleurs qui empêchent le taureau de monter les vaches. Il en va de même pour les problèmes aux sabots. Les températures ambiantes élevées réduisent la libido du taureau. Il est donc nécessaire de prévoir des zones ombragées.

La conservation des données

Il est bon que les éleveurs conservent les données concernant chaque vache. Cela peut les aider dans leur gestion. Les dates importantes, comme celles de mises bas et des saillies, les maladies et les soins donnés devraient s'y retrouver. L'éleveur a tout intérêt à prendre des notes qu'il pourra reporter ensuite dans un journal. Dans les élevages intensifs, on se sert souvent d'un tableau noir. Il est possible également d'utiliser des systèmes plus sophistiqués de fiches individuelles, et les fermes laitières les plus modernes disposent de programmes informatisés.